SAULES ET POMMIERS
Il ne faudrait pas croire au moins que nos rivages Soient partout sans fraîcheur, torrides et sauvages ; Nous avons, même en août, des coins mystérieux Où quelque source met un bleu reflet des cieux, Où le peuplier droit monte, où verdit le saule. Où frémit le roseau que l'hirondelle frôle, Où l'herbe est verte, épaisse, humide; où, nés des eaux, Mille insectes bruyants sont chassés des oiseaux.
Là, tandis qu'à cent pas, en écartant des branches,
Tu vois un grand chemin, poussière et pierres blanches,
Où quelque charretier s'endort sur le brancard.
Là, tu peux errer seul et rêver à l'écart.
Là, parfois, dans les prés sillonnés de rigoles,
Marche, échangeant l'amour et les douces paroles,
Un beau couple d'enfants se tenant par la main.
Là, dans les gazons drus sans trace de chemin.
Se dressent les pommiers aux fruits dorés et roses...
Eh ! si, parmi les fleurs dans la verdure écloses.
Nous n'avions pas le saule et le pommier, comment
La Galatée, afin d'agacer son amant, Pourrait-elle jeter la pomme, et fuir, agile, Vers les saules, ainsi qu'il est dit dans Virgile?