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LES GENÊTS

PROCESSION DE LA FETE-DIEU En Provence.

C'est en juin que parmi les fleurs de la bruyère. Dont le pollen léger flotte dans la lumière, Parmi le laurier-rose orgueilleux et le thym

Où le lièvre gourmand se gîte le matin,

On voit, prenant leur flamme à l'éclat de l'aurore,

Les fleurs d'or du genêt soudainement éclore.

Le coteau, jaune, embaume et rit à son réveil,

Tout couvert du genêt sacré, fleur du soleil ;

Et comme dans la ville où l'église bourdonne,

Sur la colline où tout s'agite et carillonne,

Dans la pompe des fleurs, sous le grand ciel, dais bleu,

Tout luit, tout chante, et c'est aussi la Fête-Dieu.

La ville est gaie; elle est splendide et pavoisée.

On voit de longs tapis pendre à chaque croisée.

Humbles rideaux, draps blancs et même des velours

De pourpre frangés d'or, balançant leurs plis lourds.

Tout est murmure allègre et couleurs éclatantes.

La rue en sa largeur a çà et là des tentes,

Où sont peints des saint Jean, des saint Paul, des Jésus.

On voit des ciels tout bleus s'étoiler au-dessus

Des reposoirs chargés de fleurs, d'or et de cierges

Où fument des encens au pied des saintes Vierges.

On ne suit déjà plus les trottoirs rétrécis

Où les impatients du quartier sont assis

Dans leurs plus beaux atours, en noir, en robes blanches.

Enfin dans les habits classiques des dimanches.

Et, parmi les passants, un sac plein sous le bras,

Des paysannes vont criant à chaque pas :

€ Belle gineste! » Moi. — Moi. — Par ici, la vieille!

Elle approche, et puisant avec une corbeille

Légère dans le sac entr'ouvert, en ruisseau

Comme une eau merveilleuse épanchée à plein seau,

Au fond des tabliers des filles, dans la poche

Du petit frère, au fond de tout ce qu'on approche,

Dans ce mouchoir, dans ces deux mains, dans ce bonnet Elle fait couler l'or parfumé du genêt.

C'est l'heure de douceur où le soleil se calme.

Comme à Jérusalem on prodiguait la palme,

Sous les pas de leur Dieu, les croyants, brin par brin,

Jettent ici la sauge et le vert romarin

Et surtout le genêt provoquant à l'extase.

Plus mystique et plus doux sous le pied qui l'écrase.

A présent le bon Dieu peut venir ; tous sont prêts.

Le voici!... Le bedeau d'abord, en rouge; après, Les deux tambours battant la marche monotone ; Lui, semble le tambour-major, et l'on s'étonne Qu'il ne fasse pas faire à sa canne des tours. Les plus petits enfants vont après les tambours. Et chacun porte un cierge en feu, lueur qui tremble. Les tambours à leur pas impriment un ensemble Fort lent, car chaque coup de baguette est suivi D'un silence, et, tandis qu'ils passent, à l'envi, A leur aise, les gens font, sur les jeunes têtes, Pleuvoir à pleines mains la fleur des grandes fêtes. On s'arrête. C'est donc que là-bas on doit voir L'abbé s'agenouiller devant un reposoir Et puis, se retournant, bénir la foule. On marche. Saint Jean, petit, s'avance après David et l'arche; Puis des prêtres enfants, adorables curés Qui pleurèrent huit jours pour être tonsurés. Que de bannières! L'or des genêts étincelle; Des mères se font voir leur lillette : « C'est celle De là-bas, en jupon rose au nœud blanc, qui rit. »

Des fenêtres, il pleut du genêt, Jésus-Christ, Bel enfant brun au front joyeux, mais ceint d'épine, Passe, portant déjà sa croix sur son échine. Ou bien représenté par un agneau tremblant Ou par un doux ramier crucitié, tout blanc. Tout à l'heure on verra les pénitents sinistres, La cagoule voilant leur face, noirs ministres De la mort, enterreurs des corps suppliciés.

Puis viendra le dais pourpre et les beaux officiers

Commandant, quand le dais s'arrête : « Portez, arme! »

Cliquetis de fusils et d'encensoirs; vacarme

De pas, de voix, de chants sacrés, de pleurs d'enfant;

Mais lorsque l'ostensoir s'élève triomphant,

Le respect tout à coup a clos toutes les bouches;

Tout se tait; on pourrait ouïr voler les mouches.

On repart. L'ostensoir brille, astre de métal,

Sous le dais, et l'hostie est là dans son cristal.

Aux quatre coins du dais, des vieillards ont la joie

De tenir quatre glands dorés, et le dais ploie

Sous le fait d'un torrent de genêts amassés

Entre ses marabouts doucement balancés.

O tiédeur d'un beau soir, parfums de myrrhe, ô charmes Pénétrants! O subtils évocateurs de larmes! Mysticité des fleurs, des encens et des soirs, Mélancolie étrange auprès des reposoirs.

Musique, bruits épars^ ô frissons de la vie ! La chair palpite et l'âme au ciel se croit ravie Parce que l'air est pur et le vent amoureux... Et les beaux jeunes gens se désignent entre eux Celle qu'ils ont choisie entre les filles brunes.

Malgré le voile épais on en voit quelques-unes

Chercher furtivement l'ami, du coin de l'oeil.

Voyant qu'elle sourit, lui, tout tremblant d'orgueil,

L'accable sous les fleurs dont la molle caresse.

Dont le parfum léger invite à la tendresse.

O pieuses douceurs des souffles caressants !

Mysticité des soirs, des fleurs et des encens!

plusieurs fois il ira la guetter au passage

Pour lui jeter les fleurs de l'amour au visage,

Et bientôt, quand déjà, sous le ciel presque noir.

On défait lentement le dernier reposoir.

Quand la procession se disperse, il dérobe

Une image sacrée, un ruban de la robe.

Un serrement de main rapide et tendre, un rien,

Ou qui saitr' un baiser... Elle : s Voulez-vous bien

Vous taire ! » Mais il presse, et tous deux dans la rue

D'où la foule lassée est soudain disparue,

Vont... Les genêts mourants embaument sous leurs pas,

Et Dieu sait quels conseils ils murmurent tout bas!

La nuit est chaude encore après un jour de braise...

Tu parles. Vent des nuits, comme sainte Thérèse;,

Et tandis qu'alangui de senteurs tu t'endors,

Oh ! quel bruit de baisers au fond des corridors !

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