‹ La cinquantaine épiscopale de Pie IXChapitre 8 sur 20 · AUX PÈLERINS DE SON DIOCÈSE · texte numérisé non relu

AUX PÈLERINS DE SON DIOCÈSE

Bans la basilique de Saint-Pierre-^s-LienSy à Borne,

tel«'jMtwi877.

QuatUas ostendisti miki tribulattones multas et malasl El converms vivi/icasti mey et de àbyssis terrm Uerum reduxisti me •

Combien vons m'avez fait voir de tribulations ! qu'elles ont été grandes, nombreuses, mauvaises! Et chaque fois, vous retournant vers moi, vous m'avez redonné la vie, et vous m'avez de nouveau ramené des abîmes.

Ps. LXX, 20.

C'est ainsi, mes très-chers frères, que le Psalmîste-roi parvenu à un âge avancé, résumait les événements dont sa longue existence l'avait rendu témoin. Quelle histoire que celle du peuple de Dieu, depuis que le petit pâtre bethléémite avait été amené pour la première fois aux pieds de Samuel, jusqu'aux épreuves terribles qui marquèrent les dernières années de sa vie; depuis les insolentes provocations que le Philistin Goliath adressait chaque matin à l'armée d'Israël, jusqu'aux attentatî^ sacrilèges d'un fils révolte! L'énumétation de tant et tant de vicissitudes emplirait des volumes. A cela se rapporte le psaume auquel je viens d'emprunter mon texte : cri de détresse et de résignation ; par dessus tout, cri de confiance et d'action de grâces.

Or David, qui était la figure du Christ roi, figurait à ce titre même le pontificat royal qui préside aux destinées de l'Eglise de la nouvelle alliance.

On écrirait les dix-huit siècles d'histoire de la papauté et de toute la série de ses pontifes avec les versets de ce psaume lxx®.

Car, depuis les jours de l'apôtre saint Pierre jusqu'aux jours du pape Pie IX , depuis le crucifiement du Janicule jusqu'à la réclusion forcée du Vatican, par combien de tribulations. Seigneur, TOUS avez fait passer ce siège suprême : tribulations- grandes, nombreuses, mauvaises : Quanlas ostendisti mihi trlbulaliones muUas et malasl Plus d'une fois ses ennemis ont cru en être venus à leurs fins : ceux-là mêmes qui s'en étaient attribués la garde, qui s'en étaient déclarés les défenseurs, ont tenu conseil ensemble : Qui custodiebant animam meam consilium fecerunt in unum ; et ils ont dit : C'en est fini à ce coup, Dieu l'a abandonné : dicen" tes : Deiis dereliquit eum; marchez sans crainte, faites et faites vite, poursuivez et saisissez votre proie : il n'y a personne pour l'arracher de vos mains : Persequimini et comprehendité, quia non est gui eripiat{i). Le vieux césarisme païen ne s'étaitil pas flatté d'avoir enterré déjà le christianisme, alors qu'il gravait sut l'airain son inscription célèbre : Christiano nomine ddeto ? Et n'avons- nous pas entendu la révolution impie entonner le même chant de triomphe à la fin du dix-huitième siècle : Dicentes : Deus dereliquit eum : persequimini et corn'prehendite, quia non est qui eripiat?

Et chaque fois, Seigneur, un de vos regards rendait la vie à celui dont on avait proclamé la mort; et, de siècle en siècle, vous le tiriez de nouveau des abîmes de la terre : Et conversus vivifîcasti me, et de abyssis lerrce iterum reduxisti me. Puis, au lendemain de ces délivrances solennelles, vous vous plaisiez à multiplier les prodiges de votre puissance, à faire abonder les dédommagements et les consolations : Multiplicasti magnificentiam iuam; et conversus consolatus es me (2). Alors la bouche de vos pontifes s'ouvrait pour publier votre

(1) Ps. LXX, 10, 11. - (2) Ibid., 21.

justice, pour exalter les merveilles de votre bras sauveur (1), pour chanter votre grandeur et votre gloire (2), pour instituer de nouvelles solennités, pour promulguer de nouveaux oracles, et ajouter ainsi de nouvelles louanges aux louanges du passé (3). Leur âme, rachetée delà mort, s'épanchait en cantiques dont tressaillaient leurslè vres (4); cependant que ceux qui avaient ourdi les complots et semé la calomnie périssaient sous le poids de la confusion et du mépris (5).

Vous comprenez déjà, M. T. C. F., ce qu'aurait d'opportun et d'approprié à la circonstance le commentaire de cette page des livres sacrés. Je ne puis qu'en dessiner les lignes principales et livrer le reste à vos réflexions, car la parole m'appartient seulement pour quelques instants.

David aussi était dans le cas de célébrer, et par delà, les noces d'or de son inauguration royale. L'échéance jubilaire de son investiture et de son couronnement eût été une occasion naturelle de fête pour la nation sainte. Mais le vieux roi ni son peuple ne pouvaient être à la joie, carie monarque traversait la phase cruelle de Tusurpation de son fils Absalon, préparée par les habiletés perfides du rusé Achitophel. Toutefois le découragemeut n'était point dans les âmes. Les marques nombreuses de la protection d'en haut qu'on avait reçues jusque-là étaient le gage du secours qui ne pouvait manquer de venir encore. Et toute la nation fidèle

(1) Osmeum annuDtiabit justitîam tuam, totadie salatare tnum. Ibîd., 15

(2) Repleatur os meum ïaude, ut cantem glorîam tuam, tota die magiiitudinem tuam. Ibid., 8.

(3) Ego autèm... adjiciam super omnem laudem tuam. Ibid., 14.

(4) Exultabunt labia mea cum cantavero tibi , et anima mea quam redemisti. Ibid., 23.

(5) Confuûdantur et deJQciant detrabentes auîmsB mese; operiantur confusione et pudore qui quœrunt mala mihi. Ibid,^ 13.

était d'accord avec son prince détrôné, quand celui-ci commençait son cantique par l'acte d'espérance et le terminait par le chant de victoire. « En vous. Seigneur, j'ai espéré, etjô ne serai pas « confondu à jamais ; délivrez-moi dans votre « justice et sauvez-moi » \ In te y Domine, speraviy non confundar in œkrnum : m justilia tua libéra me et eripe me. C'est le premier verset du psaume. « Et ma langue sera tout le jour occupée à"re- « mémorer votre justice quand la confusion et la « terreur seront tombées sur ceux qui cherclient « ma ruine » : Sed et lingua mea iota die medilabitur justitiam luam, cum confusi et reveriii fuerint qui quœrunl mala mihi. C'est le verset final (1).

Dites-moi, M. T. C. F., n'appartient-il pas au fils des Mastaï de répéter les accents du fils de Jessé? Depuis les premiers jours de sa naissance, et durant cette longue carrière de quatre-vingt-cinq ans, que d'événements , et surtout que de crimes et de malheurs ont passé sous nos yeux ! Quantas oslen^ disti mihi Iribulaliones, mullas et malas I Plus d'une fois, les bras qui le berçaient se prirent à trembler^ et le sein qui l'allétait se dessécha sous le coup des terrifiantes nouvelles qui arrivaient de notre France révolutionnaire et régicide. Puis, la même impiété qui avait immolé le fils aîné de l'Eglise, portait bientôt ses mains parricides sur le Vicaire de Jésus-Christ. Le bannissement, la captivité, la mort de Pie VI, voilà les premiers récits qui retentirent aux oreilles de l'enfant destiné à être Pie IX. L'épouvante était partout, l'enfer était vainqueur. Dicentes : Deus dereliquit eum. Ils disaient : C'en est fait de ce pouvoir longtemps réputé immortel; Dieu, si tant est qu'il y ait un Dieu au ciel, Dieu l'a abandonné, et l'on peut tout oser contre lui, car il n*y a perst>nne pour le sauver : et non est qui eripiat.

(1) Ibid,, 1, 24.

Ils parlaient encore, et déjà Dieu, par un reiour favorable, avait rendu la vie à la victime. Un nouveau Pape sortait miraculeusement du fond de l'abîme où la papauté semblait engloutie : Et conversus vivi/îcasli me, et de abyssis lerrœ iterum reduxisii me. De Venise, où il avait été élu. Pie VII était reporté par une force magique sur les hauteurs du Vatican. Bientôt il lui était dorné de reconstituer cette grande Eglise de France qui, sous sa forme rajeuDie, offre aujourd'hui le spectacle d'une vitalité dont ses ennemis se désespèrent. Une fois encore, la consolation recommençait pour le pontiûcat romain : Et conversus consolatus es me : période féconde dans sa brièveté.

Mais voici que Savone et Fontainebleau ont recommencé pour Pie VII l'exil, la prison, disons tout, le martyre de son devancier. A cette heure-là même, le jeune gentilhomme de Siuigaglia, ému des périls de TEglii^e, se donnait géner»^usement à elle par les premiers engagements de la cléricature. Ah ! combien les années désolantes qui ont couru de 1809 ^ 1814 durent peser sur son âme, comme sur toutes les âmes chrétiennes !

L'Eglise elle-même, par une de ses pages liturgiques, a dit le mot sur cette persécution sans exemple dans les annales du passé : Nullo similis persecutionis in priscis annalibus exemplo; la tyrannie avait si bien pris toutes ses mesures, elle avait si bien fermé toutes les voies, que le gouvernement de TEglibe était devenu impossible à son chef: Viis omnibus penitus inttrcluais ne Dei Eccle* siam regere possei (1). Le détail circonstancié des tribulations, des calamités, des défaillances de ce temps misérable entre tous, est décrit jour par jour, et d'une façon palpitante, dans les mémoires d'un célèbre cardinal. Mien ne permettait de présager le terme de tant de maux ; quand tout à coup, et. contre l'attente de tous: Inopinaio et prœter omnium expeclaiionem, le captif, aux ap-

(1) Brev. roman,, die XXIV, J/au, in-2. Nocturno,

Homélie dé monseigineur pie sis

plsLudissements immenses, et comme par les mains de l'univers entier, éiait rendu au trône pontifical: Inqenti plausu et veluli universi or bis manibus pon^ tificio solio restitulis (l). Restauration merveilleusement qui s'étendra aux trois pontificats de Léon XII, de Pie VIII et de Grégoire XVI: pontificats mêlés de craintes et d'alarmes, mais durant lesquels pourtant l'Eglise, sortie des abîmes de la terre, multiplia les grandes œuvres et goûta de précieuses consolations. Le zélé chauoine de Sainte-Marie in Via Lata, le pasteur des églises de Spolète et d'Imola^ en eut sa large part : Multiplia casli magnifient iam tuam et conversus consolaius es me.

Jean-Marie Mastaï est assis sur le trône des successeurs de Pierre. A partir de ce jour, les alternatives contraires vont se presser avec une rapidité presque vertigineuse. Les derniers échos de rjÉToMnwa retentissaient encore, et déjà le Toile se faisait entendre. L*hôte sacré du Quirinal n'échappait aux assassins de ses prêtres qu'en fuyant vers Gaëte. Il y eut alors pour le cœur généreux du Pontife bien des mécomptes , des déceptions , des amertumes ; il fut victime de bien des ingratitudes et des déloyautés; Qimnlas ostendisti mihr tribulaiiones, mullas et malas ! Mais enfin il restait un groupe de nations qui se proclamaient encore catholiques ; en particulier, il existait une France qui, sous sa forme môme de république, se ressouvint qu'elle était la nation très-chrétienne, la fille aînée de l'Eglise. Dieu fit un signe de sa main, et tout fut remis en place : El conversus vivi" ficasli me.

L'action de grâce de Pie IX et de l'univers chrétien éclata presque ausaitôt dans un concert immense d'hommages à la Vierge immaculée.

L'auguste exilé en avait pris l'engagement, et il

(1) Ibid.

tînt parole. La vérité de ce doux et glorieux mystère, définie par le Siège apostolique, fut célébrée dans toutes les langues^ publiée au son de tous les instruments : Nam et ego confilebor tibi in vasis psalmi verilatem tuam (i). Depuis la maternité divine proclamée à Epbèse, pareil surcroît de louange n'a^/ait jamais été ajouté à la gloire de Marie : Et adjiciam super omnem laudem tuam (2). Cependant les trames de l'iniquité se renouaient en secret, et la menace ne tardait pas à partir des sphères mômes d'où était venue d'abord la délivrance. A quoi bon rappeler ici la marche graduelle et progressive des choses, les formes multiples de l'attaque qui devait aboutir à l'invasion, an démembrement et finalement à la spoliation totale ? Qu'on ne redoute de moi en ce moment aucune parole intempestive. Au lieu d'accuser les péchés des autres, il est mieux d'accuser ses propres péchés. Si j'entreprenais donc d'instruire aujourd'hui un procès, ce serait le procès de mon propre pays; et comme,. après tout, ce serait principalement le procès d'un pouvoir tombé, je trouve plus généreux comme plus opportun de me taire. Mais, à travers toutes ces années marquées par tant de mcnsouges et de félonies, que de tribulations, et qui pourrait en dire le poids, le nombre et le caractère particulièrement mauvais et odieux : Quanlas osiendisti mihi iribvialiones muUas et malas !

Pontife saint, je ne saisi pas si le Seigneur, âu jour de votre consécration épiscopale, vous montra, comme autrefois à Paul, tout ce qu'il vous faudrait souffrir pour son nom (3) . J'ignore si, devant ces chaînes du prince des apôtres, vous eûtes la vision des entraves dont vous deviez être charge à votre tour. Ce que je sais, c'est que les liens et les chaînes, les adversités et les tribula-

(1) Ps. LXX, 22. - (2) Ibid., i4. — (3) Act. ix, 16.

lions ne vous ont point empêché de poursuivre votre course et le ministère de la parole que vous aviez reçu du Seigneur Jésus (4).

Que dis-je? les saintes audaces de votre parole et de votre ministère doctrinal datent de là. Assurément, l'art de traiter et de négocier, qui est proprement le fond do la science politique, n'a point été étranger à la Rome des pontifes : nulle cour n'excella comme elle dans la pratique des tempéraments et l'appréciation des opportunités. Mais, la diplomatie ne mérite ce nom qu'autant qu'elle permet de compter sur la parole donnée. Dès là qu'elle devient l'art de la tromperie et du parjure, elle n'est plus à l'usage des serviteurs et ministres de Dieu. Gomment traiter de puissance à puissance, quand ce qu'on a devant soi est la puissance du mensonge ? Entendez le grand roi de Juda, cet homme si versé dans la science du gouvernement. Nous n'aurons point à sortir du psaume dont nous faisons le commentaire.

Qiwniam non cognovi liUeraturam : d'antiques versions, suivies par saint Augustin et saint Jérôme, disent: Quoniamnon novi negotiationes : « Parce que je ne connais pas et ne veux pas connaître les voies tortueuses de la fraude, les machinations occultes et détournées de l'intrigue, je me réfugierai sur les hauteurs du sanctuaire divin, et ne me souviendrai que de la seule justice du Seigneur » : Qaoniam non novi negotiationes, in» troibo in potentias Domini; Domine^ memorabor justitf'œ luœ solius (2). Ce qu'an interprète (3) explique de la sorte : Je laisse à d'autres la finesse et les détours de la politique humaine. Qu'Achitophel et ses semblables trouvent dans la profondeur de leurs conseils de quoi faire réussir les plus noires entreprises; que, par les ressorts de leur habileté malhonnête, ils remuent le cœur et l'esprit des peuples et favorisent les projets d'un fils rebelle et ambitieux. Je ne lutterai point d'a-

(1) Ibid., XX, 23, 24.- (2) Ps. Lxx, 15, 16.— (3) Dom Calmet,

^ie APPENDfck

dresse et de ruse avec de telles puissances; maïs, m'appuyaat uniquement sur celle d'en haut, je prendrai conseil de la seule justice du Seigneur : Quoniam non nom negoliationes, introiho in polenlias Domini : Domine > memorabor justiliœ ttue solius. C'est ce qu'à fait Pie IX.

Si le Pontife-Roi eût écouté cette prudence de la chair, qui est ennemie de Dieu, peut-être se fût-il résigné dès l'origine à des accommodements et des compromis qui, comme compensation du préjudice porté aux principes et aux droits, auraient pu lui maintenir quelque temps une partie de ses avantages humains. Ah! de semblables calculs n'entreront jamais dans l'âme du Vicaire de Jésus- Christ. Gardien suprême de toutr*s les vérités de l'ordre social comme de l'ordre religieux, il montera, pour la dernière fois, s'il le faut, sur le trône de sa double souveraineté, sur ce trône si fortement ébranlé et déjà à demi renversé; et là, sans souci du craquement qu'il entend, des brisements qui s'opèrent, des passions qui mugissent de toutes parts, il dira à l'erreur : Tu es l'erreur ; à l'iniquité : Tu es l'iniquité; à la trahison: Tu es la trahison; à la complicité : Tu es la complicité; an mal : Tu es le mal.

L'antiquité nous a gardé le souvenir do ce philosophe stoïcien, lequel, en proie aux plus cruelles souffrances, rassemblait ses derniers restes de force pour dire : Tu ne gagneras rien, ô douleur 1 quelque incommode et violente que ta puisses être, je n'avouerai jamais que tu sois un mal. » Triste bravade philo sopbique que je laisse à d'autres le soin de célébrei:. L'Homme-Dieu luimême, l'homme des douleurs, n'a pas pris cette attitude envers le mal physique. Ce que je contemple, mol, ce que j'admire, c'est ce vieillard couronné, c'est ce prêtre de la loi nouvelle, qui avoue n'être pas impassible et qui dit volontiers

HOMÉLIE DE MOiNSËlGNEUR PIE 317

que ea chair n'est pas d'airain, que sa force n'est pas la force de la pierre (1); mais qui, placé en face de doctrines mensongères et de sommations menaçantes, conserve toute sa majestueuse sérénité; et^ dans la plénitude de son Calme et de sa force, semble proférer ces autres paroles, bien antrement dignes d'admiralion : « Tu fais de vains efforts, ô mal, je ne dirai jamais que tu es le bien. »

Merci, ô mon Dieul La grâce de Tépiscopat reçue en ce lieu, il y a un demi-siècle, n'a pas été une grâce stérile. Le consécrateur avait proféré ces mots sur la tête du nouvel élu : Non dicai bO" num malum, nec malum bonum : Qu'il ne dise pas que le bien est le mal ou que le mal est le bien. » Jean Mastaï, devenu plus tard Pie IX, a été fidèle à ce programme.

mal, tu peux broyer cet affirmateur intrépide du vrai et du bien. Mais à l'heure où tu le broies, il te dénonce et te condamne. Ton triomphe pas* sera, ta condamnation restera. La victoire matérielle est à toi. Elle durera ce que durent le désordre et le mensonge. La victoire morale est à lui: elle durera ce que durent la vérité et la justice: Et verilas Domini manet in œlermim (2).

M. F., je me suis laissé aller au delà des bornes

. que je m'étns assignées. Je ne croyais parler

qu'au petit troupeau de pèlerins poitevins, et

Toici que je me suis senti stimulé par l'aiguillon

d'un auditoire agrandi.

Tous tant que nous sommes, chrétiens de toute nation et de toute langue, nous avons été amenés ici par le désir, par le besoin d'offrir notre tribut de respect et d'amour au Pontife vénéré que l'univers entier honore d'un culte filisl. Puis, après avoir déposé à ses pieds nos présents et nos hommages, nous venons apporter dans ce sanctuaire nos actions de grâces et nos vœux : nos actions

(1) Job, Vf, 12. — [2) Ps. cxvi, 2,

de grâces, car Pie IX nous été conservé déjà au delà du terme de tous les pontificats antérieurs ; nos vœux, car la prolongation de ses jours est présentement notre seul gage de sécurité.

Que ne lui est-il permis de venir ici lui-même, en ce grand anniversaire ; de pénétrer avec nous dans cette baâilique^ merveilleusement ornée et })leine de si beaux souvenirs ; de monter de nouveau à Tau tel du Dieu qui entretient et renouvelle visiblement en lui la vigueur et la joie de sa jeunesse épiscopale ? A qui dirait qu'il ne tient qu'à lui de venir, tes murs tristement placardés crieraient le contraire. Mais puisque Pie IX n'apportera pas ici lui-même sa prière, le plus humble et le dernier de ses ûls, que pourtant il nomme ses frères, se croira -t-il autorisé à la formuler en son nom, moyennant quelques-unes des paroles du psaume qui a fait la base de cette homélie ?

« Seigneur, vous m'avez instruit, vous m'avez conduit dès ma jeunesse )> : Deus, docuisli me a juvenlute mea; et jusqu'à présent, et jusqu'à la vieillesse, et jusqu'à l'âge le plus avancé, je publierai vos merveilles » : El usque nunc pronurt" iiabo mirabilia lua, et usque in seneclam et senium. Les derniers restes de ma vie vous appartiennent, et j'en fais volontiers le sacrifice personnel. Pourtant, ô Dieu, « ne me laissez pas aller jusqu'à ce que j'aie pu signaler la présence, jusqu'à ce que j'aie pu annoncer l'intervention de votre bras à toute la génération qui va venir » : Ne derelinquas me donec annuntiem brachium iuum generaiioni omni quœ ventura est. Oui, qu'il me soit donné, ô Dieu, de montrer du doigt « votre puissance et votre justice, manifestées jusque dans les plus hautes régions par les grandes choses que vous avez résolu de faire » : Polentiam tuam et justitiam luam, Deus, usque in allissima, quœ fecisti magnalia, « Dieu, qui est semblable à vous )> : Deu^, quis similis tibi ? (1). Amen.

(1) Ps. LXX, 17, 18, 19.

ALLOCUTION De Notre Très-Saint-Père le Pape Pie IX

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