‹ La CigaleChapitre 5 sur 151 · BAL DANS LA NUIT · texte numérisé non relu

BAL DANS LA NUIT

Je m'avance, à travers l'ombre douce du soir, Sous le bois du coteau d'où j'entends, sans la voir, La grande mer qui dit son chant toujours le même. Tout à coup, à cette heure ineffable où tout aime, Un bruit proche et léger se mêle au bruit des eaux ; C'est, sous les pins vibrants, comme un coucher d'oiseaux, Ou plutôt c'est un bruit de ruche où quelque abeille Irrite en bourdonnant son peuple qu'elle éveille.

Et voici qu'à travers les pins plus espacés.

Dans une aire, les bras aux tailles enlacés,

J'ai vu les paysans danser avec les tilles

Sous les yeux indulgents et joyeux des familles.

Ils dansent, oublieux des labeurs au soleil.

Au son du tambourin grave et de bon conseil

Que le galoubet raille avec sa voix menue ;

Et la lune se cache à demi sous la nue,

Discrète, cependant que tournent les danseurs

Et qu'au loin sur la mer tranquille, aux flots berceurs,

Profitant de l'orchestre en plein vent dont la brise

Parfume en l'apportant la musique surprise,

Les Sirènes et les Tritons leurs amoureux

Au chant des galoubets lointains dansent entre eux.

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