C AN SOUN
A Aluurise Faure.
Li Cigalié Fau que brindon, fau que canton.
Li Cigalié Soun dedins lou fourniguié.
Soun vengu dins Paris noun pèr faire la quisto, Li Cigalié soun fort e n'an besoun de res. Mai volon en cantant faire grando counquisto. Vaqui pèr qu'an quita lou soulèu e li grès.
Vènon pèr poutouna vosli bloundi chatouno,
E li poutoun di brun i bloundo fan plesi ;
Car un nègre rasin culi subre la touno
Es toujour mai goustous qu'un blanc rasin chausi,
Vènon pèr entonna linne de deliéuranço : Vivo la liberta, li cant et li poutoun. Arribas, cantaren ensèn : Vivo la Franco! Li fraire Cigalié vous dounaran lou toun.
Se n'ia pas proun di canî, nosti-dono fournigo, En Terro dou Soulèu venès aperalin,
La Camargo e la Crau soun claiido despigo, Que fau pèr li cauca cent milo cavalin.
Se n'ia pas proun dou bla, vous dounaren encaro La frucho emai la flour, poudres tout empourta. Nautre nous fau de lum, de lum à pleno caro, E piéi tout noste tèms lou passan à canta.
Noun sian de treboulèri, adounc douci fournigo, Travaiares en pas e cantaren d'acord, E quand se parlara de la cigalo amigo, Vosti neboud diran i neboudo dou Nord :
« Lou vôu un jour quitè la terro nourriguièro
» Li mirau clantissènt toutisàl'unissoun,
» Se traguè sus Paris, alor la Fourniguièro
» Venguè lou Cigalié de touti li nacioun »
Li Cigalié Fau que brindon, fau que canton,
Li Cigalié Soun mèstre dou Fourniguié !
LES CIGALIERS
CH ANSO)<
(traduction)
A .Maurice Faure.
Les Cigaliers, — faut qu'ils toastent^ faut qu'ils chantent — les Cigaliers sont dans la fourmilière.
Ils ne sont pas venus à Paris pour faire la quête, — les Cigaliers sont forts et n'ont besoin de rien. Mais ils veulent en chantant faire grande conquête. — Voilà pourquoi ils ont quitté le soleil et les grès.
Ils viennent pour embrasser vos blondes jeunes tilles et les baisers des bruns aux blondes font plaisir, car un noir raisin cueilli sous la tonnelle — est toujours plus savoureux qu'un blanc raisin choisi.
lis viennent pour entonner l'hymne de délivrance: — Vive la liberté, les chants et les baisers. — Arrivez, nous chanterons ensemble : Vive la France ! — Les frères cigaliers vous donneront le ton.
Si ce n'est pas assez des chants, nos dames fourmis, en Terres du Soleil venez par là-bas, — la Camargue et la Crau sont couvertes d'épis, — si nombreux, qu'il faut, pour les fouler, cent mille chevaux.
Si ce nest pas assez du blé, nous vous donnerons — encore les fruits avec les fleurs, vous pourrez tout em-
porter. — A nous autres, il faut de la lumière, de la lumière à plein visage, — et puis tout notre temps nous le passons à chanter.
Nous ne sommes pas des trouble-fête, adonc douces fourmis, — vous travaillerez en paix et nous chanterons d'accord, et quand il se parlera de la cigale amie, — vos neveux diront aux nièces du Nord :
« Le vol un jour quitta la terre nourricière, — les miroirs 1 résonnant tous à l'unisson, — il se jeta sur Paris, alors la Fourmilière — devint la Cigalière de toutes les nations.
LesCigaliers, — faut qu'ils toastent, faut qu'ils chantent. — les Cigaliers sont maîtres de la Fourmilière.
I. On désigne, sous ce nom, en Provence, les élytres qui produisent le chant de la cigale.