‹ La CigaleChapitre 87 sur 151 · A ARLES · texte numérisé non relu

A ARLES

Eau-Forte par Paul Maurou.

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et des tables couvertes d'instruments de physique. Il vivrait en vrai savant.

La pensée de Marie était ce qui l'occupait le moins. On arriva au val de Bassol. C'était un grand cirque, au fond duquel le pic du Midi d'Ossau élevait, au milieu des autres cimes, sa tête blanchie par la neige. Sur le revers des montagnes, serpentaient, comme des lacets, les escaliers des schlitteurs. Çà et là, quelques grands troncs d'arbres, arrêtés dans leur chute par un ravin ou une roche, ressemblaient à des monstres dressés au bord des abîmes. Sur les montagnes environnantes, la nature était âpre et sauvage; mais, comme en une corbeille fleurie, le val de Bassol offrait sur ses frais gazons la flore la plus douce et la plus variée.

Cependant Marie, marchant à travers cette belle prairie, cherchait attentivement la plante de daphné, François la suivait, se courbant ici et là, ne sachant, au milieu de tant de richesses, s'il devait donner la préférence aux insectes ou aux fleurs.

Près du ruisseau, à l'ombre d'une roche, s'étalait le précieux daphné. C'était un joli petit arbuste, au feuillage vert et lustré.

Cependant François devint pâle, car les boutons et les fleurs avaient été soigneusement cueillis. Ainsi dépouillé, le daphné avait perdu tout son attrait.

Après tant de fatigues et d'espoir, fallait-il renoncer au bonheur de posséder une fleur aussi rarer^ L'herbier allait donc se trouver privé, par une inconcevable fatalité, de sa plus belle pageî^

Et Mutel, découragé, mécontent, humilié, s'assit et pleura de dépit.

Afin d'adoucir un peu les regrets du jeune homme,

Marie tira de son sein le bouquet fané, pour le lui offrir.

Rouge et tremblante, elle hésitait encore, lorsque de bruyants claquements de fouet retentirent sur les hauteurs de Bious-Artigues. Gardant les fleurs dans sa main, elle sarrèta pour écouter.

C'était une fanfare joyeuse, dont les guides béarnais aiment à faire retentir les échos des montagnes.

« C'est mon parrain, c'est Marcelin », s'écria Marie, avec joie, en apercevant le guide.

A la vue de sa filleule, Marcelin fit tourner bride à son cheval et se mit à descendre les pentes raides de la montagne de Bious-Artigues, qui le séparaient du val deBassol, où se trouvaient Marie et François.

Marcelin paraissait âgé d'une trentaine d'années. C'était un bel homme, souple et vigoureux, gracieux et bien musclé. Son béret, crânement posé sur sa tête, laissait à découvert une épaisse et noire chevelure qui retombait sur son cou. Son œil était vif et hardi, sa bouche rieuse, son pied petit, sa main mignonne. Sa physionomie était franche, ouverte et sympathique.

Lorsque Marcelin arriva au val de Bassol, son cheval hennit joyeusement, comme pour saluer Marie.

François pensa devenir fou de surprise et de joie, car un magnifique bouquet de daphné se trouvait attaché au pommeau de la selle du guide. Ce dernier mit prestement pied à terre, et offrant le bouquet à la jeune fille :

« Tiens, lui dit-il, je n'ai pas oublié que c'est demain le 15 août. Je venais te souhaiter ta fête avec les fleurs que tu préfères. »

Et il embrassa Marie sur les deux joues.

« Çà, maintenant que voici des fleurs fraîches, rends-

moi celles qui sont fanées Amoins, ajouta-t-il, à voix

basse, et en désignant François, que tu ne les aies données à quelqu'un.

— Les voilà, » dit Marie, en remettant à Marcelin le bouquet tlétri quelle avait gardé dans sa main.

Le guide jeta gaiement les fleurs fanées dans le ruisseau.

1 Encore un bouquet qui témoigne de la liberté de ton cœur », dit-il, comme allégé d'un grand poids.

Cependant le beau bouquet de daphné exhalait un parfum enivrant, et les yeux de François brillaient d'un feu étrange en le contemplant.

Marie se pencha vers Marcelin,

« Me permets-tu de donner la moitié de ces fleurs à ce berger? dit-elle, à voix basse, endesignantMutei.il court depuis ce matin sur la montagne pour en cueillir de semblables. Je l'ai conduit ici, où je savais que croissait un daphné^ mais tu avais enlevé déjà toutes les fleurs, et je me trouvais bien embarrassée. Il paraît être fort savant. Parle-lui; tu verras comme il est instruit. »

Marie, sur lacquiescement de son parrain, fit deux parts de son bouquet et en offrit une à Mutel, qui partit bien vite pour aller dessécher, étiqueter et étaler dans son herbier, le précieux daphné.

Le guide le suivit quelque temps du regard.

« C'est un beau garçon, à l'air résolu, dit-il. Un peu plus tôt, un peu plus tard, il fallait bien s'attendre à voir venir les amoureux», murmura-t-il, en soupirant.

Et embrassant Marie, non sans quelque émotion, il lui dit adieu.

La jeune fille revint lentement au village. Pour la première fois, elle se sentait seule, et il lui semblait se

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réveiller comme après un rêve. L'image de François s'était si bien gravée dans son esprit, qu'elle croyait toujours sentir le feu de ses regards et entendre le son de sa voix, un peu mâle.

Le lendemain, c'était fête au village de Zousty, et, en habit du dimanche, Marie se dirigea vers l'église. Elle respirait, d'un air pensif, les daphnés attachés à sa ceinture, et elle sentait qu'elle aimait encore plus ces fleurs depuis qu'elle avait vu le beau berger y attacher un si grand prix.

Derrière l'église, s'élevait, en amphithéâtre, une longue terrasse, qui, soutenue par un parapet naturel de schiste et de gazon, formait un large plateau au milieu du \illage. Tous les paysans des environs, échelonnés par groupes, se trouvaient là réunis, et lorsque Marie sortit de l'église, les musiciens, déjà à leur poste, étaient entourés d'un cercle de danseurs.

Marcelin, tout pimpant, venait d'arriver. Et prenant la main de Marie, il se mit à conduire une de ces chaînes charmantes, où le cavalier, placé en tête, danse à reculons, en se tournant vers sa danseuse, et les mains enlacées aux siennes, exécute, avec elle, mille poses gracieuses.

Chacun applaudissait le guide et sa lilleule.

Le musicien commençait à être fatigué, lorsque tout à coup un jeune homme apparut, écarta la foule, fit descendre le musicien de son estrade, y monta à sa place, et, un instrument bizarre dans ses mains, se mit à jouer avec énergie l'air approprié à la danse à laquelle se livraient Marcelin et Marie. C'était François. Dans ses longues journées de solitude sur la montagne, il s'était amusé à fabriquer un instrument

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qu'il voulait substituer au naïf flageolet de la vallée dOssau.

Tout primitif qu'il fût, l'instrument de François causa une admiration générale.

Marie était dans le ravissement. Le succès de Mutel la faisait rougir, comme si c'eût été le sien. Elle n'osait le regarder, mais elle sentait que François ne la quittait pas des yeux, et un sourire radieux épanouissait son visage.

François n'avait pas dormi. Il avait pesé toute la nuit les avantages que pouvait lui offrir son mariage avec Marie. Persuadé que ce mariage lui donnerait l'aisance, la liberté et la paix, il avait lini par décider que le plus tôt ne serait que le mieux. Il avait vu la maison, le jardin et les chèvres ; qu'avait-il besoin de faire plus ample connaissance avec la femme? En homme positif, qui fait bon marché des formes, il s'approclia donc de Marie, encore toute haletante de la danse, et lui prenant la main, il la fit asseoir sur un banc écarté. Puis ôtant son bonnet, et restant debout devant elle :

« Je sais moins bien faire les phrases que les instruments, dit-il. Voici donc la chose tout simplement. Je suis né à H... J'ai vingt-cinq ans, je suis orphelin et berger. Pour toute fortune, j'ai mes bras et ma tète. Mais ce ne sont pas les bras d'un fainéant, ni latèted'un imbécile. Voulez-vous m'accepter pour votre fiancé.^ Nous ferions la noce à la Noël.

— Demandez à mon parrain », répondit Marie.

Et elle s'enfuit, toute rougissante.

Marcelin se dirigeait précisément vers François.

Dans l'étrange situation où il se trouvait vis-à-vis de sa filleule, Marcelin désirait et redoutait à la fois de

connaître la vérité. Il n'était pas marié et avait jusque-là mené assez joyeuse vie. Comme un papillon qui voltige et ne se fixe sur aucune fleur, il aimait à errer de l'Ossaloisc, coiffée de pourpre, à la Basquaise, au blanc fichu; de la robuste femme des montagnes à la blanche fille des vallons, et de la soubrette piquante à la candide vierge du Béarn. Mais ce cœur, tout inconstant quil fût, avait su garder intact et pur l'attachement qu'il avait voué à Marie.

Cependant, depuis qu'il avait rencontré au val de Bassol François et Marie, il avait compris que l'heure du sacrifice approchait. 11 se tourna donc vers François, et, faisant un grand effort sur lui-même, il lui demanda ce qu'il pensait de Marie.

Mutel, ravi de se voir ainsi amené sur le terrain qu'il ne savait comment aborder, profita de Toccasion pour dire, sans autre préambule, qu'il aspirait à la main de la jeune fille.

« C'est aller bien vite, dit le guide, devenu soucieux. Trois conditions sont nécessaires pour obtenir mon consentement. L'une se rapporte à Marie. Il faut qu'elle aime son fiancé et qu'elle en soit aimée. »

François sourit d'un air affirmatif.

Marcelin continua : « La seconde condition, dit-il, c'est l'honnêteté du jeune homme. «

François fit un geste d'orgueil.

« Je sais déjà qui vous êtes, reprit le guide, en lui serrant affectueusement la main. J'ai vu hier soir le maître de votre troupeau. Il m'a dit que vous avez découvert des remèdes contre la clavelée et que vous guérissez gratuitement le bétail du pays. Mais j'ai appris aussi que vous êtes taciturne, distrait, et qu'absorbé par d'étranges

rêveries, vous laissez périr les agneaux dans les précipices, sans tâcher de porter secours aux pauvres bètes. Or, la troisième condition pour mériter la main de ma filleule, c'est le courage », ajouta-t-il en regardant fixement François.

De l'autre côté, sur le versant d'une haute montagne, fleurissait une petite plante, que le ciel semblait protéger. Ses boutons, caressés par une brise embaumée, commençaient à s'entrouvrir ; c'était un Lys rouge. Marcelin montra la plante à François.

« C'est là le bouquet des fiançailles de Marie, dit-il ; je tiendrai pour brave celui qui ira le cueillir. »

L'entreprise, toute périlleusequ'elle fût, tenta François. Triompher des obstacles de la nature, n'était-ce pas le but de sa vit? Ce qu'il n'aurait pas affronté par amour pour Marie, il résolut de l'accomplir par curiosité et par orgueil.

Il regarda donc attentivement autour de lui, pour découvrir un passage qui lui permît d'arriver à la plante désirée. Mais cela paraissait impossible, car le Gave déroulait à perte de vue ses ondes profondes entre de hautes montagnes vertes et glissantes comme des lames de verre.

François réfléchit quelque temps, le front appuyé dans sa main. Tout à coup il se leva sans rien dire, et se mit àdescendre le mont Verdal, du côté opposé au Gave. Il courait si vite sur l'herbe, qu'on aurait dit une avalanche vivante. Bientôt, comme un point imperceptible, il disparut au milieu des hautes fougères qui couvraient la montagne.

Cependant Marie, inquiète de ne voir revenir ni son parrain, ni François, était allée les chercher. Marcelin

lui raconta le mystérieux départ de Mutel, et tous deux, en silence, au milieu de ce calme désert, attendirent le retour du berger. La jeune fille, émue, fi'issonnait en pensant aux dangers que François allait affronter, par amour pour elle; elle le croyait du moins.

Le guide, moins confiant, hochait la tète,

« Il ne reviendra pas, disait-il à sa filleule. Il aura préféré renoncer à ta main que d'exposer sa vie. Descendons au village. »

Marie soupirait et ne bougeait pas. La nuit était venue. Soudain, une ombre se dessinant sur l'herbe, que la lune éclairait d'une fantastique lueur, s'allongea, grandit, et François parut. Il était sans bonnet, sans veste, sans ceinture. Son front était pâle, ses traits fatigués et ses membres meurtris ; mais il agitait dans ses mains de grands Lys rouges.

« Me voilà votre fiancé », dit-il à Marie, en lui donnant le précieux bouquet.

La jeune fille enleva de son corsage les fleurs fanées qui s'y trouvaient, pour y attacher celles qu'apportait François.

Marcelin regarda tristement les fleurs flétries, éparses sur le sol.

(I Je le savais bien, Marie, que tu remplacerais bientôt le bouquet de l'amitié par celui de l'amour, dit-il en souriant tristement. Maintenant, il s'agit de la rendre heureuse)), ajouta-il en serrant la main de François.

Puis tous trois se mirent en route. Marie, toute fière, s'appuyait en marchant sur le bras de son intrépide fiancé. A un coude du chemin, Marcelin s'arrêta.

« Adieu, Marie, dit-il d'un ton ému. Maintenant que tu as quelqu'un pour te protéger, il est inudle que

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j'aille à Vormil. Ton bonheur paraît assuré, ne pense plus à moi. Mais si tu pleures jamais, souviens-toi de celui qui a toujours su sécher tes larmes.

— Adieu, Marcelin », dit Marie.

Et elle se retourna pour embrasser son parrain. Mais le guide était déjà loin.

François venait chaque jour au village, les paysans félicitaient beaucoup Marie sur l'empressement de son fiancé. Hélas! ce n'étaient pas les charmes de la jeune fille qui attiraient François, mais les richesses minéralogiques que renfermait la montagne. Maintenant qu'il était botaniste, il voulait devenir géologue. Ce qu'il avait fait pour les plantes, il commençait à l'entreprendre pour les roches. Il les étudiait, en les comparant les unes aux autres, et il apportait dans la maison de Marie de véritables cargaisons de pierres.

La salle du rez-de-chaussée se trouva bientôt remplie par des fragments de granit, de calcaire, de schiste et par des coquilles fossiles de toute sorte. Peu à peu, François s'empara de toute la maisonnette. Il entassa au premier étage les livres dépareillés, les tableaux, les instruments qu'il put recueillir çà et là. Il voulait vivre, non en berger, mais en savant, pour se préparer une existence tranquille.

Il arriva un beau jour que François s'installa luimême dans la maison de sa fiancée. Ailleurs, peut-être, on aurait crié au scandale ; mais dans ce pays aux mœurs simples et naïves, cela sembla une anticipation toute naturelle de l'avenir.

Mutel respecta, d'ailleurs, la candeur de Marie, non par délicatesse, mais bien parce qu'il appartenait tout entier à la science.

Cependant, la fête de la Noël approchait, et François n'avait pas Tair de se souvenir que ce fût 1 "époque fixée pour son mariage.

Un matin, un petit pâtre apporta à Marie une lettre de son parrain.

« Le moment de ton mariage approche, écrivait Mar- >( celin à Marie. J'aurais voulu te servir de témoin, 1 mais me voilà à Pau, où se trouvent déjà beaucoup (( d'étrangers, et je ne puis m'absenter. J'ai appris que « François était fort estimé à Vormil. Je crois qu'il caus sera la prospérité du village. Puisse-t-il assurer ton « bonheur! Ne m'accuse pas d'indifférence si je ne puis '( voir bénir ton mariage. Du moins, mes prières pour a toi monteront vers le ciel. Désirant que tu aies cejouri( là un souvenir de ton parrain, je t'envoie, pour orner tes cheveux, la torsade d'or de mon béret du dimanche. " Si tu as jamais quelque cause de chagrin, renvoie-moi !t cette torsade, et j'accourrai bien vite près de toi. s

Marie ne vit pas qu'une larme avait mouillé le papier de Marcelin. Sa lettre à la main, elle alla trouver François, et faisant un effort sur elle-même :

« C'est demain la Noël, dit-elle, d'un air tremblant Et notre mariage >

— On ne peut y songer pour sitôt, répondit Mutel ; mais fixe toi-même un autre jour. »

Marie, avec un peu d'hésitation, proposa le samedi suivant. François n'y voyant point d'obstacle, la jeune fille, radieuse, alla préparer sa toilette de mariée.

François sétait mis, depuis quelque temps, en tête d'apprendre le latin. Un matin qu'il essayait de traduire VEpitome historiœ sacrce. Marie, en beaux habits de fête, entra dans sa chambre.

t Habille-toi bien vite » , dit-elle en sarrètant sur le seuil.

François la regarda avec étonnement.

« Ne te rappelles-tu pas que c'est aujourd'hui que nous devons aller àLaruns pour nous marier r* » reprit-elle.

Mutel se mit à rire d'une façon si étrange, que la jeune fille en eut froid au coeur.

« Nous marier! s'écria-t-il ; ai-je demandé au maire de H... les papiers nécessaires? Le curé est-il averti/^ Nos bans sont-ils publiés.^ »

Marie resta atterrée.

« Je ne veux pas me marier de quelque temps encore. J'ai des travaux à terminer, et je te prierai, à Tavenir, de n'entrer dans ma chambre que lorsque je t'appellerai, ji

Et d'un geste, il congédia Marie.

L'orpheline se trouva désormais bien seule.

Un beau matin d'avril, comme l'alouette entonnait sa première chanson, la porte de la chambre de François s'ouvrit.

« Latine loquor! » s'écria-t-il. Et franchissant d'un bond l'escalier, il vint brusquement embrasser Marie, assise à son métier.

La jeune fille regarda avec com-passion son fiancé. Il était méconnaissable. Son visage envahi par une barbe épaisse, ses ongles crochus, ses longs cheveux, qui descendaient sur ses joues pâlies, lui donnaient l'air d'un spectre. Depuis quelques semaines il ne s'était pas couché, et ses vêtements usés flottaient sur son corps amaigri.

Marie le crut fou. Mais bientôt, en apprenant qu'il savait le latin, et qu'il était tout disposé à l'épouser, ce fut elle à son tour qui manqua devenir folle de bonheur.

« Il faut aller à Laruns, pour acheter une veste

neuve, dit- elle à François, en lui faisant remarquer le mauvais état de ses habits. Nous irons aussi chez le maire et chez le curé, ajouta-t-elle en rougissant. Tes papiers sont arrivés de H..., nous pouvons nous marier la semaine prochaine.

— Fais de moi ce que tu voudras «, répondit François en lui offrant gaiement son bras.

Et par celte douce matinée de printemps où tout était jeunesse, parfum et joie, ils descendirent le sentier fleuri de la montagne.

François semblait renaître à une ère nouvelle. Arrivé à Laruns, il se fit raser, coiffer, habiller de neuf. Il revint si pimpant, que toutes les jeunes filles enviaient le sort de Marie, et celle-ci oublia bien vite, en face d'un si complet bonheur, toutes les angoisses du passé.

Un vieux guide, portant de gros volumes sous le bras, attendait les jeunes gens à 1 entrée du village.

« Je sais que vous cherchez partout des livres, dit-il à François. En voilà que j'"ai trouvés dans un grenier du vieux château de Bante. Personne ne peut les lire. Je suis \enu voir si vous, qui savez tant de choses, ne pourriez déchiffrer ce grimoire, s

Mutel s'empara vivement des livres, et à mesure qu'il en parcourait les premières pages, son visage s'illuminait de joie.

« Ce sont des dictionnaires et des auteurs grecs, dit-il avec transport. Je vais pouvoir apprendre cette langue merveilleuse, source de toute n' menclature scientitique. Quétait-ce de savoir le latin, sans connaître le grecr* Grâce à ces livres, je pourrai compléter mes études. »

Et il courut bien vite s'enfermer dans sa chambre, pour feuilleter le précieux dictionnaire.

(( Adieu amour, adieu gaieté, adieu mariage », pensa tristement Marie.

Un soir, Marie vit venir à elle Mutel, les yeux hagards, les habits en désordre, les mains toutes noircies d'encre. Il tenait un papier couvert de caractères bizarres, et le présentant à Marie :

« Essaye de lire cela », dit-il d'une voix creuse.

La jeune tille ne put parvenir à déchiffrer une syllabe.

« C'est du grec, je sais le grec ! » voulut dire François.

Mais sa voix s'arrêta au fond de sa gorge. Il avait vieilli de dix ans. La privation d'air et d'exercice avait rendu son teint livide. L'insomnie avait rougi ses yeux, et ses épaules s'étaient voûtées sous un travail opiniâtre.

Marie tressaillit; il lui semblait voir l'ombre de Mutel.

« A quand la noce? dit-il d'une voix brève; maintenant je suis à toi. »

Ses yeux étaient injectés, ses regards fixes et ses gestes saccadés.

Marie prit son bras, le ramena, et le coucha comme si c'eût été un enfant. Une fièvre intense colorait les joues de François, tandis qu'un frisson nerveux faisait claquer ses dents.

De longues semaines s'écoulèrent sans qu'il eût la conscience de son triste état. L'équilibre moral de François avait été rudement secoué, et sa convalescence fut longue.

Les forces ne revenaient pas. Marie épiait ses moindres désirs; mais, malgré ses efforts pour le distraire, elle ne pouvait y parvenir.

Un profond ennui s'empara bientôt de François.

t Pars pour la ville, dit-il, un matin, à la jeune fille, Voici l'adresse d'un libraire ; tu lui demanderas des livres. »

Marie hésitait.

« Je ne puis me passer de livres, reprit-il. Je sens que je retomberai malade si je ne m'occupe pas. »

Marie était fort embarrassée ; il n'y avait plus d'argent au logis. La maladie de François avait depuis longtemps employé toutes ses économies.

Ouvrant son armoire, elle regarda, en soupirant, son costume de noce. Le capulet était d'un rouge aussi éclatant que celui de la robe d'un cardinal. La ceinture, brodée d'or, reluisait, comme une cuirasse au soleil. Le châle, dans ses dessins bizarres, offrait les couleurs de l'arc-en-ciel, et la jupe de lîne laine était bordée d'un large galon.

(i Faudra-t-il me séparer de ces beaux habits, avant qu'ils n'aient servi.- dit-elle toute pensive. Bah! lorsque François sera bien portant, il gagnera vite assez d'argent pour m'en acheter d'autres », ajouta-t-elle. Et enveloppant la pimpante parure dans son tablier, elle .se dirigea résolument vers la ville.

Elle en revint le soir même, avec quelques romans de "Walter Scott, deux ou trois volumes de Lamartine, un Plutarque; vme. Encyclopédie portative ci plusieurs traités abrégés, de chimie et de physique.

A partir de cet instant, François ne quitta plus ses livres.

Lorsqu il eut achevé la lecture de tous ses ouvrages, il sortit, d'abord chancelant et inquiet, puis raffermi et joyeux; enfin, aussi agile et aussi fort qu'aux premiers temps de sa jeunesse. Il semblait vouloir se dédommager

de sa longue réclusion. Aventureux et vagabond, il entrait dans une ère nouvelle. Il se livra tout entier à la passion de collectionneur naturaliste.

Sa chambre, qu'il nommait pompeusement son cabinet d histoire naturelle^ acquit bientôt un certain renom dans le pays. Malgré la difficulté du chemin, on venait, de plusieurs villages environnants, visiter les collections du savant des Pyrénées. On ne parlait plus dans la montagne que de François et de son savoir.

Jamais la maisonnette de Marie n'avait compté autant de visiteurs ; mais rien ne pouvait distraire la jeune fille de la mélancolie qui minait son âme.

Comme il était impossible de continuer à vivre ainsi, elle résolut de demander conseil à son parrain.

Elle partit donc un matin, et avant que le guide ne fût revenu de sa surprise de la voir arriver, la jeune fille pleurait dans ses bras. Ce ne fut pas sans embarras qu'elle dut avouer l'étrange situation dans laquelle elle se trouvait vis-à-vis de François Mutel.

« Je vais t'accompagner à Vormil, dit Marcelir. devenu pâle. François mérite que je le chasse de ta demeure.

— S'il me quitte, j'en mourrai, dit vivement Marie.

— Alors, il faut qu'il t'épouse tout de suite », reprit Marcelin.

Marcelin et Marie, un peu avant d'arriver à Vormil, rencontrèrent François, qui revenait d'une tournée sur la montagne. Il pliait sous un énorme faix de lichens, de pierres et de plantes bizarres. Le guide mit pied à terre, et s'avançant vers lui :

« Je ne veux pas te parler du passé, lui dit-il, car

ce serait faire souffrir encore le cœur de ma pauvre Marie; mais je viens t'adjurer de tixer le jour de ton mariage. Et cette fois, j'y assisterai, je le promets, ajouta-t-il en regardant le savant dans le blanc des yeux.

— Je suis très-disposé à épouser votre iilleule, dit François, d'un ton froid, mais comme j'ai renoncé à garder les troupeaux de mon ancien maître, je dois avant tout m'occuper de chercher un berger, pour me remplacer. Je vais donc être obligé de rester quelque temps absent de Vormil. La noce aura lieu à mon retour. »

Comme l'engagement qui lie un berger au propriétaire est un acte fort sérieux, Marcelin n'eut aucune objection à faire. François devait, en effet, songer d'abord à se libérer. Il se prépara donc à partir pour la ville où demeurait son ancien maître.

François eut un grand succès à Pau. Son amour pour l'étude, son intelligence, l'instruction qu'il avait déjà acquise, lui attirèrent la sympathie des savants.

Il revint à Vormil. l'àme enivrée de louanges et d'orgueil, et ce fut avec une ardeur nouvelle qu'il se remit à étudier les richesses de la nature.

Agile, prudent et frugal comme l'izard, qu'il rencontrait sur les cimes rocheuses, il affrontait tous les périls de la montagne. Chaque dimanche, il portait à Pau les insectes, les plantes et les pierres qu'il avait trouvés dans la semaine. Il les analysait, déterminait les espèces avec des hommes instruits, et revenait plus passionné que jamais pour les sciences naturelles.

François, tout entier à cette vie de collectionneur qui voit succéder sans relâche de nouveaux désirs à des désirs assou\is, semblait avoir complètement oublié la

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promesse qu'il avait faite à Marcelin. On commençait à trouver dans Vormil que Marie était bien niaise.

B Vous verrez qu'elle ne saura pas se faire épouser », disait-on.

Et le blâme public, au lieu d'atteindre le savant, retombait sur lorpheline.

Cependant, malgré son économie et sa prévoyance, Marie, à bout de ressources, fut obligée d'avouer à François qu'il n'y avait plus d'argent au logis. François, qui avait justement alors le désir d'acheter une presse pour dessécher ses fleurs, reçut très-mal la conlidence.

ï Eh bien ! vends une de tes chèvres, dit-il tout à coup, a^ ec l'accent fébrile de celui qu'une idée fixe domine.

— ■ Hélas! laquelle vendre? dit Marie en caressant tristement ses chèvres bien-aimées.

— Cela te regarde, dit François; mais je ne puis me passer d'une presse. Depuis que j'ai vu à Pau des fleurs desséchées à l'aide de cet instrument, je suis honteux de mon herbier, et j'ai hâte d'en préparer un nouveau, qui éclipsera même ceux de la ville. »

Marie se souvint de la belle pièce de toile destinée à son trousseau. Elle courut à l'armoire, prit le rouleau de toile et le porta bien vite au marché de Laruns.

f François aura la presse qu'il désire, et je garderai mes chèvres », dit-elle. Mais elle ne put retenir une larme, car avec le travail de sa jeunesse, il lui semblait vendre une partie de son bonheur.

Quelques semaines s'écoulèrent, douces et joyeuses. François, au moyen de sa presse, desséchait aussi bien les plantes grasses les plus épaisses que les plus délicates bruyères, et Marie assistait a\ec un double intérêt à l'épanouissement sur le papier de ce nouveau jardin.

Un matin, elle trouva la porte toute grande ouverte. Saisie d'un triste pressentiment, elle courut au hangar, qui servait d'ctable à ses chèvres. Il était vide. Elle comprit bien vite que Mutel, pour satisfaire une fantaisie nouvelle, avait vendu les pauvres bêtes sans la consulter, et elle pleura amèrement.

Soudain, François \int à elle. Il lui prit la main, la conduisit dans le cabinet d'histoire naturelle, et lui montrant, d'un air triomphant, les seize gros volumes du Dictionnaire de la conversation, rangés en bataille sur la table :

« Voilà du bonheur pour toute ma vie, dit-il. Tes chèvres donnaient la nourriture au corps, ces livres renferment l'aliment de l'esprit. »

En face de la joie de François, Marie n'osa plus regretter ses chèvres, et essuyant ses larmes elle sourit tristement.

Vers la lin du mois de juillet, un samedi matin, une lettre arriva à Vormil. C'était une invitation à dîner, adressée, pour le lendemain, à François, par un docteur de Pau, qui désirait le présenter à quelques étrangers. Le docteur ajoutait, e:\\post-scriptum. que la récompense qu'il avait sollicitée auprès du ministre, en sa faveur, serait probablement accordée le 15 août.

François pensa devenir fou de bonheur.

Tout à coup, le visage de François se rembrunit, et jetant un regard d'inquiétude sur ses vêtements de bure :

« Je ne puis aller dîner chez le docteur avec ces grossiers habits, dit-il ; non que je veuille jamais renier le costume béarnais, mais le savant agreste doit être en tout à la hauteur des savants de la ville. Je veux demain

faire honneur à mon pays. Une veste écarlate, un gilet de iine laine et des culottes de velours, me sont donc absolument nécessaires.

— Jésus ! s'écria Marie ; mais il y en aurait là pour plus de cent francs!

— Crois-tu qu'il soit convenable de lésiner sur l'habit sur lequel brillera la décoration de la Légion d'honneur? » demanda François, avec orgueil.

— On te donnera la croix comme au général que j'ai vu aux Eaux-Bonnes? s dit Marie, en joignant les mains.

Et comme si François fût devenu un autre homme, elle le regarda avec un mélange d etonnement et de respect.

« Comment me procurer d'ici à demain l'argent nécessaire pour acheter un habillement neuf? » demandait François en se promenant à grands pas dans la chambre.

« Ah! 1) dit-il tout a coup.

Et il se mit à rire de ce rire saccadé qu'il avait déjà fait entendre lorsqu'il avait promis à Marie de l'épouser.

La jeune tille eut froid jusque dans les os.

« Je vendrai demain ton chien Pastou à Pau », dit François.

Marie entoura le chien de ses deux bras comme pour lui faire un rempart de sa tendresse.

« Tu veux vendre Pastou! s'écria-t-elle douloureusement. Ah! François, ne le fais pas! Cela nous porterait malheur. N'est-il pas notre compagnon tidèle, notre plus vieil ami } »

Et des larmes tombaient de ses jeux sur la tête soyeuse du bon animal.

« Un chien n'est qu'une bouche inutile dans un ménage économe », répliqua durement Mutel.

— Pastou m'a sauvé la vie un jour dans la montagne, je ne souffrirai pas qu'on le vende, s'écria Marie^ indignée.

— Je vois bien, Marie, que tu as assez de moi, dit-il, d'une voix qu'il sut rendre calme. Il est certain que tu préfères ton chien à ton tiancé. Je ne t'importunerai donc plus de ma présence, et puisque je te suis à charge, je vais m'en aller, pour ne plus revenir. Je t'avais ménagé la surprise de ma décoration pour le jour de notre mariage, mais qu'il ne soit plus question de rien. Il le reste Pastou. adieu. »

Et d'un pas résolu, il se dirigea vers la porte, l'ouvrit et sortit.

Marie resta longtemps immobile de surprise, d'émotion et de douleur. Elle s'élança soudain hors du logis.

e François, s*écria-t-elle éperdue, François, reviens, je fen conjure. Tu feras ta volonté; sans toi, pourrais- je vivre dans cette demeure.^. . . »

Comment se fait-il que François se trouvât encore assez près de la maison pour entendre l'appel de Marie? Quoi qu'il en soit, il revint lentement, comme à regret, et reprit d'un air maussade sa place au foyer, en disant qu'il sacrifiait son avenir à sa fiancée. Il se posa enfin en martyr, si bien que l'orpheline finit par lui demander pardon.

Marie ne dormit pas de la nuit. Au point du jour, elle se leva et monta bien vite chez François, pour lui dire qu'elle était décidée à vendre son champ de maïs, plutôt que de renoncer à son chien bien-aimé. Mais la chambre du savant était déserte.

M"'e LOUIS FIGUIER. 277

I II est allé vendre Pastou », sécria Marie atterrée.

Tout à coup un espoir traversa son âme.

• En partant tout de suite, j'aurai le temps d'arriver à Laruns pour prendre la diligence. Je serai à la ville avant midi. Pastou ne sera pas encore vendu s, dit-elle.

Et elle descendit la montagne en courant.

Elle ne s'arrêta qu'à Laruns. Là, tout essoufflée. elle grimpa sur l'impériale de la diligence, dont on relayait les chevaux.

Au moment où l'antique horloge du château de Pau sonnait les douze coups de midi, la jeune tille se dirigeait vers la place Henri IV, où demeurait le docteur X...

Le docteur X... n'était pas chez lui, mais Marie apprit, par un domestique, que François, avec quelques autres savants, était parti depuis une heure pour les coteaux du Jurançon.

Marie s'informa avec anxiété s'il était accompagné de Pastou. Le domestique du docteur la toisa avec dédain.

« M. Mutel n'avait pas de chien avec lui. Ce sont les bergers, et non les savants, qui se font suivre de. ces animaux », dit-il d'un ton imposant.

Ce titre de monsieur, donné à François, établissait pour la première fois entre Marie et Mutel une immense distance. Regardant son capulet, son tablier et ses guêtres de laine, la paysanne soupira profondément; puis elle se mit à gravir doucement les coteaux tleuris du Jurançon. Mais la promenade était déserte et la jeune fille, découragée, pleura amèrement.

Revenue à Pau, elle fut obligée d'attendre quelque temps le départ de la diligence. Elle s'assit sur un banc écarté, au bord de cette terrasse splendide qui abrita les premiers pas et les jeunes amours d'Henri IV. Tout a couq

elle pâlit, la torsade, cadeau de son parrain, qui nouait ses cheveux, s'était détachée. Ce fut en vain que la jeune tille la chercha dans les allées et dans les buissons. Elle était perdue, et comme elle tenait beaucoup à ce sou\cnir de Marcelin, elle partit de Pau dans une tristesse inexprimable.

La diligence laissa la jeune Béarnaise à Laruns. De là, elle sachemina vers Vormil, par Fétroit sentier delà montagne.

La nuit approchait; de grands nuages s'amoncelaient à l'horizon, l'atmosphère était lourde et la nature embrasée.

Epuisée par la fatigue, oppressée par lorage, la jeune iille s'assit au bord du chemin et s'endormit.

C'était au fond d une gorge étroite. De grandes roches, entremêlées de chênes, se dressaient vers le ciel, tandis que des sapins confondaient en une silhouette immense leurs branches régulières.

Marie ne s'éveilla qu'au milieu de la nuit. De vifs éclairs illuminaient la campagne d'une fantastique lueur. C'était un de ces orages sourds qui, au lieu des éclats bruyants de la foudre, envoient sur la terre des tlammes silencieuses. Cette atmosphère brûlante imprégnait la nature d'une volupté étrange.

François était là, devant elle, vêtu de beaux habits, l'œil brillant, la tête échauffée par le ^in. le succès et la louange. Et prenant les mains de l'orpheline dans les siennes :

« Je t'aime ! dit-il avec une exaltation qu'elle ne lui connaissait pas.

— Jure-moi alors de m'épouser demain b, dit-elle vivement.

Un éclat de rire fut la réponse de François.

(c Je t'aime, » répéta-t-il en se rapprochant de la Béarnaise, lorsqu'un violent coup de tonnerre retentit dans le silence de la nuit, et Marie s"atîaissa inanimée sur le sol.

La foudre A'enait de tomber sur un chêne voisin, et François ne pensant plus qu'à étudier les phénomènes de l'électricité, abandonna la jeune tille, pour courir a Tarbre fracassé.

Cependant Marcelin avait trouvé, par hasard, sur la terrasse de Pau la torsade d'or qu'il avait donnée à Marie, et pressentant quelque malheur, il accourait vers le logis de sa filleule au triple galop de son cheval.

Ses soins et sa tendresse ranimèrent bien vite la jeune lîlle, qu'il rencontra sur la route.

» Crois-tu que cet être égoïste, qui t'aurait laissée mourir sans secours, soit digne d'être ton époux? » dit Marcelin à sa filleule en lui montrant François.

Une larme glissa sur les joues pâlies de l'orpheline, qui se retourna pour adresser du regard un adieu à François. Mais celui-ci, tout entier à la joie d'avoir découvert des traces de soufre sur une branche d'arbre, ne s aperçut pas même du départ de sa fiancée.

« Je connais quelqu'un dont la vie entière serait consacrée à ton bonheur, reprit le guide en serrant tendrement le bras de Ma.rie.

— Tu ne sais donc pas, Marcelin, qu'une honnête fille ne peut ressentir qu'un amour.^ dit-elle. Dieu seul doit recueillir les débris d'un cœur déchiré. Le dernier service que je réclame de ton amitié, c'est de me conduire au couvent des Carmélites de Montpellier. »

Marcelin comprit que la résolution de sa filleule était inébranlable.

« Et ta maison, et ton jardin.- demanda-t-il tristement.

— Je laisse cet héritage à François «, répondit Marie avec mélancolie.

Le savant des Pyrénées reçut, à quelque temps de là, la décoration de la Légion d'honneur.

Le même jour, arriva unepetite boîte de Montpellier, à son adresse. Elle contenait une natte de cheveux, avec ces simples mots : De la part de Marie, en religion sœur Véronique.

François déplia lentement l'épaisse natte, et la suspendant sur le mur, entre des empreintes de fougères et des coquilles fossiles :

« Cette magnilique natte de cheveux noirs sera une des curiosités de mon musée d'histoire naturelle, dit-il. Je ne crois pas qu'on en puisse trouver une semblable dans tout le Béarn, »

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