GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
eaux glacées dans lequel faillit périr Alexandre le Grand, appelé par les Turcs : Tarsous tchaï, du nom de la ville qu'il traverse, n'est plus qu'un cours d'eau sans importance; des limons descendus du Taurus ont peu à peu comblé son lit (i3o^^ de long) et gagné sur la mer. Les navires qui s'amarraient à Tarse, patrie de Saint-Paul, ne sauraient plus retrouver leur ancrage.
Le Seïhoun (Sarus des Latins), /\5o^^ est un véritable fleuve permanent, alimenté par les glaces et les neiges de l'Anti-Taurus, lesquelles persistent dix mois de l'année. La source du Seïhoun est très au nord de la Cilicie, en Asie antérieure (vilayet de Sivas). Il se fraye péniblement une voie à travers l'Anti-Taurus, atteint Adana, capitale de la Cilicie (pont construit ou réparé sous l'Empire Romain, par ordre de Justinien), et se jette dans l'ouest du golfe d'Alexandrette par un vaste delta marécageux. Des bacs permettent, le long de son cours, la traversée au croisement des pistes. L'affluent le plus important du Seïhoun est le Gueuk Su, lequel passe au sud d'Hajjin et au nord de Sis; c'est un torrent. Le cours supérieur du Seïhoun est encore pour ainsi dire inconnu.
Le Djïhoun, Pyramus des Romains (45o^"^), est l'autre grand fleuve permanent de la Cilicie. Il roule plus d'eau que le Seïhoun et son cours est aussi mieux connu. La vallée du Djïhoun sert de voie de pénétration, tandis que les terrains traversés par le Seïhoun, coupés, boisés, escarpés, ont interdit jusqu'à présent le passage d'une piste caravanière. Le
Djïiioun prend sa source dans le sandjak de Marache, non loin de la ville riche en blés d'Albistan. .Près de Marache qu'il laisse légèrement à l'Est, le fleuve .reçoit un gros affluent aux eaux permanentes, l'Ak- Su (l'eau blanche).
Le bassin de l'Ak-Su et de ses affluents se pénètre intimement avec celui de l'Euphrate; de là découle l'importance de cette vallée qui est la meilleure voie de pénétration vers le centre de l'Asie antérieure, vers Malatia et Kharpout, et au Sud vers Aïn-Tab; de là encore l'importance de la ville de Marache, clef des routes de l'Est, de l'Ouest (Osmanié-Adana), du Nord (Gueuksun-Sivas), du Sud (Islahiyé ou Ain Tab-Alep).
En effet l'Ak-Su et le Djïhoun, de Marache vers l'Ouest, forment le grand passage, au Sud l'Ak-Su communique avec le Kara-Su (^) (fleuve noir) d' Islahiyé par une série de lacs et de marécages. L'étude des voies fluviales permet l'étude des voies commerciales souvent unies à elles; dans l'occurrence l'importance de Marache, au pied de la barrière montagneuse du Taurus, provient des moyens d'accès fournis par le Djïhoun et l'Ak-Su.
Au sud-ouest de Marache, après avoir franchi le Giaour Dagh en une série d'étroits défilés, le Djïhoun atteint la plaine de Cilicie qu'il fertilise admirable-
(^) 11 csl à remarquer qu'en Turquie les fleuves dangereux portent le plus souvent le nom de Kara (iioir). Que l'on ne s'y fie pas pour camper sur leurs bords desséchés, une pluie pourrait transformer le lit sans eau en un torrent dévastateur.
GÉOGRAPHIi: IMlYSIQUi:. Il
ment. La plaine du Djïhoun est la grande productrice de coton et de blé qui avait jadis valu à la région le surnom de Grenier de Rome.
Le fleuve longe la grande ville de Yarsougliat appelée, sous le Sultan Abd ul lïamid, Ilamidié et enfin aujourd'hui Djïhan (^). Djïhan est une forte agglomération de lo ooo âmes, en grande partie de Musulmans. La ville est le centre du marché des cotons et des blés. Une famille française, celle des Daudé-Sabatier, a fondé là une usine à vapeur pour l'égrenage du coton et une minoterie. Une autre famille française, justement célèbre par ses travaux à Suez et Panama, celle des de Lesseps, a obtenu du Sultan, en échange de ses droits sur la voie ferrée Mersine-Adana, concédée aux Allemands, la concession de son domaine entre Djïhan et Anavarza, lequel compte plus de 5o ooo hectares. Le concessionnaire s'obligeait à créer dans le domaine une ferme modèle devant servir d'Ecole d'Agriculture. Une deuxième concession, celle de Bebeli, sur le bas fleuve, comporte 20 000 hectares. Les terres sont occupées par des Tcherkesses très favorables à ces organisations.
Le fleuve Djïhoun se creuse un lit entre les contreforts de l'Anti-Taurus et le Djebel Missis. C'est, d'après certains géographes, cette ligne de collines
(') Pour éviter les confusions, il est de tradition, en français d'appeler le fleuve Djïhoun et la ville Djïhan. L'écriture consonnée turque est la même pour l'un et l'autre mot, seule change la vocalisation.
qui limiterait à l'Est l'Asie Mineure. Au sortir de Djïhan, le fleuve laisse à l'Ouest, près de sa rive le roc escarpé que domine la forteresse féodale des Lusignan, puis traverse l'ancienne cité romaine de Missis, aux ruines grecques, latines, caravansérail des Romains, des Byzantins, des Croisés, puis des Sultans qui avaient jalonné les routes commerciales de refuges et empruntaient à Missis le pont monumental construit par les Romains.
Le Djïhoun se jette enfin dans le golfe d'Alexandrette par un vaste delta marécageux où pullule la faune locale.
Les affluents du Djïhoun, en dehors de l'Ak-Su, sont d'importance minime. Rive gauche : l'Ak-Su, dont il a déjà été parlé, le Saboun Souyou au nord d'Harouniyc, le Deli Tchaï (fleuve fou) de Harouniyé, le torrent de Hamousseh, enfin le Kara-Tchaï (ou fleuve noir) d'Osmanié, célèbre par ses ravages et ses inondations.
Sur le versant Est de l'Amanus, le Kara-Su d'Islahiyé prend sa source à Entulukeui, coule du Nord vers le Sud et se jette dans le lac Avdja Denis d'Antioche.