Lésions vaseulaires séniles
Les lésions vasculaires que l’on rencontre chez les sujets âgés sont extrêmement fréquentes et pour ainsi dire de règle. La conjonctive bulbaire, comme tous les tissus de l’organisme est, en effet, au cours de la vieillesse, Le siège de lésions vasculaires de nutrition, dépendant du processus général de sclérose.
La conséquence de cette sclérose se manifeste, particulièrement au niveau du limbe, par un rétrécissement de la lumière des vaisseaux qui présentent un calibre irrégulier et par une oblitération des capillaires ; il en résulte des arrêts de la circulation, d’abord momentanés, puis définitifs.
Ainsi se produit peu à peu une raréfaction pour ainsi dire physiologique des capillaires, cette atrophie
vasculaire se distribuant irrégulièrement en foyers ou intéressant tout un quadrant, parfois la totalité du limbe. Par là s'explique le mauvais pronostic de certaines infections de la cornée sénile.
0 Dans: un: cas d’hypertension artérielle (T = 200 millimètres), Vocr (133) a noté l’oblitération totale du réseau capillaire du limbe. Se basant sur cette observation, il estime non sans raison que l'hypertension générale peut très bien être causée par l'oblitération des capillaires en général.
Finx (39) a insisté sur les modifications de la pression capillaire au cours de l’artério-sclérose en général et a montré l'importance de leur étude, en particulier au début de cette affection.
Il rapporte, en effet, un certain nombre d’observations qui montrent très nettement qu'assez souvent il n'existe à ce moment aucun rapport entre l’élévation de la tension artérielle et les symptômes cliniques de l’artério-sclérose, mais que, d’autre part, on constate habituellement une augmentation de la tension capillaire. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps que se manifesterait l’élévation de la pression générale tendant à ramener à la normale le rapport
“entre les deux tensions.
À côté de ces scléroses capillaires, que l’on rencontre également dans le glaucome, dans l’atrophie du globe, les uvéites chroniques, il n’est pas rare d’observer chez le vieillard des tortuosités vasculaires anormales et des dilatations variqueuses ou anévrysmales
Ces altérations, décrites déjà depuis longtemps,
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sont souvent limitées aux zones interne et externe correspondant à l’ouverture palpébrale, ou du moins plus accentuées en général à ce niveau, et siègent avec prédominance au niveau du réseau limbique.
Nous rappellerons la fréquence, chez les vieillards artério-scléreux, des hémorragies sous-conjonctivales spontanées, survenant soit sans cause appréciable, soit à l’occasion du moindre traumatisme, d’un effort ou d’un éternuement.
Ainsi que le fait remarquer M. Terrten (121), on a exagéré beaucoup l'importance de ces hémorragies, que certains ont rapproché des hémorragies rétiniennes, de celles du vitré, et du glaucome hémorragique, et ont considéré ceux qui les présentaient comme candidats à l’hémorragie cérébrale.
En réalité, ces hémorragies, survenant isolées, ne comportent le plus souvent aucune signification pronostique, mais sont toutefois, en général, ainsi que nous lV’avons déjà dit, l'indice d’hypertension artérielle.
Enfin, il faut signaler que les modifications pigmentaires que l’on rencontre fréquemment chez les sujets âgés, en particulier au niveau du limbe, ne doivent pas être sans rapport avec les scléroses vasculaires constatées à ce niveau. Le pigment, jaune brun, git en effet dans une mince couche sous-conjonctivale et reste séparé des vaisseaux par un espace qui n’est vraisemblablement que la gaine périvasculaire de ces derniers. Vocr d’ailleurs attribue à ce pigment une origine sanguine.
2. — La cirçeulation eonjonetivale dans les rétinites hypertensives
Etant donné le très grand intérêt de la circulation rétinienne dans l'hypertension artérielle, on devait se demander si, du côté de la conjonctive, pouvaient se rencontrer des aspects analogues à ceux qui ont été si souvent décrits du côté des branches de l’artère et de la veine centrale de la rétine.
Les recherches que nous avons faites dans de tels cas, notamment dans ces formes de rétinites dites hypertensives et dans la rétinite albuminurique, ne nous ont permis de relever aucune analogie entre les troubles vasculaires rétiniens et les troubles con- Jonctivaux.
Les hémorragies conjonctivales, sauf celles dont nous avons eu déjà l’occasion de parler, hémorragies en nappes, eechymoses sous-conjonctivales spontanées, sont infiniment rares ; les petites hémorragies interstitielles de l'hypertension, si fréquentes du côté de la rétine, sont à peu près invisibles du côté de la conjonctive. Les exsudats, s’ils existent, échappent aux examens les plus minutieux.
Wezrer et SourDILLE (128) ont rapporté cependant l’observation d’une malade diabétique azoténique et hypercholestérinémique, atteinte de décollement de la rétine, dont la conjonctive, à côté d’un œædème très net, présentait de petits exsudats périvasculaires jaunâtres, floconneux. M. Mawas pense
qu’il s’agit là de dépôts de cholestérine ou d’amas de cellules imbibées de lipoïdes. KæpPe (60) aurait également observé l’existence d’exsudats sous-conjonctivaux au cours de rétinites azotémiques et, sans toutefois pouvoir en déterminer la nature exacte, tendrait à admettre qu'il s’agit là de dépôts uréiques.
Quant aux lésions artérielles, oblitération, artérite ou périartérite, qui manquent si rarement dans la rétine des hypertendus, nous ne les avons pour ainsi dire jamais rencontrées du côté de la circulation conjonctivale.
Rien ne caractérise d’une façon absolue du côté du réseau conjonctival l'hypertension artérielle. L’impression que donne l’examen microscopique de la conjonctive est un peu celle que nous avons décrite chez le vieillard : les anses sont plus rares, surtout au niveau du limbe, les artérioles paraissent un peu plus contractées ; cependant dans les veinules et dans les veines les globules restent visibles et la circulation demeure active, surtout du côté du réseau pro-
fond (*).
(*) H. P. Wacener (134) relève, au moyen de la capillaroscopie sous unguéale pratiquée chez des malades atteints de rétinite hypertensive, l’existence de troubles circulatoires tels que rétrécissements capillaires, tortuosités vasculaires anormales, courant désordonné, troubles que nous avons déjà rencontrés en étudiant la circulation conjonctivale sénile.
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