‹ La CircassienneChapitre 8 sur 12 · LÀ COMTESSE DE FERHIOL · texte numérisé non relu

LÀ COMTESSE DE FERHIOL

Dans l'un dos grands hôtels destinés aux voyageurs, et qui portent invariablement l'enseigne du Cheval-Blanc, du Lion-d'Or et do VEcu-de-France, hôtels qu'on reirouve encore tels qu'autrefois dans les vieux quailiers de Paris où la civilisation moderne n'a pas encore (ilanté son drapeau, Aïssé reli-ait une lettre de d'Aydie. D'après l'invitation du seul protecteur qui lui restât au monde, elle avait dû revenir de Roscoff à Paris. D'Aydie lui annonçait dans celte Icltre que, après ses vœux prononcés, il devait partir pour Malle. Prêt h s'éloigner d'Aïssé, que peutêtre il ne devait plus revoir, d'Aydie la conjurait d'accepter la destinée qui se préparait pour elle et dont il ne lui disait pas encore le secret. Aissé, devenue iuditTérentc à tout ce qui pourrait lui arriver désormais, venait d'adres-

ser à d'Aydie la promesse de se soumettre à tout ce qu'il désirait d'elle.

En ce moment, les roues d'une chaise de poste vinrent ébranler le pavé de la cour de l'hôtel, et un domesliLjuo unnouça à la jeune fille le comte de Ferriol.

Aïsse tressaillit à ce nom qui semblait destiné à peser éternellement sur sa destinée. Toutefois, cette âme si douce se sentit soulagée à la pensée que Ferriol avait échappé au bourreau.

Ferriol entra. Il n'était plus reconnaissable. Le souci avait tracé sur ron front des sillons à côlé des rides laissées par les années; seulement, le même feu sombre brillait lou jours dans ses yeux, cl son gcsto était brusque et convuLsif.

— Vous ne m'attendiez pas? — dit-il en jetant sur un meuble son manteau do voyage.

— Non. monsieur, et, quelles que soient les conséquences de votre délivrance, je me réjouis pour vous.

— Ne vous réjouissez [las pour moi : le comte de Ferriol n'a échappé h une mort ignominieuse que pour une vie déshonorée ; des dcnx hontes, il a accepté celle dont il gardera la conscience. Oui, il existe un homme (et c'est surtout celui devant qui I honneur me défendait de faiblir), un liomnie qui a vu le comte de Ferriol pâlir et demander grâce en tremblant à ses pieds. Cette grâce, votre protecteur, madame, me l'a généreusement accordée, et je suis ici pour remplir les conditions qu'il m'a dictées, et dont ma foi de gentilhomme lui assure l'exécution.

— Et ces conditions quelles sont-elles?

— Elles sont de vous offrir ma main et le nom de comtesse de Ferriol.

— Moi !...

— Vous ne le refuserez pas, car le chevalier d'Aydio l'ordonne. J'ai donc juré que vous porteriez le nom de comtesse de Ferriol, et vous le porteiez. Mais, vous le savez, les derniers restes de ma fortune ont disparu dans mon exil; l'hôtel de Ferriol a été vendu au profit de mes créanciers après la mort de ma belle-sœur, qui a succombé à ses chagrins. La perle de toute ressource et la misère imminente m'avaient jeté, non moins que la vengeance, dnns un complot qui me coiVe aussi cher que la vie; ainsi donc, quand nous aurons été unis sans pompe et sans éclai dans quelque église des faubourgs, il nous faudra trai-'il!er pour vivre ; nous partirons de nouveau, et ce nomt i|ui vous sera légitimement acquis, vous consentirez à ce qu'il soit caché à l'étranger, car la honte do cette indigenco rejaillirait désormais sur vous.

— Épargnez-vous toute feinte, monsieur; votre intention ne m'échappe pas ; je comprends que vous voulez couvrir de mysièro bien plus encore l'épouse qu'on vous a imposée que les tristes conditions de la destinée qu'il s'agit pour vous de parlagcr avec elle. Quoi qu'il en soit, je vous obéirai, monsieur, et l'épouse du comte de Ferriol iic vous sera désormais pas moins soumise que ne vous Ta été l'esclave Aissé.

— Je vais donc à la fois, — dit le comte, — presser les préparatifs du mariage et ceux du départ.

— C'est inutile, monsieur le comte, — dit un troisième personnage qui venait de paraître sur le seuil, — vous n'avez plus besoin de partir. Ce troisième interlocuteur étoit le chevalier d'Aydie, témoin invisible d'une entrevue qu'il avait lui-même ménagée. — J'avais t)révu, monsieur le comte, — ajouta le cheialier, —que, n'ayant pu vou.3 refuser à l'exéculion de noire pacte, vous chiM-clieriez du moins à en éluder les conséquences; mais ce n'est pas ain.vi que j'entends la réparation que vous aurez l'honneur d'offrir à la comtesse de Ferriol; non pas! je veux un mariage au grand jour!... Je veux que maiiemoi-elle Aï^sé soit entourée de tout le n spect qui s'adressera au nom qu'elle doit porter et de toute la considération qui s'attache à la fortune.

— A la fortune ! Mais vous n'y pensez pas, monsieur, et vos exigences ne vont [las jusqu'à vouloir (]ue je jouisse encore des biens que j'ai perdus, que j'offre à mademoi-

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