LES NOUVEAUX MARIES
(traduction)
Les nouveaux mariés à cheval passaient jeunes et bien vêtus.
Dans l'arbre du chemin les jolis petits oiseaux
Chantent : — pit — pit — pit — pit. Voyez-les, voyez-les;
Le nouveau mariées! chêne vert, la nouvelle mariée est fleur de fève.
« De nuit, de jour, Fait le joueur de iifre, « De nuit, de jour, l'amour « A tous jette fleur et fleur...
« Guère, guère, guère! »
Les deux jeunes mariés s'en vont, la main dans la main. Chez monsieur le curé — qui a si grand soin des petites âmes ! Aujourd'hui pour le bon Dieu, demain pour le diable Qui allume au cabaret ses rusées allumettes.
« Balin-balan, Font les cloches,
« Balin,-balan, amoureux, n L'amour aux tlcurs \'a mêlant...
« Des cornes, des cornes. »
Ils sont mariés. — Allons ccuelles, pots! Tout cela fait dindin des dents aux oreilles; Pour un sur la table, il y en a quatre dessous Et les garçons tournent la bourrée avec les filles.
(I Travail — douleur,
fl Le fuseau, la charrue, s Toujours — font les tambours!
1 Vraiment! La vie a beaucoup de pleurs... « Pau\re malheureux! Pauvre malheureux ! n
LOUIS GLEIZE
A Paris, la grand capitale,
Uno galanto soucieta
A près lou noum de la Cigalo
Que lou souièu, tant fai canta ;
D'enfant dou Miejour coumpausado,
le parlon sèmpre dou païs :
Lis un ie canton la nisado,
Lis àutri pantaion lou nis.
Dôu printems lou roussignôu parlo Mai parlo jainai de la nèu; Lou quinsoun eniai la bouscarlo Canton quand lusis lou souièu; Di Cigalié touto l'annado, Eici, s'ausis lou riéu-chiéu-chiéu Sian aqui" no miè-centenado Cantan l'ivèr coume l'estiéu.
Soun dous li cant de la Cigalo Suau soun sis inné d'amour ;
L'ispiracioun porge sis alo, Sa miiso a de rire et de plour; Li pouèto en de vers intime Sabon esmôure nosti cor, E dins lis èr mounton sublime Di musicaire lis acord.
De l'amourous e gai felibre A l'ounourable députa, Cadun a lou parauli libre :
Nosto lèi es la liberta !
Ni religioun ni poulitico, Jamai noun passon lou lindau De la Cigalo en republico Au bon miè dou Palai-Reiau !
(traduction]
A Paris, la grande capitale, — Une galante société — A pris le nom de la Cigale — Que fait tant chanter le soleil — D'enfants du Midi composée, — On y parle toujours du pays. — Les uns y chantent la nichée , — Les autres rêvent le nid.
LOUIS GLEIZE. 405
Le rossignol parle du printemps, — Jamais il ne parle de la neige; — Le pinson comme la fauvette — Chantent quand brille le soleil ; — Des Cigaliers toute l'année, — Ici résonne la chanson — Nous sommes là une cinquantaine — Chantant l'hiver comme Tété.
Ils sont doux les chants de la Cigale, — Suaves sont ses hymnes d'amour, — L'inspiration prête ses ailes, — Sa muse a des rires et des pleurs — Les poètes en vers intimes — Savent émouvoir nos cœurs, — Et dans les airs montent sublimes — Les accords des musiciens.
De l'amoureux et gai félibre — A l'honorable député
— Chacun a le parler libre ; — Notre loi est la liberté !
— Ni religion ni politique, — Jamais ne franchissent le seuil — De la cigale en république — Au beau milieu du Palais-Royal.
LEONTINE GOIRAND
NEMAUSAi
A moun cousin Maurise Faure.
O fiho de Pradié ! superbo Nemausa !
Que sies bello, aubourant siibre nosto Esplanade Toun front, un di mai pur que se posque lausa, Tant l'engèni " a tra sa divino alenado !
Pèr t'amira, la niue, quand tout s'es ameisa, Lis estello, amoundaut, s'aplanton, estounado ; Lou jour, l'ardent soulèu es fier de te beisa, E d'un double trelus sies ansin courounado.
Per rèino o pèr divesso on te prendrié subran, A vèire toun regard, toun gàubi soubeiran E la serenita de ta testo roumano.
Eto, rèino, la sies : rèino de la bèuta,
E divesso tambèn, car, dins ta majesîa,
De Dieu même aparèis l'estampo subre-umano.
Kîme, nouvembre 1Q76.
I. Nom de la statue principale de la fontaine de l'Esplanade de Nîmes, dont les sculptures sont dues au ciseau de Pradier.
LEONTIXE GOIRAND, 407
NE-MAUSA
(traduction)
A mon cousin Maurice Faure.
O tille de Pradier ! superbe Nemausa ! — que tu es belle, dressant sur notre Esplanade, — ton front, un des plus purs que l'on puisse louer, — tant le génie y a jeté son divin souffle !
Pour t'admirer, la nuit, lorsque tout s'est apaisé, — les étoiles, là-haut, s'arrêtent étonnées; — le jour, l'ardent soleil est lier de te baiser, — et d'un double rayonnement, tu es ainsi couronnée.
Pour reine ou pour déesse on te prendrait sans hésiter, — rien qu'avoir ton regaad, ton maintien souverain, — et la sérénité de ta tête romaine.
Oui, certes, reine, tu l'es : reine de la beauté, — et déesse en même temps, — car, dans ta majesté, de Dieu même apparaît l'empreinte surhumaine.
Nîmes, novembre 1875.
LI CIGALIE