M. LE SOUS-PRÉFET, M. COQUILLE
M. LE SOUS-PREFET
Je VOUS ai fait mander, monsieur Coquille , parce qu'avant de vous autoriser à faire placarder les affiches de la lectrice en poésie, je tenais à savoir au juste ce que renferment ce Cain et ces Pauvres gens.
M. COQUILLE, avec une feinte bonhomie. (M. Coquille passe dans le pays pour un esprit libéral.)
Ma foi, monsieur le sous-préfet, j'imprime, c'est mon métier, mais je ne lis jamais... excepté, bien entendu, les arrêtés de la sous-préfecture. Il n'y a que cela qui m'intéresse en fait de littérature.
lyo LA CIGALE.
M. LE SOUS-PRF.FF.T
Je VOUS remercie. Alors \"ous ne savez rien de Cain et des Pauvres gens ?
M . COQUILLE
Rien, non, monsieur le sous-préfet.
M. LE SOUS-PREFET
Les Pauvres gens, ce doit être tiré des Misérables ; à moins que les Misérables ne soient tirés des Pauvres gens... Quel ennui! Dites-moi, monsieur Coquille^
M. COQUILLE
Je vous écoute, monsieur le sous-préfet.
OÙ pourrait-on se procurer les œuvres de M. Victor Hugo?
M. COQUILLE
Je n'en sais rien, monsieur le sous-préfet. Cet auteur
est si peu estimé aujourd'hui! (ici nraprlmeur cbcrche à dissimuler un sourire moqueur qui vaut un long pocme.)
M. LE SOUS-PREFET
Voyons, cherchons, il faut que nous les trouvions. Il y va peut-être de ma sous-préfecture !
M. COQUILLE
C'est sérieux alors. Voulez-vous que j'aille chez le libraire? Je sais qu'il n'a que de bons livres, mais peutêtre, par hasard, on ne sait pas...
M. LE SOUS-PRÉFET
Oui, c'est cela, faites-moi ce plaisir. Allez d'un coup de pied chez M. Page, et apportez- moi lestement le volume où se trouvent Cain et les Pauvres gens. Quant
à la Sainte Célimène, de l'abbé Autran, malgré ce qu'on m'en a dit, je suis tranquille.
(L'imprimeur, que je soupçonne fort d'avoir dans sa bibliothèque particulière et soigneusement reliées toutes les poésies de Victor Hugo, se sauve plutôt qu'il ne sort, eu se mordant les lèvres.)