L'AIOLI
— « Nous ferons l'aïoli ! c'est dit ! » Et chacun rêve Du cabanon parmi les pins, près de la grève, Où (tandis que les uns pèchent quelque poisson, La ligne en main, tirant trop souvent l'hameçon. Tandis que moins ardents les autres font un somme), Le plus connu pour son adresse, le vieil homme Habile à bien broyer dans le mortier profond L'ail roux avec qui l'huile exquise se confond. Travaille, sans témoin qui le trouble et l'arrête : Son pilon régulier tourne, et, penchant la tète, D'une main vigilante il broie, et l'autre main Verse l'huile qui coule et ressemble en chemin, Goutte à goutte épandue, à de l'or qui s'égrène.
Voilà ce que nos gars, en piochant dans la plaine, Rêvent pour les grands jours, car les jours de travail Ils mangent simplement leur pain dur frotté d'ail, Et l'aïoli que l'huile adoucit, verte ou blonde, Promet tout un festin où le légume abonde. Où l'on a quelquefois un bon plat de poissons. Où, s'il a plu, l'on a de ces colimaçons Que les tilles s'en vont chercher sous les feuillées, Dans les fenouils luisants et les sauges mouillées... C'est pourquoi quand la foudre au lointain fait prévoir L'eau qui les fait sortir de terre, l'on peut voir
Les paysans, avec d'expressives grimaces,
Se dire : « Eh, eh ! voilà le tambour des limaces !