‹ La CigaleChapitre 71 sur 151 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M. LE SOUS-PRÉFET

Depuis huit jours que cette M'"° Ernst, qui se dit lectrice en poésie des cours annexés de la Sorbonne, est dans nos murs, je ne suis pas tranquille. Que diable avait-elle besoin de pousser jusqu'ici ses promenades poétiques? S'il y a quelque chose d'inutile au monde, c'est à coup sûr la poésie, que les gouvernements forts devraient bannir comme une superfluité souvent dangereuse.

Platon, si jai bonne mémoire, voulait qu'après avoir couronné de fleurs les poètes, on les bannît de la république. Dieu merci! personne aujourd'hui, en France, n'oserait prononcer le mot inconvenant de république, même à propos de Platon, mais nous avons encore des poètes, des idéologues, comme disait Napoléon le Grand (je veux dire Napoléon P'", car ils sont tous grands), et cet état de choses commande une prompte et énergique réforme.

Il m'est revenu que, dans la deuxième séance poétique préparée par cette femme dangereuse, M'"" Ernst aurait l'intention de réciter le Cam, de M. Victor Hugo, et les Pauvres gens, de ce même cerveau creux.

Aussi ai-je fait mander en toute hâte l'imprimeur de la sous-préfecture, chargé d'imprimer les affiches de cette voyageuse en vers alexandrins. Il saura bien me dire, lui, ce que renferment ces pages mystérieuses. Précisément, le voici.

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