BAL DANS LA NUIT
Je m'avance, à travers l'ombre douce du soir, Sous le bois du coteau d'où j'entends, sans la voir, La grande mer qui dit son chant toujours le même. Tout à coup, à cette heure ineffable où tout aime, Un bruit proche et léger se mêle au bruit des eaux ; C'est, sous les pins vibrants, comme un coucher d'oiseaux, Ou plutôt c'est un bruit de ruche où quelque abeille Irrite en bourdonnant son peuple qu'elle éveille.
Et voici qu'à travers les pins plus espacés.
Dans une aire, les bras aux tailles enlacés,
J'ai vu les paysans danser avec les tilles
Sous les yeux indulgents et joyeux des familles.
Ils dansent, oublieux des labeurs au soleil.
Au son du tambourin grave et de bon conseil
Que le galoubet raille avec sa voix menue ;
Et la lune se cache à demi sous la nue,
Discrète, cependant que tournent les danseurs
Et qu'au loin sur la mer tranquille, aux flots berceurs,
Profitant de l'orchestre en plein vent dont la brise
Parfume en l'apportant la musique surprise,
Les Sirènes et les Tritons leurs amoureux
Au chant des galoubets lointains dansent entre eux.