‹ La cinquantaine épiscopale de Pie IXChapitre 9 sur 20 · AUX CARDINAUX DE LA SAINTE ÉGLISE ROMAINE · texte numérisé non relu

AUX CARDINAUX DE LA SAINTE ÉGLISE ROMAINE

Bans le Palais du Vatican

LE 22 jriN MDCCCLXXVII.

Vénérables Frères,

C'est pour Nous une très-grande joie de jouir de votre vue et de votre nombreuse assistance, nonseulement afin de traiter avec vous du choix des nouveaux membres éminents qui vont entrer dans votre ordre très-illustre, mais encore, comme il est très-juste, et ce qui Nous est fort à cœur, afin de remplir un devoir envers nos vénérables frères les évêques des Eglises du monde catholique, et envers tous les fidèles chrétiens, en leur exprimant les sentiments intimes que nous ne pouvons contenir dans Notre cœur. En effet, la largeur de la divine clémence Nous a donné récemnaent, entre autres preuves insignes de. sa bonté, cette grâce signalée de voir la cinquantième anniversaire de Notre consécration épiscopale, et avec ce don elle Nous a comblé de beaucoup d'autres dons en Nous faisant éprouver le grand amour qu'ont fait éclater à cette occasion envers Nous et ce Saint-Siège tous les ordres tant de notre ville que des autres peuples et des nations, même les plus éloignées au delà des terres et des mers^ dont les admirables témoignages de dévouement, de piété, de générosité, ont été vraiment un grand spectacle au monde, aux anges et aux hommes.

A la vérité. Nous connaissions et Nous n'avions pas négligé, vous le savez, dans l'allocution que Nous vous adressions le 12 mars dernier, de déclarer publiquement combien le peuple catholique

tont entier était fortement attache à Non s et à cette Chaire apostolique. Mais récemment les fidèles eux-mêmes, par des manifestations splendides et de toutes manières^ ont voulu montrer et confirmer cela publiquement an regard de tons, de telle sorte qu'ils out converti l'éloge qui leur était dû en un grand sujet d'admiration, et que, rendant gloire à Dieu, ils Nous ont comblé de la plus heureuse consolation. En cffet^ dans presque toutes les contrées du monde, le peuple de Dieu a célébré, par des actes publics de religion et de joie, ce jour de divine bienveillance et miséricorde envers Nous; de toutes parts des lettres Nous sont venues pleines d'aOfection filiale, pleines aussi de douleur pour la guerre inique à laquelle Nous sommes en butte, comme si, après de si longs intervalles, la voix comprimée de nos fils s'était élevée pour la première fois; les chefs des nations catholiques eux aussi, et d'autres princes, hommes et femmes, distingués non-seulement par leur grande noblesse, mais par le sang royal. Nous ont manifesté les témoignages de leur attachement, montrant ainsi d'une façon éclatante que leur zèle religieux ne le cédait pas à la piété des autres. Quant à la foule, à la multitude des fidèles de toute langue et de toute nation, de tout âge et de tout sexe, qui, à la suite de leurs pasteurs, sont venus à Nous en pèlerinage dos contrées même les plus éloignées, soutenus par leur foi et leur amour contre des incommodités de tout genre, vous l'avez vue , vénérables frères, vous qui , pleins d'admiration pour cette force de l'amour, en avez glorifié Dieu lorsque vous-mêmes remplissiez avec tendresse envers Nous votre devoir de félicitaiion et lorsque vos vœux appelaient l'abondance des grâces divines sur ces pèlerins. Vous avez vu dans ce palais leurs bataillons pressés, grossissant chaque jour de telle sorte, qu'ils montraient assez combien ils étaient empressés à rem« plir leur long désir de voir et d'entendre leur Père; vous les avez vus, ces fils pleins de tendresse

aspirer avidement nos paroles et, par leurs protestations et leurs attestations d'obéissance que souvent les larmes interrompaient, vénérer dans la personne de Notre humilité la puissance du Vicaire de Jésus -Grist et rendre hommage au Prince des apôtres^ dont la diguité ne disparaît pas dans son héritier, tout indigue qu'il soit. Or, le peuple catholique a voulu rendre plus illustre et plus splendide cette vénération en Nous envoyant et Nous apportant de toutes parts les secours abondants de ses largesses, en Nous envoyant et Nous apportant des présents admirables par leur multitude» leur variété, l'art qui les décore, leur prix, et qui, en Nous fournissant les moyens de subvenir aiïx nécessités de ce siège apostolique et de TEglise dépouillée de ses. biens, font éclater la force et la splendeur de la charité chrétienne, laquelle , non-seulement porte et supporte tout, mais encore ne connaît pas les empêchements des calamités et de la pauvreté, et qui est teUe que jamais elle ne périt ni n'est épuisée.

Or, vénérables frères, quel est. celui qui change les jours de nos tribulations en la pratique et l'éclat de si grandes vertus? Quel est celui qui a suscité et entretenu une si grande foi et une si grande piété? Quel est celui qui a donné à notre faiblesse cette consolation d'être les spectateurs et les témoins de tant d'illustres exemples donnés par le peuple chrétien ? C'est le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation» qui a coutume de manifester surtout sa gloire alors que plus grande est la faiblesse de ses serviteurs; dans ses mains sont les cœurs des hommes» et toutes choses sont placées sous son obéissance; c'est Lui qui Vous à comblé de sa miséricorde; c'est Lui qui Nous a aidé au milieu de la tentation afin que Nous puissions y résister; c'est Lui qui a révélé sa gloire dans l'Eglise en montrant an monde que plus elle est attaquée et plus elle rassemble vigoureusement ses forces, plus elle est déprimée et plus haut elle s'élève. U n'est donc

pas possible qu'en votre présence et à la face de l'univers entier. Nous ne rendions pas grâces du fond du cœur et Nous no rendions pas la gloire au Dieu très-clément, en ie bénissant, en confessant qu'il est bon, quUl for U fie au jour de la tribulation, et qu'il connail ceux qui espèrent en Lui, et en le priant d'à :cueiUir favorablement et avoc bonté, par l'abondance de sa grâce, le sa<>rifice de louange et de bénédiction que Nous lui offrons, si inférieur qu'il soit aux œuvres de sa méricorde.

Mais, après Nous être acquitté de cette dette de Notre charge envers la bonté divine, il est juste maintenant de tourner Notre discours vers nous, vénérables frères et cbcrs fîls du monde catholique tout entier. Ainsi que Nous l'avons fait pour ceux d'entre vous qui sont venus à Nous, Nous voudrions de même témoigner les sentiments de Notre gratitude à chacun de ceux de qui Nous avons recules témoignages d'amour ; mais comme Nous reconnaissons que ce serait un ouvrage trop laborieux et trop étendu de le faire an moyen de lettres, ne trouvez pas mauvais que, de môme que vous n'avez eu qu'un cœur et qu'une âme en Noua offrant vos hommages, ainsi il n'y ait de Notre part qu'un discours pour Nous acquitter envers chacun, en parlant à tous publiquement, des de« voirs de Notre âme reconnaissante.

C'est pourquoi, vénérables frères et chers fils, à vous tous qui êles ma couronne, comme dit l'apôtre, et ma joie, Nous vous rendons de particulières actions de grâces avec cet amour et ce sentiment qui sont mieux compris par les âmes fidèles qu'ils ne peuvent être exprimés en paroles convenables. Vous avez fait en sorte que votre lumière brillât aux yeux des hommes, vous avez glorifié Dieu et l'Eglise, vous avez bien mérité de l'immaculée Epouse de Jésus-Christ et du Vicaire du même Christ sur la terre, et par votre pieuse libéralité vous vous êtes amassés au ciel un impérissable trésor, que ni la rouille ne ronge ni le ver ne détruit.

Qnant à Nons, le soaYenir de votre amour ne périra point dans notre mémoire; que dis-je ? Confié aux annales do TËglise, il ira dans la postérité servir d'exemple et d'édification, et Nous n'aurons jamais rien de plus à cœur que de prier sans cesse le prince des pasteurs qu'il vous accorde, à vous qui avez semé dans les bénédic* tiens, de moissonner aussi abondamment dans les bénédictions.

Mais en cet endroit de Notre discours Nous ne pouvons manquer de porter Notre intention sur la véritable valeur et la signification d'aussi grandes choses. Qu'est-ce en e£fet que cette extraordinaire ardeur des fidèles^ cet empressement et cette constance si remarquables, ce grand zèle à adoucir les épreuves du Père commun, à venir en aide par des offrandes à ce Saint Siège apostolique et à défendre sa cause, à protester contre les injustices qui l'affligent et à implorer la clémence divine, enfin à entrepreridreauprès do lui d'incessants pèlerinages; qu'est-ce que cette ardeur et ces continuelles sollicitudes montrent, qu'indiquent-elles au monde, quel est leur objet et quel est le but auquel elles tendent?

Elles démontrent et confirment manifestement et abondamment ce que Nous avions déjà fait remarquer, le trouble et l'anxiété des fidèles au sujet du Père commun soumis aujourd'hui à une domination ennemie; elles ont la valeur d'un vrai et solennel suffrage universel par lequel le monde catholique tout entier signifie incessamment, à rencontre des prétendus scrutins ou plutôt des mensonges de ce siècle, qu'il veut que le Pasteur suprême du troupeau du Seigneur préside en toute dignité, liberté et indépendance à l'Eglise.

En même temps aussi qu'elles prouvent clairement la force de l'amour qui unit les membres de TEgliso à leur chef et par conséquent la solidité du lien commun qui unit entre eux les membres euxmêmes, elles enseignent magnifiquement que l'Eglise catholique, assaillie de tant de manières ini«

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