‹ La Circulation de la Conjonctive BulbaireChapitre 14 sur 67 · DOTE · texte numérisé non relu

DOTE

tate plus tard au pourtour de cette membrane n’est qu’un vestige de cette disposition fætale (Panas) (91).

Chez le rat, en particulier, ces vaisseaux pénètrent assez avant dans la cornée ; chez la plupart des autres animaux ils n’en dépassent guère la circonférence. Cependant chez quelques poissons osseux, la carpe notamment, ainsi que chez un urodèle (eryptobranchus japonicus), la cornée reste vasculaire pendant toute la vie (L. Ranvier) (99).

Indépendamment de ce réseau péri-cornéen superficiel, Kôzrirxer (61) et Scuoszz (112) décrivent dans le tissu propre de la cornée, un anneau vaseulaire profond formé par quelques capillaires qui proviendraient de la selérotique et descendraient dans l’épaisseur de la cornée en suivant le trajet des branches nerveuses ; mais l’existence de ces capiilaires, qui ne pourraient d’ailleurs qu’indirectement trouver place dans cette étude, est formellement rejetée par LeBsr (68).

Quant aux rameaux récurrents, qui se portent en arrière vers les dernières ramifications des artères conjonctivales postérieures, 1ls irriguent, d’une part, la portion de la conjonctive entourant le limbe sur une hauteur de trois à quatre millimètres, d’autre part, la surface de la sclérotique dans sa partie antérieure ; enfin certains, avant de devenir pré-capillaires, s’anastomosent avec les dernières ramifications des artères conjonctivales postérieures.

Tous ces rameaux issus des artères ciliaires antérieures, forment un réseau très serré, réseau péri-

RE

cornéen, qui se montre formé, ainsi qu’il ressort de ce que nous venons de dire, de deux plans : l’un superficiel, en relation avec les capillaires sous-conjonctivaux plus fin que l’autre profond, épiscléral.

On ne constate guère d’anastomoses entre les deux, sauf au niveau du bord de la cornée où ils se confondent intimement pour constituer le réseau marginal.

Ces deux réseaux péri-cornéens se comportent d’ailleurs différemment dans les diverses formes de kératites. Dans les kératites superficielles les vaisseaux néoformés, tirent leur origine du réseau superficiel, alors que dans les kératites parenchymateuses, interstitielles, ces vaisseaux se développent aux dépens du réseau profond (E. Bercer) (47).

En dehors de ces branches fournies par les artères conjonctivales antérieures, on peut voir dans certains cas, ainsi que Koëppe (60) l’a fait remarquer, des rameaux artériels qui réunissent directement ces dernières entre deux trous scléraux.

Le système ciliaire artériel est done également capable, tout comme le système des artères conjonc-

tivales postérieures, de constituer au niveau du limbe et de son voisinage un système fermé autour de la

cornée.

pee

2, — Veines de la conjonctive bulbaire

Les rameaux veineux issus des capillaires de la conjonctive forment dans le tissu cellulaire sous- . conjonctival un réseau abondant, bien plus riche que le réseau artériel.

Nous distinguerons, comme pour les artères, un réseau veineux conjonctival et un réseau ciliaire.

a) RÉSEAU CONJONCTIVAL

Les veines conjonctivales postérieures qui le constituent, naissent de toute l’étendue de la conjonctive bulbaire irriguée par les artères homonymes. D’après les classiques, ces veines, au nombre d’une ou deux pour chaque artère accompagnent généralement celle-ci ; nous verrons que l’examen au biomicroscope ne nous montre habituellement qu’une seule veine par artère, veine présentant un trajet généralement plus sinueux et souvent indépendant de celui de l’artère.

Au cours de leur trajet, les veines conjonctivales postérieures s’anastomosent entre elles et peuvent former à distance de la cornée un réseau veineux fermé identique à celui que nous avons signalé pour les artères.

Elles s’anastomosent également avec les branches périphériques du réseau veineux ciliaire, donnant

lieu entre elles à un réseau complexe, comme c’est le cas habituel pour les veines.

Toutes ces veines conjonctivales postérieures vont rejoindre les veines du réseau rétro-tarsien avec lesquelles elles se confondent et se rendent pour la majeure partie dans la veine ophtalmique ; au niveau de la paupière supérieure elles gagnent ce tronc velneux, par l'intermédiaire de l’arcade veineuse du bord convexe du tarse qui aboutit aux veines du musele releveur et des muscles droits, tributaires de la veine ophtalmique supérieure, le réseau veineux sous-conjonctival de la paupière inférieure étant tributaire de la veine ophtalmique inférieure.

Enfin, une petite partie du réseau conjonctival peut, par l'intermédiaire des veines des paupières aboutir dans les veines qui avoisinent le rebord de l'orbite, telles que la faciale, la temporale superfi-

cielle… b) RÉSEAU CILIAIRE

En dehors du réseau conjonctival que nous venons de décrire, il existe dans les espaces sous-conJonctivaux un réseau veineux extrêmement important.

Ce réseau est formé, pour une part, par des veinules émanées des arcades limbiques ; pour une autre part, faible encore, par des anastomoses un peu en arrière du limbe avec les veines conjonctivales superficielles, et surtout par un réseau veineux qui est l’analogue de celui que nous avons décrit pour

les artères ciliaires antérieures.

RE

Les veines de ce réseau cihaïre antérieur aboutissent aux veines des muscles droits. Leur origine, et c’est ce qui fait leur intérêt en pathologie oculaire, est endo-oculaire (PI. E, fg. 6). Ces vaisseaux émanent en effet du corps ciliaire ; on les voit traverser la sclérotique, quelquefois très larges, le plus souvent au nombre de quatre ; dès leur sortie, ils se divisent assez régulièrement en deux branches dont lune va directement rejoindre les veines des muscles droits et l’autre va contribuer à former le lacis veineux périimbique. Il arrive assez souvent qu’il existe des anastomoses entre ces vaisseaux perforants, et cela est notamment très visible dans certaines formes de glaucome hémorragique où l’on observe cette disposition veineuse sous forme d’une vaste arcade concentrique au limbe, connue sous le nom de « tête de méduse ».

La variété de toutes ces anastomoses ciliaires est si grande, l’irrégularité en est telle, qu’en réalité elle échappe à toute description.

Mais ce serait donner une bien fausse idée de la circulation veineuse conjonctivale que de ne pas signaler la richesse de ce réseau profond, appliqué sur la face externe de la selérotique : on ne saurait méconnaître son importance en pathologie oculaire, si on se rappelle, non seulement, comme nous venons de le dire, que ce réseau est l’émanation directe des veines intra-oculaires et que, d’autre part, non loin du limbe, le plexus veineux intra-scléral de LEBER, qui entoure le canal de Scncemm, vient aboutir aux

DR EUR arcades les plus profondes et les plus postérieures qui encerclent le limbe.

C’est Arnozp (6) qui a vu et décrit pour la premuère fois les Iymphatiques de la conjonctive. L’existence de ces vaisseaux a été niée par Sappey (108) qui affirmait que : «la conjonctive bulbaire était la « seule muqueuse pourvue de papilles dans laquelle « 1} n'existait pas de lymphatiques. »

Mais leur existence a été confirmée par Küz- LIKER (61), His (53), Brucx (24), Krause (62), Brescuer (23), etc.

Le travail vraiment classique en ce qui concerne les lymphatiques conjonctivaux est celui de Tercu- MANN (120) dont les recherches ont porté sur la conjonctive de l’homme et d'animaux variés. Il distingue deux catégories de vaisseaux : les Iymphatiques du limbe et ceux de la conjonctive bulbaire. « Tout autour de la cornée, dit-il, un riche et délicat « réseau d’un millimètre de large forme le crrculus « lymphaticus. Du côté de la cornée ce cercle Iym- « phatique est fermé et donne naissance à des vais- «seaux qui décrivent des anses aboutissant au « réseau d’origine. Par son bord périphérique ce « réseau se continue avec celui de la conjonctive bul-

« baire. Ce dernier, formé de vaisseaux de plus gros

« calibre que ceux du cerele lymphatique, est disposé « de façon radiaire autour de la cornée et aboutit € à quatre ou cinq millimètres du bord de la cornée « dans un réseau plus volumineux encore, disposé « concentriquement par rapport au limbe et qui «s'étend jusqu’au cul-de-sac conjonctival ou le « plexus se continue avec celui de la conjonctive « palpébrale. »

Cette description a été admise sans changement par tous les auteurs qui ont décrit les lymphatiques de la conjonctive bulbaire : Fucxs (41), GRüNERT (49) Kzrein (55), Leser (68), Mosr (85), Sru8eL (119), WazpeyEer (135), etc. Quant à leur origine, d’après Tercamann (120), Brisrora (20), CHrzoNszczewesxi (31), ces vaisseaux lymphatiques resteraient librement ouverts dans les interstices du tissu cellulaire.

Vers le bord de la cornée, d’après l’ancienne hypothèse de ReckciNGæAuUsEN (100), les lymphatiques conjonctivaux et épiscléraux s’ouvriraient directement dans les lacunes et les canaux interstitiels de celle-ci. Leser (68), Warnevyer (135) et d’autres ont constaté qu'ils se remplissaient avec la plus grande facilité à la suite d’injections poussées dans le tissu propre de cette dernière membrane. Mais l'existence de ces lacunes n’étant plus admise, cette description demande à être reprise.

Ainsi que nous l’avons vu pour les artères et les veines, les lymphatiques de la conjonctive bulbaire

AC y Les

forment, d’après Scnmin (111) et tous les classiques, dans toute l’étendue de la muqueuse, deux réseaux reliés entre eux par de nombreuses anastomoses à direction verticale ou oblique : l’un superficiel, situé immédiatement au-dessus des capillaires sanguins, se compose de capillaires Iymphatiques fins ou de petit diamètre, assez régulièrement anastomosés ; l’autre, profond, à mailles très larges, formé de lymphatiques d’un plus gros diamètre, est placé à la limite des deux couches de la conjonctive, les vaisseaux les plus gros occupant le tissu conjonctif sous-muqueux. Leger (68) a montré sur quelques-uns de ces derniers l'existence de valvules.

Les troncules lymphatiques nés des deux réseaux précédents cheminent dans la couche profonde de la conjonctive et vont s’unir aux lymphatiques palpébraux.

Comme ces derniers, ils aboutiraient, d’après Porrier (98), en dedans aux ganglions sous-maxillaires, en dehors, aux ganglions parotidiens. Mais Rouvière (107) admet que tous les lymphatiques de la conjonctive bulbaire sont tributaires des collecteurs profonds des paupières qui suivent la voie externe pour se rendre aux ganglions parotidiens.

OrTs Liorca (90), a constaté, en utilisant le procédé classique de GéroTA (48) et la méthode de Nrcocesco (88), l'existence de deux vaisseaux collecteurs semi-annulaires, l’un supérieur, l’autre inférieur, qui correspondraient, d’après l’auteur, ainsi que pour Rouvière (107), aux vaisseaux les plus

internes du réseau à mailles concentriques au limbe. Ceux-ci se portent de dedans en dehors, en contournant à distance la partie supérieure et inférieure de la cornée et gagnent la région externe du cul-de-sac, soit isolément, soit après s'être anastomosés en dehors de la cornée en un tronc principal (*).

Cet «anneau lymphatique péricornéen » de OrTs, draînerait, d’après Rouvière (107) la plus grande partie de la lymphe du réseau de la conjonctive bulbaire, notamment la totalité de celle qui s'écoule dans le cireulus lymphaticus et dans le réseau radiaire.

De l’angle externe de l’œil, le collecteur ou les deux collecteurs issus de cet anneau se mélangent aux collecteurs profonds qui draînent la Iymphe du reste de la conjonctive bulbaire, c’est-à-dire de toutes les couches externes par rapport à l’anneau péricornéen de Orrs, et celle du réseau profond rétro-tarsien des paupières et se dirigent avec eux jJusqu’aux ganghions parotidiens en passant constamment en arrière des fibres du muscle orbiculaire.

On voit qu'il y a encore, en ee qui concerne la description des lymphatiques de la conjonctive bul-

(*} Ainsi que le fait remarquer Orrs (90), on ne peut mettre en évidence cet anneau lymphatique que si l’on a pratiqué l'injection à la partie interne de la conjonctive bulbaire et très près du bord de la cornée. Si en effet l’injection est faite plus à distance du limbe, seule la partie externe de l’anneau se remplit, fait qui, d’après l’auteur, viendrait confirmer l'existence de valvules qui empêchent le liquide de progresser vers l’angle interne. À. Mosr (85), d’ailleurs, avait déjà fait remarquer la difficulté d'obtenir une injection complète des lymphatiques de la conjonctive bulbaire, le colorant n’imprégnant habituellement qu’une partie du réseau.

Fee

baire, une certaine incertitude. Nous verrons, en utilisant la biomicroscopie, que ce que nous pouvons reconnaître de la circulation lymphatique sur le vivant dans les conditions normales est beaucoup moins important.

Page 1