LA. G1HC£ DE FABIS
vivez au milieu de trop de tracas ; vous n'avez pas im loisir i donner au recueillement ; vous dévorez tout, vous n'analysez lien.
— C'est fort juste ce que dit M, Hozeman , — remarqua lamarguise avec un accent équivoque.
— Je serai bien aise de revoir ces deux opéras, dit Saint-Marc, pour les étudier au point de vue de M. Mozeman.
— Tout est grave dans notre siècle , poursuivit l'économiste agronome ; l'art même n'est accepté qu'à la condition qu'il aura un bot Bériaux.
— C'est ainsi, dit Saint-Marc ; et votre judicieuse remarque peut se rattacher à toutes les questions sociales. Autrefois, par exemple, le mariage était traité avec une légèreté de cinquième acte de comédie. On se mariait au sortir du collège et du couvent..
Aujourd'hui, les jeunes gens ont compris qu'il étiût de leur devoir de conquérir tout d'abord une poàtion dans la hiérarchie administrative et pohtique. Quel est celui qui perd son temps à nouer une intrigue laagoureuse ? Quel est celui qui oserait, avec des antécédents de Céladon, se présenter devant des électeurs ? On s'instruit , on se pose , on s'observe , on se mûrit , et quand
LL ClACt DE PA.HIS.
on a payé ses premières dettes à la société , on songe au mariage , comme au plus sérieux des
— Oui, monsieur,— dit Mozeman avec l'étour^ derie des hommes graves — vous faites là l'histoire des hommes de la génération précédente. Nous nous sommes comptés chez nous , quatorze camarades de collège, tous coutemporains ; en 1830, nous avions tous vingt-sept à vingt-huit ans. Nous sondâmes l'avenir , et nous nous dîmes : Soyons quelque chose. 11 y a de la place pour tous au soleil de Juillet... Le mot n'est pas de moi, il est de mon frère, directeur des hospkies civib, fonction honorifique... efiiectivement, monsieur, chacun de nous a fait son petit chemin.
Nous avons mis de côté tous les enfantillages de k première jeunesse ; nous nous sommes posés selon l'honneur du monde, et maintenant, nous songeons presque tous à nous étahlir...
— Tous les quatorze? — demanda Saint-Marc avec un sérieux lurt naturel.
— Mais à peu près , — poursuivit Mozeman avec un sourire modéré.— J'ai donné l'exemple, moi...
— Ah 1 monsieur est mané 7 interrompit Saint- Marc.
LA. CntCÉ D£ PAAIS. 173
— Permettez-moi de finir ma phrase. — dit l'agroaome du ton magistral d'un professeur qui corrige la brusquerie d'un élève, — permettez... J'ai donné l'exemple, moi, eu abandonnant momentanément mes travaux, mes études, mes trois fonctioBS non salariées, pour m'occuper de mon avenir et de mon bonheur domestique...
Ces derniers mots furent prononcés d'ime voix émue.
Le regard de l'agronome eut un éclair de tendresse dirigé sur madame de Simian, et la marquise baissa les yeux comme une jeune fille qui entend le mot mariage ponr la première fois.
Saint-Marc ne perdit rien ou crut ue rien perdre de cet incident rapide et trop significatif, et la consternation entra dans son cœur.
Les deux amis se levèrent pour prendre congé de madame de Simian.
La marquise sonna: aocnn domestique ne parut.
— n faut donc que j'accompagne ces messieurs jusqu'à la porte du jardin, dlt^lle h M. Hozeman, et elle sortit du salon.
M. Mozeman salua froidement Daniel et Albert, et regarda les.tableaux.
m Lfe. end I» Bksia..
Sur le ituiLde 1* porte du jaedin, la maïqniae pntonùr. séfère etdit&Sâmt-Marc:
— ft: m'mt fort pénible , monsieur ,. ds -maiqnwhiy à des- devoiia de bonne cmapagiiifl.. J'ai bien aauffert dans cetifi viâte. Il y a Atr motun ébrangCE, nu hiHnme respectable, nn parent qoi mérite les phia gmndg égards à cansedfi sa peàtitm sooate, et tous l'avw traité, dn haut de votre railleiie, avec \m sans-gëne gne je dms UAmer énf^iquement. Je vous pôe, numùeur, d« se pllis vous, exposer à. ceniKmtmr M. MoMonan (diesmoi.
Et oans attendre une réponse ou une juslifioi»tion , elle salua et rentra dans son jardin.
— Ehbienl mon pauvre AJbeii, — dit Dmiel iqirèi avoir &ùt àlencieusement quelques pu sur le bord de la rivière, h cAté de son. ami' foudroyé. — Eb tden 1 que dia-tu de kt grotte du Spbinx ou de l'antre de Ciroé? As-ta oon^iàt' <ff.ii(gM abose & ce logogripheaa action?
— C'est à rendre fou, mon cber DanîdHw mais,. vrsimentT daiifi.la partie que nous jouons avealas femmes, l£s cbances ne sont pas-égalea. Elles nous éccaeent à: chaque instant aveo la, parola^aïec Ui silence, a«acl0:geste, etiln'sBt jamais en notre pouvoi' d^umme d'^COeuiMC
L£ GmcA m naoB. 17s
leor senàbilit^ d'airain. Nons sommes toujours eaàhves, dles sont tonjonis reines; nouesommes tonjouiB- pxwtflmës, elle sont toiijom« ddiout. .. Cette-fois, je reçoisàbrftle-ponipoint un congé définitif..^et pourqnel crime ?...jemesDispernns la pins innocaite et la plus voilée des épigmnmes coatM oe grotaaqœ M.Mozeman...
— Oui, Albert, mais ce grotesque personnage aeac un maridamain.
— Ohl mon cher Daniel, viens au secours de ma raison,, soutiens-moi, illumine-moi-, oc: coup de foudre n'aurait pas dû me laisser nvmt...
Daniel, elle aime cet bomme I elle l'aime 1
— C'est bioi possible I
— I^vieillardl un vinllardl.»
— Ou quile sera danain.
— Tout ce qu'il y a de plus vulgaixe, de benrgeois, d'ennuyeux, de. nauséabond dans les maiécages de l'ambittou constitutionnelle des dépor-
— C'est ainà, mou cher Albert.
— Avflz-vous r^narqué , Daniel , avec quel iotëiét- sympathique elle a écouté sa tibéorie abaorde sur lesapéras?
— Oui, Albert. Mie ét^t sispendue, comme Cîdaai^ niB-la«i»s.dflrsonbén]K
i7C U CmCÉ SE PABIS.
— Voilà les femmes I...
— Quant & moi, Albert, de pareils traits changent mes idées. Je sois sorti de la maison de madame de Simian avec un cœur léger et un esprit serein. J'ai subi ces trois phases en une heure : La colère, t'étonnement, la froideur. Je me suis arrêté h la dernière, et je m'en frouTe bien.
— Daniel, c'est que tu n'aimais pas cette femme.
— Alors, tant mieux! il me sera lacile de ne plus sentir ce que je n'ai januûs éprouvé.
— Quand je pense, Daniel, qu'il y a en ce moment dix ou douze pauvres amoureux qui courent le monde pour commettre de bonnes actions au bénéfice de leurs amours, et qu'à leur retour à Paris, quand ils viendront déposer leurs couronnes civiques aux pieds de la marquise, ils trouveront la bourgeoise madame Mozeman I
— Qu'importe, Albert! les bonnes acticm»
seront commises. Toi-même, tu n'abandonneras pas ce pauvre Vincent, du bagne de Toulon. La voix qui nous a mis sur une bomie route était une voix perfide, mais ses conseils n'ont pas perdu leur valeur. Voilà, au contraire, notre meilleure vengeance, et la seule que nous puig-
iiiPrt i„ Goo<^k.'
LA ORCà DK PÂEI9. 177
eions exercer contre une femme; elle a ouLlié sa dignité envers nous; n'oublions pas notre dignité envers elle. Faisons ce que nous avons prcHnis de faire, et nous verrons ensuite de quel côté se trouvera l'humiliation.
— Oui, Daniel, voilà ce que vous avez dit de mieux.
Et Albert serra la. main de son ami.
Us se séparèrent bientôt, et l'adieu d'Albert fut accompagné d'un geste expressif qui promettait beaucoup de choses, et dantl'énergie garantissait la sincérité.
Duiial de GestaÏD conlinaa ses viùtes à fluukme de Simian, mais à de trè&faies intervallsB; Jl avait cru devoir agir ainsi, dons on aan&neut de politesse tnen comprise.
La belle veuve afiectait de ne jamais prononcer le nom de l'ami absent, et elle avmt repris avec Daniel ce ton de vivacité spiritoalle, qui semble exclure toute pensée sérieuse.
Quelquefois M. .Mogeman se tronvait en tiers dans l'entretien , et Daniel lui témoignait, avec un naturel exquis, autant d'égards (^le iTmdflm" de Simian pouvait en déàrer.
Un jour, le (XHnte Daniel entrant cbez ianupquise et recevant l'interrogatioa aocoutomée, qu'y a-t-il de nouveau? répondit : Oui, madame, il y a du nouveau, £ette fois.; un de mes amis
180 u aad nx paris.
vient de rendre un fils unique à sa vieiUe mère, dans un petit village de ta Bretagne ; voilà le £ùt tel que le rapporte le journal royaliste de Nantes.
Et il donna le journal à madame de Simian.
La figure de la belle veuve se colora vivement, et la feuille tremblfût dans sa main.
— L'auteur de cette actioa n'est pas nommé dans ce journal? — dit-elle après la lecture, et avec une émotion profonde.
— On ne doit jamais signer une bonne œuvre, dit Daniel, quand on sort de votre école, madame, et quand on se nomme Albert de Saint-Uarc.
En ce moment on annonça M. Mozeman.
La marquise fit approcher le domestique et lui dit:
— Annoncez à M. Mozeman que je suis partie pour ma terre du Calvados, et que je serai de retour à Paris l'hiver prochain.
— Vous partez pour le Calvados, madame?
— demanda le comte brusquement.
— Non, monsieur le comte ; je suis honteuse le mentir ; mais le mensonge est la seule arme ië défense contre les importuns.
— Ainsi, M. Mozeman n'est pas... un... le...
— Comte de Gestain, — dit la marquise en
iiiPrt b, Goof^lc
U. CIHCÉ DE PABIS. ISl
sonnant, — M. Mozeman est un de ces parents lointains que ta nature nous donne pour nous faire aimer les autres. H s'est imposé comme visiteur, jel'ai subi...
— Mais, madame, — dit le comte avec le ton lent et menante de la circonspection, les visites de M. Mozeman ont permis au monde d'accréditer certains bnûts...
— Je sais cela, comte de Gestun ; la médisance n'était pas dangereuse; il faut Bavoir gré au monde lorsqu'il ne fait que médire ; il lui est si aisé de faire plus et de calomnier. D'ailleurs le bruit de mon mariage avec M. Mozeman servait mes projets.
— Ahl
Le comte fit cette exclamation, et regarda la marquise avec des yeux qui demandaient la suite de la confidence ; mais la jeune femme regarda le plafond et se tut.
On ne parla plus que de choses insignifiantes ,. do peur d'aborder trop t6t les choses sérieuses, et le comte de Gestain osa pourtant hasarder, en prenantcongédelamarquîse,lenom desonami.
— M. de Saint-Marc s'est bien conduit, ditelle; Boit calcul, soit inspiration, il a répondu K mon idiîo ; dons l'un ou l'autre cas, il s'est réhabilité.
n,<,,.„-ert ht Goot^le
m U CntCt DK PÀBIS.
J«le reTerrai oertainement avec plaisir... Vous l'MGompagnerez, a'est«e pas, comte de Gestain?
Ed quittant madame de Simian, Daniel coumt k la maison d'Albert.
— Monùeur le vicomte, lui dit le portier, est «Qoora en Bretagne, et il n'a pas encwe annoncé •on retour.
Daniel, qui arrivait chei am anù le coenr plan de paroles, fut obligé de garder ce trésor tA d'en ajourner l'explosicHi ; il marchait aa hasard, à travers Paris, en recueillant tons ses souvenirs récents, pour ne rien perdre de tout ce que la marquise avait dit, et pour graver, même dans sa mémoire, la mélodie de ses intonations.
Absorbé par ce travail, en traversant le boulevard Italien, il laissa tomber sa main dans une main brusquement offerte, et il n'av^t pas eu le temps de la retirer, lorsqu'il reconnut M. Salvien.
I/Opér».
Salvien ne parut niiUement embarrassé de raccueil glacial que iui fit Daniel.
Monsietir le comte, lui dit-il d'un ton gai, je voos clierche partout depuis notre singulière rencontre , rue Beauregard ; vous devez avoir emporté de moi de bien mauvaises idées, et je tiens à ne pas perdre votre estime. Je sais que les apparences sont contre moi, monsieur le comt«, mïùs en vous expliquant la cbose, vous verrez que les apparences ont tort, selon leur habitude...
— Vous ne me devez aucune ezplicati m , monsieur, dit Daniel ; c'est une affaire jugée rue Beauregard; il n'y a ni appel, ni cassation, ni recours en gr&ce. Il y a un fait indestructible; et, si vous essayez de le justifier, vous com-
i84 U. GIBCÂ DE MUS.
mettrez une faute de plus. Restons-«n 1&. C'est
— Comment 1 dit Scdvien avec uoe bonhomie joyeuse, comment! cher comte 1 à votre âge, TOUS seriez déjà puritain rigide à ce point I Réservez-vous donc quelques vertus pour vce vieux jours... Non, plaisanterie à part, monsieur dfr Gestain, la chose n'est pas ce qu'elle parait; je voulais faire une observation de mœurs, et mêla payer vingt mille francs. Je n'ai jamais eu l'idée d'acheter l'honneur d'une jeune fille au prix de la vie et de la liberté d'un malheureux. Que diable! Si j'insiste avec cette force sur ce point, c'est que je suis innocent de toutes ces infamies, ù conununes de nos jours ; c'est que je tiens à me remettre dans votre estime. Qu'ù-je & craindre? rien. Pourquoi me justifierais-jCjaiors? J'étiùs votre ami, je tiens à l'être encore, voilà mon seul but.
Le comte Daniel avait une de ces perceptions délicates qui permettent de j uger tout ce qu'il y a de faux dans un discours.
Or, ce que disait Salvien avait dans le ton, l'accent et la forme, une allui'e suspecte, même en faisant part de Témotion qu'un ancien fournisseur libertin pouvait ressentir par hasard, en
LA CtRCi SE FAXIS. 185
parlant d'une chose honteuse ; on voyait que le naturel manquait à sa phrase.
Pourquoi venait -il se justifier de cette mauvaise action ? que lui importait l'estime du comte de Gestaîn? et dans quel hut véritable avait-il arrêté Daniel au passage sur le boulevard?
Toutes ces idées préoccupaient Daniel, même au moment où, prenant congé de Salvien, il lui dit avec une politesse insolente :
— Monsieur , je donne mon estime tout de suite, mds quand il s'agitde la lendre, je prends une année de réflexion.
Cet incident n'occupa d'ailleurs l'attention de Daniel que le temps de sa durée.
A la limite du boulevard, Salvien était oublié.
Le soir mime de ce jour, le comte prenait le chemin de fer d'Orléans et allait rejoindi-e scn ami il Nantes ou aux environs.
Madame de Simian qui, par une tactique nouvelle et savante, avait si bien su concilier la noblesse de ses instincts et le secret de ses prédilections de femme, commençait à éprouver de eérieuses craintes au moment où le triomphe lui arrivût.
Entourée âfi jeunes gens dont l'admiration pr^iait diaque jour un caractère plus tendre et
186 U. CaCÈ SB FATLIS.
jJoB dangereux, et ne distingaant, par affection secrète, que le jeune vicomta de Saint-Marc, éDe s'était merveilleusement servie de son ii^noica aouverùne pour rendre à la société cette pWlad* d'oiâfe; et voulant ensuite éprouver l'annour d'Albert, elle n'avait fait aucune exception en sA faveur, laissant même accré<titeT le bruit de son oiariage avec M. Mozeman, pour s'assurer à la tendresse et le noble caractère du vicomte d»' Saint-Marc survivraient à cette épreuve dérâ^ve.
La réussite était donc ccnnplète. Madame d& Simian s'attendût donc avoir reparaître Albert, et la formule du pardon qu'elle lui {n<épandt devait être tendre comme un encouraginnent.
Plusieurs jours s'étaient passés déjà, et l'heure des visites n'amenait personne.
La marquise s'inquiétait dans sa solibide et ne pouvait l'expliquer. Ces sortes de positions saot intolérables pour les fammes; elles sont oUigées de subir l'énigme d'une absence impossible, et de dévorer un flux et reflux de conjeetures irritantes, dans les quatre mors d'un salon désttt, sans qu'il leur soit permis de faire une démarche, une visite, une enquête domestique pour sortir du plus étrange embarras.
Un soir, madame de Simian, parcourant laqoftr
iiiPrt b, Goof^lc
u atd DB PAUS. 187
trièm« page d'un joamal, s'arrêta aux annonces de spectades, et i^pelant sa tante, madame de ViUers:
— On joue les Huguenott, dit-elle ; faites tm acte de complaisance matemdle; accompagnermoi ; je veux vcôr dn monde, nous alloiis passer à l'état sauvage, si la musique et la foule ne viennent pas à notre secours.
Un domestique reçut l'ordre de prendre nne petite li^ de baigDmre et d'amener im fiacre.
On voulait entourer d'un certain mystère celte course de l'Opéra, n fallait donc laisser dans son repos habituel l'équipage de la marquise, faire la plus bourgeoise des toilettes, attacher au chapeau le moins transparent des voiles, et aller h l'Opéra comme II un plaisir prohibé.
a est fort posâble, pensa la marquise, qu'en souvenir de la théorie de M. Mozemaa, le comte Daniel et son ami Albert aient l'idée de voir le» BugueiutU, et l'espoir d'y rencontrer l'agronome pour établir quelque discussion railleuse avec lui.
Madame de Simian et sa tante descendirent sous le hangar de la me I^epelletier et congédièrent leur fiacre; elles se glissèrent dans la foule qui obstruait les défila du contrdle, et sans
IS8 U. OBIfi DX P1KI3.
avoir remarqué un visage connu, elles entrèreat dons une baignoire où les rayons du lustre et dee girandoles ne péDétraîent pas.
L'opéra des Huguenots fut fort négligé pendant toute la représentoUon. La lorgnette de madame de Simian détailla une Aune toutes les figuresdes loges et du balcon.
Le thédtre était peuplé d'inconnus, personnel bourgeois des spectacles de l'été.
On voyait à la physionomie de la salle que Paris habitait la campagne en ce moment, et cédait ses places d'Opéra aux villes voisines , arrivées par les lignes des chemins de fer pour prendre des plaisirs que la province leur refuse obrënément.
Une voiture de pluoe.
La galerie de l'horloge marquait minuit h sop cadran, lorsque madame de Villers et ea nièce la traversëreot au milieu de k foule compacto qpjï sortait de l'Opéra.
Pendant que le déGXé des équipages s'établissidt sous le geste des gardes monicâpaux équestres, dans la rue Lcpelletier, les fiacres numérotés ati'ivaient du boulevard, s'alignaient devant les passages de l'Opéra, et les commissionnaires, décorés de la plaque mimicipole, recrutaient les piétons, les conduisaient à la voiture retenue, ouvraient la portière et criaient l'adresse au cocher.
La beauté de la nuit permettût de gagner à pied leur domicile à ceux qui habitaient les quartiers voisins.
iOO U. CIRCi DE PA,RIS.
Madame de Simian et sa tante, qui avaient d^à plusieurs fois profité du service provideotid de ces voitures de la sortie de l'Opéra, sui- TÎrent le premier commissionnaire qui vint s'offrir & elles, et après avoir donné leur adresse qui fit murmurer le cocher à cause de l'éloignement, elles s'assirent sur la banquette d'une citadine attelée de deux dievauz.
La petite voiture marchait avec la lenteur de son espèce, et madame de Simian commençait k regretter tses chevaux.
— Car, disait-elle en riant, nous n'arriverons qu'au lever du soleil.
— a laut bien expier ta folle équipée, répondait madame de Villers.
Les lumières s'éteignaient sur toute la ligna du boulevard ; les maisons prennent une physionomie ténébreuse ; quelques ombres de passants se dessinaient çàet1&, en silhouettes, dansles éclatrcies du gaz; la place Louis XV conservait un resta d'animation avec les derniers équipages arrivés de l'Opéra et regagnant le faubourg Sùnt-fiermaîn.
La citadine entra dans le Cours-la-Reine, et les deux femmes ne virent plus que les masses noires et confuses de la forêt symétrigoe dei Champs-Elysées.
iiiPrt b, Goof^lc
— Od poomit bim être arrêté iâ, comme ai pleine fortt de Sénart, dit la marquise tvec un ton de galtj ianaae-, et, è ooop sur, nous ne serions pas sauvées par l'agilité de nos chevaux.
— Henrensonent la potioe est à bien faite & Paris, dit madame de Villers, qoe nons swnmes, à cette henre, îa, en sOiieté comme sur le boule- Tard Italien.
— Vous dites cela ponr tous Taaorer et pcwr me rasBorar, ma chère tante^, ooi, je sais qa'<m répète partout mochindement, depnis Faad]é, qoe la police est bien foite ; mais c'est la polke (pu lait comir ce bmït. D y a tme patnraille ds trois hcHumes pour garder m» ca^àtale, une brigade de gendarmerie pour garder mi départ»lœnt, un garde-champêtre invalide pour garder deux horizOTis de campagne.
On rassure les dtoyens en exposant le tableau de Prudhon dans une salle de cour d'asoses, rt on noue prouve que la justûte dâcoame et punit tous les crimes avec «e tabbau, ce qui permet i la T^^îlance préventive de s'^uLomûr.
Id police n'ert bien âtite qu'à LoBodres. Chaqns Toe est gardée toute la nuit. Il y a nne patrooille permanente de dix mille ugaa mnnieipBux, et, B nooB traverûm & cette heure le tmboo^ de
I9S LA. ClKCi SI PAUS.
JUme-Reaeh, ou le quartier de Saint-Joka-Curek, iadié comme ce Coura-la-Betne, nous rencontrelioQS un bomme de foGee bous chaque bec da g«.
En France, on ne trouve que le semblant de la {ootection et de la sécurité, et on nous fidt payer <ce semblant ibrt cher, comme si on nous donnait tout.
— C'est fort triste cela, ma chère enfont, dit madame de ViUers, mais demain, à notre réveil, nous n'y penserons plus.
— Nous sommes & demain, ma tante , dit la marquise , le courant de la rivière nous apporte le coup d'une heure de tous les clochers de Paris... Ghaillot est-il encore bien loin ?
— Nous passons devant le pont des Invalides... Je crois quu notre cocher s'est endtami.
— Pauvre malheureux 1 il prend son lit ob il le tronve.
L'heure avancée de la nuit et le cahotement de la voiture agirait bientôt sur les deux femmes ; elles se laissèrent aller au sommeil, comme elles . auraient fait dans un long voyage.
Une vi(dente secousse les réveilla en sursaut, et elles poussèrent un cri de terreur ; d'épûsses fâièbres les environnaient; la voiture semidaït
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U CUtCA DK PAIUS. Id3
emportée par les chevaux avec la rapidité d'un wagon.
De fijrtcs plaques de bois avaient remplacé les vitres des stores ; les deux femmes meurtrirent leurs faibles mains pour essayer de se donner de l'air et du jour; ce furent d'inutiles efforts : elles étaient emportées comme dans un tombeau attelé d'hippogriffes.
Leurs cris de détresse expirdent dans cette prison volante ; le bruit des roues, des ferrailles et des chevaux lancés à toute vitesse auraient d'ailleurs étouffé des voix bien plus fortes.
Le délire bouillonnait déjà dans leurs cerveaux; elles tordaient leurs bras et s'embrassaient conune dans les convulsions de l'agonie ; point de doute, elles courùent au vol sur le chemin d'une épouvantable révélation.
Un crime les attendait au bout.
De hideux fautâmes se dressaient devant elles ; un piège infernal leur avait été tendu; elles y étùent tombées, en laissant au bord du précipice la protection et l'espoir.
Dans le désordre d'idées où une pareille aventure devfût jeter deux têmmes, il leur fut impo&ùble d'apprécier la mesure du temps écoulé.
La voiture s'arrêta.
IM LA. OBCÉ DB PABIB.
Un bnùt de ressort {pinça dans les deoz pw fières ; elles s'ouvrirent en même temps.
A droite et à g&Qche oa entendit une voix qui dit:
— Descende, nudame. "^
— JL'efFroi paralysait toute réàstanoe.
La marquise descendit et se trouva, au même instant, seule et enfermée dans une petite chamiae, éclairée par une chandelle de suif.
Madame de Villers avait été emportée rnoo-rante de l'autre côté de la voiture.
Tout cela s'était accompli au milieu du jdta profond silence, et dans une obscurité qui n'avait pas permis de distinguer le rqiaire où le pfas audacieux des crimes venait de conduire deux ieniines^ après une soirée à l'Opéra.
iiiPrt b, Goof^lc
Xia Prisonziière.
Madame de Simian ne resta pas loi^temps sons l'oppresdoD de cette terreur qai paralyse les iacultés ; comme toutes tes âmes fortes, die jM redontait dans un malheur que le premier moment, et savait bientôt se mettre, par le réveil de l'énergie, au-dessus de la plus horrible situation.
Elle regarda autour d'elle , et ses yeox sem- Uaient n'avoir qm l'expresàon tranquille de la curiosité.
Ce qu'dle voyait pourtant n'était pas de nature & calmer de justes alarmes.
I^a petite chambre avait un aspect sinistre, les murs badigeonnés d'ocre laissaient pendre, ç& et là, quelque lambeaux humides de tapisserie.
Vae cheminée de plâtre supportait un miKor
lOG LA CIRCâ DE PARIS.
à cadre de bois, dont la glace tcmie avait perdu le phâaomène de la reproducUon; au milieu, boitait une table hideuse de souillures, et l'ulcôve lûssait -voir, au Tond, h. travers les laigcs crevasses des rideaux, un de ces grabats d'auberge di^garnie, comme les voyageurs en trouvent, pour veiller, sur la crête des Abnuzes ou des Apennins.
Elle se leva d'im pas nSsolu , comme un locataire qui veut examiner en détail tous les recoins de son nouveau domaine.
La seule fenî-tre de la cbambre était losangée de iories grilles de fer et s'ouvrait sur une bassecour étroite, toute encombrée de vieux outils de ferme et de meubles vermoulus. En i-èvc, oa voit de ces choses-là, et on gouffre à perdre la respiration.
Madame de Simian, le visage collé sur les grilles de fer, regarda longtemps ce tableau, avec cette attention obstinée qu'on apporte aux objets effrayants. Les étoiles éclairaient sombremeot cette basse-cour et donnaient à ses quatre murs une bauteur indéterminée, qui était tout espoir à l'évasion.
Deux cimes d'ormeaux se montraient dans l'air extériem: et ressemblaient & deux têtes de
iiiPrt b, Goo^ly
U CiaCt DE lARIS. 197
géant?, inclinées sur ce repaire pour en surprendre les secrets.
Madame deSimian poursuivit miautieusement son examen, et, par intervalles, elle s'arrêtait, nxiisait les bras, indinait la t^te et la redressait tout à coup, dans un rrémissement convulsif, comme si elle eût voulu se délivrer des horreurs étoufTantcs d'un rêve.
On é[«x>uve quelquefois ces consolations du réveil dans les fièvres des mauvaises nuits.
11 n'y a point de réveil dans les angoisses de la réalité.
En jetant un coup d'œil dans le cadre ténébreux de la cheminée, la marquise découvrit les restes d'un feu éteint depuis longtemps , et vit blanchir sur la cendre des lambeaux de papier & demi-brùlé : elle détacha du bout du pied ta moitié d'une enveloppe de lettre , la ramassa machinalement, et un cri, fortement réprimé sur les lèvres , attesta une surpiise au-dessus de toute expression.
L'adresse è moitié consumée laissait encore lira ceci :
Mont... le comte Daniel dt Ge»l...
La découverte d'im pareil indice avait qucl<pie chose do providentiel.
198 Là OBd DX Tisa.
C'était horrible, sans doute, mus au moins toutes les incertitudes étaient levées ; la mai^ quise se trouvait , par un crime infemaleme n t «Hnbiné, au pouvoir du comte de Gestain.
La jeune femme marchait à pas précipités, l'œil en feu et le teint empourpré d'indignation, B'arrétant au moindre bruit, le visa^ tourné vers la porte pour foudroyer de fiou [«emier regard, l'homme infâme qui allait entrw, sans nul doute, ft une heure plus avancée de la nuiti
EUe préparait ses paroles, pour ortto formidable rencontre, comme le soldat prépare aes armes avant le combat ; et elle comprimait avec peine cette ezploâon de colère stridente, pour ne poB la dépenser en pure perte, et la foire éclater dans toute sa puissance devant un crimind agresseur.
Elle dévora ainsi un fflècle en une heure, ^, vers la Su de la nuit, elle entendit un bruit da pas et le grincement d'une clef dans la serruiv' de la porte de sa petite chambre.
L'attitude que prit la marquise, en ce moment, avait \m caractere héroïque : elle attendait aveu le geste, la parole et le regard, seules armes da 8a défense, mais qui peuvent donner la victoiro ou désespoir.
U CSMà DE PARIS. 199
la porte s'ouvrit, et la forme hideuse qui entra n'était pas le danger atleaidu.
C'était encore une apparition étrange appartenant BU personnel des mauvais rêves; une vieille femme, pAle, maigre, la tête couverte de longs cheveux gris débouclés.
Elle referma la porte avec précaution , salua froidement la marquise et s'assit.
— Vous venes, sans doute , me préparer h l'arrivée de votre maître , loi dit la marquise d'un ton fier ; vous pouvez aller liû annoncer que je l'attends.
La vieille femme fit un signe négatif avant ds parler.
— Non, madame, (Ut^lle ; je viens vous voir. On m'a chargée d'avoir soin de vous, et je ne savais pas que j'avais une prisonnière si jeune et si be^..,
— Une prisonnière I — interrompit madame de Simian; — pourries- vous me dire le ncHU du juge qui a prononcé ma condamnation?
— Oh! cela est un secret, — dit la vieille femme en ouvrant de grands yeux d'un gris terne, —Je ne caonaîa, mm, que mon devoir, j'obéis et je me tus.
— Je vous étonnerais luen, — dit la marquise, — à je vous nommais votre maître...
300 lA CIRCÉ D£ FAAIS.
— Madame, — répondit la geAlïfire avec on sourire assez bienveillant, — oui, vous m'étonneriez beaucoup, mais vous ne le nommereE pas. C'est impossible.
— Ce n'est pas le comte Daniel de Gcst^n qai me démentirait ? — dit madame de Simian.
La vieille femme bondît sur sa chaise, et soa visage parut bouleversé de stupéfaction et d'efinù. Elle joignit ses mains d'une façon suppliante, et dit avec une vivacité peu ordinaire à son âge :
— Madame, au nom de Dieu, ne me perdes paa ; on peut croire que c'est moi qui vous ai révélé—
— Ne craignez rien, — interrompit la marquise d'un ton de bonté , — je connais M. de Geslain, et quand je le verrai ici, je n'aurai pas besoin de lui dire qu'un autre vient de m'apprendre son nom.
— Mais vous ne le verrez pas, madame, — dit la mégère avec effroi ; — vous ne le verres pas... me comprenez-vous?...
— Je ne vous comprends pas...
— Il entrera ici, madame, quand cette lumière sera éteinte... Mo comprenez-vous à présent?
— Oui, — murmura la marquise avec un accent de terreur.
LA cincÉ VZ fASIS. 201
Et elle marcha vivement d'un angle de la chambre à l'autre, en prononçant des paroles sourdes qui ne se Uaient pas à cet entreUen.
Puis elle s'arrêta brusquement devantla porte, et dit d'un ton résolue :
— Eh bien 1 je l'attends I
— Oh 1 madame , dit la vieille femme , il ne viendra pas cette nuit. Le jour va bientAt poindre... Prenez quelque repos, madame, je vous en conjure, — et elle ajouta avec un accent de sensibÛité touchante : — Vous m'inspirez le plus tendre iutériit, et pour tout au monde je ne voudrais pas vous voir malheureuse. Je n'ai eu do pitié pour aucune des femmes qui sont entrées ici; mais vous, c'est singuUcr, je me suis émue en votre faveur tout de suite.
Je mo pCTds peut-être en disant cela ; c'est plus fort que moi, il faut que je le dise. Qu'ai-je à perdre d'ailleurs? j'ai soixante-quinze ans; ce n'est pas trop tdt pour faire imc bonne action.
Une nuit liorrible.
Madame de Simian regardait sa geôlière avec àes yenx pleins de surprise, et elle réûéchissiùt sur le parti qu'elle pouvait tirer du dévouement spontané de cette fenmie.
— Croyez-moi , madame , poursuivit-elle ; croyez-moi, prenez du repos , conservez tcnite votre énerpe... On veut compter sur votre Caiblesse... Je connais les habitudes de cette maison... Excepté moi, personne n'entrera ici avant le troisième jour. J'aurai soin de vous, madame, je ne vous laisserai manquer de rien... mais ne me perdez pas , ne me perdez pas , au nom de Dieu. Je tiens encore un peu à la vie pour mes enlànts.
— Le comte de Gestain vous inspire dono une bien grande frayeur? demanda la marquise.
9M u GUtci EL fixia.
— Ah I madame, — répondit la vieille femme en regardant le plafond.
— Le coDDaissez-vuus bien? l'avez-vous va souvent?
— Si je le connais I madame I — dit la geAlière en baissant la voix ; c'est un beau jeune homme> grand, bienfait, avec des yeux noirs, doux comme ceux d'une gazelle ; mais il ne faut pas se fier à ces apparences. Je ne veux pas dire qu'il 8oit méchant, lorsque rien ne l'oblige à l'être ; seulement il sacrifierùt tout pour avoir une femme ou un cheval; vous connaissez sans doute, madame, sa jument arabe Naîka, elle lui coûte vingt mille francs et un bon coup d'épée qu'il a donné dans un duel & l'un de ses meilleurs amis.
C'est un jeune homme tr^-passiomié. Je le sais mieux que personne, moi qui connais toutes ses intrigues; il est vrai qu'il me paie trèsbien.
Toutes ces phrases furent dites avec un t<Hl plein d'aisance et de naturel , comme les l'tîciterait une actrice consommée dons l'art du mei>* songe thédtral.
Les pensées qui bouillonnaient dans l'âme do la marquise se traduisaient sur son .vi^g*^ sveù
=rthvGoo<^lc
LA. ClfiCi DE PARIS. SOS
un relief d'onimation fié^Tcuse : la dernière phrase qu'elle prononça les résuma toutes.
— Malheureuses fenunes que nous sommes t dit-elle ; nous sommes environnées, h notre insu, de toutes ces miamies ; c'est notre sort.
La vieille fenune poussa un soupir , se leva en montrant du doigt un rayon de l'aube sur les grilles de la fenêtre, et après avoir donné encore quelques conseils obligeants, elle sortit.
Madame de Sîmian, biist^c par l'insomnie et 1b fièvre des émotions, était arrivée à cet état de langueur où le corps n'a plus la force de porter
rame.
Elle se laissa tomber sur une chaise à cdté du lit et trouva, pendant quelques heures , ce repos lactico et a^té qui ressemble au sommeil, et dont les rAvea sont des visions.
Quand elle sortit de cette léthargie, elle villa vieille femme as^se à côté d'elle, et la regardant avec un intérêt plein de cousolation.
— Madame, dit la geôhère , vous voyez que je ne vous oublie pas. Voici mes provisions du jour que je vous apporte ; c'est moi qui vous ai tout appi'ëté. Vous serez contente, j'espère, de l'ordijisdnï de la maison.
— Vous êtes vi-aimcnt pleine do bonté pour
908 U. CIECi SB FABIS.
moi, dit la marquise avec eOiisùm, et je voudrais pouvoir être libre et vods en téoioigaer toute ma reccwuujseance ; mais, ea ce moment, je ne sais pas à mon leademain m'appaitient, et je ne puis vous remercier qu'avec des paroles, lorsqu'il laitdraît vous combler d'or.
— Oui, madame, votre lendemain vous appartiendra , ef vous pouvez y compter, — dit la vieille d'une voix basse et ferme. — Demtûn, vous ne serez plus ici, demain vous serec libre. Je viens d'apprendre que le maître de la maison sera rendu ici plus tdt que je ne le pensais. 11 iaut donc se bAter de sortir.
— Hais sortons tout de suite ma chëre ange l — s'écria la marquise en se levant, avec une joie dâiiante, — je vous jure que vous serez riche ce soir.
La geôlière fit un sourire triste et un geste de !a main droi te qui modérèrent la joie de la pri- Bonnière ; puis elle f^outa :
— Madame, ce n'est pas une sortie qui doit et peut vous rendre la liberté ; c'est une évaàoa. Comprenez-vous cette différence ? Hélas t moi> je la comprends trop... Vous me regardez avec des yeux qui demandent une explication... je vais vous la donner. Je suis toute disposée i, vous ser-
iiiPrt b, Goof^lc
LA. Cmci DS PAMS. 207
Tir; mais, en conscience , je ne veiu pas compromettre tt trahir ceux qui , depuis six ans^ m'accablent de leurs bontés.
Vous êtes irritée contre M. le comte, madame, c'est oatiirel , je le conçois; mais, moi, je n'ai pas à me plaindre de lui ; au contraire, ils ont été l'un .et l'autre toujours excellents pour la pauvre vieille femme qui a l'honneur de vous parler, et...
— Un moment... je suis forcée de vous interrompre, dit la maïquise d'une voix tremblante , vous venez de me foire comprendre, deux fois, que AL le comte de Gestain a un complice dans les horreurs de cette maison ?
— Un ami, madame ; un jeune homme qui ne le quitte jamiûs ; il m'est impossible de vous dire son nom...
— Je vais vous la (Ure, moi... c'est le vicomte Albert de...
— Assez 1 — dit la vieille femme en Ai«adaat la main.
Ce fiit un nouvean coup de foudre qui tomba «ur la tête de madame de Simian, et qui la laissa debout, dans une e&ayaute pose (^immobilité.
L'indignation la suffoquait et bouillonnait dans sa poitrine, comme la lave dans le cratère avant l'éruption.
Elle parcourut h. grands pas la chambre , comme une panthère dans sa cage, et les paroles de soulagement s'Miappcûent de ses lèvres au milieu des éclaivs et des regards.
— Comme ils m'ont jouée I disùt-elle; et comme je m'explique tout« leur conduite, à présent !... lesinf&mesl... Et l'autre, qui allait se battre en Afrique, et qui s'arrêta i l'arsenal de Toulon, pour rendre à sa vieille mère vendéenne un iilsplus malheureux que coupable I...
210 u (saci DE FÂBis,
quelle indigne &blel quels hommesl quelles mOBursI... Ohlnon...iion...jeneTeuzpassortir de ce repaire ; ja reste, je les attends ici, je veux les écraser soos le poids de leurs iniamies. Dieu me donnera la force de ce moment... oui, je sens que dans le malhem' il n'y a de terrible que Id premier pas ; je soiB ft rsise; je suis joyeuse de me trouver en face de ces criminelles insolences, pour les dominer avec ma voix et les mettre ea lambeaux sous mes pieds I
La geAliëre parut un instant contrariée de cette détermination inattendue que venait de prendre madame de Simian ; elle lùssa éclater cette noble colère sans la troubler, et le silence du repos étant venu :
— Madame la marquise, — lui dit-elle avee ime Toiz douce comme celle d'une jeune fille, TOUS TéfléctiiTeE et vous cbangerez d'avis. Vous comptez beaucoup trop sur vos forces, et quand l'heure viendra, vous ne trouveret que votre ftdblesse et'vâtre isolement. Un homme n'a lien & craindre d'une femme ici, et une femme. . .
— Bonne femme, interrompit la marquise, je Ttras û promis ma reconnaissance, et je tiendra ma parole.
— Madame, — dit la gedUère avec l'accent de
iiiPrt b, Goof^lc
LA cntc£ DE pauts. 3]|
ÏVmotion, — cette phrase est blessante pour moi ; je l'ai trop comprise. Je ne vous ai pas proposé de tous rendre un service, avec l'intention de recevoir de l'argent...
— Oui, oui, ma bonne mère, — dit la marquise en serrant la main de la vieille, — je comprends votre délicatesse; je vous ai blessée, exciisez-moi ; ma tète ne m'appartient pas.
— Ohl mon Keul — poursuivit la geAlière, — si vous voiliez rester ici et tout bravCT, vous en êtes bien la maltresse. Cela m'arrange mieux, et je ne cours aucun risqiie. Attendes donc ceux qui vont venir, et n'accusez que vous de ce qui arrivera. J'ai fait mon devoir ; il faut bien le faire au moins une fois, avant la fin de ses jours. Cette bonne action, quoique refusée, me réconcilie un peu avec moi-même. Dieu fasse, madame la marquise, que votre imprudente détermination n'am^e pas un cruel repentir I
— Jelesattendslje les attends! — ditlamar^ qnise, en redressant fièrement sa noUe tète ; — ime Ucheté est interdite aux femmes comme anx hommes, et je n'en commettra pas une en fdTsnt. Où les retrouverais-je, d'aillenrE, vos maîtres, à. je n'avùs pas le courage de les itttendre ici? n me landrait supporter (out« ma .
312 LA CIRCi BB r.VBIS.
vie le rcgi-et d'avoir fui des lâches, quand il fallait les écraser.
— N'en parlons plus, ma belle dame, — dit la geôlière en iaisant quelques pas vers la porte ,
— il ne faut pas vouloir obliger les gens malgré eux. Cette maison ét^t tranquille depuis quelque temps... elle va voii' de tristes scènes.. . Madame la marquise, si les murs de votre prison pouvaient parler!. ..regardez ici autour de vous... il n'yaquedes traces de violence et do désespoir... Des mains plus fortes que les vôtres se sont brisées contre ces pierres...
— Mais dans quel Iion'ible siècle vivons-nous 1
— s'écria la mai-quîse en tordant ses mains sur ses cheveux ; — il n'y a donc point de protection contre la hardiesse de pareils attentats 1
— Que vous êtes enlantl — dit la vieille avec une familiarité excusable dans la situation.
— Si Satan, le roi de l'Enter, Satan, qui est riche et i-usé, venait faire sur t«rre commerce de crimes, croyez-vous qu'il dresserait assez habilement ses batteries pour esquiver le regard borgne de la loi? Eh bien! madame, il y a des hommes pmâsanta qui sont plus-adroits que les diables, et qui calculent trop bien leurs coups pour se lîùsser prendre comme des oisons, ils ont
toujours les yeux ouverts pour éviter ceux qui les ont toujours fermés. Ils voient tout, et personne ne les voit. Aussi, il n'y a que de pauvres diables et des imbéciles dans les bagnes et dans les prisons... Mais tout ce que je vous dis-là, madame, «st inutile ; vous avez pris votre parti ; vous refusez votre liberté, quand on vous l'offre. J'ai ffdt une grande sottise, et je m'en repens. Nous «nporteronsla peine toulesles deux... Et l'autre pauvre dame aussi...
La geôlière prononça ces dernières paroles avec un étouffement de sanglots.
KjiiiiPrt b, Gcjoj^lc
X>éllTTaace.
— Quelle autre pauvre dame? — dit la marquise ^mue qui avait oulilié sa tante, au milieu de ces scènes dliorreiur, puis, se ravisant tout à coup :
— Ahl c'est juste! oui... Ma pauvre compagne de captivité! Que fait-elle?... Comme le malheur rend égoïste !... Donnez-moi des nouvelles de madame de Villers.
— C'est ma prisonnière aussi, — dit la vieille franme en versant quelqus larmes. — Oh I celle-là en mourra : elle n'a pas votre courage... Je l'ai vue ce matin... elle a eu des crises nerveuses qui m'ont fait peur...
Madame de Simian porta ses mains dans ses cheveux, et s'écria :
— 11 faut la sauver, il faut la sauver à tout prii. Rendez-lui la hberté ; partez avec elle ; la moitié de notre fortune est & vous .
iiiPrt b, Goof^lc
SI6 Ll CIHCË DE FAniS.
— Impossible 1 impossible! — dit la geôlière t — TOUS sortirez toutes deux, ou personne ne sortira. Je TOUS ai dit, madame, qofs toute disposée que je Buis à tous rendre serTice, je ne Teux rien faire qui puisse compromettre monsieur le comte... C'est mon bienfaiteur.
La marquise fit {Juàeurs tours à pas rapides dans la chambre, et, prenant la main de la geâlière, elle dit arec force :
— Jepartinu!
La vieille femme retint & peine un mouvement de satisiacticoi, qui écbappa au regard de madame de Simian.
Elle ouvrît la porte avec précaution, et dit :
— Je vais annoncer cette bonne nouvelle 4 TOtre amie, et quand le moment sera Tenu, vous me reverrez... U faut que je fasse toutes mes dispositions. . . ce sera un long travail ; vous vous laisserez conduire aveuglément. Soyez csdme, tout ira bien.
A ces mots, elle sortit.
Le jour qui s'écoulmt eut des proportions sécnlaîi'cs pour madame de Simlan : quand la nuit tomba, elle se trouva sans lumière, au miUeu da la plus profonde obscurité.
Ces heures nocturnes qm donnent la faiblesw
.,, Gtjoj^lc
U CIBCÉ DE PAAI3. ' 217
«n cœur des plus forts, inspirèrent d'autres id^ à la beDe piîsonnière ; elle sentait que son éoergie lui échappait à mesure que les ténèbres s'épaisiasaient autour d'elle.
Le moindre bruit la faisait tressaillir, comme un enfant au berceau ; et quand elle entendit grincer les gonds de la porte et qu'une forme humaine se dessina dans t'éclaircie livide du corridor extérieur, elle sentît des frissons aux racines de ses cheveux, et la flamme du déUre s'alluma dans son cerveau.
Une voix, faible comme un souffle, sortit de la porie et dit :
— Venez.
La jeune et belle prisonnière se raidit sor ses pieds défaillants, et tendit sa miùn & la main qui la délivrait et qui la conduisait, âtâtons, sous un hangar ténébreux où on entendait un piétinement de chevaux.
— Montez, madame, dit la même voix, la voix de la vieille; montez, la portière est ouverte, et votre amie vous attend.
Madame de Simion obéit avec un élan de joie qui lui rendit toute son énergie.
Les deux femmes s'embrassèrent, et les chevaux partirent avec une grande rapidité.
SIS LA. CinCÉ SE fAEIS.
On avait baissé les stores, et il était ijnpossiblede découvrir quelques points de reconaissauce daos le voiàuage, qui aunûent fait découvrir la mystérieuse maison.
Soit que la voiture prit de longs détours, ou que la distance fût réellement considérable, on voyagea ainsi pendant plusieuis heures.
Enfin les chevaux s'arrêtèrent, la portière s'ouvrit, et im cocher dont la figure était au tiersvoilée d'un mouchoir, dit d'un ton sec :
— Voilà une station de voitures ; mon service est fait.
Et il remonta lestement sur son siège, et lança ses chevaux vers la campagne.
Les deux femmes éprouvÈrent une joie ineffable, en voyant devant elles, à quelques pas, le mouvement de la vie parisienne et les fusées du gaz, courant en lignes parallèles dans les ruea^ d'un faubourg.
Malgré l'heure avancée de la nuit, les boutiques , les cafés , les restaurants étaient encore ouverte.
Quelques sergents de ville, cheminant avec l'ennui de leur métier, cherclment çà et là une contravention pour attester leur vigilance, et noircir la jage blanche d'un procÈs-verbaL
D,<„.,--ert b, GciOf^lc
Dans UD corps-de-garde voisin, le lieutenant méditait une patrouille de quatre soldats , chargés de nlaintenir la sécurité de la capitale et du département de la Seine.
Au coup de deux heures du matin, trois cavaliers municipaux, endormis sur leurs piédestaux équestres , sortaient de leur caserne pour épouvanter le crime au sein de la population.
 la station des voitures, les cochers dormaient sur toute la ligne, et aucun d'eux ne paraissait préméditer l'enlèvement de deux femmes; cependant , par un luxe de précaution tort excusable , la marquise, bravant les railleries des voisins, choisit un cabriolet & quatre roues et donna son adresse, avec l'ordre de brûler le pavé malgré la léthar^ du cheval.
En mettant le pied sur le seuil de sa maison , la marquise de Simian trouva au fond de sa joie ime tristesse profonde qui l'étonna et la ût réfléchir.
Sans doute elle venait d'échapper, par un miracle, au plus odieux des guets-apens : mais quel intolérable souvenir ces deux mortelles nuits avaient fixé dans sa mémoire 1
A quelle affreuse révélation sou salut était lié 1
Ces deux hommes qui avaient conquis, l'un son.
220 U. OECE SE PABI5-
amour , l'autre eon estime , n'étaient <\ne àeas lundîts élégants, comme la seule fiction théâtrale semblait avoir le privilège d'en créer; et ce qu'il y avait de plus a&eux dans ce souvenir , c'est que la vengeance était impossible ; c'est qu'il falliùt dévorer en àlence un lAche attentat , de peur d'attirer quelque chose de funeste sur cette pauvre viàlle femme qui avait été pour les deux prisonmères un ange de salut.
Bien plus , ce crime ne pouvait être dénoncé ni à lajustice, nia l'indignation des hommes, parce qu'après le cMtimentde la loi ou lafiétrisgure publique, U y aurait encore , dans un coin de la société médisante , une compassion hypocrite mêlée de railleries et de conjectures redoutables.
U n'était donc point étowiant que notre jeune et belle veuve, en examinant sa position , m^mc après la délivrance, ne découvrit en elle un fond d'inquiétude sourde que rien ne pouvait guérir désormais.
La règle de conduite qu'elle avait i suivre trouva sa première application dans les premiers mots adressés à son vieux domestique et aux Jemmes de sa mùson, que le mystère de cette absence avait désolés :
LA ClaCB DE PARIS. 221
— On ne peut se fiera personne; je vous ai envoyé un commissionnaire de hasard; il a trouvé tout simple de garder mon argent et d'oublier ina commission. Matante et moi, nous aurions étë au désespoir de laisser ainsi nos gens dans une si gnù^de inquiétude. Après le troisième acte de l'opéra , il faisait si chaud que nous avons eu la fantaisie de prendre le dernier convoi du chemin de fer et d'aller respirer sur la terrasse de Sainb^ermain. Voilà ce que le faux commisgionoaire devait vous dire, s'ilavaitvoulu gagner son argent au lieu de le voler.
Cette explication donnée avec une grâce et une légèreW charmantes , eut un succès équivoque dans la pensée des auditeurs ; mais on eut l'air de s'en contenter ; c'était suffisant.
La porte fermée.
Deux jours après ces évécementa, la jeune veuve re^t la lettre suivante :
«Hadaicb,
a Ce matin en arrivant à Paris, je me suis empressé d'accompagner à votre charmant cottage le vicomte de Sîùnt-Marc, monami, et votre nouveau portier nous a dit, d'un ton de Cerière inflexible :
o — Madame la marquise ne reçoit personne, o
Comme nous sommes persuadés que laconngne n'étût pas ^nérale , et que ce pertonne avait des exceptàoDS, nous avons fait un léger mouvement pour forcer le passage de la grille, «e qui nous a mis avec ce bonhomme en état d'hostilité, au point qu'il arefusé de prendre nos taries, et nous a menacés de M. le maire de ^ssy, pour violation de domicile.
a C'est un cas de cour d'assises.
iiiPrt bv Googk
SSi U. CIBCÉ DE PÀIU3.
■ S,'iiDtUarG m'a dît, ea m'entralnant enr 1»
a — Madame de Simian rira de son plus beaa rire , quand elle apprendra l'assaut que nous avons livré à la loge de son portier.
« En attendant, nous sonunes chassés du paradis terrestre, comme deux Adam sans Eve, et nous nous garderions bien de tenter une nouvelle attaque de peur d'être livrés à la maréobaussée de Passy, ou au garde-champétre, qui veille à la conservation du pont d'iéoa.
« Nous nous sommes expliqué la rigueur de cette consigne, qui nous parait toute dirigée contre le Mozeman et les siens : il ne fallait pas être sorcier pour le deviner,
« Je viens de rencontrer sous les arcades Hivoli notre candidat à la députation et au mariage.
a — Avez-vous vu la marquise ces joursHà î — m'a demandé H. Mozeman d'un ton leste de root de vieille cour.
a Sur ma réponse négative, il a ajouté :
a — La marquise est jeune, charmante, gaia; elle veut éprouver le dévouement de ses meilleurs amis, et leur impose des courses en Calvados. J'arrive du Calvados, monsieur de Gestain; j'ai trouvé le château de madame de i
iiiPrt b, Goof^lc
LA CIHCé DE PARIS. S25
inhabité, et j'oserai dire inhabitable. Il y a un conciei^e pour la forme, et c'est lui qui m'a dit que la belle chûtelaino n'avait pas mis le pied sur ses terres depuis cinq ans.
«Cependant, je n'ai pas voulu perdre mon voyage, et j'ai fait, de ce côté , quelques études agronomiques. On trouve encore beaucoup de routine chez les fermiers de ce pays. Au moyen d'un engrais plus actif, on pourrmt doubler le produit des herbages; ce sera le sujet d'un mémoire que j'offairai à l'académie des sciences, le mois prochain.
« Comme je redoutais le développement de k théorie agronomique de M. Mozeman, je me suis hAté de lui serrer la main , avec une légèreté hostile, et je me suis sauvé aux Tuileries, pour réfléchir, à l'ombre des tilleuls, sur un acte de désespoir qui sera peut^tre bientôt consommé-
« Conservez la résolution, madame, de toujours habiter votre chdteau du Calvados, quand les Mozeman se présentent à votre maison de Paiîs ; mais ayez la ])onté de faire fléchir la sévère consigne de votre porte, quand vos amis les plus sincères viennent metti'e leurs hommages h vos pieds. o Comte se Gestain »
Madame de Siniian lut cette lettre, en accompagnant choque ligne d'un sourire d'amère ironie.
236 lA CIBCA SE FABIB.
— n tant donc déTorer en silence tontes oes faorreuis, — se dit-dle ions un monologue mental. — Personne imtour de moi pour me venger et répondre & t'insulte par le chAtimentI voilà le sort des femmes isolées : la loi même ne les protège point, parce que la justice humaine ne nous accorde- sa'protection qu'au prix d'une scandaleuse publicité.
Elle sonna TÎTement et donna désordres oiene plus rigoureux pour défendre l'accès de ea maison à tout le monde, et surtout au comte de Gestain et au vicomte de Saint-Marc.
puis elle courut à l'appartemait de madame de 'Vlllers, et, après uu court entretim, les deux femmes prirent la résolution d'abandonner leur petite maison, que son isolement rendait trop dangereuse, et de se réfugier dans un quartier de Paris, an centre de la sécurité.
Le lendemain, Daniel et Albert, pleins de confiance dans le succès infaillible de leur lettre, arrivèrent à la grillé du jardin de la marquise, et, à peine descendus de cheval, ils furent repousses avec cette insoloice qui annonce, sur une figure de portier, la colère invisible et impitoyable des maîtres d'une maison.
iiiPrt b, Goof^lc
X>éseepoir,
Le doute n'était plos pennis.
La maïquise ne se servait pins de l'excusa .
banale de l'absence ou du voyage pour écarter In deux jeunes f^ens; elle ne les recevait pas, et ne donnait aucune raison pour motiver une incoavenance qui prenait les couleurs de l'bostilité.
Alors recommença entre les deux amis l'éternel échange de ce mot, inventé par l'interrogation <â>sbnée devant une rëpcmse muette : Pourquoi?
Ù n'y a pas, dans le vocabulaire, on mot ping familier à la lèvre de l'homme. Notre vie est un Iwig et insoluMe poarqtioif le parce que n'arrivera qu'après la mort.
— Ohl mon Dieul — dit Albert après un long nlence et en frappant son front, — il me semble qQ£ ma raison s'échappe de là, si rieir ne la retient.
U. CtnCi SE FABIS.
— Hoa cher AUiert, répondit Daniel, il 7 & deux vei-8 fort sages, qui disent :
je le crois bien, ma foi I Meus ce sont les femmes qui ont altéra la raison primitive dans les cer- Teauz humains I nous naissons avec un vice <^ginel.
Voilà bientôt six mille aiw que les hommes lépètent un éternel pourquoi h la porte des femmes, et i! en faut moins pour mettre l'univeis entier aux Petites-Maisons & perpétuité.
— Comte Daniel, dit Albert, j 'espère bien que vous aurez gardé un peu de votre sagesse pour diriger ma folie... Voyons, quel conseil me donnei-vous?
' — Mon cher Albert, ma sagesse ne pounait m te moment te donner qu'un conseil de fim...
— Donnez toujours, je le suivrai.
— Un conseil qui nous mène droit en prison.^
— Cela vaut mieux que l'enfer où je suis.
— Eti bien! nous allons revenir sur nos pas, ifionner à la grille de la marquise, forcer le passage a»us l'artillerie du portier, et enti-er de vivft force dans la grotte du Sphinx.
iiiPrt b, Goof^lc
LA CIRCi SE rABIB. S^
— Oh! Daniel, jamais! jainaisi
— En ce cas, mon timide Albert, attendons, résignés, ce que le lendemain doit toi^oors donner à la veille. Notre vie est aux mains de quelqu'un qui est chargé de î& faire pour nous lorsque nous ne savons la feire nous-même. Par coriosité, tenons-nous tranquilles et vivons pour voir ce qiù va nous arriver, les imbéciles setuent dans un désespoir amomreuz, et ils se privent d'un grand bonheur, celui de voir comment leur amour aurût fini s'ils ne s'étaient pas tués.
— Daniel, dit Albert, vous choisissez à merveille votre temps pour faire de la raillerie...
— Albert, moa ami, vous êtes un eol'ant. J'tù mes principes en amitié; je n'en changerai pas tout exprès pour votre malheur. Si je m'amusais h chanter avec vous à l'unisson, en phrasesnoires, un duo de désespoir, vous sauteries du haut de votre cheval dans la rivière i la fin de- Botre duo. Mettes-vous en colère contre moi, je ne demande pas mieux : ce sera une excellente diversion au désespoir.
— C'est bien! c'est bien, Daniell continuez, votis êtes on ami rare ; vous savez rire quand on pleure à votre cAté...
— Non, je sais faire autre chose, Albert, —
930 LA CIBCÉ DE FAIUS.
dit Daniel d'un ton sérieux, et je veux -vous le prouver aujourd'lmi.
En disant ces mots, le comte Daniel descendait <le cheval devant sa maison, et semblait, par son geste et son regard, promettre quelque chose de mystérieux et de consolant à son ami.
L'effet ne tarda pas de suivre cette promesse.
Rérélation.
Ce jour-là même, grflce aux pressantes solliatations du comte, deux femmes se présentaient chez madame de Simîan, et elles étaient introdmtes, car la sévère consigne d'iuterdiction ne regardait que les hommes.
La plus jeune de ces femimes avait cette grAce et cette beauté qui rarïssent tous les sexes et tous les Ages. La jeune veuve fit asseoir les deux inconnues, et fit le geste bienveillant qui invite à parler et è. exposer l'objet d'une visite.
Alors une voix mélodieuse s'éleva dans le salon de madame de Simian, et dit :
— Madame la manjoiee, à mon nom n'est pas anivé jusqu'à vous, je sais du moiiis que vous n'ignorez pas mon histoire. Jeviens vous deman der ftsile et protection.
S33 U CIItC£ DE PABI5.
— A moi, roademoieeliel dit madame de ffimian ; quel ai grand danger tous menace? et que pui^jc faire pour vons protéger, moi qui me plains si souvent d'être sans protection?... nous avons en France des magistrats...
— Ohl madame, interrompit la jeune fille, ceux qui persécutent une pauvre femme, savent bien qu'ils n'ont rien & craindre, presque toujours, de la justice humaine. La justice lait trop de bruit, et la pudeur s'épouvante de cette protecticHi.
— Oui, mademoiselle, — dit la jeune veuve avec un soupir, — vous avec raison. . . continues.
— On m'a dit, madame, que vous étiez bonne, juste et généreuse ; je le croîs maintenant, parce que vous êtes belle et que votro âme rayonne sur votre visage ; aussi, en vous voyant, je n'ai plus d'hésitatio^, et je vous demande la grâce de vivre auprès de vous et de ne plus quitter votre maison.
Cette prière faite avec des larmes et une voix angélique, par une Jeune personne d'une mei»veilleuse beauté, attendrit madame de Simian. On eût dit qu'un ange du ciel venait demander asile contre un démon.
— Mademoiselle, — dit la marquise émue, —
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je ne vous connais pas, mais en vom voyant et ■en vous écoutant, il est impossible de ne pas TOUS aimer au premier abord. Je vous jure d'être votre amie et votre sœur. Ne crai^ez rien, vous êtes dans votrd maison... Maintenant, je vous prie de me raconter votre histoire et de me dire par quelle heureuse indication j'ai gagné la faveur de vous recevoir.
— Madame, votre nom a été prononcé devant moi par le meilleur et le plus généreux des hommes, par le bienfaiteur de ma famille, par le noble comte de Gestain.
La marquise fit im mouvement brusque et réprima un cri sur ses lèvres.
— Cela vous fait de la peine peut-être, madame^ dit la jeune fille ; M. le comte de Gestain serait au désespoir s'il apprenait qu'il a conunis une indiscrétion... Mon Dieul que je suis à plaindre!... Vous voiU, madame, toute différente & mon égard , . . votre figure a pris une sévérité qui m'enlève l'espérance que votre douce voix m'avait donnée... il ne me reste plus que la mort...
La jeune fille se précipita aux pieds de la morose, et baigna ses genoux de larmes.
Madame de Simian qui, depuis sa récente aventure, ne voyait plus autour d'elle que des
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pièges BOUS toutes les formes, hésita longtemps avant (le relever la jeune et désolée suppliante ; mais & la vue de cette douleur si naturelle et ëî vraie, elle rejeta bien loin sa méfiance, quoique bien Intime, et promit tout ce qu'on lui demandait.
— Madame la marquise, — dit alors l'autre femme, celle qui avùt accompagné la jeune fille, — ne soyez pas étonnée si nous venons implorer ■votre aide et votre protection ; à qni pourrionsnous nous adresser? Presque tous les asiles nous sont interdits, il iaut que Ja Providence nous ait indiqué une maison, recueillie comme la vAtre «t habitée par deux femmes. Le comte de Gestain a été deux fois notre sauveur.
Le sourire qui commençait à poindre sur le visage de la marquise, comme un rayon sur on ciel d'orage, s'effaça \me seconde fois.
— Madame, — dit-elle après im instant de silence, — connaissez-vous bien M. le comte de Gestain?
— 8i je le connais, madame la marquise I répondit l'étrangère en croisant ses mains d'étonnement â pareille question, — c'est le plus noble cœur qui soit au monde. Il nous a sauvé l'honneur et la vie.
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— Et & quel prix 7 demanda la jeune veuve.
— A quel prix?... mus nous ne l'avons i)ayé qu'avec notre reconnaissance. Nous sommes tr«>p pauvres pour payer un bieniut. H. le comte de Cestain nous a, d'ailleurs, mises à notre aise de ce côté, car nous ne l'avons pas revu depuis sa bonne action...
Aujourd'hui seulement, longtemps après, il est revenu rue Beauregard pour nous rendre tme simple visite de convenance, a-t-îl dit... Naturellement noua avons parlé de l'homme de la rue Saintr-Lazare, de M. Salvien; alors il a bien fallu raconter une histoire nouvelle, inconnue de M. (iestain; c'était notre devoir de ne rien lui laisser ignorer... de tristes choses encore... bien tristes I... vous méritez aussi, vous, madame, de tout savoir... Ma nièce, cette pauvre Hermance, pleure nuit et jour. M. Salvien s'acharne à nous accabler de visites, et les calomnies s'amassent autour de notre maison, à tel point que le propriétaire, abusé comme tout le monde, nous a «ignifié l'ordre de sortir en octobre prochain... quelle humiliation !... et il faut saiiii cela I
Oui, madame la marquise, il iaut le subir; parce que j'm eu le malheur d'être l'obligée de H. Salvien, il y a dix ans; parce que je lui dois
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une forte somme, et qu'il ne me ménage qu'à la conditlcm que je ne te chasserai p^ de chez moi... Avant-hier, j'ai dit à cet homme ;
— Eh bien I monsieur, notre propriétaire est encore un de ceux qui croient que ma nièce est votre maitresse, et il nous donne congé 1
— Diable I a-t-il dit en riant, votre propriétaire ne plaisante pas sur le chapitre des mœurs, il vise au prix Monthyon, il veut donner â sa mai- Eon un parfum de couvent. I^ rue Beauregard sera canonisée en masse au juhQé prochain.
— En attendant, m'écrirai-je, il faut que nous sortions.
— Quant à moi, je ne demande pas mieux^ — a-t-il ajouté toujours en riant, — je trouve la route un peu longue de la rue Saint-Lazar» au boulevard Bonne-Nouvelle, quand je viens à pied pour éviter l'éclat... Voulez-vous un appartement rue de la Tour- des -Dames? je vais voua le retenir de ce pas. Nous serions voisins... Cela ne vous convient pas?... Eh bienl j'û ma petitd maison du bois de Boulogne... vous la connsîssez... une maison isolée comme un ermitage.
A cette proposition, madame la marquise, j'ai fait un mouvement d'horreur.
Un frisson subit et mystérieux agita n
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ds Simian, et d'une voix presque éteinte elle dit:
— Qu'y a-t-il donc, madame, de si aiTreux dans cette mùson de M. Salvienî votre visage est devenu p&le...
— Et le v6tre aussi, madame la marquise, dit l'ëtrangëre; mon émotion a passé dans votre âme... Un jour... il y a dix ans de cela... j'allais demander un service&M. Salvien... c'était pour moiunhonnëtehomme alors... Son domestique, qui me portait beaucoup d'intérêt, m'indiqua -cette petite maison, isolée sur la lisière du bois <de Boulogne; c'éttdt là gae je devais trouver U. Salvien.
Pour la première fois, il me reçut avec une Jurande froideur, refiisa de me rendre le service que je venais lui demander et chassa le domestique... tout cela me parut fort suspect... et ce tut ■ce même domestique qui m'apprit ensuite que «ette maison étût uneretoaite de débauche I...
Voil& pourquoi, madame, j'ai r^ondu par un mouvement d'horreur involontaire à la prt^od- Mon de H. Salvien.
Madame de Simian laissa retomber sa tète sur son sein et parut absorbée par une rêverie pro*
S38 LA aSJA D£ lAKIS.
Les deux femmes la regardaient avec une aitention singulière, et n'osaient interrompre le «lence mystérieux qui régnait dans le salon.
— Ri<pondez-moi sincèrement, madame, — dit la marquise , après une longue méditation, — M. Salvien vous a-t-il quelquefois parlé du comte de Gestain?
' — Jamais, madame la marquise.
— Jamaisl... c'est bien étonnant, poursuJnt la jeune veuve... bienétoouautl... M. le comt» de Gestain a écrasé sous sou pied M.. Salvien ; il a couvert de boute M. Salvien, chez vous, madame, , je connais parfaitement cette histoire, et. M. Salvien ne s'est jamais permis le moindre traii de vengeance, dans ses propos contre M, Daniel de Gestain?
— Oh 1 madame la marquise, nous pouvoo»
vous affimer, ma mèce et moi, que le nom de Gestaia n'est jamais sorti de la bouche de M. Salvien.
— A force d'être prudent on est maladrcôt, dit la marquise, et cette réserve excesàve d» M. Salvien me parait suspecte... Excusez-mcù, madame... ce que je dis là est fort obscur pour vous... et n'est pas ^«ore très-clair pour moi... mais j'entre dans un monde nouveau... et il ma
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semble qu'ua rayon providentiel m'illumine— ob.1 ma tête brûle...
La jeune fille se leva vivement, efirâyée de l'incomprébensible agitation de la marquise, et prenant ses mains dans les siennes, elle lui dit :
' — Nous allons nous retirer, madame ; excusez* . nous bien, si nous vous avons lait du mal sans le vouloir.
— Non, non, restez, mademoiselle, — tUtla.
marquise en essuyant avec son mouchoir la sueur de son front; — restez, madame... vous m'êtes plus nécessùres que jamais...
Et elle retomba dans une longue agitation.
Puis secouant la tête avec une vivacité charmante et regardant le ciel, elle dit :
— Nous avons bien encore une heure de jour, n'est-ce pas?... Je vais faire mettre les chevaux, et nous irons respirer un instant l'air de la campagne, avant dîner... en promenade, nous causerons encore de votre avenir, mademoiselle Hermance... Attendez-moi im instant ici, je vous présenterai à ma tante, madame de Villers.
Un quart d'heure après, madame de Simian reparut avec madame de VUlers; les quatre femmes montèrent'en voiture, et le cocher, qui probablement avait reçu le mot d'ordre, dirigea.
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ses chevaux vers le bois de Boulogne, par le parc d'Auteuil.
£ii route, ia marquise parut fort gaie, et ne s'entretint que de choses étrangères au dernier entretien; puis, au moment venu, elle dit d'un ton indifférent ;
— Madame, sommes-nous bien éloignées de la petite maison suspecte dont vous me parlies tout & l'heure?... la peUte maison de ce M. Salvien...
La femme de la me Beauregard se leva dans la calèche, et, après avoir examiné les localités, «lie dit :
— C'est tout près d'iù... Nous pouvons la voif de très-près ensuivantcette allée du bois... Ëtesvous bien aise de voir cette maison, madame la .manjuise?
— Pourquoi pas? répondit madame de Sîmian; -c'est un but de promenade comme un autre...
Et elle ordonna au cocher de suivre l'indication de promenade qu'on allait lui donner.
Le double marlagre.
La marquise sentait battre bod cœup avec violence, à mesure qu'elle se rapprochait de cette maison; et, lorsque le doigt de sa conductrice la lui désigna, elle faillit perdre ses forces en reconnaissant les trois arbres grêles dont les cimes semblaient se pencher comme des têtes sur la haute muraille d'une cour intérieure.
— C'est bien Iù: dit-elle à madame de Villere, qui fit un signe de tête avec un (iisson de souvenir.
En même lempsj la porte du bois s'ouvrit; la manjuise se voila de Fon ombrelle, et elle Tecoanut EUT le perron la vieille geùlière, sa libératrice
— Droit auRanelagh, dit^Ile au cocher; pren« l'aUée de l'assy et rentrez par CSiaillot.
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Tout ce que le cœur renferme de joie rayoniia sur le visage de la marquise.
Daniel de Gestain et Albert de Saint-Marc étaient innocents. Une abominable machination avait été ourdie avec cette audace que donne l'enivrement de la richesse et de la passion.
Le coup partait de l'officine de lliAtel Salvien.
Les sbires de ce financier avaient découvert ou cru découvrir le but des nombreuses visites que le comte de Gestain rendait à la marquise de Simian.
L'assiduité du jeune homme attestait un violent amour, et certaines informations avaient permis à Salvien de croire que cet amour était malheureux. Quelle admirable occasion à saisir pour se venger de la honteuse scène de la rue Beauregardt Pour perdre à la fois Daniel de Gestain dans l'esprit de la marquise de Simian, la marquise dans l'esprit du jeune comte, la vieille geôlière de la petite maison du bois avait joué une comédie et récité une leçon. Aucune omt»<e de reconnaissance ne lui était due, à cette adroite complice de Salvien.
Que fallait-il faire m^ntenant? Déposer une plainte et amuser le pubhc d'une affaire scauda< leuse dont il ne croirait que le faux?
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Ul cntci DB PAAis. 3'I3
Tout dévoiler à Daniel de Gestain, et susciter nne vengeance particulière contre le coupahle?
Aucun deceepartis n'était admissible; le crime avait étë d'ailleurs ei ingénieusement combiné, qu'une belle et jeune femme ne pouvait le dévoiler en public ou en secret sans attirer sur elle d'odieuses et de révoltantes suppositions.
Ce qui restait & foire, madame de Binûan le fit en rentrant; elle révoqua les ordres sévères donnés à sa porte, et voulut (jue tout le monde fût introduit le lendemain.
— Même M. Mozeman? demanda le portier.
— Je ne fais point d'exception, dit la marquise. Et se retournant vers les deux femmes de la
me Beauregard, elle dit :
— Demain, mademoiselle, vous sortirez de votre pauvre maison pour n'y plus rentrer. Je vais vous faire préparer xm appartement chez moi. Ma voiture va vous ccoduire ce soir au Iwulevard Bonne-Nouvelle, et vous seres ma compagne demain et toujours.
Il n'y a pas de plus beau lendemain que celui qui a é\& précédé d'une veille triste. Lorsque les combinaisons heureuses arrivent, elles marchât ■aussi rapidement que les combinaisons fatales.
Le bonheur a aussi sa verve.
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su U aftCÈ DE FAKI3.
Cette lois, Daniel et Albert sonnèrent à la grille du cottage avec k résolution bien arrêtée de forcer la barrière et d'attendre dans le jardin un dénouement quelconque à leur intolérable position.
La grille leur fut ouverte, comme si on les eût attendus.
Les visages des domestiques étaient affables ; les meubles du salon semblaient sourire auxTÎ^teurs.
Madame de Sîmian ne se fit point attendre.
Elle rayonnait dans toute la fraîcheur de sa toilette et' de son teint, et, sans préambule oiseux, elle dit :
— Vousavezdû me trouver bizarre, messieurs; oui, j'ai des manies étranges ; je veux éprouva: le cœur de mes amis aux instants déciâfs. Maintenant, je vous connais tous deux, et je suis contente... IHteMnoi votre secret, comte de Gestain; vous aves un acte de désespoir à commettre, et votre lettre m'a alarmée... Méditez'vous un
.suidde?
— A peu jffès, madame.
— Je ne devine pas, comte Daniel.
— Je veux me marier; suis-je plus clair, maîit< tenant?
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— Ahl trës-bienl comie Daniel... Vous avez trouvé, sans doute, une héritiëre et un nom,
— J'ai trouvé une femme.
— Sans fortune?
— Moins que cela.
— Sans nom?
— Mieux que cela.
— C'est donc une femme accomplie , comte Daniel?
— Accomplie; même à cAté devons, madame.
— Voilà un acte de désespoir qui n'est pas dangereux.
— C'est toujours un mariage, nuulame, mais avec des circonstances attëauantes,
— Avez-vous beaucoup d'amour, comte Daniel?
— J'en suis encore à l'adnùration.
— Inutile de vous demander si la femme tous aime?
— Elle ne sait pas qae je dois l'épouser...
— Elle le saura aujourd'hui?
— Peut-être, madame.
— Je vous l'affîrme, comte Daniel.
^Ah!
— Cela vous étonne, monsieur; vous allée voir... Et vous, vicomte de Sùnt-Harc, aban-
MB U. ADUIÉ I» fUU.
■dooiiM-Toua Totn ami sur Iv itord du fo^-
— Madame, je Btûs d^ aa fond du gouffre, — dit Albert d'tiae voix s(Miibie, £t j'attends, comme dit Shakspeare, UÊte petite mam, litib hand, pour m'en tirer.
— Donnez-moi votre main, Baint^larc, — dit Ja marguisâ avac mm voix -qiâ aaokblait un écho des voix du ciel.
Albert tomba un» pîaHft da «w^ilfifin a Hh Rï^ïht^ ^ qiû le fit relever tout de suite. & un bruit de pas dans l'allée du jardin.
Ia p^rte s'ouvrit, et un domestique introduiàt les deux lemmes de U me Beaiiregard.
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îxnc
Madame de Simiao courot & Hormaoce, et .l'embroesoBt avec tandiesse, «lie dit :
-~ Voilà une noble rnéBalliance que tous allex amlracter, monsieur de Gestain... Noub allons causer de cela en iamille... Vous voyez qoe j'aUunrre les lenteurs; la vie esttrop courte pour mrttre wiretard les bdles heures... Lfdœez-noas, meesieurs, parler de nos affaires eatre femmeB, iiela ne marchera que mieux... Je ne vous demande que trob tours d'allée dans mon jardin, comte Daniel et vicomte de Saint-Marc.
Les deux amis se retirëreat, et quand ils furent rappelés au salon, les deux femmes de la me Beauregard fondaient en larmes avec des figures radieuses de joie, et madame de Simiau, émue jusqu'à l'exaltation, leur dit :
ii8 tA CUtCÉ SE TARIS.
— Voilà, mes^eurs, h récompense des bonnes œuwes dans ce monde. Vous tous êtes levés h ma voix pour être utiles à vos semblables, et TOUS êtes arrivés au bonheur, ou du moins à ce fpii lui ressemble. J'espère, messieurs, que vous ne vous arrêterez pas en si beau chemin, et qne le mariage ne vous rendra point à l'oigivité de votre célibat. U y a encore beaucoup de jeunes filles à sauver du déshonneur, et beaucoup de prisonniers à rendre & leurs mères. On a trop accrédité le bruit que les bonnes actions portent malheur; cela n'est vrai qu'en apparence. Il y a eu certainement de mam'ais jours, et même des périls sur votre route; mais l'extaae pure du triomphe vous attendait & la lin.
Cette scène était la préparation du double mariage qui fut célébré, huit jours après, dans l'église de Passy. M. Moieman arriva au dernier moment, et s'estima trës-heureuz de signer au contrat.
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Des Circés »cieDneB et moderne*. 1