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LE RETRAIT DE VERDURE

Il est un vieux jardin dans le goût d'autrefois

Où la nature donne un air de petit bois

Aux coudriers touffus qui bordent la venelle.

Tout au fond disparaît une antique tonnelle

Sous l'amas incessant des branches en réseaux!

Cet Eden est caché comme les nids d'oiseaux.

Un manteau végétal s'épaissit, se déploie,

Retombe, dérobant la porte à claire-voie

A l'œil indifférent du rare promeneur.

Et nul n'a su que là s'abritait mon bonheur.

Le soleil, ce divin semeur de poésie,

Fait à profusion germer la fantaisie.

Sous l'amour rayonnant du père des saisons

Chaque verdure éclate en folles floraisons,

Chaque feuillage unit sa flexible caresse.

Léglantier moins sauvage ondule avec tendresse,

Dans le fouillis flottant que répand le houblon

Le chèvrefeuille glisse un rameau rose et blond.

Rêveuses fleurs d'azur, les grappes des glycines

Se mêlent à l'or rouge et vif des capucines,

Vos clochettes sans voix frissonnent sous les vents,

O gais volubilis ! O caprices vivants !

Toi, blanc jasmin, tu prends tes flnes arabesques

Aux arceaux dentelés des vieux palais mauresques Qu'à Grenade, tes bras pressent avec lenteur, Et tu verses dans l'air une exquise senteur; Tandis que, parsemant sa grâce parasite En flocons un peu clairs, la grise clématite Semble un brouillard soyeux vaguement argenté Qui persiste en dépit des ardeurs de l'été.

Dans ce retrait charmant, lorsque midi flamboie

Et verse le torrent de sa brûlante joie,

La lumière du jour a peine à se montrer

Et serpente longtemps avant de pénétrer,

Puis s'insinue enfin mollement tamisée

Et met aux liserons humides de rosée

Encore, des reflets subtils et transparents

Comme un rire soudain dans deux beaux yeux pleurants.

C'était là que j'allais, oublieux delà terre.

Savourer la douceur intime du mystère.

Alors tous les parfums, tous les bruits, tous les chants,

M' arrivaient à la fois du jardin et des champs

Et me faisaient sentir l'âme errante des choses.

Salubre odeur des foins, aimante odeur des roses,

Bavardage méchant du merle querelleur

Chassant à coups de bec le passereau voleur;

Sifflets du loriot lustrant ses plumes jaunes

Au mince ruisselet qui s'enfuit sous les aulnes ;

Musique intérieure et chaude des grillons^.

Dont les éljtres noirs craquent sous les sillons.

Sourd galop des poulains faisant par intervalles

Résonner leur naseaux bruyants près des cavales ;

Gémissement d'un rhythme ironique et plaintif

Que lance à temps égaux le coucou fugitif.

HENRI GROUSSET BELLOR.

Tout parlait à mon cœur, voix multiple de l'Etre. De bleuâtres ramiers au sommet d'un grand hêtre Roucoulaient longuement. Sur les fleurs du jardin L'abeille au dos velu, picorant son butin. Activait sans repos sa chanson travailleuse Et sans cesse du tronc emmiellé d'une yeuse Aux œillets de velours, aux asters étoiles Allaient et revenaient des escadrons ailés. L'aigre cri du perdreau qui semble un bruit de scie S'échappait des carrés de luzerne épaissie, La cigale vibrante et folle de soleil Crépitait. Les bœufs roux, en un demi-sommeil, Graves et puissamment agenouillés dans l'herbe, Poussaient avec lenteur un beuglement superbe! L'éclatante blancheur de l'été glorieux Illuminait leur rêve en aveuglant leurs yeux.

O doux moments d'amour, d'espoir, de quiétude ! Comme l'heure était brève en cette solitude! Mais voici que je sens battre mon cœur troublé Au souvenir chéri du bonheur envolé !

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