HISTORIOUK DE LA CILICIE (SECONDE PARTIE
à Beyrouth pour protester contre la cessation du Contrôle administratif dont il prévoyait les dangers.
Le 18 septembre, à Karatach, dans une entrevue devenue fameuse, le général Gouraud ordonnait l'évacuation de la Cilicie, sauf Mersine.
Les Arméniens qui, en 191 9, avaient été dirigés sur la Cilicie aux frais de la France, sur l'ordre de M. Georges Picot, commencèrent à être transportés vers Constantinople; mais l'ordre parvint de Paris de surseoir aux ordres d'évacuation. Les iVrméniens furent alors ramenés à Mersine.
En octobre, le général Garnier-Duplessis nommé au commandement des trois divisions nord de l'armée du Levant (i^ Adana, 2° Alexandre tte, 3*^ Alep- Killis) formait aux ordres du général Goubeau trois colonnes qui, par Toprak-Kalé, Osmanié, Bakerlé et Djïhan, balayaient toute la plaine, atteignaient Adana, chassaient devant elle l'ennemi en fuite, enlevaient le Djebel Kef au nord de Tarsous, prenaient des drapeaux, des canons et du matériel.
Les Kémalistes fuyaient vers Bozanti ; les ruraux, fatigués de toutes ces guerres, rapportaient les rails de la voie ferrée enlevés par eux-mêmes quelques mois auparavant sur la pression des Nationalistes. En novembre, les trains circulaient librement entre Messine et Osmanié. L'attitude des populations prouvait que si les Kémalistes avaient réussi à les soulever en 1920, c'est que ces derniers avaient, po\u' elles, représenté la force. L'armistice conclu avec les Kémalistes, la publication du traité de Sèvres, coupant en deux la Cilicie, le manque de matériel, de
vivres, la pénurie de T. S. F., d'auto=mitrailleuses, qui n'avaient pas permis aux Français de se porter rapidement au secours des villages attaqués, étaient parmi les causes de nos revers en Cilicie.
En décembre, les combats reprenaient en Cilicie par suite du départ, vers Aïn Tab, de la colonne Goubeau. Mais la masse des paysans est fatiguée de toutes ces guerres; la preuve en est faite parce que les Kémalistes essaient actuellement de changer le mouvement touranien en un mouvement islamique. Ce mouvement s'organise en ce moment pour se manifester vraisemblablement au printemps de 1921.
La Cilicie était, en janvier iQ'^i, ainsi administrée. Le sandjak de Selefké est toujours rattaché directement à Constantinople (zone d'influence italienne). Le reste de la Cilicie à l'Ouest du fleuve Djihan est administré par le général Dufieux, délégué du Llaut- Commissariat de Beyrouth, commandant la i^^. Division de l'armée du Levant, concentrée sur le même territoire. A l'Est du Djihoun le caza de Djihan, le sandjak de Djebel Bereket sont rattachés militairement et administrativement à la Division d'Alexandrette. La Cilicie française est ainsi coupée en deux parties. D'après le traité de Sèvres, la zone Ouest (Adana) reste à Constantinople. La France conserverait des avantages économiques, le conlrcMe sur la gendarmerie et sur les fmances.
Les Turcs revendiquent Smyrne, la Thrace et la Cilicie. La Cilicie ne passe actuellement qu'en troisième lieu, et l'absence de troupes régulières kémalistes démontre qu'il est encore temps de trouver une
JIISTORIQUIÎ DG F>A SILICIl!: (SECONDK PARTIlV). III
solution satisfaisante en ces régions. Mais les Kémalistes désirent-ils une entente ? D'après leur passé, il est vraisemblable de penser qu'ils ne feront la paix que convaincus de notre force militaire. D'après leur passé encore, et d'après leurs méthodes, il est à craindre que les avances faites ne leur fassent croire à notre faiblesse au lieu de leur démontrer notre désir d'entente. D'ailleurs les conditions faites par Moustafa Kemal pour accepter de « causer » montrent l'immense orgueil des Nationalistes, orgueil qui empêchera vraisemblablement toute entente.
La situation politique à fin janvier iQ'^i est telle en Cilicie : A l'Ouest du fleuve Djihoun, les Français tiennent la plaine, mais le Taurus est encore solidement occupé par les bandes Kémalistcs. Cependant Refat bey, ancien commandant de division ottomane sur le front de Palestine, se rend compte que les populations musulmanes locales ne tiennent plus à combattre et demande au gouvernement d'Angora d'envoyer en Cilicie des forces de l'intérieur. Les Kémalistes essaient de préparer pour avril 1921 une vigoureuse offensive; ils occupent encore une bonne partie de la'Cilicie : le Taurus entre Mersine et Adana, le sandjak de Khozan, les caza de Bagché-Harouniyé, d'Islahiyé et de Khassa; ils ont établi un gouvernement local (mutessarifs, caïmacams, mudirs), à côté de celui installé par Constantinople et contrôlé par les Français. Les Nationalistes s'efforcent de faire la conscription de toutes les classes en état de porter les armes, mais il semble bien que les Musul-
mans soient las de toutes ces guerres qui les empêchent de travailler et de s'enrichir.
A l'est du Djïhoun, la situation est semblable, avec cette différence que la féodalité locale des beys a repris toute sa valeur. Les montagnards recommencent à piller les villageois de la plaine ; les Kurdes d'Islahiyé en profitent pour razzier les uns et les autres. Le gouvernement Kémaliste en est arrivé à ne plus reconnaître comme siennes les bandes de pillards, mais est incapable de les empêcher d'opérer. Les véritables fronts kémalistes sont entre Mersine et Adana, et devant Aïn Tab-Alep. Les nationalités attendent à l'heure actuelle des précisions sur l'avenir.
Les Tcherkesses se tiennent à l'écart, et se rallieront plus tard, au plus fort. Les Ansarieh sont inquiets de l'évacuation possible de la Cilicie par les Français et voudraient se rapprocher des Kémalistes pour éviter tout accident; les Kizilbach croyant à notre départ sont allés vers les Nationalistes, mais ont subi des froissements, qui les disposent à nouveau à l'expectative. Les Kurdes ne sont d'aucun parti, profitant des troubles pour piller les uns et les autres. Les Arméniens semblent actuellement travailler de leur mieux à l'entente avec les Français, mais subissent de fortes pressions de la part des Kémalistes qui essaient de les attirer à eux pour nous enlever un moyen de renseignements et la force du nombre. En résumé le désordre règne parce qu'il y a incertitude de l'avenir et ignorance 'du maître futur.
L'avenir cl la traiu|ui1Uté de la Cdicie vont dé-