ORIENT, OCCIDENT
(Cette pièce forme la préface d'un livre intitulé : Bible de l'Occident, recueil de poëmes philosophiques aetuellement inédits.)
Les peuples, affamés de joie et de lumière, Aux pays d'Orient ont cherché le soleil : Hier encore un chant d'amour et de prière Jaillissait de nos coeurs vers l'Orient vermeil.
Orient! Orient! Plus d'un esprit mystique Tournait languissamment ses yeux vers l'Orient... C'était la grande mer, c'était la plage antique D'où les baumes montaient vers le ciel souriant.
Les songes, les désirs, les molles espérances, Les attendrissements vagues, les doux essors, Emportaient l'âme loin des terrestres souffrances : Jésus prêchait la haine et le mépris du corps.
Et les uns, quoique fils de la Gaule Celtique Où naît le rire humain, splendide et cordial. Chantaient Bouddah, qui tend son lotus symbolique Au troupeau des Fakirs dans le Gange lustral.
ERNEST LAVIGNE
Les autres regrettaient l'orgie Égyptiaque
Et mettant sur leurs yeux les longs voiles d'Isis,
Mystérieusement, dans une nuit opaque,
Nous menaient par la main aux fêtes d'Eleusis!
Tous avaient de beaux chants pour les pays d'aurore ; Tous avaient un élan d'amour sentimental Vers ce monde en débris que notre histoire ignore, Et ces Gaulois rêvaient du ciel oriental.
Ils disaient : « O mon âme, » et les métempsychoses. Les voyages divins de l'Être, les exils Dans les astres lointains, toutes ces sottes choses. Toutes ces pauvretés, tous ces rêves subtils,
Leur arrachaient des cris d'extase, et la folie Montant à leur cerveau comme un fumet joyeux, Leur montrait l'homme roi, l'homme divin, partie Du grand Tout éternel, assis parmi les Dieux !
Mais aujourd'hui la source où le soleil s'allume N'est plus au bord sacré du Gange ou du Jourdain ; Ce jour mélancolique est trop près de la brume; Mortels sont les rayons de son astre incertain.
Le soleil d'Occident éclaire et vivifie. Il n'a pas la lueur des Orients vantés ; Mais il féconde un sol lier, libre, où ma patrie A la soif des humains verse les vérités.
Le soleil d'Occident, ô terre Européenne, L'astre d'où sort à flots le rayon nourricier.
q6 la cigale.
Un astre de science et de santé sereine, Conviant les humains à son commun foyer,
Voilà le but, voilà l'espérance divine ; Et le fleuve d'amour où boivent les esprits. Science ! Paix! Voilà le cri de ta poitrine, Babel de l'Occident, cité de Dieu, Paris!
O superstitions, erreurs, hypocrisies, Plongez dans le chaos qui vous élaborait ! Les saintes libertés vont être ressaisies ! Entin la Vérité, toute nue, apparaît!
Les faux savants, masqués de mensonge et de haine. Ceux qui sous leurs manteaux cacheraient les soleils. Sophistes, histrions, à qui la race humaine Doit Saturne et Moloch, à la peste pareils,
Tous ces témoins vendus, ces sycophantes blêmes Qui font de la science un trafic impudent Et pour gagner de l'or construisent des systèmes. Je les ai dévoilés aux rayons d'Occident.
Ils sont puissants ! — • Mais toi, fils du grave Lucrèce, Poëte, ayant Eschyle et Hugo pour parrain, La Gaule est avec toi, l'Italie et la Grèce! Tu peux jeter le gant, avec l'épée en main !
J'ai dédié ce livre à la Patrie Humaine, A toi, ma France aimée, asile universel; Prends cette Bible où chante une muse hautaine Et mets-la doucement sur ton sein maternel.
ERNEST LAVIGNE
A Paris, noble usine où l'Idée est ourdie,
Au prisme d'où jaillit la flamme! — A toi ces vers!
C'est toi qui m'as donné cette hache hardie
Dont j'ai frappé le cœur du chêne en proie aux vers !
HECTOR L'ESTRAZ