YT . IDEM . PATER
PASTOR . PRINGEPS . INSVPERABILIS
CATHOLIGI • NOMINIS . TRIVMPHVM . PERFIGIAT
AD . S . PETRI . APOSTOLI . LAYREATA . YINGULA
YRBIS . ET . ORBIS . SUPPLIGATIO
À l'intérieur^ la décoration est vraiment splendide. Parée sur tous les murs et toutes les colonnes, la basilique y autour de laquelle s'étage un quadruple rang de lustres, au nombre déplus de deux cents, apparaît comme une immense nef lamineuse dont la foule qui s'y presse amoindrit néanmoins les proportions. Au-dessus de Tarcade centrale, une inscription sur drap d'or, imitant la mosaïque, donne la raison de la fête. On y lit ce texte des saints livres : Sanctificabis annum quinquagesimum, ipse est enim jubileus Domini, A
la même hauteur, des deux côtés de la nef, courent deux autres inscriptions, auxquelles la multiplicité des pèlerinages et la foule présente donnent un commentaire singulièrement émouvant.
Du côté de TÉvangile on lit : Jérusalem leva in circuitu occulos tuos et vide. Omnes isti congregati sunt, fUii venerunt tihi; et du côté de Tépitre: Filii iui de longe venient aurum et thus déférentes et laudem Domini annuntiantes.
Entre les nombreuses arcades de la nef, de magnifiques tentures sont appendues. Sur le fond de chacune d'elles, un cartouche, soutenu par deux anges, offre les portraits, admirablement exécutés sur fond d'or, imitant là mosaïque^ de vingt-deux grands saints évêques, depuis les premiers siècles ' jusqu'aux époques plus récentes. Ce sont, du côté de répitre: saint Timothée, évoque d*Éphèse; saint Hilaire, de Poitiers; saint Ignace, d'Antioche ; saint Eusèbe, de Verceil ; saint Grégoire, de Néocésarée ; saint Ambroise, de Milan ; saint Àthanase, d'Alexandrie; saint Augustin, d'Hippone ; saint Cyrille, de Jérusalem ; saint Maxime, de Turin ; saint Basile, de Césarée ; — du côté de l'évangile: saint André, évoque de Crète; saint Laurent Justinien, patriarche de Venise ; saint Cyrille, évêqae d'Alexandrie ; saint Thomas, de Cantorbéry ; saint Jean Chrîsostôme, de Constantînople ; saint Yves, de Bretagne ; saint Épiphane,
de Salamine ; saint Ildephonse^ de Tolède ; saint Grégoire, de Nazianze; saint Pierre -Chrisologae^ deRavenne; saint Grégoire, de Nicée/II semble que ces grands noms qai, sous tant de grands Papes, illustrèrent TÉglise, soient rassemblés pour célébrer la gloire de Pie IX, qui a surpassé tous les Papes, en dépassant providentiellement les années de Pierre et fôtant la cinquantaine de son immortel épîscopat.
Vers le chœur, sur les deux côtés de la confession, des tribunes ont été réservées pour NN. SS. les cardinaux, les archevêques et évêques, les prélats et autres personnages. Je ne saurais les énumérer tous, mais on y voit bientôt rassemblé presque tout le sacré-collége, tous les évoques français et étrangers présents à Rome, une foule de prélats, M. le duc et M°>* la duchesse de Parme, M. l'ambassadeur de France baron Baude, et M°>^ Baude ; M. le, prince Larish^ ambassadeur extraordinaire d'Autriche, envoyé pour complimenter le Saint* Père à l'occasion de sa cinquantaine épiscopale ; toute la noblesse romaine, les directeurs des pèle* rinages, etc. A cette heure il est vrai de dire que, par l'élite de ses membres, toute la catholicité se trouve ici représentée. Dans la foule, les Italiens sont en plus grand nombre, car c'est le jour de .leur grand pèlerinage, présidé, je l'ai dit, par l'archevêque de Bologne, Mgr Parocchi. A la messe
de communion rillustre prélat, avant de distribuer la sainte hostie, avait prononcé une remarquable allocution sur les souvenirs du jour et le caractère du pèlerinage, insistant principalement sur la délivrance de saint Pierre, et demandant qu'à Pie IX aussi Dieu envoie son ange pour le délivrer de sa captivité. C'est également la pensée qu'ont voulu &ire ressortir les organisateurs du pèlerinage, par les soins desquels chaque pèlerin qui a communié reçoit une image représentant saint Pierre dans sa prison, visité par l'ange de la délivrance.
A neuf heures, la messe pontificale commence^ célébrée par Mgr Siméoni, eardinal.titulaire. Four parler comme il convient de sa magnificence»
pour faire admirer surtout les chants incomparables où l'on entend cent cinquante voix choisies interpréter la musique de Palestrina, il faudrait une compétence que je suis, hélas l forcé de décliner* Uais est-il besoin de connaître les règles de es grandes harmonies pour en être pénétré ? Ici ce n'est plus une distraction que la znusique, e*est une prière, dont les accents, se prêtant tour à tour au sens des paroles liturgiques, expriment Buccessivement, dans un cri toujours sublime jeté vers le Ciel, l'humble supplication, la tristesse, la consolation, la joie, l'ardeur, le triomphe. Mais, si j'ose le dire, ces chants eux-mêmes ont été dé-
passés par l'inexprimable émotion qui se commaniqne à l'assistance quand s'élève, après le canon, la prière Oremus pro Pontifice nosiro Pio. L'auteur est le célèbre maître de chapelle de la Sixtine, Mustafa ; on ne pouvait mieux rendre tout ensemble l'angoisse et la confiance du peuple fidèle priant pour son cbef prisonnier. Et mieux que Je ne puis le faire, les larmes qui coulaient si bien des yeux en témoignaient éloquemment. Et pourtant ce n'est là qu'une partie des joies de ce grand jour.
À midi, le Pape devait recevoir la première partie des pèlerins italiens trop nombreux pour être reçus en une fois. Dès onze heures le cortège se forme, et bientôt c'est un vrai triomphe. En effet non-seulement la foule, mais la file des voitures est énorme. Pour qui connaît Rome on en aura l'idée si je dis que, dans le quartier où se trouve la Minerve, elle commençait à partir de la place Navone jusqu'au Vatican. Sur cette étendue d'au moins une demi«lieue, pendant plus de trois quarts d'heure, c'est au pas que les chevaux avancent entre les rangs d'une foule où l'on reconnaît bien quelques italianissimes à la mine allongée ou furieuse qu'un tel spectacle leur donne, mais où les vrais Romains sont en plus grand nombre.
Faut-il ajouter que la manifestion contraire provoquée par la presse italianissime qui, depuis doux jours, recommandait aux libéraux de i^arer
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leurs maisons avec les drapeaax italiens, n'a pro* dnit qu'an mémorable fiasco. Seuls, les édifices officiels sont pavoises. Pourtant, de loin en loin, on aperçoit à quelque fenêtre, se balançant honteusement, quelque lambeau du drapeau national, déployé sans doute par quelque fonctionnaire qui ne pouvait se soustraire à cette manifestation. Ces drapeaux isolés font mieux ressortir encore la véritable attitude du peuple. Bans certains quartiers il n'est pas une rue sur vingt où Ton puisse même en découvrir un seul. Aussi, vous imaginez quelle foule aux abords du Vatican ! Elle est telle que les jeunes commissaires de la société du cercle romain et de la jeunesse catholique italienne ont toutes les peines du monde à exercer leur contrôle, qui se fait très-sévèrement. II est à ce point rigoureux qu'au dernier moment Mgr rarchevêque de Bologne, qui devait lire l'adresse, s'est trouvé hors de l'enceinte et n'a pu s'approcher du trône pontifical.
A une heure, la grande salle ducale, depuis plus de trois quarts d'heure, est comble et au delà. Plus de deux mille personnes y sont entassées, plus d'un millier sont répandues dans les salles voisines et sur les escaliers. Quand Pie IX paraît, toute cette foule, d'un seul cri, pousse une immense acclamation : Viva Pio nono ! Viva il Pontù fice, il Re ! Ad multos annos ! Viva, viva il beatis"
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simo Padre ! En môme temps les moachoirs s'agU tent et dans bien des yeax les larmes eoulent. C'est une ovation indescriptible.
Le Pape était très-éma. a Mes chers fils, dit-il enfin^ en vous voyant si nombreux^ et je sais que tons ne sont pas ici, j'éprouve une consolation immeni^e et une grande joie, car vous êtes les té« moins de ce qu'est en vérité Tltalie catholique. Et moi; comme Jacob^ je bénis mes enfants. Je les bénis afin que leur nombre s'accroisse encore, aûn que^ comme ils sont unis de cœur et de foi« cette foi et cette union grandissent avec le nombre, pour votre bonheur, pour rédiûcation gêné* raie, ponr le triomphe de TÉglise. Je vous bénis» vous, vos familles, vos œuvres, vos diocèses, afin que cette bénédiction vous soit une force pour les combats de cette vie, en attendant que nous jouis^ sions du bonheur sans fin dans Téternité. »
L'assistance s'était agenouillée sous la bénédiction du souverain Pontife. Lorjsqu'elle se releva, voyant le Saint- Père quitter la salle, ce fut une explosion nouvelle des sentiments qu'elle ne pouvait plus contenir. Par tro^s fois les mouchoirs s'agitèrent et les cris de : Vie Pie IX I retentirent. Ils s'élevaient avec une telle force, que l'écho de-
vait en venir par delà l'enceinte, jusqu'au poste où les Italiens ont placé leurs soldats, ou pour mieux dire leurs geôliers. N'a-t-il pas dû retentir
à leurs oreilles comme la voix jasticièreda véritable plébiscite en proclamant à la face da monde quel est à Rome celui que le peuple acclame comme le roi spirituel du monde, comme son vrai souverain ?
Hais le Triduvm n'est pas fini, car il se clôt à Saini-Pierre-ès-Liens par le Te Deum solennel qui doit couronner cette grande journée. Â six heures, la foule des pèlerins s'y retrouve, non moins nombreuse^ non moins émue. Ce que la basilique vaticane nous faisait voir l'autre Jour, nous le re-^ voyons ici, bien que l'enceinte soit moins vaste et que la place sur laquelle s'élève l'église se prête moins au développement d'une telle multitude. Â 4)e spectacle, la confiance en l'avenir prend le caractère d'une conviction. Les dessins providentiels assurément sont impénétrables, mais il y a une voix du peuple à laquelle Dieu parfois veut bien prêter le secours de sa puissance; aujourd'hui cette voix unanime est que Pie IX est réservé pour le triomphe, qui viendra bientôt. Les fureurs de la Révolution contribuent, d'ailleurs, à confirmer cet espoir. En comparaison do l'enthousiasme avec lequel était fêté Pie IX, elle n'avait pu se dissimuler la pauvreté des manifestations officielles faites sur commande pour la célébration du Statut. J'ai déjà parlé de l'absence des drapeaux. Le soir, pour l'illumination, c'est pire encore; en
dehors des monaments ofâcîels, rien, absolamenf rien. Sur toute retendue de la place Navone, j'ai pu constater moi-même qu'une seule maison particulière avec drapeaux a illuminé. Du reste, le DO' vere constate lui-même cette absence d'illuminations. Qqxxx qui ont illuminé, ce sont les princes romains bien connus pour leur attachement au Saint-Siège, et dont les palais resplendissent de lumières en l'honneur de la cinquantaine épisco* pale.
Pour que rien ne manquât à ces manifestations, le prince et la princesse Altieri avaient gracieusement ouvert leur magnifique palais aux députations des pèlerinages et aux personnages présents à Rome pour les fêtes jubiliaires. Le soir^ des centaines d'invités se pressaient dans les vastes sa-< Ions, où l'on remarquait LL. Éminents cardinaux Borromeo, de Canossa, Howard, Schwarzenberg, et NN. SS. l'archevêque d'Aix et l'évêque de Poitiers, Mgr Mermillod, et d'autres prélats en grand nombre, M. le duc de Parme, M. l'ambassadeur de Franco, etc.
En sortant, vers onze heures, nous entendons la clameur poussée par une tourbe de républicains qui, après s'être donné le plaisir d'aller sous les murs du Quirinal crier : Vive la république ! A bas le ministère I reviennent manifester devant la Minerve aux cris de : A bas les pèlerins l Je ne parle
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pas des insultes au Pape ; elles sont de telle nature- que ce matin^ le Dovere, organe de la secte^ s'abstient d'en parler autrement qu'en disant qu'elles dépassaient de beaucoup les limites îm« posées par la loi des garanties. Nous ayant ensuite honorés de leurs sifflets, ces hideux manifestants se dispersèrent^ non sans avoir ainsi prouvé une fois de plus» à leur manière, combien grande est l'impression produite ici par le mouvement des pèlerinages catholiques.
Rome, 4 juin.
Le pèlerinage italien. — Se il Papa ucisse. — Les télégrammes adressés au Pape pour son jubilé. — Nouvelles audiences. — Les journaux catholiques illustrés. — Mgr révoque de Nantes.
Dans la grande audience d'hier, le Saint- Père, recevant des mains du comte Manna, au nom de la société de la jeunesse catholique italienne, si énergiquement dirigée par le commandeur Acquaderni, un fac-simile en or des chaînes de saint Pierre (1), avait dit en souriant : « Et vous aussi, mes chers fils, vous voulez m'enchaîner. » Mais les chaînes dont ses fidèles entourent Pie IX, ce sont
(1) Ces chaînes sont du poids de 5 kilogrammes. Elles ont coûté 22,000 francs.
les liens d'un respect et d'une affection sanfl bornes^ et ils en ont donné une preuve nouvelle aujourd'hui dans la nouvelle audience accordée à la foule des pèlerins italiens qui n'avaient pu trouver place hier au Vatican. Us étaient plus de 3,000 hier^ ils sont aujourd'hui plus de 8,000. Depuis la salle, dite de la Chapelle, jusqu'à la salle de l'Exposîtion, ils remplissent toutes les salles : celle du Consistoire^ celle des Suisses, les secondes loges, les chambres de Raphaël; bref, c'est un concours immense, et tel que, peut-être, on n'en a jamais vu au Vatican. Traversant cette foule, en compagnie des Eminentissimes cardinaux, du duc et de la duchesse de Parme, d'un grand nombre d'évê-^ ques et de prélats, le Pape adresse à chaque groupe quelques paroles suivies de sa bénédiction. Dans la salle de la Chapelle, il s'était arrêté pour entendre lecture d'une adresse présentée par le marquis Prosper Marsigli, au nom de la noblesse bolonaise. Les autres membres de la députatioui marquis Alphonse et Prosper Bevilacqua, marquis Alphonse et François Malvezzi Campeggi, comte Saviolî, comte Fabbri, offraient en mémo temps le volume contenant l'adresse avec les si-< g natures des membres de la noblesse. C'est ua album en velours cramoisi avec coins et fermoir en argent doré d'un très-beau style. La feuille de
ÙE PIE IX soi
parchemin sur laquelle Tadresse était écrite était elle-même ane fort belle page^ enricMe de mioiatures par la marquise Claire Misciatelli^ avec les armes de Bologne dans le milieu et une arabesque surmontée du trirëgne et des clefs.
Le Pape a répondu qu'il remerciait la noblesse de Bologne des sentiments qu'elle exprimait par son adresse. Faisant allusion à des faits récents^ il a ajouté qu'il avait ainsi la preuve qu'on ne pouvait les mettre au compte de la religieuse cité, mais bien à celui de ces gens qui ont uniquement à cœur de mépriser le clergé» de vilipender la religion et de tourner les bons laïques en ridicule. Ces petits faits, a conclu le Pape, votre adresse les supprime de Tbistoire de Bologne : c'est comme s'ils n'avaient jamais existé.
Mgr l'archevêque de Bologne ayant remercié le Saint-Père do cette déclaration, qui ne ferait qu'augmenter le dévouement de ses diocésains. Pie IZ a passé dans la salle des Avazzi, où se trouvaient les anciens élèves du séminaire Pie, fondé par Pio IX, avec les trois évoques, NN. SS. Franceschini, Paolucci et Galli, sortis de cette institution. L'adresse, signée par cent cinquante des anciens élèves, avec leur offrande, a été présentée par Mgr Franceschinl* Je renonce, d'ailleurs, à raconter on détail tous les incidents de cette audience, marquée à chaque pas dans les galeries par
r offrande d'un don nouveau^ témoignage du filial attachement de toutes les villes d'Italie à Pie ES. Hier, un journal officieui, voulant montrer qu'il y avait eu foule au Quirinal, n'estimait pas à moins de quatre-vingts le nombre des voitures qui avaient porté le monde officiel au palais qu'occupe Victor-Emmanuel.^Or, à la même heure, trois milles voitures (la Voce donne ce chiffre, et il ne me semble pas exagéré) transportaint les pèlerins du Vatican. Mais que dire de l'affiuence d'aujourd'hui? Aussi peut-on proclamer en toute vérité qu'à travers les rangs agenouillés de cette foule immense, la marche de Pie IX était une véritable marche triomphale, dont le récit pourra faire réfléchir l'auteur de la brochure que l'on crie par les rues et qui a pour titre : 5e il Papa uscissel Si le Pape sortait!
Cette brochure était annoncée depuis plusieurs jours comme devant paraître le 3 juin, et son titre excitait quelque curiosité. A vrai dire, eUe ne mé-* ritalt pas tant de bruit par son propre mérite, étant aussi pauvrement pensée que mal écrite. Mais elle marque assez bien l'état inquiet de l'opinion, même parmi les italianissimes, et à ce titre elle n'est pas sans intérêt. On y voit un jenne italianissime discourant avec ardeur contre un vieux, prêtre dont il fait la rencontre, et à qui il voudrait persuader que le Pape, au lieu de s'enfermer danisf
DE PIE fX m
le Vatican et d'y faire des allocntions contre TItalie révolutionnaire» devrait sortir dans les rues après s'être réconcilié avec la révolution. Le vieux prêtre, qui est lui-même italianissisme, combat d'une façon insuffisante les raisons de son interlocuteur. Ce que le public voit dans cette brochure^ c'est rinoontestable aveu de l'impression produite sur les foules par le concours des pèlerinages et de la plainte secrète qui agite le peuple; dépossédé du Pape, auquel seul il tient, parce que c'est le souverain qu'il aime. Or, ce n'est pas avec des brochures que les gouvernants actuels peuvent se flatter d'avoir raison de ce sentiment.
UOsservalore romano annonce ce soir que, sans parler des lettres autographes que lui ont envoyées des souverains et chefs d'État pour l'anniversaire de sa cinquantaine épiscopale, le Pape a reçu de tous les points du monde catholique des dépêches en nombre tel , qu'on ne peut s'en faire l'idée. Il nomme, en particulier, le roi Georges de Hanovre, la reine-mère Isabelle d'Espagne, la princesse des Asturies, le prince et la princesse de Saxe et sa famille, le duc régnant et la duchesse de Nassau, la reine-mère de Saxe, les archiducs d'Autriche, etc., comme ayant envoyé leurs félicitations. Il faut y Joindre les télégrammes de municipalités, de communautés , d'associations de tous genres. Il es^ tenu des télégrammes de New -York, de San-:
MHÉMÉMMHHMlMaaHMBMMai
Francisco, de Washington, de Boston, de Batavia, de Ceylan, du Japon, de la Nouvelle-Orléans, etc., et ainsi une fois de plus les découvertes modernes servent, par le télégraphe, à publier l'unité du monde catholique dans les manifestations de son amour pour la Papauté.
On n'en finirait pas s'il fallait noter toutes ces manifestations. Je dois pourtant signaler encore quelques-unes de^ audiences que multiplie le Saint- Père 'en dehors des audiences générales. Le jour du Saint-Sacremont, il recevait dans la salle du Trône le collège des protonotaires participants, qui lui offraient une riche croix pectorale en or, enrichie de pierres précieuses, ouvrage remarquable d'orfèvrerie romaine. C'est le doyen de cet ordre de la prélature, Mgr Perrioli, qui a lu l'adresse exprimant le dévouement de l'Ordre en des termes auxquels le Saint-Père a donné toute son approbation. H a daigné accueillir avec une égale bienveillance le don des Pères méchitaristes arméniens de Venise, qui lui offraient un livre nouvellement sorti de leurs presses, imprimé pour la circonstance, avec dédicace à Sa Sainteté, et qui contient, en langue arménienne, avec traduction latine, les très -anciens hymnes arméniens en l'honneur de Marie Immaculée. Ce livre, très-élé<« gant, est richement relié.
Les clercs de la chambre ont eu aussi leur aji^
dience yendredi. Ils ont été reçus dans la salle du Trône et ont offert an Saint-Père, avec nne belle adresse, nn calice en argent massif d'un travail remarquable par le dessin et la finesse. Sur la coupe est représentée, en bas- relief, la Cène de Léonard de Vinci; sur le piédestal triangulaire on voit les trois vertus théologales, avec un pareil nombre de médaillons où sont sculptés les emblèmes de la Passion. Enfin, je ne saurais passer BOUS silence la manifestation touchante des orphelins de Tata-Giovanni, auxquels on sait que le Pape a consacré les sept premières années de son sacerdoce avec un dévouement sans égal. C'est là qu'il célébra sa première messe, en 1819, et ce souvenir ne pouvait manquer d'être célébré aussi au jour de sa cinquantaine épiscopale. Il y avait donc hier chant du Te Deum et bénédiction. C'est Mgr Forcade, archevêque d'Àix, qui présidait la procession.
Ai-je besoin d'ajouter que tous les journaux catholiques italiens : VOsservatore romano, la Voce délia Veriià de Rome, VUniià caltoUca, et Vlndicatore cattolico de Turin, VOsservatore cattolico de Milan , le Diritio cattolico de Modène , VAncora de Bologne, VArmonia, le Commercio et la Vespa de Florence, la Pensiero cattolico de Gênes, l^ Liber ta cattolica et la Discusstone de Naples, le Bmn Gio" dinetto de Ferrare, le Riposo dominicale de Vérone,
âOS LA CINQUANTAINE ÉPISCOPALE
le Paese de Pérouse, VOperaio cattolico de Massa- Carrara, le Voglietlo de Vicence, la Metropoli de Verceil, VEco del littorale, etc., ont paru diversement ornés pour la fête du Pape. II me plaît de constater^ d'après le témoignage non suspect des Italiens qui sont ici, que VUnivers l'emporte encore à leurs yeux par le caractère monumental do sa décoration, mais il est vrai de dire que Tornementatîon des journaux italiens est on ne peut plus gracieuse dans sa variété.
Il me faut finir par une nouvelle attristante. Mgr révéque de Nantes est assez souffrant depuis trois jours. On peut croire que Mgr Fournier est, si l'on peut ainsi parler, le premier coupable d'une indisposition dont on espère, d'ailleurs, qu'elle n'aura pas de suites fâcheuses. Sa Grandeur, en effet, a voulu, malgré les chaleurs, présider ellemême à toutes les stations dans les basiliques. Chaque jour il adressait à ses pèlerins, en prenant texte des circonstances et des lieux, quelqu'une de ces allocutions ardentes qu'échauffe sa flamme de Français et d'apôtre, et il les accompagnait encore lorsque, processionnellement,.ils allaient vénérer les saintes reliques, en chantant le cantique da Sacré-Cœur et répétant le refrain du chant national : (( Catholique et Breton, toujours. » C'était un spectacle d'édification qui faisait grande impresëipu gur tous ceux qui m étaient témoins, et je
sais que plusieurs évêques, ayant vu ces exercices, ont publiquement manifesté l'admiration que leur inspirait l'attitude des pèlerins nantais.
Rome, 5 juin, matin.
jP. S. — Voici quelques nouveaux détails sur Taudience du Sacré-CoUége dont je vous parlais dans mon avant-dernière lettre. Répondant au cardinal Di Pietro^ le Saint-Père a dit combien lui apportaient de consolation^ de force et de joie les démonstrations du monde catholique. Il les a comparées aux prodiges que faisait Notre-Seigneur» et par lesquels Jésus- Christ lui-même faisait aux envoyés de Jean la preuve de sa divinité.
Que veut dire, en effet, ce mouvement universel et spontané des catholiques vers Rome, sinon que Rome est le centre de la catholicité et que TÉglise demeure par sa force divine, malgré les tempêtes effroyables qui l'assaillent, malgré les pouvoirs qui la combattent, espérant la détruire^ et qui ne font qu'éprouver sa force en affirmant sa vie.
Le Pape a ajouté que, d'autre part, la soumission joyeuse des catholiques aux doctrines du Saint- Siège et leurs réclamations unanimes en faveur de ses droits contenaient une grande leçon, à savoir que ceux-là sont de plus en plus condamnables qui, par un système de concciàsions et de transactions funestes, voudraient faire à l'erreur le bacri-
fice d'nne moitié de la vérité. Prions donc pour eux, a dit le Saint-Père» afin qu'ils comprennent leur erreur et reviennent à l'entière vérité.
Enfin, le Saint-Père a loué la noble et ferme attitude du Sacré-CoIlége, exprimant l'assurance qu'il [ne s'en départirait jamais, quelles que pussent ôtre les difficultés que nous réserve l'avenir. A cet effet, et après avoir de nouveau remercié les cardinaux de leur dévouement à sa personne, il a appelé sur eux l'assistance du Saint-Esprit et la bénédiction apostolique.
Rome, 6 juin.
Nouvelles audiences. — Le discours du Pape aux pèlerins polonais. — Académie polyglotte de la Propagande. — Sacre de Mgr Aloisi.
n n'est, dit- on, point de belle fête sans lendemain. A Rome, il faut ajouter que les lendemains se prolongent presque autant que durent les fêtes, car depuis le 3 les audiences n'ont pas cessé au Vatican, et chaque jour l'on annonce la venue de nouveaux pèlerinages, dont quelques-uns, comme celui d'Espagne, comprennent des milliers de pèlerins. Signalons rapidement: l'audience des pèlerins de Munster, reçus lundi et conduits par leur évoque, Mgr Brinckmann, qui présentait quatorze
calices, accompagnés d'autres dons et. d'une belle adresse; — Taudience des pèlerins de la Rochelle, à la tête de laquelle se trouvait M. le vicaire général Petit : le diocèse a offert de riches présents en grand nombre, parmi lesquels on remarque une statuette en argent massif, de 12 centimètres de hauteur, réduction du monument élevé à Notre- Dame de la Mer, sur la digue Richelieu ; la traduction, sur parchemin merveilleusement enluminé, de la bulle Ineffabilis dans les dialectes de l'Aunis et de la Saintonge; une jardinière de fleurs en coquillage, travail d'une grande finesse offert par par M. Blanchard, curé de la Rochelle, etc. ; — l'audience des pèlerins d'Udine, présentés par le cardinal Asquini et qui offraient, avec une adresse, un précieux calice, une coupe d'or^ un grand plat d'argent magnifiquement ciselé avec inscription latine gravée en son milieu, une très-riche étolc, etc. ; — l'audience des diocèses de Viterbe et Toscauella, présentés par le cardinal Serafini, et qui, par les mains des présidents de ses sociétés catholiques, les comtes Fabien et Guillaume Fani, l'avocat Fritz et l'ingénieur Calandrelli, offraient un très-bel album contenant l'adresse et une assez forte somme dans un élégant portefeuille; — l'audience des pèlerins de Vigevano, présentés par l'archiprêtre de la cathédrale, et qui offraient un magnifique calice de style antique, orné de pierres
précieuses» avec d'autres dous particuliers; ~l'audience des pèlerins de Brescia» présentés par leur évê^e qui offrait, au nom des ûUes de sainte Angèle Méricl» un très-beau reliquaire en filigrane d'argent, avec le portrait de leur fondatrice, brodé sur un tissu de soie aux riches couleurs, et une bourse lamée d'argent, contenant leur offrande ; — l'audience des religieux de l'ordre cistercien de la province de Toscane, conduits par leur provincial, qu'accompagnait le R. P. Giovanni del Papa, chanteur pontifical ; ils présentaient une adresse dont les signatures étaient renfermées dans un album, et une bourse élégante contenant leur offrande pour le denier de Saint-Pierre; — l'audience de l'archidiocèse de Corfou et des diocèses de Zante et Céphalonio, conduits par le chanoine Llgthwood et le P. da Gubbio, qui ont lu deux adresses accompagnées de dons précieux ; — l'audience des pèlerins de Lugo, dont les chefs laïques, M. le comte Max Emaldi, ex-ofûcier de zouaves pontificaux, et M. le comte Morandi, avaient à leur tête Mgr Turriccia; — l'audience des pèlerins de Yolterra, où se garde particulièrement le souvenir du Pape, qui habita le collège des PP. Scolopi et y reçut la tonsure des mains de Mgr Incontis, lequel, avant de mourir, eut la consolation de voir Pic IX sur le trône pontifical; l'évêque du diocèse conduisait ses pèlerins, et avec une somme en argent.
accompagnée d'antres objets précienx, il a remise an Saint-Père nne Adresse signée par tont le clergé dn diocèse; — Tandience des pèlerins de Givita- Castellana^ Orte et Galese, présidés par l'évêque de ces trois diocèses rénnis et qui présentaient plusieurs Adresses et des dons très-riches, parmi lesquels une très-belle mitre, don de l'évêque et du chapitre d'Orte; une précieuse chapelle épiscopale^ don de l'éYéque et du chapitre de Giyita-Gastellana ; un fort beau reliquaire, don du diocèse de Galese, contenant les reliques du patron diocésain, saint Fancien ; d'autres dons encore, du monastère de Gaprarola, du curé de Saint-Benoît, des religieuses bénédictines et des clarisses d'Orte ; l'audience des catholiques de Barcellona, qui offraient un calice en or^ de style byzantin, magnifiquement orné de perles, de pierres précieuses et d'émaux ; enfin, le président du cercle Saint-Ambroise, de Milan, M. Félix Pozzi, qui offrait un très-beau portrait du Saint- Père, gravé en relief sur bois galvanisé.. Gette énumération, sans doute, est loin d'être complète, mais elle peut montrer à quelles fatigues résiste le Saint-Père puisque toutes ces audiences ont été données par lui dans les deux derniers jours. Aujourd'hui il recevait en outre les Polonais en audience générale, et je ne sais pas si j'ai assité depuis trois semaines à une audience d'un plus grand caractère et plus émouvante. Ge matiu^
les pèlerins s'étaient préparés à cette audience par une messe de communion, célébrée par le cardinal MonacOj à Saint-Pierre, dans la chapelle du Saint- Sacrement. Là, pendant plus d'une heure, on put Yoir^ agenouillés le front contre terre, ces cinq cents pèlerins héroïques, chantant à pleine voix et à plein cœur, avec les prières liturgiques, leur cantique national, ce bozë cas Polski^ où Felinski, son auteur immortel, exprimait si bien, dès le siècle dernier, les sentiments d'angoisse déchirante et d'indomptable espoir qui animent le peuple polonais depuis le morcellement de sa malheureuse patrie. Au-dessus de leur tête flotte la bannière du pèlerinage, portée par un paysan de Lemberg en costume national. Sur une face on voit le portrait de N.-D, de Czeastochova, avec l'invocation : Regina Poloniœ, or a pro nobis; sur l'autre, au-dessous des armes de Pie IX, qu'accompagnent, sur deux médaillons ouvrés dans la soie, les armes de la Pologne et de la Lithuanie, on lit cette sainte et émouvante inscription : Pio IX, Ponlifici max, Polonorum defensori, Polona plebs grala, die 3 junii 4877,
k onze heures et demie, les pèlerins se trouvent do nouveau réunis dans la salle du Consistoire, et l'on peut considérer de plus près ces mâles figures encadrées dans de longs cheveux, que les paysans portent encore à la façon polonaise, et où se lisent
en traits vivants, avecles souffrances qui sont leur pain de chaque jour, la vigueur d'une foi que les tourments n'atteignent pas plus que les séductions. On sait déjà que^ par les ordres les plus sévères^ la Russie a fait défense aux Polonais lithuaniens de se rendre à Rome pour le pèlerinage. Et pourtant ils sont là plusieurs, et on me les montre, qui sont venus, s'étant enfuis jusqu'en Autriche à travers mille périls pour rejoindre les pèlerins. Grâce à la bienveillance du prince-abbé Radziwil, je puis voir de près également les dons que les pèlerins ont sa tirer de leur pauvreté, et dont quelquesuns sont fort beaux. Voici d'abord le don du diocèse de Gulm, une croix en ambre jaune recueilli sur la mer Baltique, et qui s'abrite dans un trèsbeau meuble en ébène surmonté de la tiare; voici une autre croix avec les emblèmes de la Passion, précieux travail exécuté par le génie d'un simple artisan des environs d'Ostrowo, qui apporte luimême ce précieux don, fruit de labeurs incalculables ; voici, dans un écrin magnifique et entouré d'un cadre aux quatre coins duquel sont gravés des lis, une très-belle représentation de Notre- Dame de Czenstochova, la Vierge miraculeuse de la Pologne. C'est un don de la princesse Czartoriska, née d'Orléans.
Tout à côté on remarque quatre énormes volumes reliés qui contiennent les signatures de Ta-
dresse des Polonais galiciens au Pape; puis c'est un très-beau reliquaire offert par le diocèse de Gnesen, avec des reliques de saint Adalbert et de sainte Yolande ; et enûn le superbe calice en argent oxydé, fait à Florence d'après les dessins d'un artiste polonais et qui est offert par M. Edouard Podolski, au nom de la rédaction du Posenglad Lidowski. Sur le pied, on yoit plusieurs médaillons où sont rappelés quatre grands combats — deux victoires et deux défaites — de rbistoire polonaise : Yienne, Prêcha, Lignitza, Varna. D'autres médaillons nous font yoir les saints et saintes de Pologne ; saint Jean Cantius , saint Hyacinthe, ^aint Stanislas Kotska, sainte Gunégonde, sainte Salomé, sainte Bronislaya^ sainte Hedwige, saint Adalbert, saint Stanislas, éyêque de Cracoyie, le bienheureux André Bobola, martyrisé par les Russes, saint Josaphat. Ces quatre derniers saints groupés se réunissent pour former le nœud du calice, que surmonte une tiare couronnée d'épines sur laquelle s'appuie la coupe. Ici d'autres médaillons représentent l'union de l'Église latine et de l'Église grecque, Notre-Dame de Gzenstokova, reine de la Pologne, puis les armes des provinces, l'aigle de la Pologne, saint Michel-Archange pour la Huthénie, et un coursier que monte un homme armé pour la Lithuanien Au-dessous du calice on lit ce» aimples mots Grala Poknia, etsur lap atèno;
Quis revolvet nohis lapidem? Â mon côté je vois des paysans de la Podlachie qui ont été bâtonnés pour la foi et quatre prêtres, dont trois ont été exilés en Sibérie. Quel commentaire de cette douloureuse inscription 1
La comtesse Pustowska, de Varsovie^ a offert un riche ciboire, auquel se joint l'offrande des dames poldûaises de Paris, de la congrégation de Saint- Vincent de Paul, riche travail de broderie sur soie ; il y a aussi plusieurs plats et bourses conte* nant des offrandes en argent et en or, avec les présents particuliers du collège polonais de Home, présent à l'audience avec la congrégation des PP. Polonais de la Résurrection, ayant à leur tôte le P. Semenenko.
A une heure, le Pape entre dans la salle du Consistoire, ayant à sa suite les cardin^Lux Asquini, Antonucci, Bilio, Chigi, d'Avanzo, de Falloux. Franchi, Franzelin, Giannelli, Guidi,Howart, Moraëz de Gordoso, Mertel, Pacca, Randi, Mgr Macedo, évoque de Para, et Mgr Lâchât, évoque de Bâle; le prince Larish en grand costume, M. Talderman Mac-Swiney, plusieurs des princes de la noblesse romaine, etc. A l'aspect du souverain Pontife, tous les pèlerins se sont jetés à genoux. Pie IX leur fit signe de se lever, disant en français : « Debout » ; puis le cardinal Ledochowski, victime lui-même de la persécution, donna lecture,
en latin, d^une très*belle et énergique adresse, où étaient rappelées toutes les marques de singulière bienveillance et protection données par Pie IX à la Pologne. Puis il présenta successivement au Saint-Père les dames et les principaux membres du pèlerinage, parmi lesquels on remarquait le prince Constantin Czartoriski et le prince Ferdinand Radzîwil, le comte Zoltowski, le baron Ghlapowski, les comtes Lubienski,Potocki, ZoUowsW, en costume national, et entre tous le vieux prince Jablonowski, que n'avait pas retenu son grand âge (77 ans), et dont on admirait la baute stature, non moins que la physionomie martiale et la grande aisance avec laquelle il portait son magnifique costume en soie rouge, agrafé au col par une broche où scintillaient plus de trente brillants, et relevé à la taille par une ceintur^ magnifique retenant une épée au fourreau, enrichi de diamants.
Ayant béni les donateurs et admiré leurs offrandes, le Saint-Père prit la parole, non pas, dit-il, pour faire un long discours, à cause de la chaleur excessive, mais pour dire quelques mots avant de donner la bénédiction apostolique. Il ajouta : « Entre tous les pèlerinages qui sont venus ici m'apporter consolation et force, aucun peut-être ne m'a tant réjoui que ce pèlerinage de la Pologne^ en raison des difficultés considérables qu'il a ren-
DE PIE IX àl9
contrées, difficultés dont je ne veux pas parler^ maïs que tout le monde connaît. Ce que je dirai seulement, c'est que ces difficultés sont la marque et la conséquence de la persécution,
« Cette persécution, mes très-chers fils, il faut pour la vaincre, et je demande à Dieu qu'il vous donne, trois choses : à savoir la patience, la fermeté, le courage. La patience, car elle vous est " particulièrement nécessaire, depuis tant d'années que dure la persécution ; la fermeté, pour résister aux suggestions des persécuteurs ; enfin le courage pour ne pas craindre leurs menaces et tout souffrir plutôt que de trahir sa foi ,
€ Il en est qui disent que, pour mettre fin à cette situation, il conviendrait de faire appel aux armes et de recourir à la force. A ceux-là aussi je recommande la prudence. Faites tout ce que permet la prudence, mais n'oubliez pas les paroles de Notre- Seigneur à l'apôtre qui venait do tirer l'épée : Mille gladium in vaginam. Remets ton glaive au fourreau. C'est, en effet, par la prière, non par la force, qu'il faut triompher des persécutions. Priez donc, car les prières du juste appellent la protection de Dieu; priez même pour la conversion des persécuteurs, car ces prières seront pour vos ennemis comme des charbons ardents qui amasse^* ront sur leur tête le feu de la justice divine, s'ils s'obstinent dans leur volonté perverse. Oui, alors
ils sentiront le poids de cette justice, câr Dieu n'est pas seulement le Dieu des miséricordes, il est aussi le juge terrible, inexorable. »
En prononçant ces mots, le Pape accompagnait sa voix d'un geste dont rien ne saurait rendre l'autorité. Il semblait qu'il fût lui-même la voix de ce juge, dont les sentences épouvanteront l'impie. Presque aussitôt, avec un accent plein de tendresse, il ajouta, en recommandant de nouveau la patience, la fermeté, le courage, qu'il bénissait les pèlerins et leurs familles, qu'il bénissait le royaume de Pologne, lequel, lui aussi, a commis des fautes^ afin que la main de Dieu qui s'est appesantie sur lui, le relève, en faisant cesser la persécution, dont les vraies causes sont nos péchés. Puis, se levant, il donna la bénédiction. Après quoi, par une faveur dont c'est le premier exemple, il traversa par deux fois la salle du Consistoire, bénissant des deux côtés la foule des pèlerins agenouillés. En passant devant la bannière du pèlerinage, il leva les yeux et la considéra un instant, puis, avec une émotion visible, il la bénit et rentra dans ses appartements.
Je n'ai pas à peindre les transports des pèlerins. Chez eux, rien de bruyant dans les manifestations; mais sur leurs graves visages on lit leurs impressions, et les larmes qui coulent de leurs yeux témoignent qu'elles sont profondes. A tous il semblait
qu'avec la bénédiction de Pie IX un éclair illuminât le firent de la Pologne crucifiée.
Il faut finir et se contenter de quelques mots pour signaler d'autres faits qui out aussi leur intérêt. J'aurais voulu surtout donner avec quelque étendue le résumé d'une séance académique polyglotte tenue à la Propagande hier sous la présidence du cardinal Franchi. Je me borne à dire que les louanges de Pie IX y ont été célébrées tour à tour, en 47 langues^ par les orateurs les plus distingués, au milieu d'une assistance de choix, qui a trouvé là de quoi répondre aux ineptes personnages qui font retentir les Parlements ou les clubs de leurs accusations contre Tobscurantisme des Papes, de l'Église, du clergé tout entier.
C'est également àla Propagande qu'a eu lieu le gacre de Mgr Aloïsi, nonce de Bavière, archevêque in parlibus àe'^èocé^SLiée. Le prélat était assisté de Mgr de Neckere, archevêque de Mélitène, et de Mgr Manetti, archevêque de Sardes, Bans l'assistance, outre de nombreux évêques et prélats, on remarquait la princesse de Tour et Taxis en Bavière, avec sa famille et sa suite, ainsi que le comte Paumgarten, ministre bavarois près le Saint-Siège avec le personnel de sa légation.
Rome, jeudi matin, 7 juin.
P.'S. — L'Jialie raconte avec toute sorte de
venimeax commentaires un indicent dont l'ambassade française aurait été le théâtre, le 3 juin. A ce sujet voici la vérité. M. le baron Baude, vous le savez, occupe le premier étage d'un palais qui appartient au prince Colonna» lequel a d'autres locataires. Parmi ceux-ci se trouve un tailleur qui occupe sur la place des Saints-Apôtres le devant de rédiûce dont l'ambassade française occupe le fond. Or, le susdit tailleur, qui, paraît-il, compte un frère parmi les dignitaires de la secte, s'imagina le 3 juin de faire ûotter un certain nombre de drapeaux italiens à la façade. Pour ceux qui ne sont pas au courant des choses, Ton devait conclure que l'ambassadeur français près le Saint- Siège décorait son palais en l'honneur du Statut. Or, sans vouloir apprécier les actes de M. le baron Baude, je constate que, pour ôter tout prétexte à toute manifestation, iln'avaitpas ce jour-là, comme il en aurait eu le droit, arboré les couleurs pontificales aux fenêtres de ses appartements. C'était bien le moins qu'on ne lui prêtât pas l'inconvenance d'une autre manifestation. Aussi, à son retour de Saint-Pierre-ès-Liens, fit-il demander au tailleur par le portier de l'ambassade qu'il retirât les drapeaux de la devanture du palais. L'italianissime fit répondre que, comme locataire, il usait de son droit et n'avait point à satisfaire aux désirs de l'ambassadeur. Celui-ci alors en référa à
Tagent d'affaires du prince Colonaa, qui aurait dû, le premier, se trouver choqué de la chose, puisqu'il est assistant au trône pontiûcal. Mais l'agent répondit à son tour que, sous M. de Cor- Gclles et les autres ambassadeurs, aucune réclamation n'avait jamais élé faite en pareil cas, et forcément l'affaire en resta là, l'ambassadeur demeurant impuissant devant une manifestation qui, je le répète, à en juger au seul point de vue des convenances, était inacceptable.
Ce qu'il en faut conclure, c'est qu'il conviendrait à la dignité de la France que son ambassadeur auprès du Saint-Siège eût son palais, où il serait le maître, au lieu d'être logé chez autrui. Il est à remarquer que parmi les diplomates accrédités auprès du Saint-Siège, il est le seul dans cette situation, qui mériterait à coup sûr d'être changée, au prix de quelques milliers de francs.
Le comte de Chambord vient d'envoyer au Saint-Père l'hommage tout spécial de son dévouement *à l'occasion du jubilé épiscopal. C'est la princesse Massimo qui a été chargée par le prince de déposer cet hommage aux pieds du souverain Pontife, avec une offrande royale de 20,000 francs.
Rome, 8 juin.
Suite des audiences. — Les pèlerins irlandais, maltais, tyroliens, dalmates: discours du Pape sur le respect humain.v — Un autre Zachée. — La conférence OU- Taint. — Histoire de trois dames qui furent nommées Foi, Espérance, Charité.
n devient totalement impossible de faire même une simple éaumération des audiences que donne le Saint-Père en dehors des réceptions générales. Bans les deux seules journées d'hier et d'aujourd'hui, le Pape a reçu les députations, ayant la plupart leurs évoques à leur tête, des diocèses de Catane, Messine, Noto, Galtanisetta, Caltagirone, Acireale, Syracuse, Sovana et Pitigliano, Forli, Florence, Verceil, TJrbin, Plaisance, Narnî, Turin Novare, Massa, Carrara, Padoue, Fiorentino, Gênes Gaête, Orléans. Les pèlerins de ce dernier diocèse avaient à leur tête Mgr Coulié et offraient plusieurs milliers de francs dans une corbeille d'argent ; une autre offrande en or, don de la congrégation des fils du Sacré-Cœur, et une montre en or,dond'nne pieuse servante, Gaête qui garde comme un honneur le souvenir d'avoir abrité Pie IX pendant rezil, offrait au Pape, avec une Adresse richement reliée, un magnifique coussin pour sa chapelle, du plus élégant dessin, merveilleusement brodé en
soie et or^ par les religieuses de VÀddolorcUa, ainsi qu'an bel échantillon de corail, le premier qui ait été péché dans le golfe il y a très-pou de jours. Enfin, révoque de Noto a offert au noin des fidèles de son diocèse un magnifique reliquaire en forme d'église, contenant les précieux restes de saint Conrad, ermite, patron delà ville et du diocèse. Il n'est pas jusqu'au Mexique, accablé par la peste, la famine et les dissensions civiled, qui n'ait voulu faire parvenir son offrande au Saint-Père. Vingt mille firancs ont été envoyés par l'archevêque de Mexico, au nom de ses diocésains, et remis au Saint-Père par Mgr Colognesi, prélat domestique, ancien auditeur de la nonciature au Mexique.
Après avoir accueilli toutes ces députations, le Saint-Père se retrouvait hier, vers une heure, dans la salle du Consistoire, en tièremeut remplie par les pèlerins irlandais, maltais, tyroliens, dalmates. C'est le cardinal Cullen qui présidait le pèlerinage irlandais. Il était accompagné de NN. SS. Mac-Cormack, Mac-Everley, Guillermy, Dozrien, évêques d'Elphin, de Galv^ay, de Down et Connor et d'Achoury, ainsi que d'un évêque irlandais venu d'Australie, du P. abbé des trappistes irlandais, des membres des communautés religieuses et du collège national résidant à Rome, de Talderman Mac-Swiney, de religieux, chanoines, supérieurs d'ordres, etc. De son côté, Mgr l'archevôque de Zara»
pour les Dalmates, élait accompagné de révêquc de Sebenico et de Mgr Pavîssich, prolono taire apostolique. Un grand nombre de dignitaires ecclésiastiques du Tyrol accompagnaient également Mgr révêque de Bressenone. Parmi les Maltais on remarquait MM. les chanoines Lebrun et Grech- Delicato, M. le comte Lazare Saint-Fournîer, M. le baron Azzopardi, M. le marquis Joseph d*Épire et le directeiUP du pèlerinage, le R. P. Sauveur Tartaglia.
Le Cardinal Gullen ayant lu en latin une adresse exprimant les sentiments du clergé et des fidèles de la catholique Irlande, tous les prélats présents vinrent tour à tour offrir les adresses et les dons de leurs diocèses. On a surtout remarqué l'offrande du diocèse de Dublin, montant à plus de cent vingt mille francs ; les dons des diocèses d'Ossory et de Cork présentés par Mgr Kirby, recteur du collège irlandais à Rome ; une caisse fort élégante contenant une grande quantité de la plus une toile pour autels, don spécial de M. Mac^Swiney, présenté par sa fille, M"^ Lily Mac-Swiney; l'adresse du comité de la diète du Tyrol, et Tabum des Maltais couvert de signatures au premier rang desquels figure celle de la femme du gouverneur de Tîle.
Ayant accueilli ces offrandes et béni tout particulièrement les donateurs, le Saint-Père, aprèa avoir dit combien il était touché de ces nouvelles
et nombreuses marqaes d'une fidélité qui fait le plus grand éloge dos catholiqueSi a ajouté que, par leur exemple^ les pèlerins avalent admirablement . yaineu le respect humain. Ce respect humain, at-il dit^ qui se nourrit d'un dédain affecté pour le clergé et pour tous ceux qui sont fidèles à Dieu et à rÉglise, est une chose aussi déplorable qu'aneienne; eh bien, vous en avez triomphé et c'est maintenant, c'est après la victoire qu'on voit bien que ce respect humain si fatal à un grand nombre qui n'en peuvent venir à bout, n'est rien autre chose qu'une bulle de savon sur laquelle il suffit de souffler et elle disparaît. Rappelez-vous, disait encore le Pape, ce qui arriva lors du sacre de Jéhu comme roi d'Israël. Il y avait une petite bande de ses compagnons qui le tournaient en dérision^ et ils traitaient de fou le prophète assez mal avisé pour l'avoir désigné comme choisi de Dieu pour être sacré. Mais, après le sacre^ ce dédain disparut comme par enchantement, et ces mêmes frivoles détracteurs furent des premiers à saluer la dignité royale dans le nouvel élu. Croyez qu'il en est de même aujourd'hui et vous en êtes la preuve, vous qui en face du monde incrédule subjugué par votre assurance n'avez pas peur d^ vous écrier : /e suis chrétien»
À ce moment, le Pape se leva^ plein de majesté^ ot répétant ce qu'il avait déjà dit aux! Italiens, il
déclara qae« comme il les avait bénis, il voulait aax pèlerins présents donner aussi la bénédiction de Jacob à ses fils. Or« Jacob appela tout spécialement les bénédictions da Ciel snr Joseph> lui sonliaitant une nombreuse postérité. Et vous aussi, disait Fie ISi, tous êtes tous^ comme Joseph^ mes fils privilégiés. C'est pourquoi je prie la Vierge immaculée de répandre sur vous ses bénédictions, afin que croissent et se multiplient les robustes phalanges de ces fidèles prêts à combattre et à vaincre les ennemis de la religion^ si nombreux de nos jours et si mécliants.
Benedictio, etc.
Pie IX s'était retiré^ mais déjà qudques pèlerins, se précipitant avec l'empressement de Zachée, s'étaient portés sur son passage, et la garde noble avait grand'peine à frayer le passage. On remarquait surtout un Génois, grand et vigoureux, qui n'aurait eu nul besoin, comme Zacbée, de monter sur un arbre pour voir Notre-Seigneur, et qui prétendait bien ne pas laisser rentrer le Pape sans lui avoir baisé la main. Au moment où il approchait, un garde noble veut l'arrêter, mais le Génois n'hésite pas un moment et, dans son ardeur saisissant le garde noble il le soulève et le dépose délicatement un peu plus loin ; puis, il se précipite sur la main du Pape, qui souriait ayant vu la scène et qui disait: Adagio, figlio mio, adagio (doucement^
DK PIE IX 229
mon filSy doacement). Mais le reproche n'était pas dar^ et le Génois rayonnait^ pendant que le garde noble riait do son côté.*
Je cite ce trait entre mille. Il donne l'idée des sentiments qai animent la foule des pèlerins et de la paternelle bienveillanoe avec laquelle ils sont accueillis. Aussi, quel aimable livre on ferait avec le récit inédit de ces audiences intimes qui, pour être moins solennelles, nous montrent Pie IX non moins admirable dans sa sollicitude et ses enseignements. Malheureusement, il est douteux qu'on en sache jamais tous les détails connus de ceux-là seuls qui étaient présents et qui en ont goûté le charme. C'est tout plein de cette émotion qu'un de nos jeunes amis me racontait une courte audience qu'il avait pu obtenir, au titre de représentant d'une œuvre bien connue à Paris. On sait, en effets que dès leur rentrée en France, en 1852, les KR. PP. jésuites organisaient dans leurs collèges, soit pour les enfants^ soit pour les jeunes gens ayant achevé leurs études, des congrégations de la sainte Vierge. L'école libre de l'Immaculée- Conception de Vaugirard, qui fut la première fondée, fut aussi la première qui eut sa congrégation dès cette année de 1832. Depuis lors, cette œuvre n'a cessé de prospérer; l'un de ses directeurs fut le vénéré P. Olivaint, martyr de la Commune, et il semble que sa protection, du haut du ciel, continue de s'é-
tendre avec nne efficacité particulière à une œuvre qu'il aimait tant. Ce qu'on peut dire, c'est qu'en son nouveau siège de la rue de Sèvres, où elle a été transférée, l'Œuvre a produit un fruit nouveau . Comprenant, en effet, qu'aujourd'hui, plus qae jamais, la science devait être jointe à la foi, le travail à la piété, les RR. PP. jésuites ont institué une conférence littéraire, composée des membres de la congrégation, et qui se nomme conférence OUvaint.
M. Âufray^ qui en fait partie, avait donc obtenu la faveur, l'autre jour, de présenter au Pape l'hommage filial du respect et du dévouement que professent pour sa personao les membres de cette conférence, élite de la jeunesse élevée par les Pères jésuites. Tandis qu'il présentait au Saint-Père l'adresse de la congrégation et de la conférence, Mgr Macchi expliquait au Saint-Père le but et la nature de l'œuvre, et demandait pour elle une bénédiction spéciale. « Oui, oui, a dit Pie IX, je les bénis volontiers, ces jeunes gons de France ; je sais le bien qu'Us font, et je dfemande à Dieu qu'ils continuent de servir vaillamment Dieu et leur patrie. »
C'est du reste une merveille que la mémoire du
Pape, et l'on s'étonne tous les jours de la sûreté
avec laquelle il rappelle les moindres faits du plus
. lointain passé. Le trait suivant, que me contait
hier une dame de Bologne dont je tairai le nom, mais qui est, en cette ville, Tâme de toutes les œuvres, peut en donner l'idée. Il y a bien des années, c'était avant les annexions, cette dame fat admise avec deux autres dames, ses amies, à Taudience de Sa Sainteté. Le Pape qui savait probablement combien elles étaient unies et ferventes dans l'amour et la pratique des bonnes œuvres, les salua en souriant, et se tournant vers son entourage : « Voilà, dit-il, en les désignant l'une après l'autre, trois dames qui s'appellent Foi, Espérance, Charité. » Plusieurs années se passèrent, et il y a quelques semaines, deux seulement des trois dames se présentaient de nouveau devant Pie IX. En les voyant : « eh bien! dit-il, où donc est Espérance? » C'était le nom qu'il avait donné jadis à celle des trois dames qui cette fois n'accompagnait pas les deux autres.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que ces récits ont bientôt fait le tour des groupes de pèlerins; ils y portent la confiance et la joie; aussi ne peut-on se résoudre à partager l'humeur de M. Ceccarelli, l'excellent médecin du Pape qui se lamente volontiers en constatant les « imprudences » de l'auguste personnage, sur la santé duquel il veille avec une minutieuse sollicitude. « Savcz-vous, dit-il parfois en se fâchant pour de bon, que je suis responsable de la vie du Pape. >> Sans doute, doc-.
tear, mais il y a tout de même plas grand médecin qae Yoaa et c'est à lai qa*en appelle, avec tous les pèlerins, celle que le Pape nn jonr a ûommée Espérance.
Rome, 10 juin.
L'audience de la presse, discours du Pape. — Le sceptre d'or des Byzontins. — La représentation épiscopale des États pontificaux.
C'est aujourd'hai que le Pape a daigné recevoir Thommage des journaux catholiques répandus par le monde entier. On sait que Tidée de cette manifestation revient à Mgr Tripepi, directeur à Rome du journal II Papalo. Plus de cinq cents journaux avaient répondu à son appel, envoyant, avec l'offrande en or qui est leur tribut commun, des adresses spéciales dont la collection restera comme l'une des œuvres les plus curieuses et les plus remarquables inspirées par la grande fête jubilaire. J'ai pu parcourir cette collection, dont je ne saurais dire la ribhesse et l'étonnante variété. Que de pages dont un art merveilleux a fait autant de tableaux qui, pour le dessin, la composition ingénieuse et le vivant coloris, peuvent être comparées aux plus belles pages des plus beaux manuscrits du moyen âge !
Cette ornementation encadre des adresses dont
la même profession de dévouement et d'obéissance fait ressortir la paissante unité, mais dont les formules fourniraient matière à la plus cn^ rieuse étude, en reproduisant pour ftinsi dire le caraclère même, et, si je puis ainsi dire, le tempérament de chacun des journaux. Celle de Wni^ vers est fort simple. Dans un encadrement du meilleur goût, au-dessous des armes pontificales surmontant une dédicace à Pie IX, PontUe et Roi, on lit en lettres d'or cette profession de foi du prince des apôtres : Ad quem ibimus ? Verba vitœ œternœ habes, profession que renouvellent tous les rédacteurs de VUiiivers, dont les noms viennent à la suite sur un double rang. Pour d'autres journaux, les paroles mêmes que leur adressait Pie IX pour encourager leur œuvre forment la matière de l'adresse ; et enfin il en est un certain nombre qui se sont inspirés, soit de la vie des saints patrons de leur diocèse, soit de la dévotion spéciale \ aux contrées qu'ils représentent. C'est ainsi, par
exemple, que le Saint-Père, ayant rappelé, dans un de ses discours aux pèlerins du Nord et du Pas-de-Calais, la déyotion à la sainte Chandelle, si magnifiquement restaurée naguère au diocèse d'Arras, les rédacteurs du Pas-de-Calais et de la Semairte religieuse de ce diocèse ont souscrit une adresse commune composée de ces mots où le Saint-Père est comparé au saint Cierge : Siçut c^-
2S4 LA CINQUANTAÏNK ÉPISCOPALE
reum v/rbi orbi que lucet et ardet, et qai offre cette particularité de donner avec les lettres I, V, C, M de rinscrîption, la date de la cinquantaine épigcopale du Pape. Je ne parle pas d'autres témoignages Taries qui s'ajoutent à cette adresse et dont on aura l'idée si je dis que le CalhoUc Ti^ mes, par exemple, présentait un exemplaire du journal imprimé tout entier sur soie blanche et magnifiquement relié en chagrin avec fond de soie rouge frangée d'or. Le D*^ O'Brlen, qui apportait ce don, était beaucoup félicité. Je n'aurai pas la fausse modestie de laisser ignorer qu'on réservait une grande part d'admiration pour l'offrande de VUnivers, dont le chiffre considérable nous a valu des éloges qu'il convient do rendre à la constante générosité de nos lecteurs.
Une quarantaine de journaux sont directement représentés par quelqu'un de leurs rédacteurs. Les autres le sont par des pèlerins du diocèse auxquels ces journaux appartiennent. Ensemble, ce n'est pas à moins de quatre cents personnes qu'il faut porter le nombre des délégués (1) qui, dès
(i) 11 est probable qu'on publiera plus tard la liste complète de ces journaux. Mais on pourra juger de leur nombre par la liste suivante des journaux espagnols et polonais qui m'ont été désignés. Les noms des journaux français, belges, italiens, anglais que j'y pourrais joindre, sont présents à la mémoire de nos lecteurs, et je n*ai pas besoin de les reproduire au long. Espagnols^
midi, remplissent la salle du Conâstoirc. A une heare, le Saint-Père apparaît, suivi de sa cour, où l*on remarque plusieurs cardinaux, parmi lesquels les cardinaux Chigi, Franchi, Ledochowski, Oreglia, Pacca, Guidi, etc. Mgr Mermlilod qui peut, à vrai dire, figurer aussi parmi les journalistes, ot un grand nombre de prélats se rangent également près de Sa Sainteté.
Dans Tassistance on remarque les directeurs, rédacteurs ou représentants de VOsservalore ro-' mano, la Voce délia verilà, VUnita cattolica, l'Osservalore cattolico, VAncora, Il divin Salvalore^ le Monde, le Courrier de BruxeUes, le Bien public de Gand, la Croix^ le Catholic Times^ le Weeckly Reglster, le Westminster Gazette^ le Tablet, L'illustre archevêque de Bologne, Mgr Parocchî, dont la nomination au cardinalat est aujourd'hui certaine, a bien voulu se mettre à notre tête, et au nom de tous, il lit une adresse dont je n'ai pas à louer
la Espana, la Cruz^ Et Siglo futuro, la Civilizacion catolica, El ConsuUor de las parocos, la Propaganda ca^ tolica, El Zuavo del Papa, de Barcelone, El Boletin ecclesiastico, la Revista popular, El Correo Catalan, Messager del Sagrado Corazon de JesUj la Devocion a tos corazones el Jesu y Maria (Tarragone), et nombre d'autres Bemaines religieuses et autres journaux populaires. Polonais : Kuryer Poznanski, de Posen ; Preze* glad Polski, de Gracovie ; Przeglad Lwoskij de Lem. berg ; Chata i Nonpiny, de Lemberg ; Gwiazda, Pielgr' zym, de Pelplim ; Przyjaeiel LudUj de Ghœlm ; Nied" zieta^ de Posuauie.
réloqaeace sobre, paissante, énergique, et qae le Saint-Père accueille avec des marques répétées d'approbation. Mgr Tripepi ayant ensuite présenté l'offrande collective des journaux avec les deux volumes magaifiquement reliés qui contiennent les adresses, je suis appelé à rhonneur de déposer aux pieds de Pie IX l'offrande spéciale de VUnivers. A genoux devant le souverain Pontife, et malgré l'émotion qui remplit l'âme en un tel moment, je puis dire à Sa Sainteté que M. Louis Yeuillot m'a chargé de déposer à ses pieds une lettre avec la somme de 62,800 francs, recueillie par VUnivers^ pour le jubilé épiscopal, et à laquelle sont jointes spécialement quelques offrandes particulières, dons d'une dame anglaise catholique et d'une pieuse pauvre servante.
J'ajoute que M. Louis Veuillot demande la bénédiction apostolique pour lui, pour tous les rédacteurs de VUnivers et pour tous les souscripteurs dont les noms sont présentés en même temps que l'offrande, ainsi que pour leurs familles. Avec une bienveillance dont témoignaient son regard et son sourire. Pie IX me bénît alors paternellement aux intentions que j'étais chargé d'exprimer, et je me relève après avoir baisé son pied et sa main sacrée.
Successivement, je vois alors se prosterner aux pieds du Pape, en présentant leur offrande.
le D* O'Brien, représentant du CathoUc Times, M. Tabbé Massara, directeur deVOsservatore callO' lico, de Milan : donBosco, M. Margotti, frère du célèbre abbé Margotti, qui offre les dons de VUnità catlolica; M. Ghérardii directeur de la Semaine religieuse, de Florence; le chanoine Schorderet, directeur de la Liberté, de Fribourg et l'infatigable ouvrier de l'œuvre de Saint-Paul, pour laquelle il obtient une bénédiction; le rédacteur de la Civilizacion caioUca, qui offre une certaine somme en or recueillie pour le monument de Garcia Moreno; le directeur à*El Zuavo di Papa, qui présente également une offrande en or^ etc. Ayant accueilli ces dons, le Saint-Père prit la parole^ et dans un discours^ dont on pourrait dire que l'enjouement et la bienveillance la plus paternelle et la plus gracieuse ont été le caractère distinctif, s'il n'avait en même temps parlé avec une grande autorité des éminents services que la presse a rendus et doit rendre à la cause catholique, il a insisté sur quelques conseils à peu près en ces termes :
« En vous voyant tous réunis, mes chers fils, il me revient à la mémoire qu'il y a vingt et quelques années^ lorsque j'étais à Gaëte, la quantité de choses épouvantables et immondes qui sortaient du cloque infernal de la presse malsaine pour se répandre dans le monde, m'inspira la pensée de conseiller à tous ceux qui le pouvaient^ de prendre
la plume pour rcpondrc franchement à ces attaques abominables ; depuis, cette pensée a porté ses fruits, et votre présence Ici en est une preuve incontestable. Eh bien donc, mes chers fils^ que vous diraî-Je, car la prudepLce ne permet pas de tout dire ; néanmoins, je vous dirai deux choses ; c'est d'abord que, dans les choses de ce monde, même les plus parfaites, il se glisse toujours quelque poussière; parfois donc, dans la presse, chose excellente et nécessaire, on manque un peu de concorde. Or, ne l'oubliez pas, c'est l'union qui fait la force. Les soldats les plus braves, quand ils ne sont pas disciplinés, perdent une grande partie de leurs forces, et souvent font perdre la bataille au lieu de faire mordre la poussière à leurs ennemis. Je vous en prie donc, soyez unis, c'est ma première recommandation. Je le disais l'année dernière aux Espagnols, lors de ce grand pèlerinage, et je leur parlais de ce qui arrive aux courses de taureaux. Ce matin encore j'y songeais, en pensant à ce que je vous dirais de plus profitable, et je me rappelait ce que me racontait à ce sujet une dame de haut rang. Quand donc on lâche une de ces bêtes furieuses, si elle n'a contre elle qu'un ou deux adversaires disséminés, elle fond sur eux, et il ne lui est pas difficile de les mettre en fuite; mais si tous les combattants réunis en ligne droite présentent en même temps la pointe de leurs piques
au taureau, celui-ci prend peur; il recule jusqu'à ce qu'il soit acculé et qu'on le transperce. Ainsi en est-il du taureau révolutionnaire. Dispersés contre Ici, il vous écraserait; réunis, vous le terrasserez.
« Je voiœ ferai une autre prière. C'est, autant qu'il est possible, en combattant énergiquement les ennemis de la religion, d'attaquer leurs principes, mais de pratiquer la charité à l'égard des personnes. Sur la vérité, il ne faut rien céder et être, au contraire, plutôt prêt à donner son sang ; mais soyez sûrs que, quand les doctrines révolutionnaires sont atteintes, ceux qui les soutiennent ne tardent pas de succomber avec elles. Ainsi, à leur égard, il faut user de charité; du moins c'est mon avis qui doit être aussi celui d'un bon chrétien; mais, par-dessus tout, soyez unis dans la vérité.
« Et maintenant, afin de vous fortifier dans la lutte, je vais vous bénir au nom de la Sainte Trinité. Considérez, non pas le vieillard que je suis, mais Jésus-Christ dont, bien qu'indigne, je suis le représentant sur la terre. Que le Père vous donne sa force afin que vous triomphiez des ennemis de la foi; que le Fils vous donne sa sagesse, que l'Esprit vous donne son amour indomptable et sa charité. Benedictio, etc. »
Toute l'assistance était tombée à genoux; qunnd
elle se releva, œ fut nn cri ananime et redoublé : viva Pio IX. Mais le Pape fit signe de la main pour
imposer silence, et bénissant une dernière fois la foule, sur sou passage, il rentra dans ses appartements.
En sortant, je fais la rencontre de M. l'abbé Jeannin, venu à la tête d'une dépntationbyzontine pour offrir au Pape un sceptre d'or,* et qui yient d'avoir son audience, M. l'abbé Jeannin était chargé en même temps de remettre au Saint-Père une fort belle adresse de Mgr Paulinier. En présentant le superbe cadeau des fidèles du diocèse, M. l'abbé Jeannin a dit en quelques mots :
« Très-Saînt-Père, la Franche-Comté vient, pour la troisième fois, se proterner à vos pieds; elle vous offre un sceptre d'or qui, dans sa composition, est l'histoire de son dévouement au Saint Siège à travers les siècles. Ce sceptre, la Franche- Comté l'offre au roi des âmes et au roi des peuples, et en vous die salue ce double privilège.
« Il appartenait à la province qui, il y adeux ans, présentait au Pape infaillible la plume d'or du docteur, de lui offrir, en ce glorieux anniversaire^ le sceptre, symbole de sa royale autorité. »
Pie IX a répondu en bénissant la province, le diocèse et son archevêque. II a daigné ensuite s'entretenir longuement avec les membres de la députatîon franc- comtoise et il a admiré avec le
sceptre^ l'écrîn qui lui était remis par un membre de la députatîon. Cet écrin, richement orné, renferme la légende explicative du sceptre^ enluminée avec une grande richesse et beaucoup de goût par les dames du Sacré-Cœur de Besançon; il contenait en outre une lettre de Mgr l'évéque de Saint-Claude.
Quand au sceptre, c'est une merveille dont l'exécution ajouterait encore, si c'était possible, à la juste renommée de M. Armand Calliat. Le sceptre à 1 mètre 55 centimètres de long ; il est divisé en huit fractions et couronné par la statue de Marie Immaculée. A la base, au-dessous des armes de Mgr Paulinier, que surmontent celles du Pape, couronnées par un cercle de roses émaillées au naturel, on voit un groupe de larges feuilles ciselées et émaillées que pénètrent six branches de lierre émaillées aussi avec leurs grappes rouges, et aboutissant à un nœud dont le sommet est une première couronne en lamettos émaillées. Dans la seconde fraction, on voit saint Lin agenouillé devant saint Pierre, qui lui donne les clefs, avec un calice et accompagné de saint Ferréol et de saint Ferjeux, modelés en bas-relief et se détachant sur fond d'or. Bans la troisième, voici saint Vincent Ferrier et sainte Colette, remettant à Thiébaud de Rougemont, archevêque de Besançon, la lettre par laquelle est annoncée la
fin da schisme aux pères da concile de Constance. Un étroit anneaa de pierreries nous introduit dans la quatrième fraction, où Ton voit les catholiques marchant sous le vaillant Claude de la Baume contre les protestants qui attaquent Besançon. La cinquième fraction nous représente le B. P. Fourrier entouré de clercs et visitant les pestiférés au milieu desquels» pour combattre la peste, il répand des billets avec cette inscription : Marie a été con» eue sans péché. Dans la scène suivante, on voit l'archevêque Claude d'Achey consacrant son diocèse à la Sainte-Vierge. La séparation est faite par un large nœud, divisé en six parties^ où sont représentés les quatre évangélistes et les deux anges gardiens de la province et de la cité. Au-dessus rayonne la couronne comtale de Bourgogne, reposant sur un coussin ciselé et émaUlé, qui rappelle, par une inscription la date du dernier pèlerinage à Rome des Bysontins. Ce pèlerinage est, en outre, figuré par des personnages qui représentent Mgr Tarchevêque, un prêtre, un vieillard, un jeune enfant avec son père et sa mère^ un zouave pontifical. En suivant cette procession, Ton arrive à l'anneau du pécheur, caractérisé par la figure de saint Pierre, et duquel s'élancent trois lions en ronde-bosse, les deux lions des armes du Pape et le lion de Bourgogne, qui séparent les trois figures de saint Lin, saint Fcrréol, ?aint Fer-
DE PIS (X ns
jexix, appuyées à une couronne murale sur laquelle on lit quatre fois le mot : Roma. Du milieu de cette couronne s'élaucent des feuilles alternant avec des lis et supportant un globe lumineux qui représente la terre divisée, d*un pôle à l'autre, par six bandes de diamants ciselés et où Ton voit douze grandes étoiles de topazes roses, d'algues marines, de perles fines, resplendissant sur un bel émail turquois teinté de vert. Ce globe est traversé borizontalement par une bande d'émail reliant six médaillons où les apôtres sont groupés deux à deux, saint Pierre occupant le médaillon de la face. En outre, le globe est ceint d'une vaste couronne d'épines avec six croix papales. Mais, au sommet, une autre couronne faite de fleurons et de roses entoure un lis puissant qui s'élève pour recevoir la statue de l'Immaculée- Conception assise sur un trône et brisant la tête do serpent, avec le Croissant à ses pieds, le tout accompagnée d'inscriptions se rapportant à l'Immaculée-Gonception, Il convient d'ajouter encore que tous les versets du Credo se déroulent de la base du sceptre au sommet, inscrits en caractères d'or sur un ruban d'émail rouge. Il faut constater aussi que la statue de la Vierge et les trois lions sont en ronde-bosse. Le Christ, saint Pierre, les autres apôtres, les évaugélistes, les anges gardiens, saint Lin, saint Fcrréol, saint Forjeux, en bas-re-
liefs. Les trente-et-un personnages des antres scènes sont exécutés en taille d'épargne, et avec traits de coolenrs variées, sur un champ yert bleuâtre, sans relief. Et que ne faudrait-il pas ajouter encore pour donner quelque idée de cet objet incomparable?
Je renonce aussi bien à Tidée de faire le compte exact des audiences que le Saint-Père continue do multiplier. Hier 11 recevait les membres de la secrétairie d'État et des affaires: ecclésiastiques extraordinaires présenté par le cardinal Simeoni, et qui lui offrirent une adresse avec une belle croix byzantine ornée de mosaïque montée sur un lapis lazzuli. Le Saint-Père s'est montré très-touché de cet hommage. Il a reçu ensuite les évêques des provinces de l'État pontifical, au nom de^squels le cardinal Pecci présentait une adresse. Le Saint- Père y a répondu par une allocutioji qui correspondait aux sentiments exprimés dans l'adresse où l'on rappelait que le Picenum fut la patrie de Pie IX, tandis que TOmbrie et l'Emilie l'ont eu pour évêque quand il occupait les sièges de Spolète et d'Imola. Le Saint-Père a parlé de la sollicitude qu'il continuait d'avoir pour ces populations; puis il a célébré l'union de l'épiscopal et le réveil du mouvement catholique, qui s'accuse avec tant de force par les pèlerinages. Enfin, parlant des troubles qui ont parfois agité TÉmilie et TOmbrie,
oette région si féconde en saints, il a dit que la révolution n'avait pourtant pu venir à bout de pervertir à fond le cœur excellent de ces peuples, et il a encouragé les évêques à développer ces bons éléments par les bonnes œuvres, par la patience. Après quoi, il a reçu encore Tétat-major de la garde Palatine d'honneur, qui lui offrait une œuvre en argent du plus beau travail, fac-similé réduit du monument de l'Immaculée-Gonception.
Rome, 20 juin .
Les dernières audiences. -- Discours du Pape aux Espagnols. — Les Brésiliens, les Argentins, les Irlandais du Canada. — L'apostolat de la prière. -- Ce qu'on remarque en Tannée 77 de chacun des siècles de Tère chrétienne. — Trois dates immortelles.
Ailleurs qu'à Rome, la presse, volontiers, se vante d'avoir le dernier mot. Ici la grande audience qu'elle a obtenue et qui fait preuve de la grande sollicitude qu'elle inspire au Saint-Père n'a pas clos la série des réceptions. Le lendemain, la confrérie des Saeconi du Sacré-Cœur était présentée au Pape par son prieur annuel, M. le comte Adolphe Pianciani, car ces humbles confrères qui, par dévotion se revêtent d'un habit do toile grossière appartiennent pour le plus grand nombre au
tfV«M»>
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patriciat romain^ à la prélature, même au Sacré- Gollége. Ayant la sacrilège iavasioa de Kome^ où poayait les voir, à certains joars et à tour de rôle, traversant les rues de Rome sous leur cQstume et quêtant de porte en porte, non certes pour leurs besoins, mais pour donner un exemple d'humi« lité. Empêchés désormais de pratiquer leurs règles, ils n'y sont pas moins demeurés ûdèles et le ii^ ils offraient au Pape, avec une adresse, un très-beau tableau original du Guerchin qui représente saint Pierre dâivré de la prison par un ange.
Aussitôt après^ dans la même salle du trône, le Saint-Père a reçu le collège des avocats consistoriaux ayant à sa tête M. de Dominicis Tosti et qui offrait un très-beau ciboire de vermeil. Dans les autres salles, le Pape a rencontré successivement le prévôt de Yimercato, en Lombardie,lui offrant, au nom des religieuses de Guastalla une plume d'or et une adresse signée par elles et leurs élèves, puis une députation hongroise de la Société catholique de Buda Pesth, présidée par M. le commandant Lonkay qui présentait une adresse et des offrandes au nom de cette Société et au nom du Journal Magyar Allam. Un peu plus loin. Pie IX a accueilli plusieurs députations d'Italie parmi lesquelles celle de Ripatransonc. En souvenir de saint Pie V à qui Ton peut dire que cette ville
doit son existence, la dépularlioa apportait une statue de ce grand Pape. Pie IX en qaelqaes mots pleins d'une paternelle bienveillance a remercié et béni les donateurs.
Le 12 juin, c'est dans la salle ducale qu'on retrouvait les pèlerins, car la salle du consistoire était trop petite pour la foule des Espagnols je mé garderai d'insister sur les petits événements et les intrigues qui ont traversé ce pèlerinage ; on avait annoncé tout d'abord qae l'Espagne n'enverrait pas moins de 12,000 pèlerins et ce cbiffre aurait été certainement dépassé sans les incidents auxquels je fais allusion. En dépit de tout, les pèlerins sont venus au nombre d'au moins 2,000, ce qui ne laisse pas d'être un fort beau chiffre.
Le cardinal Paya y Rico, archevêque de Gompostelle, préside le pèlerinage. On remarque aussi le cardinal Benavides, patriarche des Indes, NN. SS. dIJrgel, de Zamora, de Santander, de Pampelune, d'Almeria, et les auxiliaires de Madrid et de Séville.
A midi le Pape f ait songent rée. Los Ém. M. Sacconi. Franchi, Oreglia dî S. Slefano, Martinelli, Lédochowskî, Simeonî, d'Avanzo, Borromeo et Pacca accompagnent Sa Sainteté. De longs cris s'élèvent • Cette foule est transportée d'enthousiasme, et il faut que Pie IX fasse signe plusieurs fois de la main pour calmer tant d'ardeurs et ob-
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tenir le silence. Il *y a des impatiences de générosité.
L'Ém. archevêque de Gompostelle lit une adresse dans la langue sonore que Pie IX a parlée si longtemps, et qu'il parle encore yolontiers. A la cour de Rome^ d'ailleurs, on sait l'espagnol presque autant que le français. Autour du Pape se tiennent debout d'anciens nonces d'Ëspagoe : les. cardinaux Franchi et Simeoni, et un ancien nonce de Portugal, le cardinal Oreglia.
L'adresse terminée, l'archeyéque de Gompostelle s'approche du Pape et dépose à ses pieds un coffret élégant rempli d'or; puis se présentent tour à tour les sept évoques espagnols, des prêtres, des laïques. On appelle à haute voix les diocèses de ribérie, qui viennent tour à tour, dans la personne de leurs fidèles, se prosterner devant le Vicaire de Jésus-Ghrist et lui offrir de l'or, toujours de l'or et des présents, et ce, à la confusion et à la rage de la révolution italienne, appauvrie et ruinée après avoir tout pillé et dévoré.
Sa Sainteté répond à l'adresse par une improvisation admirable. En substance, le Pape a dit qu'en accueillant les témoignages de la charité des prélats et des fidèles de la catholique Espagne, il lui venait à la mémoire un trait de la vie d'un frère quêteur capucin, que sa sainteté et ses vertus héroïques ont élevé aux honueurs de l'autel.
DE PIE lî 249
Un jonr que le pauvre frère trouvait trop lourd à son bras le panier aux aumônes (sporla)^ rempli de provisions de bouche offertes par les fidèles, il s'arrêta, et trouvant dans le panier une pièce d*or, il la jeta et sentit aussitôt le poids allégé.
Or, le Pape a reçu tant d'or des pèlerins espagnols qu'il craint que ses épaules en soient acca blées. Mais si la charité est industrieuse pour donner, il faut qu'elle soitMndustrieuse pour se répandre. La charité des Espagnols a son exprèssîon dans ce second pèlerinage, comme dans le pèlerinage de l'an dernier, parce qu'elle est inspirée par l'amour, par le désir de revoir l'objet aimé; et cette expression est doublement solennelle, parce qu'elle est patronnée par un grand nombre d'évêques. Les hommes de la révolution n'aiment pas, eux. Puissent-ils comprendre au moins qu'il y a des grandeurs que ni la prison, ni l'exil, ni la persécution ne peuvent diminuer. Rendons grâce à Dieu, qui nous conserve et nous donne la force de combattre la révolution.
Ici le Pape a cité l'histoire de Jacob lequel, voyageant avec sa famille, ses serviteurs, ses troupeaux, et étant attaqué par Ésaû, se tourna d'abord vers Dieu et lui adressa une prière fervente et sublime que les saints Livres nous ont transmise. Jacob cependant ne négligea rien do ce que commandait la prudence humaine. Il envoya des
messagers chargés de présents et il arma ses serviteurs pour la défense.
Youlons-no us vaincre les Ésaûs de la Révolution? Prions» et organisons des camps de défense on Espagne, en France, en Allemagne, partout. Prions et serrons nos rangs compactes et forts. Ayons des phalanges unies dans la religion et pour la religion qui a des uns sublimes et saintes.
Le Pape remercie Dieu d'avoir conservé chez les peuples d'Espagne les traditions de leurs pères, et il ajoute que pour ne point perdre ces traditions^ il faut avoir du courage et se garder des rivalités, des heurts qui retardent la marche vers la victoire.
Enân, il invite les Espagnols à se montrer tonjours soldats d'un même drapeau^ d'un même capitaine et d'une même foi.
Puis il les bénit, eux^ leurs familles, leurs frères absents, leurs évêques et leurs diocèses ; il bénit l'Espagne catholique qui, par l'unité de sa foi, fait la merveille du monde.
De nouvelles acclamations ont retenti. Pie IX
s'est retiré suivi des cardinaux, '^^des évêques et de la cour, et les pèlerins, sortant du Vatican, se sont répandus, qui dans la basilique, qui dans les rues. Le peuple du Borgo contemplait leurs visages éclairés par l'enthousiasme, leur démarche grave et fière.
DE PIE IX i51
Les (Ions et objets d'art des Espagnols ont été aussitôt, par ordre du Pape, transportés dans les galeries do l'exposition.
Dans la matinée, Mgr Moreno, évéque d'Euménie m partibus et vieaire apostolique de la basse Californie (Mexique), avait été reçu en audience et avait remis au Saint-Père, avec une adresse suivie de nombreuses signatures, une somme de 45,000 fr. en or, au nom de Tépiscopat mexicain, ainsi que de Tarchevêque et des suffragants de la haute Californie (États-Unis).
Je voudrais avoir le loisir de conter l'histoire de Mgr Moreno. On y verrait une fois do plus ce que c'est qu'un évéque, surtout quand cet évéque s'est instruit, dans le cloître, des devoirs qu'il est tenu de remplir pour le salut des âmes dont il a la charge. À cet office, Mgr Moreno ne s'est pas épargné. Par deux fois il a soufiPert la prison et la bfttonnade, avec des raffinements de barbarie inventés par les francs-maçons pour tirer vengeance du moineévêque qui, seul, luttait victorieusement contre eux. A la fin et n'en pouvant avoir autrement raison ils l'ont jeté de force sur un vaisseau qui venait en Europe, dépouillé, presque nu, et dans un tel état de souffrance qu'ils espéraient bien, l'envoyant en exil, l'envoyer du même coup à la mort. Mais l'évêque a triomphé de tout et aujourd'hui plus ferme et ré?oln que jamais il attend l'heure de rc-
■1ht J.A ChNQUAMTÀIME ÉWSCOPALE
prendre la lutte, à rcxcmple de Pie IX dont il recevait l'autre jour la fortifiante bénédiction.
Il me faut maintenant revenir encore aux Espagnols.
La grande audience du 12 ne pouvait suffire à leur foi et à leur amour envers le Vicaire de Jésus- Christ. Pie IX Ta très-bien compris; aussi. â-t^-il voulu que ces pèlerins pussent tous le voir de près le lendemain et les autres jours. Dans ce but> ceux de la Catalogne et d'autres provinces se sont grou* pés le 13 dans toutes les salles et galeries que devait parcourir le Pape.
Vers midi, Pie IX, qui venait d'accorder une audience à M. D. Francesco de Cardenas, lui apportant, en sa qualité d'ambassadeur, les hommages et les félicitations du roi don Alphonse, Pie IX, dis-je, s'est présenté aux pèlerins. Un groupe de dames a offert à Sa Sainteté, au nom des catholiques de Barcelone, un album d'une élégance extrême, et au nom de la congrégation des Filles du Sacré-Cœur, de la même ville, des provisions de linge d'autel et une bourse remplie d'or.
^ Dans une autre salle, des Catalans ont salué l'entrée du Pape par le chant d'une hymne à la Vierge Immaculée, — chant tantôt doux, tantôt triomphal, — qui a beaucoup ému le souverain Pontife.
La promenade du Saint-Père a duré longtemps
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à travers ces foales pieuses qui baisaient ses mains et les remplissaient d'offrandes. Et lai, parlant la langue des pèlerins, les remerciait, les réconfortait et répandait sar eux et sur leurs familles et sur TEspagne ses tendres bénédictions.
On a remarqué que, sans prononcer un mot qui ait trait^directement à la politique, Pie IX ne ces? sait de répéter aux Espagnols : « Soyez unis, tous unis, sous un même chef, sous un même drapeau » et Dieu ^ura pitié et tous bénira. Soyez unis. »
Avant de se retirer, le Pape a reçu les offrandes de la ville d'Osimo, présentées par TÉvéque, accompagné de plusieurs prêtres. Parmi ces offrandes se trouvait un vase de cristal travaillé par les religieuses d'Osimo.
Les Ursulines de Rome ont fait présenter en leur nom et au nom de 300 (je dis trois cents) monastères de leur ordre une adresse au Pape.
Deux jours plus tard les audiences reprenaient plus nombreuses, comme pour marquer que jusqu'au dernier jour de ces réceptions solennelles, les fils de TÉglise d'un bout du monde à Tautre s'empressent à Tenvi sur les pas de Celui qui tt vient au nom du Seigneur ». Cette fois, c'étaient les pèlerins du Brésil, de la République Argentine, des Irlandais du Canada auxquels s'étaient jointes des députations de pays divers.
Les Brésiliens étaient présentés par NN. SS. de
Lacerda^ éTéqne de Rio- Janeiro , et de Macedo Costa, évê^ue de Para. Les diocèses de Rio-Grande du Sud, de Saint-Paul, de Minas-Geraes, de Bahîa, de I^ernambuco, de Parahîba avaient pour chefs des ecclésiastiques ou des notables.
Les Argentins étaient présentés par Mgr Aneyros, archevêque de Buenos- Ayres, accompagné de son vicaire général. Il y avait une députation da chapitre, une autre des curés de la ville et du diocèse, une troisième de religieux franciscains, dominicains et scolopes, une quatrième du Cercle catholique, une cinquième de la Société de la jeunesse catholique, une dernière des Conférences de Saint- Vincent-de-PauI de la République Argentine.
Les Irlandais du Canada avaient à leur tête le R. P. Dowd, sulpicien, curé de Saint-Patrice de Montréal : des ecclésiastiques, des femmes de distinction et des catholiques de Toronto, d'Hamilton et de London faisaient partie du pèlerinage.
Les Irlandais de la province de Munster en Ir-« lande étaient conduits par le R. docteur Nevaîllé, vicaire général de Cork. On y voyait le lord-mayor de cette ville et un alderman. Ils apportaient au Pape les hommages de l'épiscopat irlandais, du clergé, de la magistrature et du peuple.
Quand le Saint-Père porté sur son trône est entré, entouré des cardinaux et d'une foule d'évéqnes |
de toutes nations, cette nombreuse assistance s'est agenoaillée avec ce sentiment d'amour et de vénération que peut seule inspirer la foi. Plusieurs n'ont pas voulu se relever^ tout le temps qu'a duré l'audience. C'est ici le lieu de dire comment dans les jours qui viennent de s'écouler une foule d'hommes et de femmes venus à Rome des contrées les plus éloignées de la terre aussi bien que de l'Italie et de l'Europe ont donné aux anges un angélique spectacle. Au milieu de cette Ville possédée matériellement par TEnfer, il y a eu une longue fête céleste, une fête des âmes, une fête préparatoire au triomphe de la Justice et de l'Église du Christ. Les adresses des pèlerinages ayant été lues et déposées aux pieds du souverain Pontife, la procession des offrandes a défilé devant le trône : c'étaient l'évêque de Rio -Janeiro et l'évoque de Para avec de l'or; l'archevêque de la République Argentine avec de l'or et des objets précieux; le * R, P. Dowd avec de l'or; Mgr Kirby, recteur du collège irlandais de Rome, avec de l'or, etc., etc. Toujours de l'orl Ce qui fait le tourment et le désespoir des Tantales de la Révolution. Le Pape reçoit de l'or, beaucoup d'or, des tonnes d'or, si l'on veut. Mais ces Tantales qui exagèrent tout, imaginent des chiffres fabuleux. Laissons-les dans l«sar erreur. Après tout, je ne saurais dire au juste le produit de la charité catholique. U faudrait faire
256 LA CINQUANTAINE ÉPISCOPALfi
les additions da grand-livre da Vatican et estimer la valeur des objets précieux qai emplissent les salles de l'Exposition.
Parmi les dons des Canadiens, on a remarqué nne mitre trës-riclie> envoi des Sœars de charité de rhospice de Montréal; un vase d'argent massif de M. O'Brien; des sandales admirablement tra* vaillées par les sauvages du Saskatchuvan, avec une Inscription indienne : Tes /Us derniers » nés s'agenouillent à tes pieds; un porte-montre d'une mère indienne avec ces mots : Père, bénis mon fils sourd'fnuet; des gants fabriqués dans rOrpbelinat des Sœurs grises établies sur la rivière de Mackensie, avec ces mots : Faits par de petits sauvages dans un orphelinat; une foule de vêtements en fourrures d'animaux tués à la chasse par les saa« vages> etc. Il faut mentionner encore des linges brodés et des dentelles pour le service de l'autel^ envoi des Sœurs de charité de Brogheda (Irlande).
iiC Pape agréant ces présents si variés a remercié ses enfants et les a complimentés tour à tour. Il s'est réjoui avec les Irlandais du Canada qui, abandonnés au milieu de rAtlantiquc, ont eu à leur secours les Anges gardiens pour souffler dans les voiles de leur vaisseau et les conduire au port (i).
(1) On sait que le vapeur City cf Bruxelles ee trotivant à 1,000 milles de Queenstown et ayant brisé sa machine, a dû continuer ea route à la voile et employer trenteneuf jours au lieu de douxe à son voyage. Pendant la tra-
II s'est réjoui avec les pèlerins de Baenos-Ayres et da Brésil» particalièrement avec ceux de race espagnole et portugaise» cette race qui» malgré les torts qu'elle a eus plus tard» n'en garde pas moins le mérite et la gloire d'avoir planté la Croix en Amérique et d'y avoir répandu le Christianisme. n s'est réjoui avec les pèlerins d'Irlande» répétant ce qu'il ne cessé de déclarer» que l'unité nous assure la victoire sur le monde ; l'unité de i'épiscopat irlandais a eu ce résultat que la foi n'a jamais abandonné l'Irlande et y demeure fortement enracinée, n s'est réjoui enfin avec cette assistance si . variée, symbole elle-même de cette unité aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ.
Fuis il a dit que la force de l'unité ne consiste pas dans les ligues politiques» mais dans l'amour» dans la charité qui sont les étais de la famille humaine» ajoutant qu'il rendait grâce à Dieu de ce que tant de nations diverses marchaient unies dans une môme foi et reliées ensemble par les doux liens de la charité et de l'amour» comme le char mystique d'Ézéchiel auxquels étaient attachés des animaux de nature différente.
Ces choses dites avec son éloquence tantôt énergique» tantôt attendrie» le Pape a levé les mains
versée, les officiers et l'ëqaipage protestants ont comblé d'attentions les pèlerins. Le salon du bord a été conyerti 0n chapelle et orné par les marins*
et béai kg pèlerins^ leurs familles» leurs patries, leurs nations.
C'est par cette réception qu'ont été closes les audiences des grands pèlerinages nationaux. Néan« moins, le Vatican reste ouvert à la foule ininterrompue des pèlerins qui viennent, isolément ou en groupe, prendre force et joie auprès du Pape. C'est ainsi que le 16, Pie IX recevait d'abord une députation des associations catholiques de Tivoli précédée par l'évêque Mgr Giglî, puis une députation des élèves de l'hospice Tata giavanHi ; puis une foule d'Espagnols de Barcelonne conduits par le R. P. Rodriguez, général des Religieux de la Merci. Ils portaient diverses adresses et offraient des présents : une cannô en écaille, ûnement travaillée et ornée d'incrustation d'or et divers objets précieux.
Les RR. PP. Ramière, Yasco et Laurençot, de la Compagnie de Jésus^ en qualité de députés de la vaste et prodigieuse association de l'apostoiat de la Prière pour la diffusion dans le monde de la piété envers le Sacré-Cœur de Jésus, dont le siège est à Toulouse, ont présenté au Pape quelques exemplaires des volumes contenant les adhésions des associés qui sont au nombre de douze milUonsi ils portaient aussi^ *avec des sommes d'argent recueillies parmi de pauvres sourdes-muettes et des indigents, la nouvelle consolante de deux milli
de commanions et de plusieurs millions de bonnes œuvres et d'actes de piété accomplis aux intentions du Pape et pour son Jubilé. Qui dira la puissance victorieuse de ces communions et de ces bonnes œuvres ? Qui dira combien pèsent dans la balance delà divine justice les quelques pièces d'or ou d'argent données à leur JPère par des pauvres et des infirmes ? Sa sainteté émue de ces marques de tendresse et de piété a adressé à l'assistance une courte allocution pour recommander» comme toujours» la paix» l'union» la concorde» la cbarité et l'usage très-salutaire aux familles de réciter en commun le saint Rosaire en mémoire des mystères de notre Rédemption. Fuis il a donné sa bénédiction.
Et maintenant» au récit de ces réceptions sans fin, qu'ajouter encore pour donner l'idée de ce spectacle unique dans Thistoire et que Rome vient d'offrir au monde. L'autre jour, VOsservatore ro^ mano citait le travail d'un ingénieux auteur qui» pour célébrer à sa façon cette merveilleuse date, du 3 juin 1877» avait patiemment recherché dans rbistoire de l'Église les faits que rappelait dans chaque siècle Tannée 77. Pour première remarque» il observait que pas une seule fois dans le cours de ces dix-huit siècles» le Saint Siège n'avait été vacant en l'année 77. En effet» nous voyons au premier siècle saint Lin le successeur
immédiat do saint Pierre; en 177> saint Élenthère et saint Eutichien en 277; an rr^ siècle c'est saint Damase ; saint Simplicien an y* et dans les treize siècles qni suivent : Benoist» Donns» Adrien, Jean VIII, Benoit Vn, saint Grégoire VII, Alexandre m, Nicolas m, Grégoire XI, Sixte IV, Grégoire Xin, Innocent XI, Pie VI. L'autear remarque en outre que^ pour chacun de ces pontificats. Tannée 77 du siècle marque quelque grand acte du règne. Mais que dirons-nous pour Pie IX et quel éloge supérieur au seul énoncé des actes qui depuis son élection an Quirinal Jusqu'au 3 Juin de la présente année remplissent son pontificat incomparable I Je ne les redis point ici parce qu'ils sont en la mémoire de tous, mais pour la conclusion de ce récit ne suffit-il pas de rappeler trois chiffres qui seuls parlent plus éloquemment que tout le reste ? Disons donc, pour tout éloge^ que rÉglise dans la yie d'un même Pape, a inscrit en ses fastes glorienz ces trois dates immortelles : le 3 juin 1827, le 16 juin 1846, le 3 juin 1877,
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Sous ce titre général, nous avons cru qu'il était bon de réunir diverses espèces de documents qui complètent le récit des fêtes de la Cinquantaine. D'une part, en effet, nous reproduisons le texte même des discours prononcés par le Pape depuis l'ouverture des pèlerinages, de l'autre celui des adresses qui lui ont été présentées par les pèlerins. De plus, nous donnons le mandement de prise de possession du Pape, quand il fut nommé archevêque de Spolète il y a cinquante ans; enfin, grâce à la bienveillante autorisation de Mgr Pie, nous pouvons y joindre Thomélie prononcée par l'illustre évoque de Poitiers à Saint-Pierre- ès-Liens et qui fournit un si admirable commentaire des fêtes.
Malheureusement nous ne pouvons donner ici que quatre des discours du Saint Père, car
le texte des autres discours, qui sont d'ailleurs
exactement résumés dans les correspondances envoyées de Rome à VVnivers, n'a pas été publié. De même, nous avons dû nous borner^ pour les adresses, à reproduire les adresses des pèlerinages
nationaax et nous le regrettons» car les adresses collectives des provinces et des diocèses non moins qne les adresses individuelles offraient, par la va* riéfcé même de l'expression d'un sentiment unique, le plus grand intérêt. Mais un volume n'aurait pas sufâ à les contenir toutes et cette collection, qui sans doute sera faîte un jour, ne pouvait être l'objet de cette publication.
1» Discours aux pèlerins de la Savoie.
Votre présence, fils très-chers, me suggère de parler librement dans ma langue; et puisque, à l'exemple de tant d'autres dévots pèlerins, vous formez autour de moi une couronne qui est ma joie, je vous dirai brièvement une pensée trèspropre à vous confirmer dans les fins que vous vous êtes proposées en entreprenant votre voyage au tombeau des saints apôtres Pierre et Paul, qui sont d'obtenir de Dieu, par leur intercession, une plus grande force dans l'union, dans l'amour, dans la paix qui régnent entre vous.
Au commencement de ce mois , l'Église nous a rappelé un des plus grands mystères de notre sainte religion, la résurrection de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Après nous avoir raconté ce fait, fondement de notre foi, l'Eglise, dans l'Octave de la fête, nous conforte en remettant sous nos yeux les pifemiers événements qui fixent suite à ce mystère. Parmi ces événements se trouve l'apparition de Notre-Seigneur Jésus-Christ à Madeleine, laquelle, avant tous autres» vit le divin Sauveur ressuscité de la mort par sa propre vertu : comme elle avait beaucoup aimé, elle mérita d'être privilégiée du
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RéHempleur. Or, tandis qae Madeleine se tenait pleurant près du sépulcre, elle s'aperçut de la présence de Jésus en entendant sa voix, et elle voulut, avec sa ferveur habituelle, se jeter à ses pieds pour y imprimer de nouveau les signes de son amour filial et profond. Mais au moment oiî elle se disposait à cet acte, le Seigneur la repoussa en s'écriant : Noli me tangere.
Peu de temps après, d'autres âmes, bonnes et saintes filles, elles aussi, de la charité et de l'amour, eurent le bonheur, unies à Madeleine, de rencontrer Jésus-Christ. Et alors lui, voyant l'union de ces âmes, ne les repoussa point comme il avait fait pour une seule, non; mais avec une affection paternelle, avec une tendresse toute divine, il les salua : Avete, Je vous salue, chères âmes. £t les saluant, il les bénit, et elles s'approchèrent de ses pieds, qu'elles baisèrent pieusement : lUœ atitem accesservmt et tenuerunt pedes ejus et adoraverunt eum. Et de la sorte, ce que Jésus-Christ n'avait pas accordé à une seule, il l'accorda à plusieurs réunies.
Tous ces pèlerins du monde catholique font donc bien de s'unir en sainte paix et charité pour s'exciter mutuellement aux bonnes œuvres et à la prière pour obtenir la délivrance de l'Eglise, si opprimée et si outragée. Oh I le bel et émouvant spectacle, de voir ces pieuses multitudes s'avancer, semblables à des armées pacifiques et inoffensives, pour combattre, surtout en Italie, et protester en fait contre les dispositions iniques de certains hommes, nés catholiques, mais aujourd'hui par leurs lois et leurs attentats contre la religion devenus, je ne sais s'il faut dire infidèles ou renégats.
En ces jours, que dis-je? au moment même où je parle, une grande puissance hétérodoxe met en campagne de nombreuses armées accompagnées de foudroyantes artilleries ; et tout cela pour punir une puissance infidèle, à laquelle ou reproche d'avoir gouverné injustement en opprimant nombre de ses sujets qui sont de celte religion hétérodoxe.
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Lamdlée est déjà commencéo, et Je ne sais laquelle des deux puissances sera yiotorieuse de l'autre. Seulement je sais bien que sur l'une de ces puissances» qui se dit orthodoxe et qui est schismatiqtie, pèse lourdement la main de la Justice de Dieu pour l'atroce persécution continuée pendant tant et tant d'années et encore poursuivie contre les catholiques.
Mais d'autre part se multiplient les compagnies de pèlerins catholiques de toutes les contrées de la terre , armés du bouclier de la foi» avec le feu de la charité et avec l'espérance du triomphe. Cette armée pacifique et innocente s'aTance doucement, doucement, pour demander à Dieu la liberté de l'Eglise et la paix du monde.
Oh I mes chers, si j'ignore laquelle des deux puissances, infidèle ou schismatique, est celle qui vaincra, je suis pourtant certain du triomphe de l'armée chrétienne catholique, et mon assurance se fonde sur la promesse* de Jésus* Qhrist : Portes inferi non prœvakbunt. Vous-mêmes qui êtes là, m'entourant comme une couronne, vous sentirez dans vos cœurs l'écho de cette parole infaillible de Jésus-Christ : Ecoe ego vobiscvm sum usque ad con^ summationem sœculi. Oui, Jésus-Christ est avec nous, chères âmes, il nous assiste de son bras puissant et de sa force divine, il nous aide de sa lumière céleste, par laquelle il daigne diriger son peuple dans le combat contre l'impiété et l'ingratitude de certaines âmes vendues au démon, pires que l'enfer lui-même. Jésus-Christ est avec nous dans la vie et dans la mort, et nous espérons qu'il sera aassi avec nous comme notre récompense dans l'éternité.
Oui, mes chers fils, unis à Jésus-Christ, ne craignons rien et continuons à combattre vaillamment jusqu'à la fin.
Et pour accroître nos forces et obtenir la victoire, continuons à prier^ continuons à nous mortifier et à demander à Dieu la conversion de nos ennemis, afin qu'ils tombent euxrmêmes au pied
de la croix et servent de nouveaux triomphes à la divine miséricorde. ^
En attendant^ que la bénédiction de Dieu descende sur vous et sur tous les pèlerins du monde catholique; qu'elle descende sur les saints pasteurs de Tarentaise et de Saint-Jean-de-Maurienne et augmente en vous tous, avec la foi antique^ la paix» l'union et la constance. Que cette bénédiction vous accompagne dans la vie, qu'elle soit présente à l'heure de votre mort, et qu'elle soit le thème éternel des actions de grâce que vous adresserez à Dieu dans le ciel.
BenedicHo Dei, etc.
2o Discours aux membres du pèlerinage national français.
Je vous salue, mes très-chers fils, et, me servant de la parole même de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je vous dis : Avele. En vous je salue des fils affectueux et dévoués, qui sont venus pour me fortifier en ce lieu d'où, la prudence me défend de sortir. C'est là une vérité connue de tous et qu'ignorent ceux-là seulement qui ne veulent pas la connaître.
L'Eglise en divers points de l'univers est opprimée, et l'Eglise se recueille et prie. Elle est persécutée^ et elle crie, et elle proteste par les moyens qui lui conviennent. Vous-mêmes venez de l'entendre et, par la voix de votre président, vous avez protesté contre ces oppressions. L'Eglise cependant se recueille avec ses fils ; elle s'applique à la prière, à la visite des sanctuaires, comme vous le faites, étant venus pour vénérer les tombeaux des princes des apôtres. Vous venez comme une armée extraordinaire, c'est vrai, mais comme une armée toujours pacifique, humble ^t pieuse. Oh I la grande et belle chose qu'une réunion ainsi composée, qui tient en mains non Tépée, mais le chapelet, qui porte sur la poitrine non la cuirasse, mais la croix ! Eh bien, cette réunion porte ombrage et inspire la peur à certain gouvernement qui prend des précautions suggérées par la politique humaine pour
prévenir des attaques imprévues^ imaginaires ^ qu'il redoute de votre présence comme si vous cherchiez à faire tomber, je ne puis dire Vordre, mais le désordre présent. Que Dieu vous donné la force pour repousser ces calomnies et la constance dans vos efforts, afin que l'ordre vraiment bouleversé soit enfin rétabli.
Mais nos ennemis , qui sont ceux de TEglise, ont peur là où il n'y a aucune raison d'avoir peur. Illic irepidaverunt ubi non erat timor. Et c'est là un commencement de contre-révolution. Véritablement ils ont peur, parce que leur conscience est troublée. Juste châtiment que Dieu fait peser sur les usurpateurs et^ pour nous» puissant motif des plus belles espérances !
Ces espérances, nous devons les nourrir en dépit des apparences contraires. La haine des méchants» et ils sont nombreux, la peur qui envahit les hommes d'Etat et les rigueurs extrêmes qu'ils préparent en raison de cette peur/tout cela ce sont les apparences contraires. Mais dans l'union des bons catholiques, qui prient et multiplient les œuvres de piété^ nous devons puiser de quoi maintenir vivant dans nos âmes l'espoir en Dieu, qui agira par lui-môme et qui, par lui seul, accomplira l'œuvre du grand rachat quand sera venu le moment fixé dans ses décrets éternels. Si nous jetons les yeux sur l'Europe tout entière, il y a bien peu à espérer, puisqu'on en vient à dire que le Pape a menti. Je ne dirai pas qui a dit cela, ni dans quel pays, mais cela a été dit. Et le Pape pardonne. Reposons doue en Dieu toute notre confiance, et de Lui, qui est puissant pardessus tous les puissants, prenons l'espoir de notre salut.
Pour mieux vous affermir dans cet espoir, je rappellerai un trait de la sainte Ecriture. Après que les Philistins eurent remporté tant de victoires, le peuple d'Israël fut pris de pusiDanîmîté et de peur. Alors, et pour s'encourager à de nouveaux combats, les Israélites résolurent de porter l'Arche sainte sur le champ de, bataille, dans l'es-
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poîr que par ce moyen ils ponrraîcnt vaincre lenr puissant adversaire. De fait, grande fut l'allégresse à la vue de rArc]^e, et les cris des combattants s'élevèrent si bruyants que les Philistins se mirent à craindre eux aussi; néanmoins^ les Philistins obtinrent encore la victoire, et outre un grand nombre de prisonniers» ils s'emparèrent de l'Arche^ qu'ils placèrent^ mais non pour lui faire honneur, dans le temple, à oôté du dieu Dagon.
Les incirconcîs ne pouvaient faire plus grand honneur à l'Arche du testament; mais l'Arche ne pouvait être prisonnière, au pouvoir des ennemis de Dieu, et elle triompha d'elle-même, par elle seule. Qu'arriva-t-il en effet? C'est qu'une première fois l'idole des Philistins tomba au pied de l'Arche; replacée sur son socle, elle tomba de nouveau, mutilée et brisée. Les Philistins alors, saisis de peur, prirent la résolution de rendre au peuple d'Iraêl, avec de grands honneurs et des présents, ce dépôt précieux avec lequel Dieu avait opéré un si grand prodige.
De nos jours aussi les modernes Philistins ont remporté nombre de victoires; l'Arche sainte a été faite prisonnière ; Us la maintiennent encore sur pied, mais alliée et accouplée aux fausses religions, aux enseignements corrompus et aux ignominies fétides, afin de la rendre méprisable au regard des nations. Et voilà, mes très-chers fils, que nous sommes à l'heure de l'abandon, qui fait que le cœur se dilate et place toutes ses espérances en Dieu. Oui, certainement les Dagons tomberont et l'Arche se sauvera par elle-même {farà dà se) ; elle sera délivrée et rendue à la libertépar le bras de Dieu tout-puissant. De nouveau il fera sentir sa voix comme au commencement de la création ; il répétera : Fiai lux , et aux ténèbres de l'erreur et de l'incrédulité il fera succéder la lumière du vrai et le soleil de la justice.
Ayons donc confiance en Dieu, et que cette confiance nous soutienne; dans l'assurance d'obtenir ce que nous désirons, puisons un sentiment
qui nous raffermisse; car de ceux qui ont eu justement conâance en Dieu, aucun jamais n'a été confondu. À cet.effet, que tous left catholiques radoublent.de prières, qu'ils fréquentent déplus en plus les sacrements, qu'ils renouvellent les œuvres de charité, par lesquelles ils alimenteront leur fol, afin d'obtenir la persévérance dans le bien.
C'est dans ces sentiments que j'élève la main et que Je vous bénis en demandant à Dieu la lumière et la force pour traverser les périls de la vie, afin que vous accomplissiez fidèlement les devoirs dont vous êtes tenus et que la grâce de Dieu reste en vous jusqu'au dernier moment où vous serez en ce monde.
Benedictio, etc.
30 DiBCOurs aax pèlerins anglais*
Il est bien consolant, très<<iher fils, de voir ici en ma présence une aussi nombreuse assemblée de pieux enfants de l'Angletere, tous animés de la même foi, et unis par le lien d'une même charité.
Oh I que j'ai sujet de me réjouir et de remercier Dieu pour les progrès qu'a faits dans votre patrie la foi de Jésus- Christ. Les vieux préjugés qui aveuglaient tant d'intelligences ayant diminué et la lumière s*étant faite, les conversions se sont multipliées ; signes évidents qui inarquent le progrès que fait la véritable Eglise dans votre patrie.
Il ne pouvait en être autrement, car vous avez dans le ciel des saints en si grand nombre qui prient sans cesse pour vous l Yous avez les saints qui virent la lumière et respirèrent les premières effluves de la vie dans votre patrie, dans vos terres, dans vos îles. Vous avez mon prédécesseur, saint Grégoire, qui certainement prie maintenant aussi pour ceux qui sont hésitants, et pour ceux qui jouissent déjà de cette liberté d'esprit que seule peut donner la foi catholique. Yous avez la la Très-Sainte- Yierge, qui écrase de son pied la
iéte du serpent infernal qui vomit le venin de toutes les erreara.
Ce notable accroissement de la foi catholique en Angleterre pouvait se prévoir dès les premières années de mon pontificat.
A cette époque, un évêque me racontait avec joie qu'il avait eu un entretien avec un homme d'Etat appartenant au cabinet de Saint-James, et que celui-ci l'avait fortement engagé à faire tout ce qu'il lui serait possible pour améliorer la moralité du peuple. Et qui ne verrait pas un bon présage pour la propagation de la foi catholique dans la Grande-Bretagne en entendant un ministre d'Etat demander à un évêque catholique de travailler avec ses collaborateurs à répandre la moralité parmi le peuple anglais ? Et cela eut lieu ainsi.
Après la grâce de Dieu, Tinter cessioi^ des saints et le zèle de ses ministres, c'est à la tolérance et à l'abstention du gouvernement anglais qu'est dû un tel progrès de la foi. L'Eglise catholique, en effet, non-seulement est tolérée en Angleterre, mais elle est entièrement libre dans l'exercice de son culte et de ses œuvres. Je ne parle pas des colonies, où l'Eglise non-seulement est libre, mais joint presque de la protection du gouvernement.
Oh I que Dieu soit loué à jamais pour ses miséricordes ! Et moi, mes chers fils , avant de vous donner ma bénédiction apostolique, je vous engage à multiplier les prières pour votre patrie, afin que votre pays, déjà si béni, puisse mériter que les miséricordes de Dieu descendent sur lui et hâtent, avec la prière, les moments décrétés par la divine Providence.
Je vous bénis donc de tout mon cœur en ce jour qui est le jour propice à la bénédiction, car l'Eglise célèbre aujourd'hui l'ascension au ciel du Fils de Dieu, qui, avant de quitter cette terre^ elevatis manibtts benedixil eis ; élevant les mains, pleines d'affection comme toujours, il bénit les apôtres, les disciples et toute TEglise naissante.
m APPENDICE
et cette bénédiction fut si merveîlleasement féconde que le nombre des croyants se multiplia aussitôt.
Oh ! moi, je prie Dieu d'élever en ce moment les bras de son vieil et indigne vicaire, pour vous donner une bénédiction qui produise des fruits de vie abondants, qui apporte la paix dans les familles, qui confirme Tunion et la concorde feutre le clergé régulier et le clergé séculier, et donne à tous une plus grande force pour soutenir les droits de l'Eglise jusqu'au dernier jour de leur vie.
Que Dieu vous bénisse maintenant dans le temps, afin que vous deveniez dignes de le bénir éternellement dans le paradis.
Benedictio Dei^ etc.
4* Discours aux pèlerins allemands.
Très-che»8 et bien-aimés fils, vous savez, que comme il arrive pour les individus, les nations aussi sont sujettes aux maladies et aux infirmités morales ; vous savez aussi que sur les uns comme sur les autres la main de Dieu s'étend afin d'apporter les remèdes opportuns pour opérer la guérison.
Votre nation, mes très-chers fils, a été autrefois sujette à de graves maladies moral es, que le monde connaît et que vous-mêmes vous détestez. Or quand il voit une nation infestée de ces maux. Dieu ne peut se tenir de produire les remèdes nécessaires pour la guérir, et il parle. Quelquefois il parle avec la voix d'un souffle plein de suavité qui pénètre dans le cœur; et quand cela ne suffit pas, il parle comme un aquilon furieux.
De nos jours, j'ai entendu dire à d'honnêtes et bons catholiques prussiens, qu'il était nécessaire que quelqu'un vînt pour réveiller les peuples trop abandonnés à l'inertie. Eh bien I Dieu s'est levé et il a envoyé un fléau comme il avait fait il y a tant de siècles. Alors, il fit paraître un Attila pour réveiller les peuples, et aujourd'hui c'est par le
moyen d'an nouvel Attila qu'il a réveillé la généreuse nation germanique.
Ce nouvel Attîla,qai croyait détruire,il a édifié» au contraire. Cet Attilanouveau^qui voulait par tous les moyens voir détruire sur toute la terre la religion de Jésus-Christ, 11 a donné une nouvelle vigueur à votre foi, et, comme saint BonifAce, vos premiers pasteurs, sans se laisser abattre, ont répété avec lui lorsqu'il protestait, il y a tant de siècles, devant une assemblée d'évéques : n Ne soyons pas des chiens muets, ont-ils dit avec ce grand saint; combattons pour le Seigneur» Les temps sont mauvais. £h bîeni mourons, s'il le faut, pour les saintes lois de nos pères I
« Nous voulons soutenir les droits de Dieu et du Saint-Siège; et nous voici prêts à n'importe quelle peine, mais fermes dans l'observance de nos devoirs. »
Et les voilà, ces évéques, déposés, emprisonnés; exilés; les voilà aussi ces laïques qui ont été emprisonnés, ces hommes dévoués à la religion catholique ; ils ont été pris, et de toutes façons signalés à la haine et à la rage honteuse des puissants.
Mais l'Eglise, comme je l'ai dit tant d'autres fois, est fondée sur un rocher qui ne craint pas la ruine. Ce rocher, parfois, est sujet à être secoué; mais la fureur des vents et l'épouvantable assaut des ondes ne font que débarrasser le rocher dos scories qui sont à la surface. Pour lui il reste ferme, comme reste ferme l'Eglise, se rendant digne ainsi des nouvelles et fécondes bénédictions de son divin fondateur. Ainsi en a-t-il été pour vous, mes très-chers, à la grande consolation de mon âme, à celle de vos pasteurs et à l'édification du monde entier.
Que Dieu vous bénisse; qu'il vous accorde cette grâce, couronnement de toutes les autres, à savoir la persévérance finale^ ce don que Dieu accorde à quiconque le lui demande par les moyens convenables. Ce don, je le désire pour vous de tout mon £œur^ afin que, persévérant toujours, vous soyez
toujours, comme vous l'êtes malnten-Biit, des ca-« tholiques bons et ûdèles; afin que, caltivant la foi dans votre cœur^ et opérant de vos mains les œuvres de charité, la foi soit toujours vive en vous et resplendisse comme la lumière au regard du monde.
Que Dieu voua bénisse dans vos âmes, qu'il vous bénisse dans vos familles, qu'il vous bénisse dans vos opérations, afin que vous fassiez tout pour sa gloire, pour votre bien et pour l'édification des autres. Que cette bénédiction vous accompagne dans tout le cours de votre vie et qu'elle soil votre force au moment de la mort. En tout temps, chers fils, souvenez-vous de prier pour TEglise catholique^ et dites avec ferveur une prière de plus qui obtienne la vigueur pour le vieillard. Vicaire de Jésus-Christ Notre- Seigneur, afin que sur la fin de sa vie il ne cesse jusqu'au bout d'accomplir la volonté divine. Unis ensemble, prions ensuite, par la médiation de la Yierge Immaculée, d'être jugés dignes de bénir Dieu lui-même dans tous les siècles des siècles.
Benedictio Dei, etc.
MANDEMENT DE PIÊ l)(