TREIZIÈME LETTRE
Les produits de la désassimilation du corps de l’animal se rassemblent en partie dans des réceptacles creux du corps, la. vessie, les poumons, la vésicule biliaire, pour être éliminés par l’urèthre, la trachée artère et l’intestin. L’élimination de ce qui reste se fait directement par la peau. Les matières excrémentitielles occupent toutes le dernier degré de la décomposition.
La quantité principale des matières que les plantes excrètent, se compose de l’oxygène, que toutes les parties vertes dégagent si abondamment sous l’influence de la lumière. Mais tandis que l’acide carbonique que l’animal expire, représente un chaînon terminal de la désassimilation, l’oxygène que les plantes rejettent est décidément un produit de développement.
Si nous considérons la nature organique entière, le règne végétal comme le règne animal, nous voyons que l’évolution de la matière, depuis les limites extrêmes des combinaisons les plus simples, jusqu’aux parties constitutives du sang des animaux repose sur une dé-
perdition d’oxygène. A partir de la formation du sang, le déploiement de la matière qui se faisait par appauvrissement en oxygène devient une combustion, c’est-àdire, une absorption d’oxygène. Mais en même temps le développement se convertit en désassimilation.
L’acide carbonique et l’eau fournissent à la plante les principaux matériaux de son corps. De ces deux combinaisons simples, l’eau seule contient déjà autant d’oxygène qu’il y en a proportionnellement à l’hydrogène dans les parties constitutives les plus répandues des plantes.
Abstraction faite de l’eau qui pénètre toutes les parties du végétal, c’est la cellulose qui forme la masse du corps des plantes, depuis le champignon qui ne se compose que de quelques cellules alignées, jusqu’aux sapins et aux chênes. La cellulose est une combinaison de carbone, d’hydrogène et d’oxygène, qui contient ces deux derniers éléments exactement dans la proportion, sous laquelle ils forment beau. Pour exprimer cette relation d’une manière plus sommaire, on a même représenté souvent la cellulose comme une combinaison de carbone et d’eau. Mais c’est à tort, car rien ne prouve que l’oxygène et l'hydrogène restent à l’état d’eau dans la cellulose. Seulement il est certain que la cellulose se forme d’acide carbonique et d'eau, et que l’eau seule fournit avec la quantité d’hydrogène nécessaire à la cellulose, autant d’oxygène qu’il y en a dans la composition de ce principe immédiat. Or l’acide carbonique contient encore beaucoup plus d’oxygène que l’eau. Une partie de l’oxygène contenu dans la cellulose est couverte en tous cas par l’oxygène de l’acide carbonique. Jl y a donc un excès considérable d’oxygène dans les principaux aliments de la plante.
Déjà l’eau seule contient autant d’oxygène que la cellulose, et l’acide carbonique en renferme beaucoup plus que ce principe immédiat qui se développe aux dépens de l’eau et de l’acide carbonique. Donc, il ne peut se former de la cellulose avec les éléments de l’eau et de l’acide carbonique, sans qu’une quantité notable d’oxygène soit mise en liberté. Tout le carbone et tout l’hydrogène de l’acide carbonique et de l’eau qui prennent part h la formation de la cellulose, sont combinés, et comme on dit, fixés dans la plante, tandis que plus des deux tiers du poids de l’oxygène contenu dans la somme de l’acide carbonique et de l’eau, sont mis en liberté et exhalés par la plante.
L’amidon et la dextrine, le sucre et le mucilage végétal ont tous un caractère essentiel, commun avec la cellulose; ils ne contiennent pas plus d’oxygène que l’eau dont l’hydrogène entre dans leur propre composition n’en peut donnera la plante. Ainsi quel que soit celui de ces corps qui se développe le premier dans la plante aux dépens de l’acide carbonique et de l’eau, que ce soit la dextrine ou la cellulose, la condition absolument indispensable de son développement est une élimination d’oxygène, et sans doute une élimination trèsabondante. En changeant l’acide carbonique et l’eau en cellulose, en dextrine et en amidon, la plante élimine de l’oxygène.
Les parois des vieilles cellules ne sont pourtant pas composées simplement de cellulose, mais aussi de couches extérieures de matières ligneuses déposées autour de la cellulose et dans leur épaisseur. Les matières ligneuses sont des degrés plus tardifs du développement de la cellulose. Elles contiennent moins d’oxygène qu’elle, elles ne peuvent donc naître à ses
dépens, sans cpie de l’oxygène soit mis en liberté de nouveau.
La matière subéreuse, qui compose si fréquemment les parois des cellules qui revêtent l’épiderme, est encore plus pauvre en oxygène. Les pommes de terre sont recouvertes de plusieurs couches dont les cellules se composent de cette matière. De même il est très-fréquent que les poils les plus délicats des plantes et les épines soient revêtus d’une mince couche subéreuse. Quand on fait bouillir dans l’acide nitrique la coque dure des noyaux de nos drupes, les cellules qui auparavant étaient cimentées par une couche de substance subéreuse, se séparent les unes des autres. L'acide nitrique, composé riche en oxygène fait passer cette substance par divers degrés de combustion, et la transforme enfin en acide subérique et en acide succinique, et par conséquent, la dissout (1). Or, puisque la substance subéreuse contient beaucoup moins d’oxygène qu’il n’en faudrait pour former de l’eau avec son hydrogène (2), elle ne peut prendre naissance que par un dégagement d’oxygène.
Quand les prairies se couvrent de verdure, quand le palmier étale sa large couronne de feuilles, quand le bois des chênes se durcit, quand la pomme de terre fabrique son tégument, quand le noyau de la pêche prend naissance et quand la forêt vieillit, la matière devient toujours plus pauvre en oxygène. Cet élément gagne la surface de la plante pour s’exhaler à la lumière.
(1) Mitscherlich, Annale a von Liebig und Woehler , LXXV, 314.
(2) Garreau a naguère donné comme formule provisoire empirique pour la matière subéreuse (cuticule) C|7I11605. ( Annales des sciences naturelles, mai 1850, 313.)
MOLESCHOTT. — I
La cellulose, la dextrine, l’amidon, la matière subéreuse et le ligneux composent sans contredit la plus grande moitié des parties solides du monde végétal. On dit souvent que le caractère principal du règne végétal est l’accroissement; la cause principale de cette croissance consiste dans le relâchement des liens qui unissent l’oxygène au carbone et à l’hydrogène d’où résulte le dégagement du premier de ces éléments.
Outre la cellulose et la substance subéreuse, il se forme aussi de la graisse et de la cire. Mais déjà la graisse est extraordinairement plus pauvre en oxygène que la cellulose ou l'amidon, et la cire l’est encore plus que la graisse. Tant que les graines huileuses sont vertes, elles contiennent beaucoup d’amidon, qui pendant la maturation cède peu à peu la place aux graisses, pour disparaître enfin sans laisser de traces. Dans les olives, la cellulose et l’acide tannique diminuent, tandis que l’huile augmente (Blondeau) (1), La matière colorante, qui orne toutes les parties vertes est abondamment mêlée à une cire, l’un des corps les plus pauvres en oxygène du règne végétal. Cette cire doit sa naissance à l’amidon (Mülder). Dans la canne à sucre, le sucre se change en cire.
Mais puisque le sucre et l’amidon contiennent considérablement plus d’oxygène que la graisse et la cire, le développement de la matière dans la plante est aussi lié à une déperdition d’oxygène. La graisse et la cire ne peuvent se former sans élimination d’oxygène.
A la lumière l’oxygène se dégage. Aussi l’amidon qui se change en graisse et en cire, en perdant de l’oxygène, ne peut-il se maintenir que dans les parties
(1) Blondeau, Journal fur praktische Chemie , XLVII, 411.
intérieures de la plante. Les racines contiennent plus d’amidon que le tronc, la moelle de la tige plus que la surface. Les cactus renferment dans l’intérieur de leur moelle les plus gros grains d’amidon. L’amidon diminue à la lumière. Les écailles de l’oignon exposées à la lumière perdent leur amidon. D’après Milscherlich, les cellules corticales qui recouvrent la surface extérieure des plantes ne contiennent pas d’amidon,- mais bien de la cire. C’est la force matérielle de la lumière qui revêt de cire la surface extérieure de nos fruits les plus brillants et voile les prunes et les pêches de leur fleur vaporeuse.
La cellulose, l’amidon, la dextrine, le ligneux, la substance subéreuse, la graisse et la cire sont tous des termes de l’évolution qu’accomplit l’organisation de la matière. L’évolution est associée à un puissant dégagement d’oxygène. Voilà une preuve suffisante que l’élimination dans le règne végétal n’est pas nécessairement liée à la désassimilation. L’oxygène qui se dégage est un produit du développement le plus avancé.
Et cependant il y a dans les végétaux une désassimilation. Mais une grande partie des substances qui occupent les degrés les plus inférieurs de ce mouvement rétrograde, restent emprisonnées dans le corps de la plante.
Les fleurs et les germes, et dans la nuit toutes les parties du corps des plantes absorbent de l’oxygène. La combustion lente, qui dans le corps de l’animal est la condition de la désassimilation, ne fait pas défaut à la plante.
La résine des conifères contient un acide que nous pouvons obtenir à l’aide d’un moyen énergique de combustion, par l’acide nitrique, aux dépens des acides gras. Par la combustion de l’acide butyrique, c’est-à-
dire en traitant cet acide gras par l’acide nitrique, Dessaignes a obtenu de Yacide succinique (1). Cet acide que nous n’avons d’abord connu que dans la résine des conifères fossiles, dans l’ambre jaune, se forme, dans les plantes aujourd’hui vivantes, par une absorption d’oxygène. C’est pourquoi l’acide succinique mêlé à de la résine, se rencontre principalement dans les parties extérieures des plantes sur lesquelles l’oxygène agit facilement.
L 'acide benzoïque se trouve naturellement dans l’huile du fusain ( Evonymus européens ) (2). On l’obtient par la combustion, aux dépens des huiles volatiles, et de la môme manière on obtient Yacide cinnamique du baume du Pérou aux dépens de l’huile de cannelle. Un acide propre du thé (acide bohêique ), un autre appartenant au café ( acide viridique), proviennent d’une combustion faible subie par l’acide tannique. D’après Piria, le même phénomène peut changer Y asparagine en acide modique. L’asparagine et l’acide malique se rencontrent l’un près de l’autre dans les pommes de terre.
La matière colorante verte des plantes est un corps azoté qui contient tant d’oxygène qu’il ne peut naître des matières albuminoïdes que par une combustion. En automne le vert se change en jaune par l’effet de l’oxygène excité par la lumière.
La garance contient un liquide jaune qui ne se transforme en la matière colorante rouge de la garance que sous l’action de l’air.
De môme la matière colorante jaune pâle du bois de campeche rougit en absorbant l’oxygène de l’air.
(1) Dessaisies, Annalen von Liebig und Woehler , LXX1V, 361.
(2) Sclnveizer, Erdmann’s Journal, LUI, 437, 443.
Ce n’est qu’à la lumière que l’oxygène peut complètement, déployer son influence (Schoenbein). Voilà pourquoi les couleurs n’acquièrent leur éclat que sous l’action combinée de l’air et de la lumière.
Mais la couleur n’est pas seule produite par l’oxygène et la lumière, l’odeur l’est aussi. Les huiles volatiles qui donnent aux fleurs leurs parfums ne se dégagent qu’à l’air. Les expériences instructives de Schoenbein nous apprennent même que l’espèce de l’odeur varie suivant l’excitation que la lumière exerce sur l’oxygène (1). Qui ne connaît les effets variables que produit sur nous le monde des plantes, suivant que nous aspirons ses suaves émanations par une belle et lumineuse matinée, ou sous un ciel obscur et nuageux?
Cette activité que la combustion communique au parfum des huiles volatiles n’est encore que le début d’une métamorphose qui, en se prolongeant, transforme les matières odorantes végétales en résines. La plupart des résines sont des degrés de combustion des huiles volatiles.
Une partie de ces résines transsude par l’écorce de l’arbre, et subit ainsi une véritable élimination. Mais une autre partie est renfermée dans des canaux sans parois propres, les conduits résineux, et ne prend aucune part à la vie de la plante.
Les acides et les bases, appartenant aux substances organiques, se trouvent très-ordinairement renfermés au sein de la plante dans des cavités propres, forclos en quelque sorte de l’échange actif des matières que les cellules environnantes entretiennent de tous côtés les unes avec les autres. Uoxcilate et le tartrate de chaux
(1) Schoenbein, Erdmann’s Journal, LU, 188, 190.
en particulier se déposent souvent dans les cellules des vieux cactus; ils forment des cristaux soustraits à l’échange des matières des corps organisés.
Les substances cristallines organiques sont en quelque sorte arrivées à un état de repos qui contraste avec le mouvement des matières organisées. La vie incessante diminue continuellement la quantité d’albumine des jeunes cellules, change leur cellulose en matière ligneuse et subéreuse, leur amidon en graisse et en cire, mais elle ne fait que passer devant ces cristaux isolés et mis en réserve dans la plante comme un résidu mort de l’activité organisatrice.
Aussi la place que les substances appartenant à cette catégorie occupent dans la vie végétale est-elle marquée par la propriété que possèdent les acides, les bases, plusieurs résines et matières colorantes de revêtir la forme cristalline.
Tant que la matière organique apparaît en qualité d’éléments histogènes, elle n’est ni acide, ni basique; elle n’a pas le caractère chimique tranché qui distingue les bases et les acides, ainsi que leur aptitude à cristalliser. La fibrine dans les muscles, l’albumine des parois des vieilles cellules végétales, la cellulose et la substance subéreuse ne sont ni acide, ni basique. L’acide carbonique, la créatinine et l’acide urique sont doués au contraire de caractères chimiques qui permettent de les appeler acides ou bases. On connaît l’acide carbonique et la créatinine à l’état cristallin comme l’acide urique.
La plupart des substances qui peuvent prendre des formes cristallines et qui, en même temps, manifestent par des propriétés chimiques tranchées, acides ou basiques, une constitution nette et chimiquement bien
arretée, à cause du peu de mobilité de leurs molécules, occupent la limite de l’échange des matières des corps organisés ; ce sont des degrés de la décomposition.
Une grande partie de ces matières provient, dans la plante comme dans l’animal, de l’action de l’oxygène sur les éléments histogènes. D’autres, pauvres en oxygène ou qui môme en sont dépourvus, se forment à côté des produits qui prennent pour eux tout l’oxygène destiné à opérer la désassimilation. Par exemple, aux dépens des acides gras, il pourrait se former une huile volatile dépourvue d’oxygène à côté de l’acide succinique plus riche en oxygène.
Ainsi donc les acides et les bases, les matières colorantes, les résines et les huiles volatiles seraient les produits de la décomposition dans la plante, comme dans l’animal l’acide carbonique, la créatinine, l’acide urique, l’urée et la créatine. Comme celles-ci elles peuvent exister dans la plante en quantité excessivement variable. Bien plus, suivantles circonstances extérieures, elles peuvent même manquer complètement. Produits de la décomposition, |ces substances sont des conséquences de la vie, mais on ne peut pas toujours les considérer comme des conditions nécessaires delà vie.
Tous les animaux qui ne vivent que de végétaux, et quelques carnivores, les chats, par exemple, n’ont point d’acide urique dans l’urine (1). Voici un fait analogue.
(1) Bidder et Schmidt, Die Verdauungssiifte und der Slojfwcchsel, 293, 389. Bisclioff n’a jamais non plus trouvé l’acide urique ordinaire dans l’urine du chien. A la place de cet acide, Liehig a trouvé un acide propre à l’urine du chien. ( Annalen der Chemie und Pharmacie, LXXXVI, 125,126.) Eckhard affirme, en contradiction avec les assertions des savants ci-dessus nommés, que lorsqu’un chien est
On ne rencontre pas de solanine dans les pommes de terre, quand elles ont trouvé à leur portée dans la terre une quantité suffisante d’autres bases; au contraire, les tubercules qui germent dans les caves, sont imprégnés de solanine vénéneuse. Par de semblables raisons la conicine manque aux ciguës des steppes de l’Asie. Les bases de l’écorce de quinquina ( quinine et cinchonine ) peuvent être remplacées par de la chaux, et un acide de l’opium [acide méconiquë) peut l’être par l’acide sulfurique. La chaux et l’acide sulfurique entrent dans la plante en qualité de substances alimentaires. La nourriture change donc la nature des produits de décomposition. C’est ainsi que nous voyons une nourriture végétale abondante produire dans l’urine des animaux de l’acide hippurique à la place de l’acide urique habituel, et substituer à la réaction acide du liquide excrété une réaction alcaline.
Une conséquence des caractères chimiques nettement tranchés et de la constitution bien arrêtée des substances qui relèvent de la désassimilation, c'est que l’art du chimiste les imite plus facilement que les matières susceptibles d’organisation, et douées de molécules plus mobiles que nous connaissons comme éléments histogènes par excellence.
J’ai déjà parlé de la belle étude que Liebig a faite de l’urine. L’un des plus beaux résultats de ce travail fécond, c'est que Liebig et Woehler ont découvert qu’il était possible d’obtenir l’urée sans le secours d’un animal vivant. Ils y arrivèrent en mélangeant du sulfate d’ammoniaque et du cyanate de potasse. L’acide cya-
nourri de viande son urine contient constamment de l’acide urique normal, (ÀnnaJçn der C hernie und Pharmacie , XCYII, 360.)
nique se combine avec l’ammoniaque pour former de l’urée, tandis qu’à côté il se produit du sulfate de potasse.
D’après Dessaignes, il y a dans l’ansérine puante ( Chenopodium vulvario ) une base organique la chénopodine ou trimèthy lamine (1). Wicke et Wittstein affirment que cette combinaison se trouve dans les bourgeons et les fleurs de poiriers (Pim s comrnunis ), de l’aubépine (Cratægus oxyacanthci , C. monogyna) et du sorbier des oiseaux (Sorbus oucupoxia) (2). Mais cette base appartient à la série des alcaloïdes que Wurtz, dans un travail plein de talent sur les ammoniaques composées, nous a appris à préparer avec de la potasse aux dépens des combinaisons d’éther cyanique. On avait reconnu cette constitution chimique de la chénopodine, et l’on avait trouvé le moyen de la préparer artificiellement. Mène et Wertheim l’avaient effectivement préparée, en distillant une base de l’opium (la narcotinè), avant qu’on l’eût trouvée dans une plante vivante. Aussi la découverte de cette base par Dessaignes dans l’ansérine puante, et par
(1) Il y a quelque temps que Dessaignes a fait connaître qu’il avait extrait la propylamine du Chenopodium vulvaria et qu’il l’avait soumise à l’analyse élémentaire. ( L'Institut , 1er oct. 1851, 314 ; Comptes rendus , XXXIII, 358.) On a ensuite montré qu’il était probable que
cette propylamine AzC6H9=Azc6^7 devait être considérée comme de
la triméthylamine AzC2H3. (Voyez Winkles, Annalen der Chemie und
Pharmacie , LXXXIII, 116, 117.) Dessaignes vient d’avancer que le corps qu’il avait tiré du Chenopodium vulvaria et qu’il avait appelé propylamine était en effet de la triméthylamine. ( Comptes rendus, XL1II, 671.)
(2) Wittstein, Annalen der Chemie und pharmacie, XCI, 121, 122.
Wittstein dans les bourgeons de végétaux appartenant à la famille des pommiers, n’a pas seulement de l’importance au point de vue topographique, elle a une valeur bien plus élevée.
Ainsi Hofmann, qui creuse un sujet très-voisin de celui de Wurlz et avec le même succès, est parvenu à obtenir parmi les bases artificielles, qu’il préparait au moyen des alcools composés, une substance qui s’accorde avec le produit le plus important du quinquina (la quinine), par les proportions de ses éléments, l’azote, le carbone, l’hydrogène et l’oxygène (1). Quoique ce ne soit pas encore de la quinine, nous sommes en présence d’un fait qui nous prouve que la constitution intime des bases et des acides est relativement facile à découvrir, parce que la détermination de leur espèce chimique parmi les substances organiques est parfaite.
D’autre part, Schweizer a depuis peu démontré avec certitude que l’huile de fusain contient de Vacide acétique combiné avec de la glycérine (2), ce même acide acétique dont on avait déjà si souvent annoncé la découverte dans le règne végétal, mais sans preuve suffisante. Avec ce fait le physiologiste accepte avec une double joie la découverte de Kolbe, d’après laquelle le chlorure de carbone peut se changer en acide chloracétique, et celui-ci en acide acétique. Nous pouvons donc préparer artificiellement cet acide du fusain avec de pures matières inorganiques.
Bref, ce qui caractérise jusqu’ici les produits de la désassimilation, c’est que leur nature tranchée permet au chimiste de voir plus facilement au fond du mystère
(1) Journal cle pharmacie et de chimie , 3e série, XX, 208.
(2) Schweizer, Erdmann's Journal, LUI, 441,
de leur constitution. S’il n’est pas trop téméraire d’espérer qu’un jour nous serons en état de préparer l’albumine (1), cette substance qui occupe le point le plus élevé parmi les composés organiques, nous pouvons considérer la fabrication artificielle des produits de décomposition des êtres organisés, comme l’école où l’on se prépare à réaliser cette espérance.
De quelque côté que nous tournions les regards, partout où nous suivons l’essor de la chimie organique, nous trouvons dans le laboratoire du chimiste des produits artificiels de métamorphose qui nous permettent de tout espérer. Les physiologistes étaient encore sous l’impression du plaisir de voir qu’on pouvait obtenir toute la série des acides gras volatils par une combustion convenable des corps albuminoïdes (2), que déjà Deville nous apprenait à transformer l’essence de térébenthine en essence de citron, et Hlasiwetz l’essence de moutarde en essence de sauge, et l’essence d’asa fœtida en essence de moutarde (3). Au moyen d’un procédé relativement simple, on peut donner à l’essence de térébenthine, dont l’odeur est repoussante, le parfum agréable de la jacinthe (Wiggers), ou même celle du thym ou du romarin (à).
(1) Liebig, Chemische Briefe, 24. Voyez ibid., 60.
(2) Guckelberger, Annalen von Liebig und Woehler, LX1V, 82, et Relier, ibid., LXXII, 38.
(3) Deville, Comptes rendus, t. XXVIII, 324 ; Hlasiwetz, Journal von Erdmann und Marchand, LI, 373, et encore Hlasiwetz, Annalen von Liebig und Woehler , LXXI, 51-54. Voyez Jac. Moleschott, Physiologie des Stoffwechsels, 3Æ9, 350, où ces faits intéressants sont rattachés les uns aux autres.
(4) Sobiero, Annalen der Chemie und Pharmacie, LXXX, 106, 108; Adolph Streckcr, Kurzcs Lehrbuch der organischen Chemie , Braunschweig, 1857, 2le Au(l . 434, 435.
D’après Cahours, l’huile volatile agréable du thé de Canada ( Gaultheria procumbens) se compose d’esprit de bois et d’un acide qu’on retire de l’écorce de saule (1). On est déjà assez avancé pour pouvoir conjecturer qu’il existe dans les fruits les plus parfumés des combinaisons d’éther avec des acides organiques. L’éther qui parfume la peau du coing est vraisemblablement la môme qu’on rencontre dans tous les vins. D’après les nouvelles recherches de Delffs, il se compose d’acide pélargonique et d’éther (2). Encore un pas de plus et le chimiste avec ses cornues et sa lampe réussira à produire comme par magie les émanations aromatiques des fruits savoureux en combinant des substances qui ne leur ressemblent pas. Depuis que ces lignes ont été écrites, les confiseurs ont déjà mis à profit le savoir des chimistes. On emploie l’éther pélargonique, sous le nom d’huile volatile de raisin, des combinaisons d’acide acétique, d’acide valérianique, d’acide butyrique, avec l’éther amylique, composé qui ressemble à l’éther, mais qui contient plus de carbone. On donne ainsi à nos sucreries les parfums agréables des poires, des pommes et de l’ananas (3).
Ces considérations s’éclairent et se complètent réci-
(1) Cahours, Annalen von Liebig und Woehler , XLVIIÏ, 61. L’essence de Gaultheria est, d’après Cahours, un salycilate d’oxyde de méthyle.
(2) Schlossberger, Organische Chemie , Stuttgart, 1850, 236. D’après les recherches de Delffs qui a analysé l’éther œnanthique et l’œnanthate d’oxyde d’argent, et qui s’est occupé en outre de doser la baryte de l’œnanthate de baryte, l’acide œnanthique est identique avec l’acide pélargonique trouvé par Pless et Redtenbacher dans le Pélargonium roseum. Voyez Delffs, Poggendorff’s Annalen , LXXXIV, 509, 515. — Éther pélargonique (d’abord appelé œnanthique).
(3) Hoffmann, Erdmann’ s Journal, LV, 189, 190,
proquement. Elles montrent que l’hypolhèse d’après laquelle les bases et les acides, les essences et les éthers composés, les matières colorantes et les résines sont les divers degrés de la désassimilation qui s’opère dans le végétal, n’est pas une hypothèse gratuite.
Liehig combat celte opinion en ce qui touche les acides. D’après Liehig la matière dans les acides végétaux n’est pas en voie de décomposition, mais au contraire en voie de métamorphose progressive. À mesure que l’acide carbonique devient plus pauvre en oxygène, il doit naître, selon Liébig, de l’acide oxalique, puis de l’acide tartrique et ainsi de suite, de l’acide malique, de l’acide citrique, et enfin du sucre aux dépens des acides (1). Mais quand les fruits mûrissent, dans la plupart des cas ce n’est pas leur acide qui se change en sucre, car l’acide augmente k côté du sucre (Bérard). Néanmoins le fruit devient doux parce que la quantité de sucre augmente en proportion plus que les acides, de sorte que le sucre finit par les masquer. J’ai rapporté plus haut que pendant la nuit la plante subit manifestement une combustion lente, tandis qu’elle absorbe de l’oxygène et dégage de l’acide carbonique. Ce qui le prouve c’est que les feuilles de quelques plantes [Cacalici ficoides , Cotylédon calycina) qui n’ont aucun goût à midi et présentent le soir un goût amer, ont le matin un goût fortement acide (2). Ajoutons encore que, dans les raisins verts, l’acide tartrique est précédé par l’acide malique qui contient moins d’oxygène (Schwarz) (3).
(1) Liebig, Chemische Briefe, 242.
(2) Lehmann, Lehrbuch der physiologischen Chemie , 2te Aufl. 1853, III, 160.
(3) Schwarz, Annaten der Chemie und Pharmacie , LXXXIV, 83,
Ce n’est que de l’acide tannique qu’on peut dire avec vraisemblance que pendant la maturation d’un grand nombre de fruits il sc décompose en sucre et en acide gallique, puisque Strccker nous a montré comment on peut dédoubler l’acide tannique du chêne en sucre et en acide gallique, en le faisant bouillir avec de l’acide sulfurique étendu (1). L’expérience faite par Robiquet rend encore plus vraisemblable, qu’il s’opère un pareil dédoublement dans les fruits. D’après ce savant, le même ferment qu’on trouve dans les fruits, et qui transforme l’acide tannique en sucre et en acide gallique (2), existerait dans les noix de Galles (pectase).
Il paraît qu’il ne s’agit ici que d’une propriété générale de l’acide tannique, puisque Strecker et Hlasiwetz ont démontré, le premier que l’acide tannique du cachou, le second que l’acide tannique du Kino font partie des combinaisons du sucre (3). Il faut cependant se garder de croire trop vite que dans les fruits qui, lorsqu’ils sont encore verts, présentent un goût âpre, rappelant celui de l’acide tannique, le phénomène principal de la maturation consiste réellement en une transformation de l’acide tannique en sucre et en acide gallique. Les poires vertes elles-mêmes ne contiennent pas toujours de l’acide tannique (Bérard), quoique la couleur noire qu’elles donnent aux couteaux paraisse indiquer que cet acide s’y trouve souvent.
Dès que nous considérons la plupart des acides et
(1) Strecker, Das chemische Laboralorium der Universitdt Christiania; Universitiilsprogramm fur das zweite Flalbjahr, 1854, 31, 32. Annalen der Chemie und Pharmacie, LXXXI, 248, 249.
(2) Robiquet, Comptes rendus, XXXIV, 19, 20.
(3) Strecker, toc. cil., 30, et Hlasiwetz, Annalen der Chemie und Pharmacie , LXXIX, 132.
des bases, les matières colorantes et les éthers composés, les essences et les résines, comme des produits de métamorphose rétrograde, une nouvelle différence entre les animaux et les plantes se présente à nous et fait apparaître leur contraste d’une manière très-caractéristique. Tandis que l’animal élimine toutes les matières de décomposition si vite qu’on a de la peine à les atteindre sur la grande route de la circulation, qu’elles parcourent toutes, la plante développe et conserve les matières odorantes et les matières colorantes à la fleur môme de sa vie, et nous trouvons les acides, les bases et les résines déposées à demeure dans des cellules où l’on a de la peine à constater une activité vitale. Un acide analogue à l’acide humique ( V acide ul miqué) se trouve dans les feuilles d’automne, et, d’après Mülder, il existe aussi dans le bois dur des noyaux des drupes. Cet acide, qui n’est d’ailleurs qu’un produit de putréfaction provient sans contredit de la désassimilation qui s’opère dans la plante.
Entre les parties constitutives des tissus et les produits de décomposition, entre la vie et la dissolution, il règne en général une opposition beaucoup moins hostile dans le végétal que dans l’animal. L’arbre porte longtemps au dedans de ses feuilles d’automne la substance brune noirâtre du terreau, avant que les feuilles, en tombant, ne transmettent à la terre leur mère, leurs parties constitutives qui se décomposeront complètement et fourniront de nouveaux aliments aux racines.
Ce qui distingue les matières produites par la désassimilation des végétaux, et les met en opposition avec l’urée et l’acide carbonique, ce n’est pas seulement que celles-ci sont des matières excrémentitielles, tandis que celles-là persistent à rester dans la plante; les corps en
question diffèrent aussi par leur espèce, ils diffèrent dans leur développement et leur composition. En un mot, ce qui les distingue, c’est que l’action de l’oxygène est bien moins énergique dans la production des substances végétales que dans la combustion des tissus de l’animal qui les réduit en acide carbonique et en urée. Beaucoup d’huiles volatiles même ne contiennent pas d’oxygène; beaucoup d’alcaloïdes et de matières colorantes n’en contiennent qu’une quantité relativement faible. Et même le corps le plus riche en oxygène qui se montre parmi les acides végétaux, l’acide oxalique, ne contient que les trois quarts de l’oxvgène de l’acide carbonique, qui se forme en si grande abondance dans le corps de l’animal. Pourtant ce sont précisément les composés les plus riches en oxygène qui se trouvent parmi les corps que je prétends être produits par l’acte désassimilateur de la plante. L’acide oxalique est de toutes les substances qui naissent dans les plantes la plus riche en oxygène, et la matière colorante verte des feuilles est parmi les combinaisons azotées une des plus oxygénées qu’on ait trouvées dans le corps des plantes vivantes.
On a souvent opposé de bonnes raisons à ce désir immodéré qui porte à trouver dans le règne animal des phénomènes correspondant à ceux qui s’accomplissent dans la vie des plantes. Dans cet ordre d’idées, Schleiden en particulier nous a affranchi de beaucoup de notions fausses. D’après les considérations qui précèdent, il est clair que les deux règnes présentent aussi dans l’échange des matières des différences très-caractéristiques. Les substances que l’animal élimine sont des produits de décomposition; au contraire l’oxygène que la plante exhale si abondamment est un produit du développe-
ment. Tandis que l’animal expulse de son corps dans un temps très-court les acides et les bases, produits de la décomposition de ses tissus, nous voyons la plante conserver dans le sien toute une série de combinaisons qui doivent leur naissance d’une manière analogue à une activité désassimilatrice.
Tous ceux qui regardent le monde végétal avec sensualité doivent porter un intérêt tout particulier à ces produits de désassimilation. Parmi elles nous trouvons des épices qui excitent le palais, les arômes qui flattent les nerfs de l’odorat et réjouissent le souvenir luimême, et l’éclat des couleurs qui ravit nos yeux. Que de mets que l’odorat seul nous invite à goûter, qui doivent à une faible quantité d’essence de cannelle, ou de girofle, une amélioration de leur goût ! Il ne faut pas plus d’un gros de matière colorante pour parer de la couleur verte la plus luxuriante, les feuilles d’un tilleul de grandeur moyenne.
Certes nous n’avons pas le droit de nous étonner que les coléoptères fimicoles, et même des animaux d’un ordre supérieur, mangent des charognes et des excréments, ni que tout le monde végétal vive des excrétions des animaux, puisque nous savourons avec délices des substances qui se sont décomposées par l’effet de la vie des plantes, et qui ont une origine analogue à celle de l’urine et des matières fécales.
Sans les parties constitutives généralement répandues des plantes, sans leur albumine et leur amidon, leur cellulose et leur dexlrine, notre vie ne serait pas possible. Une grande partie des plus agréables excitations des sens provient des degrés les plus inférieurs du développement de la vie des plantes, et quand nous languissons dans la maladie, nous obtenons la guérison
en employant des produits de désassimilation demeurés dans la plante.
Aucune partie de la chimie n’a été plus utile au médecin, que celle qui était consacrée à l’étude exacte des excréments rassemblés dans les végétaux. Dans beaucoup de cas, au lieu de donner au malade de l’écorce du quinquina, nous nous contenions de l’un de ses éléments, la quinine. Non-seulement nous épargnons au malade la digestion de bien des substances inutiles, mais nous pouvons agir sur les corps avec des quantités dont le poids est exactement connu, tandis que, dans le meme poids d’écorce, il y a des quantités très-variables de matière active. L'action de l’opium peut être forte ou faible, mais si je sépare, si je pèse la matière active du suc de pavot, je suis certain que l’action que j’exercerai sera telle qu’on peut l’attendre de cette substance. Ce n’est qu’en pesant les médicaments qu’on peut faire des expériences concluantes. 11 y a bien des années que Bretonneau nous a appris qu’une forte dose de quinine guérit la fièvre intermittente plus vite et à meilleur marché que beaucoup de petites. On ne pouvait guère faire une pareille expérience avec la simple écorce de quinquina.
Avec l’excrément du quinquina on guérit des maladies ; avec des résines on calfate les vaisseaux. La désassimilation des plantes sert à la fois aux plaisirs, à la guérison des maux et au commerce, de même que les déjections des animaux servent à la vie des plantes.
Quoique la plante élimine en partie ce qui provient de son développement, et conserve ce qui relève du mouvement rétrograde de l’échange des matières, il y a pourtant des substances produites par la décom-
position et destinées à être éliminées, que nous devons considérer comme de vraies matières excrémentitielles.
Disons tout d’abord qu’une partie des produits de décomposition citées plus haut est réellement éliminée. Les huiles odorantes, quelques bases comme celles de la ciguë, de l’ansérine puante, des fleurs de poiriers, l’acide formique de l’ortie ou des baies de genièvre, sont volatiles et peuvent, par conséquent, se séparer de la surface de la plante dans certaines circonstances. Je dis dans certaines circonstances, parce que les bases et les acides volatils peuvent demeurer dans la plante, les premières si elles y sont fixées par un acide, les seconds s’ils le sont par des bases. Quand nous aspirons le parfum embaumé de nos parterres, nous aspirons de vraies substances excrémentitielles végétales.
En outre, une notable partie de l’eau réduite en vapeur est éliminée, surtout par la surface inférieure des feuilles. D’après les expériences de Garreau, il se dégage quelquefois autant d’eau par la surface inférieure des feuilles que par la supérieure ; plus souvent il s’en dégage trois fois, et dans quelques cas rares jusqu’à cinq fois plus. La raison manifeste de cette différence est que la face supérieure des feuilles tournée vers la lumière, contient d’ordinaire plus de cire que l’inférieure. Les veines des feuilles et toutes les autres régions de l’épiderme qui sont moins imprégnées de cire, exhalent aussi une plus grande quantité d’eau. Là où la cire est abondante, elle change l’épiderme en une couche peu perméable à la vapeur d’eau (1).
Draper attribue aux plantes une sécrétion d’azote et
(1) Garreau, Annales des sciences naturelles , juin 1850, 345.
de nouvelles expériences l’ont complètement confirmée (Cloëz et Gratiolet, Ad. et W. Knop) (1).
Nous comprenons tout de suite cette sécrétion d’azote, quand nous comparons la composition de l’ammoniaque avec celle des éléments azotés des plantes. L’ammoniaque contient plus d’azote que les substances albuminoïdes, si l’on évalue cette quantité par rapport à l’hydrogène. Or, nous pouvons faire dériver les bases végétales azotées en partie des corps albumineux de la plante, et cela donne une grande valeur à ce fait que les substances albumineuses contiennent par rapport avec l’hydrogène une plus grande quantité d’azote que la plupart des bases végétales. Les bases de l’écorce de quinquina et de l’opium en fournissent l’exemple le plus frappant. On peut donc rapporter une partie de l’azote que les plantes éliminent à la métamorphose de l’ammoniaque et de l’acide carbonique en albumine, et à celle de l’albumine en alcaloïdes du quinquina ou du suc du pavot. Au contraire, la caféine et la théobromine se distinguent des autres alcaloïdes, parce qu’elles contiennent plus d’azote que les corps albuminoïdes de la plante.
Mais ce n’est pas tout : non-seulement la plante élimine de l’azote et de l’eau, mais l’acide carbonique luimême trouve sa place parmi les matières excrémentitielles. On savait depuis longtemps que le phénomène qui produit l’accroissement des plantes exposées à la lumière, l’échange d’oxygène contre de l’acide carbonique, se renverse pendant la nuit, de sorte qu’il y a de l’oxygène absorbé, de l’acide carbonique exhalé. Ce renversement des termes se produit déjà par un ciel
(1) Voyez la note 1, p. 81 ,
obscur el nuageux cl clans le crépuscule (1). 11 se produit aussi pendant la germination de la graine, et pendant que la floraison crée la semence.
Là où la vie de la plante atteint son apogée, dans la germination et la floraison, le mouvement de la matière acquiert sa plus grande rapidité. Nous voyons donc que dans le végétal, où toute activité aboutit au dégagement d’oxygène, les parties qui ont en partage la fonction supérieure de la vie végétale, la propagation de l’espèce, sont pourtant le siège d’une combustion, et que cette combustion produit les mêmes termes ultimes que la respiration dans l’animal. Par conséquent nous relevons aussi dans le règne végétal la loi qui fait sortir les produits les plus élevés de la vie du milieu de la désassimilation et de la destruction. La destruction la plus rapide est la condition invariable de l’activité la plus énergique.
(i) Voyez la note 1, p. 92.