‹ La CigaleChapitre 96 sur 151 · LE R E G E. N T · texte numérisé non relu

LE R E G E. N T

Ma fille, ma chère duchesse!... (a Dubois.) L'abbé, laissenous un moment... mais sans t'éloigner... j'aurai besoin de te retrouver. (DuIoIs saïue et son.;

LA DUCHESSE;, très-abattue .

Je suis trahie.

LE REGENT, gai et léger.

Pardieu ! ma fille, quelle opinion vas-tu prendre de moi... D'honneur que je vais te faire rougir... Je viens te parler raison, morale, convenance; je viens te faire pleurer ou te faire rire... Mais, d'abord, que je t'embrasse.... c'est toujours cela de sauvé. (La regardant des pieds à la

tête.) Oh! oh!... mais te voilà séduisante est-ce que tu

vas poser )

LA DUCHESSE, sévèrement.

Vous êtes venu pour me dire...

LE RÉGENT

Ah! oui... m'y voilà... Tu me ramènes à la gra- \ité... hum! hum!... Madame, Bossuet avait coutume de dire....

LA DUCHESSE

Bossuet, monsieur...

LE RÉGENT

Mais comme ce pli manque d'ampleur!... c'est affreux !

LA DUCHESSE

Vous croyez?...

LE RÉGENT

De ce côté, l'étoffe est d'une indigence inconvenante.... et si tu as bien admiré la Vénus de Marly, tu sais, à gauche, tout près de l'Antinous, tu ne peux avoir oublié que les plis abondent de ce côté, et donnent à l'ensemble cette majesté gracieuse et légère....

LA DUCHESSE

Vous avez raison, je ferai changer tout cela... Mais revenons, je vous prie, à l'objet de notre visite.

LE REGENT

Qu'est-ce donc que je venais faire? Ah!... je te disais, je crois... Oui, c'est cela... Ma iille, je suis votre père... je suis votre maître... j'ai à garder intact l'honneur d'une grande maison, et quand je vois la cour et la ville s'occuper tout haut des légèretés de votre conduite...

Mes légèretés, monsieur... et c'est vous-même...

LE REGENT, embarrassé et cherchant une diversion.

Décidément, cela me choque... Oui, cette coiffure manque de style... Que ne me priais-tu de te dessiner tout cela... Ceci doit être à droite... ceci bien plus près de l'oreille gauche.

LA DUCHESSE

Je vais écrire vos indications.

LE RÉGENT

Et cette natte un peu moins avancée... Tiens, en

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deux coups de crayon, tu vas tout comprendre... et, plus tard, en jetant les yeux sur ce modèle... (n s'estassis et dessine.

— La duchesse regarde par-dessus l'épaule de son père.) L.A. DUCHESSE.

Oh ! c'est mieux ! cent fois mieux !... et je suis sûre qu'il me trouvera... (Se reprenant.) qu'on me trouvera...

Le Régent se lève, jette le crayon et déchire le dessin.) QuC lalteS-VOUS r LE REGENT.

C'est impossible î...

LA DUCHESSE

Impossible ! Quoi donc, mon père ?

LE RÉGENT

Vous ne pouvez épouser cet homme.

Cet homme!...

LE REGENT, à part.

Ouf ! me voilà lancé !

LA DUCHESSE

Cet homme, monsieur. . , .

LE RÉGENT

Pardonnez-moi... vous l'avez vu, j'hésitais à dire ce mot... je craignais tant de vous affliger... car, vous le savez, le respect de mon rang, l'intérêt de ma maison, rien ne parle si haut que ma tendresse pour vous.

LA DUCHESSE

Et vous venez m'ordonner...

LE REGENT

Des ordres à vousr^... Non! mon cœur ne saurait les

dicter, ma raison ne peut les admettre... Vous êtes veuve et libre, je le sais; mais vous êtes petite-fille de France, et ce titre que moi, voire père, moi le Régent, je suis le premier à respecter, je viens vous demander, ma fille, de le respecter vous-même. Je viens en appeler à l'amante égarée, à la fille soumise, à la véritable princessse, et je lui dis, sa main dans ma main, mes yeux fixés sur ses yeux: Ma fille, mon enfimt... (Kd.v.ant ae Hre.) Mais parbleu! j'ai bien fait de renvoyer l'abbé... il rirait trop, le drôle, de me voir solennel comme un Géronte de théâtre... Enfin, Louise, parlons sérieusement... revenons à notre nature toute franche, toute libre, et mènemoi bien vite à ce Riom, afin que je lui dise, comme un vrai papa de la cité... Touchez là, notre ami... vous n'aurez pas ma fille.

LA DUCHESSK.

Un instant, monsieur.... Quoique veuve et libre, je suis une fille obéissante, je le sais; mais si lextrême soumission peut coûter le bonheur de la vie...

LE REGENT

Bon cela!

LA DUCHESSE

A votre tour, permettez-moi de poursuivre.... Je ne dois rien au monde, mais je me dois, à moi, mais je dois à vous-même, monsieur, de donner aux passions de mon cœur cette régularité que la conscience impose aux princesses aussi fortement qu'aux femmes du peuple.... J'ai consulté l'abbé Riglet....

LE REGENT

Belle consultafion!... Que ne preniez- vous Dubois?

LA DUCHESSE

Il m'a dit d'épouser... Ses raisons m'ont touchée, et dans un instant je serai la femme de monsieur de Riom.

LE REGENT

Jamais !

LA DUCHESSE

Sérieusement, mon père?'

LE REGENT

Vous savez si jamais j'ai parlé en maître; mais sous la menace d'un mariage odieux et ridicule, mais en présence d'un acte qui couvrirait ma maison d'une honte et d'un déshonneur éternels, je sens mon énergie se réveiller.

Un éclat, monsieur!...

LE REGENT

Si les droits du père ont cessé d'exister, l'autorité du Régent demeure pleine et absolue.... Où la fille a disparu, je retrouve la sujette qui ne peut disposer d'elle sans l'agrément du Roi, dont je tiens les pouvoirs... et

cet agrément, je le refuse. (Remontant la scène et parlant très-haut.)

Je défends à tout agent public, ou privé, de prêter les mains à ce mariage, et s'il est conclu, malgré ma défense, la Bastille me fera raison de l'époux et des complices. (Le Régent redescend, s'assied et ne détourne pas les yeux. La duchesse le salue très-respectueusement. Dubois rentre et rencontre la duchesse au fond.)

LA DUCHESSE

Tu m'as trahie !

DUBOIS

Duchesse...

LA DUCHESSE

Je ne sais comment; mais mon mariage est rompu.

D U B G I S, avec intérêt

Oh!

LA DUCHESSE

Je reviendrai dans une heure

Bien!

LA DUCHESSE

Et si la défense n'est pas levée...

DUBOIS

Diable !

LA DUCHESSE

Le pape et l'archevêque liront avant huit jours ton contrat de mariage. Sur ce, bonne chance à votre future

Eminence. (Dubois est atterré.)

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