‹ La CigaleChapitre 23 sur 151 · MORITURUS · texte numérisé non relu

MORITURUS

Qu'il est triste de voir, au cœur de la forêt, Se dresser çà et là comme en un cimetière, Aux arbres les plus beaux, orgueil de la clairière. De blanches croix, signal au fatal couperet !

Et qu'il est triste aussi, superbe adolescent, Chêne robuste et lier de la forêt des hommes, Qui nous dépasses tous, ainsi qu'on voit les dômes Et les tours écraser le toit du paysan ;

Qu'il est triste de voir ce que te veut du sort

Le rigoureux arrêt, à la blancheur livide

Qui pâlit ton beau front, marque sûre qui guide

"Vers ceux qu'elle a choisis, l'Ange noir de la mort !

Du bizarre Destin est-ce un caprice, un jeu. Qui brise ainsi tes jours et borne ta carrière, A 1 âge où l'homme encor sait à peine en arrière Détourner ses regards, ayant marché si peu>

Ou bien pour quel exploit, pour quel sombre dessein, Quelle œuvre de tombeau, grande et mystérieuse, Aurait-elle besoin, la livide faucheuse.

D'un cœur ardent et jeune et dune forte main.-

Passe, ô pâle inconnu! passe, orgueilleux enfant, Devant notre respect qui t'enivre et t'étonne. Ils meurent au printemps, les blessés de l'automne, Mais du moins tu ne sais que ton linceul attend.

Et nous, dont les regrets ne le sauraient guérir, Des antiques Romains changeant l'usage antique, Et des gladiateurs renversant le cantique. Saluons, saluons celui qui va mourir!

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