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LE PRINTEMPS

Un roi, jeune et charmant, des deux lointains arrive; Les perles de rosée à son manteau bleu clair Scintillent au soleil. Il s'avance. — « Qui vive? — Qui vive? Le Printemps et sa cour, cher Hiver; Nous avons projeté — pour peu que tu le veuilles — De coudre à tes rameaux si nus de vertes feuilles; Dans nos royaumes froids, tristes et trop mouillés. De sécher tous les pleurs, d'ouvrir toutes les âmes, Et, tempérant nos lois par des épithalames. De marier, de gré, tous nos sujets brouillés. » Ce message était clair et net ; rien à répondre. Aussi l'Hiver confus, sentant qu'il allait fondre, Prit le plus court chemin pour regagner les monts, Allongeant vers le Nord ses grands pas vagabonds.

Le roi Printemps avait des manières si douces, Que chaque violette en son tapis de mousses. La paupière mi-close et la tête en avant. Lui décoche un salut modeste... très-savant, La première à la cour, malgré ses airs sévères. Des gazons rajeunis montent les primevères, Essayant le pouvoir de leurs tendres yeux d'or Sur Sa Majesté, roi des fleurs et des pelouses, De leurs mignonnes sœurs peut-être assez jalouses Pour offrir aux bourdons leur cœur et son trésor. Des coins touffus du bois, sur leurs ailes repeintes, Accourent les oiseaux, devant le roi vermeil.

AIME GIRON

Chanter à qui mieux mieux les anciennes complaintes

Qu'aux jeunes dévouements enseigne le soleil.

Les papillons fardés, les sveltes demoiselles,

De toute la prestesse habile de leurs ailes

Dansent leurs pas d'amour les plus capricieux.

De leurs langes étroits les feuilles nouveau-nées

Sortent et, déployant leur robe dans les cieux,

Risquent la révérence aux brises étonnées.

Les roses aux sentiers se pressent sur deux rangs

Avec tout leur orgueil et toutes leurs épines :

« Majesté, Dieu vous garde! — A vous, les aubépines! »

Et, devant ces façons, les ruisseaux murmurants

D'un bord à l'autre bord jasent des choses drôles.

Vraiment, tous ces gens-là sont fort bien dans leurs rôles;

Et, flatteurs, courtisans, du salut au babil

Font une cour charmante au petit roi d'avril !

Mais lui, le frais Printemps qu'on aime et qu'on admire,

Mesurant ce qu'un roi doit être à ce qu'il vaut,

Avec son grand soleil se contente de rire,

De fredonner avec sa brise et, sans mot dire.

De passer beau, moqueur ou distrait, le front haut.

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