‹ La Cilicie et le Problème ottoman [par] Pierre Redan. PréfChapitre 6 sur 31 · G K O G R A P H 1 ]•: P II Y S I O U E · texte numérisé non relu

G K O G R A P H 1 ]•: P II Y S I O U E

A. — Orographie.

i^ Taurus. — Le Taurus cilicien est l'Anti-Taurus des géographes. Formé de chaînes parallèles orientées Sud-Ouest-Nord-Est, il rejoint bientôt par le sud de Malatia l'enchevêtrement montagneux qui se rattache vers l'Orient au plateau iranien, formant entre l'Anatolie, puis l'Arménie d'une part, et la Cilicie, le désert d'autre part, une presque infranchissable barrière. Dans l'Est, le Tigre, l'Euphrate, leurs affluents percent cette barrière et peuvent servir de voies de pénétration. En Cilicie aucun fleuve ne traverse l'Anti-Taurus : seuls le Djïhoun et son affluent l'Ak-Su (fleuve blanc) se sont creusés, d'Albistan et Marache, une voie au milieu des calcaires, des schistes et des grès de la montagne. Les plus hauts sommets du Taurus dépassent 4ooo"^> la chaîne est d'ailleurs pour ainsi dire inexplorée..

Un seul col, dont le seuil est à iSio'^^ (^), permet de

(') Capitaine Gautherot, La France en Syrie et en Cilicie, Librairie Indépendante, Courbcvoie, 1920, p. 172.

passer d'Aualolie en Cilicie. Le poste de Bozanti le ferme : ce sont les Portes de Cilicie (appelées par les Turcs GulekBoghaz). La route est très dure, accrochée à la montagne en une série de spirales. La voie ferrée du Baghdad emprunte Gulek Boghaz pour s'élever, par une série de tunnels, jusqu'à Bozanti.

Une route part de Sis vers LIajjin; de même une autre voie, de Marache gagne Gueuksun et Césarée, mais l'une et l'autre sont impraticables une grande partie de l'année en raison de la neige et de la boue; le reste du temps elles sont difficiles, surtout la première, et ne peuvent être empruntées que par des mulets légèrement chargés. La grande voie de passage est par le col de Bozanti à Yenidjé.

2^ Plaine cilicienne. — Au sud de l'Anti-Taurus, qui la domine comme un mur, s'étend la plaine cilicienne (altitude 3o^ au maximum) qui de Mersine, par Tarsous et Adana, atteint le fleuve Djïhoun. Sa longueur est d'environ i5o^*^ et sa largeur maxima 851^"^. Cette plaine composée de limons calcaires représente vraisemblablement un gain sur la mer. De nos jours ce gain semble continuer avec les apports du Seïhoun et du Djïhoun. La plaine est parsemée, de Mersine à Adana, de buttes, jadis surmontées de guetteurs. Ces mamelons, construits de main d'homme, auraient été élevés, jadis pour la construction de refuges en cas d'incursions des pirates méditerranéens.

A partir du fleuve Djïhoun, la physionomie du terrain change. La plaine étranglée à Missis entre 1rs

GÉOGRAPHIE PÎIYSIQUK. 7

prolongements du Taurus et le Djebel l^^n-Nour (mont de la Lumière, appelé encore Djebel Missis) s'élève insensiblement par Osmanié en un haut plateau herbeux. Large à sa base orientée Nord-Sud, ce plateau va se resserrant en un triangle dont la pointe Est serait à Aïran le fameux col des invasions, lequel permet le passage de la plaine cilicienne dans la dépression médiane du Kara-Su dont nous avons parlé plus haut. L'Anti-Taurus forme la branche supérieure du V renversé dont la branche inférieure est FAmanus.

3° UAmanus. — L'Amanus se lie à l'Anti-Taurus au nord de Bagtché et d' Airan. Il rattache les chaînes parallèles à la mer de Syrie au nœud central asiatique. De nombreuses traces volcaniques s'y rencontrent (cratères éteints, sources de boue, d'eau chaude, etc.). Le massif comprend, en partant de Beïlan j)lusieurs chaînes : Giaour Dagh, Djebel-Bereket, Aji Dagh, Turkmen-Dagh, Duldul Dagh, etc. Les sommets atteignent de 2000"^ à 2400^^ (Mughir Dagh).

L'Amanus sépare le haut plateau d'Osmanié de la plaine d'Islahiyé (^). Il n'est pas seulement une barrière orographique, mais bien une véritable séparation entre deux régions qui diffèrent l'une de l'autre. La plaine d'Islahiyé est, en elTet, orientée vers Marache et Alep ; au contraire, le haut plateau d'Osmanié à Djihan est orienté vers Alexandrette et Adana.

Au Nord-Est, le plateau de Bagtché Harouniyé

(^) Capitaine P.-J. André, Notes introductwes à l'élude du Sandjak de Djehel-Berekel. Adana, lyiy.

(Harne) s'étage au sud de l'Ak-Su vers Osmanié, séparé des massifs de Khozan par la profonde coupure du fleuve Djihoun.

La plaine de Marache-Islahiyé est fermée à l'Est par le massif du Kurd Dagh, un des chaînons partant du Taurus vers le Sud. Deux ramifications de collines font deux barrages dans cette plaine, à hauteur de Belpounar entre FAmanus et le Kurd Dagh (seuil entre le bassin de l'Ak-Su et celui du Kara-Su) et à hauteur de Khassa plus au Sud.

B. — Hydrographie.

Le régime des eaux semble avoir changé en Cilicie depuis l'époque romaine. De la province que gouverna Ciceron, les relations parlent comme d'un pays bien arrosé, aux fleuves nombreux et abondants. Quelles que soient les causes, il est certain que la situation a changé. Est-ce par le déboisement progressif, par suite de bouleversements inconnus de terrains, pour d'autres raisons encore, toujours est-il que les fleuves d'autrefois se sont presque tous transformés en torrents, à sec la plupart du temps, roulant des eaux tumultueuses et dangereuses après la moindre pluie d'importance.

De Mersine à Marache, deux fleuves seulement sont dignes de la réputation antique : ce sont le Seïhoun et le Djïhoun (ou Djihan) (i). L'ancien Cydnus aux

(^) Sur les caries les dénominations de cours d'eau sont souvent suivies du mot turc Irmak, lequel signifie fleuve. Le «ïchaï » serait un l'ieuve de moindre importance. Sa signi fie £au.

Page 1