VIENS DANS LES BOIS
Viens dans les bois, le doux soleil d'automne De pourpre et d'or teint les vapeurs du soir ; Aux baisers chauds du vent l'herbe frissonne Et de l'étang pâlit le clair miroir.
Jeunesse, amour, dans mon sein qui bouillonne, Au cri des sens mêlent leur grande voix. Viens dans les bois !
La sève bout sous l'écorce du frêne ; Le tronc lascif tord ses bras amoureux ; La branche aride éclate, et dans la veine Des durs cailloux s'allument mille feux. Que le désir vole dans ton haleine Comme l'amour ruisselle de tes yeux !
Viens, je le veux !
Viens, hâtons-nous. Dans ma poitrine ardente, Déjà s'émeut la chaude volupté.
Sous les désirs ma force est chancelante. Répands sur moi les flots de ta beauté. J'y veux noyer mon âme impatiente, Tous nos baisers demain seraient moins doux. Viens, hâtons-nous !
Juin 184 .