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DOUZIÈME LETTRE

DÉSASSIMILATION DANS L’ANIMAL.

On a parfois reproché à cette manière de considérer les phénomènes du corps vivant qui ramène tout à la matière, d’être plutôt chimique que physiologique. Sans doute on pouvait avec raison mettre l’acte chimique en opposition avec l’acte physiologique, quand on ne possédait des phénomènes vitaux que de faibles notions, quand on savait seulement que dans la respiration nous échangeons de l’acide carbonique contre de l’oxygène, et que l’urine contient de l’urée et de l’acide urique. On ne se doutait même pas alors de l’évolution qui aboutissait à l’acide carbonique et aux parties constitutives de burine. Mais aujourd’hui on sait que l’histoire de l’évolution des aliments et des matières excrémentitielles est l’essence même de la physiologie de l’échange des matières. La digestion et la formation des tissus sont comprises entre deux limites, les substances alimentaires et les parties constitutives des sécrétions. Une étude approfondie de ces phénomènes d’évolution a ramené une partie considé-

râble de la physiologie à une section de la chimie. Il n’y a plus de doute, les éléments de la physiologie, de la science de la vie des animaux et des plantes, sont la chimie, la physique et la description des formes. Le temps n’est plus où le microscope seul conférait l’anneau et la crosse au physiologiste. Il n’y a de physiologiste que celui qui veut s’expliquer la vie par la chimie et la physique.

L’absorption d’oxygène qui se fait pendant la respiration, n’est pas seulement la condition fondamentale du développement des tissus, mais encore, et à un plus haut degré, elle est la cause de leur décomposition sans laquelle il n’y a pas de vie.

Le changement de matière et de forme dans les diverses parties, tandis que leur tigure générale reste la môme, tel est le mystère de la vie animale. Les globules incolores du sang qui, en ce moment, traversent rapidement mon corps, seront au bout de six heures transformées en globules rouges, et ceux-ci dans trois semaines, au plus, seront dissous et remplacés par d’autres.

C’est ainsi que tous les éléments anatomiques du corps se décomposent pour se rajeunir sans relâche. L’oxygène que nous inspirons passe de la bouche dans la trachée artère, celle-ci se ramifie et ses derniers minuscules déliés sont pourvus de vésicules latérales et terminales qui ne communiquent entre elles que par l’intermédiaire du minuscule du tube aérien qui les porte. La paroi de ces vésicules pulmonaires est entourée d’un réseau à mailles aussi serrées que possible, formé de vaisseaux capillaires charriant du sang. Du tube aérien l’oxygène passe dans les vésicules pulmonaires, de celles-ci il passe dans le sang à travers la double paroi des vési-

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cules et des vaisseaux capillaires, puis avec le sang il entre dans le cœur. Ensuite le cœur pousse le sang imprégné d’oxygène dans toutes les parties du corps, à travers les artères de la grande circulation qui tient le corps entier sous sa dépendance. Enfin l’oxygène pénètre dans les tissus à travers la paroi des vaisseaux capillaires qui terminent les artères.

Maintenant la combustion qui avait changé les parties constitutives du sang en principes histogènes continue sa marche. Les éléments des tissus se décomposent dès que l’oxygène se combine avec la matière qui les forme. En effet, les produits de cette combustion progressive ne sont plus susceptibles de revêtir une forme organisée.

La fibre charnue se décompose en une substance neutre, la créatine; une basique, la créatinine; une acide, l’acide inosique. Aux dépens d’une matière albuminoïde qui occupait le plus haut degré de composition organique, se forment d’autres corps azotés qui s'en distinguent par une richesse en oxygène toujours croissante. L’acide inosique qui, d’après Liebig, se trouve en quantité considérable dans la chair de la poule est une des matières les plus riches en oxygène qu’on ait rencontrées dans le corps.

Avec ce coup d’œil de génie qui lui donne le sacerdoce de la science, Liebig a reconnu dans ces trois substances, la créatine, la créatinine et l’acide inosique, des degrés du passage des principes histogènes aux produis définitifs de la décomposition, que nous éliminons avec les excrétions. C’est un de ses plus grands mérites. La composition de ces corps que Liebig nous fit connaître, montrait leur signification. Une preuve décisive était la facilité avec laquelle la créatine se décompose

en une nouvelle Lase et en urée, en celle urée que nous pouvons regarder comme le produit d’oxydation le plus azoté qui prenne naissance pendant la combustion des tissus par la respiration.

L’apparition de ces corps dans burine leur assigne une place parmi les matières excrémentitielles. Ils traversent le sang en cette qualité, en se dirigeant vers les reins, c’est démontré par l’observation que Yerdeil et Marcet ont fait récemment, de la présence de la créatine et de la créatinine dans le sang (1).

Du reste la créatine, la créatinine et l’acide inosique ne sont pas les seuls anneaux connus de la chaîne qui unit l’albumine à Curée. Après que Liebig avait découvert ces substances dans le liquide de la viande, Scherer a pu découvrir dans la rate un nouveau corps, l’hypoxanthine , intermédiaire de l’albumine à l’acide urique. Sa composition nous permet de l’appeler pro toxyde urique. Ce corps, en effet, se distingue surtout de l’acide urique, parce qu’il contient moins d’oxygène. 11 ressemble en cela à l’oxyde d’azote, qui ne vient qu’après l’acide nitreux pour la richesse en oxygène.

Après la découverte de ces degrés de décomposition des histogènes azotés dans l’intérieur des tissus mêmes, il ne faut plus s’étonner si l’on y trouve aussi les termes ultimes de ce développement rétrograde. A côté du protoxyde urique qui n’a qu’à absorber de l’oxygène pour se transformer en acide urique, Scherer a aussi trouvé de l’acide urique dans la rate. A Giessen on a même rencontré dans les muscles d’un alligator, ce degré supérieur de combustion sous forme de nom-

(1) Verdeil et Marcet, Journal de pharmacie et de chimie , 3e série, t. XX, p.91, 92.

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breux cristaux (1), et Cloëtta les a plus tard démontrés dans le poumon du bœuf (2).

Mais l’acide urique n’est lui-même qu’un terme de la série qui conduit à l’urée. Nous sommes encore redevables de la connaissance de ce fait aux recherches de Liebig sur les parties constitutives de l’urine dont il a fait l’objet d’un de ses plus beaux et plus féconds travaux chimiques. Quand on traite l’acide urique par le peroxyde de plomb, substance qui abandonne facilement l’oxygène et qui doit être par conséquent considéré comme un moyen de combustion; l’acide urique se change en urée et en acide oxalique, et en une autre substance qu’on a observée dans l’urine des veaux avant leur naissance, et des veaux nouvellement nés (allantoïne). L’acide urique est brûlé dans le corps par l’oxygène d’une manière analogue. Frerichs a injecté dans le sang des lapins une solution chaude saturée d’urate de soude et d’urate d’ammoniaque, et a constaté qu’elle augmentait considérablement la quantité d’urée qu’ils éliminent dans l’urine (3). Il est facile de doubler la quantité de l’urée que les lapins éliminent avec l’urine, en ajoutant une quantité suffisante d’acide urique à leur nourriture (Neubauer) (4).

Outre l’urée cette urine contenait aussi des précipités d’oxalate de chaux. L’acide oxalique, ainsi nommé parce qu’il existe dans l’oxalide, se trouve souvent dans

(1) Liebig, Chemische Brtefe , 554.

(2) Cloëtta, Virchow' s Archiv fur palhologische Anatomie , VII, 1G8.

(3) Frerichs, Vierordt's Archiv für physiologische Heilkundet Jahrg. X, 418.

(4) Neubauer, Annalen der Chemie und Pharmacie , XCIX, 211,

l’urine des gens sains (Hœlle, Lehman). Cependant il est probable que d’ordinaire l’acide urique est soumis à une combustion ultérieure pour former de l’urée et de l’acide carbonique. En effet, l’acide carbonique n’est pour sa part qu’un degré supérieur de combustion de l’acide oxalique. Neubauer a trouvé que l’acide oxalique n’augmentait pas dans l’urine des lapins auxquels il avait donné quelques grammes d’acide urique avec du pain et des carottes.

Ainsi donc la présence de l’urée dans les tissus est la conséquence la plus naturelle de la désassimilation qui s’opère en eux. Millon a découvert l’urée dans l’humeur vitrée et dans l’humeur aqueuse de l’œil. L’assertion de Millon a été confirmée par Wohler et Donders, contrairement aux résultats obtenus parLohmeyer (1), et l’on peut prédire avec certitude qu’elle ne restera pas longtemps isolée. Chez des grenouilles dont le foie avait été excisé, et non pas dans des grenouilles intactes, comme Grohé l’a cru à tort, j’ai trouvé de l’oxalate d’urée dans les muscles (2), et aujourd’hui Buhl et Voit ont apporté dans leur beau travail sur le choléra un nouveau fait du même ordre : dans le choléra typhoïde, non-seulement les muscles, mais aussi le cœur, le cerveau et la rate ainsi que plusieurs épanchements aqueux du corps contenaient beaucoup d’urée (3).

(1) Wohler dans ses Annales , LXVI, 128. — Donders, Handleiding tôt de natuurkunde van den gezonden mensch , I, 260. — Lohmeyer, Zeitschrift fiir rationnelle Medicin, neue Folge V, 66, 67.

(2) Moleschott, Archiv fiir physiologisclie Heilkunde, Jahrg., XI, ^93. — Grohé, Annalen fiir Chemieund Pharmacie , LXXXV, 237et seq.

(3) Buhl, Zeitschrift fiir rationnelle Medicin , neue Folge, VI, 65,

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Von Bibra a déjà confirmé ces assertions pour les muscles, au moyen de pesées (1), Grohé lui-méme a montré de l’urée dans toutes les exsudations abondantes de la plèvre et du péricarde (2). Mais une découverte dont l’importance dépasse toutes les précédentes, c'est celle de Turée dans les muscles d’un supplicié qui n’avait pas été saisi de crampes ; nous la devons aux recherches de Buhl et de Voit (3).

Il résulte de ces données, que les tissus renferment déjà les produits de décomposition azotés qui sont éliminés du corps avec l’urine. On a constaté dans les tissus du corps la présence de la créatine, de la créatinine, de l’urée et de l'acide urique.

Il n’y a que peu d'années que les observateurs se sont engagés dans cette voie, qui mène à la découverte des produits de la désassimilation des éléments histogènes les plus importants, et déjà se rassemblent de nombreuses observations qui prouvent d’une manière irréfutable, que les matières albuminoïdes se brûlent dans le corps, tout aussi bien que la graisse et le sucre. Mais comme il s’agit ici d’une combustion lente, ses premiers produits sont des substances riches en carbone.

On pouvait déjà depuis longtemps faire naître la leucine en faisant agir de l’oxygène sur les corps albuminoïdes ou sur les collagènes. On l'a trouvée maintenant dans la rate et dans l’état sain, dans le corps

(1) Von Bibra, Annalen der Chemie und Pharmacie , XCIV, 211.

(2) Grohé, Schmidt’s Jahrbücher, LXXXI1I, p. 5.

(3) Buhl, Zeitschrift fur rationnelle Medicin , neue Folge, VI, 66. « Au contraire, il est étonnant que chez le supplicié décapité on ait » trouvé dans le muscle 0,0088 0/0 d’urée, bien qu’il n’y eut pas » eu de crampes. »

thyroïde, le thymus, les glandes salivaires et la salive, dans le pancréas et le liquide pancréatique, dans les poumons et les ganglions lymphatiques. On Ta découverte dans des foies malades et dans un cerveau malade (Frerichs et Stadeler, Cloëtta, Scherer, von Gorup- Besanez) (1). Suivant von Gorup-Besanez, le pancréas contient un corps de nature analogue à la leucine, mais qui s’en distingue parce qu’il contient moins de carbone et d’hydrogène, et qu’il se dissout plus difficilement dans l’alcool (2). Frerichs et Stadeler ont fait voir dans la rate du bœuf et dans le pancréas la tyrosine, corps plus riche en oxygène que la leucine. Les poumons contiennent un produit riche en soufre (la taurine), dérivé de l’acide choléique (Cloëtta). Valenciennes et Frémy ont trouvé le même produit de décomposition des substances albuminoïdes dans la chair des mollusques testacés (3). Cloëtta a trouvé une fois ce corps

(1) Frerichs et Stadeler, Verhandlungen der Züricher naturforschenden Gcsellschaft , IV. — Cloëtta, Annalen der Chemie und Pharmacie, XCIX, 304, et seq. — Scherer, Virchow , Gôschcn’s deulsche Klinilc , 1855, 18 Jan., qui a trouvé que sa liénine était identique avec la leucine. — Von Gorup Besanez, Annalen der Chcmie und Pharmacie, XCVtlI, 8, 9, qui avait confondu également avec la leucine le corps qu’il avait décrit précédemment sous le nom de thymine.

(2) Von Gorup-Besanez, Annalen der Cliemie und Pharmacie , XCVIII, 18, 19.

(3) Cloëtta a montré que le corps que Verdeil a donné pour de l’acide pneumique ( Comptes rendus, t. XXXIII, 604, 605) n’est pas autre chose que de la taurine dont les cristaux pulvérisés rougissent le papier humide de tournesol. Annalen der Chemie und Pharmacie, XCIX, 301. Les muscles des acéphales ne contiennent, d’après Frémy et Valenciennes, ni créatine, ni créatinine, ni phosphate acide de soude, ni acide oléophosphorique (lécithine), mais bien de la taurine Comptes rendus, t. XLI, 740.

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dans les reins du bœuf, une autre fois il trouva la cystine, substance sulfurée plus riche en carbone et moins riche en oxygène que la précédente et qu’on rencontre quelquefois dans les pierres de la vessie (1). Parmi ces corps la leucine et la tyrosine sont les produits ordinaires de la décomposition des corps albuminoïdes et des substances cornées. Et comme la décomposition aboutit au dernier terme de l’altération des matières azotées en produisant de l'ammoniaque, Frerichs et Stadeler ont trouvé des sels ammoniacaux dans le riz de veau tout à fait frais (2). C. Schmidt, a trouvé dans la rétine de l’œil une espèce d’ammoniaque composée (la triméthy lamine ), dans laquelle les trois équivalents d’hydrogène sont remplacés par du méthyle, combinaison de carbone et d’hydrogène (3).

C’est par des moyens semblables à ceux qui, dans le laboratoire du chimiste, ou dans la décomposition et la putréfaction, produisent la dissolution totale, que des produits ultimes analogues prennent naissance dans le corps vivant. Mais ce qui est parvenu à ces degrés ultimes est une impureté que le corps rejette. Aussi il n’y a rien d’étonnant que la chimie ait appris à préparer artificiellement l’urée, un des produits les plus importants de l’évolution de la matière dans notre corps, en brûlant des éléments histogènes. Béchamp, en faisant agir l’hypermanganate de potasse sur de l’albumine, de la fibrine et de la gélatine, les a transformées

(1) Cloëtta, Annalen der Chemie uni Pharmacie, XCIX, 299, 301.

(2) Frerichs et Stadeler, Verhandlungen der Zürichrr naturforschenden Gesellschaft , IV.

(3) C. Schmidt, Dissertation de R. Blessig, De relinœ teoctura disquisiliones microscopicœ , Dorpati Livonorum, 1855, 68, 69.

en urée (1). L’hypermanganate de potasse soumis à l’influence des corps avides d’oxygène, se décompose en potasse, en péroxyde de manganèse et en oxygène, en sorte que c’est à l’état naissant et dans un liquide alcalin, c’est-à-dire sous les conditions les plus favorables que l’oxygène agit sur les substances organiques.

L'acide carbonique est le chaînon terminal de la combustion des éléments histogènes non azotés, comme l’urée est celui de la décomposition des parties constitutives azotées.

Dans la période de l’histoire de la physiologie et de la chimie organique qui a précédé la nôtre, on croyait que tout l’acide carbonique de l’air expiré était le résultat d’une combustion de carbone, mais on ne se demandait pas sous quelle forme ce carbone avait été brûlé. On n’avait même pas dédaigné l’hypothèse d’une combustion de carbone à l'état libre. Il n’y a pourtant pas de carbone libre dans le corps. Les parties constitutives non azotées des tissus sont la graisse et les substances adipogènes, et celles-ci arrivent par une combustion graduelle jusqu’aux derniers termes de la désassimilation. Elles se décomposent en acide carbonique et en eau.

L’acide lactique, l’acide butyrique, l’acide acétique, l’acide succinique, l’acide formique, l’acide oxalique sont les degrés intermédiaires entre le sucre et les graisses, d’une part, et l’acide carbonique et l’eau de l’autre.

A partir de l’acide butyrique, chacun des acides de la série se distingue de celui qui le précède immédiatement par une plus grande richesse en oxygène. En

(1) Béchamp, Annalen dcr Chemie und Pharmacie , C, 249.

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absorbant encore de l’oxygène l’acide formique se décompose en acide oxalique et en eau. La combinaison de l’acide oxalique et de l’eau se brûle pour former de l’acide carbonique, tandis que l’eau s’en sépare.

On a récemment fait voir que l’acide lactique existait à titre d’élément normal dans la chair musculaire (Liebig). Il se trouve dans le tissu des muscles lisses, aussi bien que dans ceux qui se composent de fibres striées (Lehman, Siegmund) (1). Von Bibra l’a observé dans le cerveau; il existe dans le foie, le pancréas, la rate, le corps thyroïde et le thymus (von Bibra, von Gorup-Besanez) (2). Heintz a trouvé l’acide succinique dans un foie malade; et von Gorup-Besanez l’a rencontré depuis dans le thymus, la rate, le corps thyroïde. L’acide butyrique, l’acide acétique, l’acide formique existent dans la viande comme l’acide lactique (Scherer) (3). La rate contient de l’acétate de fer. Enfin Schmidt a trouvé l’acide oxalique dans le mucus, et je l’ai constaté dans les muscles des grenouilles privées de foie. La combustion complète telle qu’elle s’accomplit dans le corps de l’animal transforme tous ces acides en acide carbonique et en eau.

L’acide carbonique, les carbonates et l’eau, sont contenus dans tous les tissus. La combustion à la suite de

(1) Lehmann, Lehrbuch der physiologischen Chemie, 2te Aufl., 2tc Umarb. 1853, I, 107. — Siegmund, Verhandlungen der physikalisch-medicinischen Gesellschaft, in Würzburg, III, 50.

(2) Von Gorup-Besanez, Annalen der Chemie und Pharmacie , XCVIII, 34.

(3) Scherer en vint dans ces derniers temps à affirmer avec assurance que les acides butyrique, acétique et formique se trouvaient dans la viande. Voy. Verhandlungen der physikalisch medicinischen Gesellschaft , in Würzburg, I, 52.

laquelle l’acide carbonique et l’eau apparaissent dans les tissus, se produit aussi en dehors de l'influence de la circulation du sang. Quand on suspend dans de l’air ordinaire les muscles séparés du corps, ils respirent aussi bien que dans le corps. Dans le corps le courant sanguin amène aux tissus l’oxygène inspiré, mais dans cette expérience le tissu musculaire est immédiatement entouré d’oxygène. Ces muscles échangent de l’acide carbonique contre de l’oxygène (Georg Liebig) (1). Cette combustion lente des tissus est l’essence même de l’acte de la respiration ; le courant qui fait affluer l’oxygène dans les poumons ne présente 5 cet acte physiologique que la cause nécessaire de son accomplissement.

Nous avons vu comment les produits de désassimilation s’accumulent dans les tissus et pénètrent dans le sang. Le sang charrie donc de la créatine, de la créatinine, de l’urée, de l’acide urique, de l’acide formique et de l’acide carbonique. On a bien tardé à découvrir ces matières dans le sang. D’abord on trouva l’acide carbonique, puis l’urée. Cette dernière découverte confirma pleinement l’idée que la circulation est la voie que parcourent les substances destinées à l’excrétion, pour aller des tissus aux émonctoires, les poumons et les reins. Dès lors l'observateur, armé de moyens nouveaux et d’une méthode perfectionnée, put découvrir toutes ces substances dans le sang.

Il était bien difficile de se convaincre de la présence de ces matières excrémentitielles dans le sang. En effet, elles ne font que le traverser rapidement. L’acide carbonique

(1) Georg Liebig, Annales des sciences naturelles , 3e série, XIV, 327, 329.

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venant avec le sang des cavités droites du cœur, afflue vers les poumons, et pénètre dans l’intérieur des vésicules pulmonaires en traversant la double paroi des vaisseaux capillaires et de ces vésicules, tout à fait de la même manière que l’oxygène passe des vésicules dans les vaisseaux capillaires.

L’acide carbonique provenant du sang, et l’air atmosphérique inspiré s’échangent d’après les lois générales de l’échange des gaz, dans les cavités des poumons, des rameaux bronchiques et du tronc aérien lui-même. Puis les mouvements de la respiration produisant le rétrécissement de la cage thoracique, une colonne d’air chargée d’acide carbonique est expulsée ; puis après une courte pause, une inspiration suit cette expiration, la cage thoracique s’élargit, un air riche en oxygène remplace l’air expulsé qui avait perdu une partie du sien, et le phénomène recommence de nouveau.

Les poumons ne sont qu’une banque. L’acide carbonique est livréau monde extérieur pour servir d’aliment aux plantes, et parer de verdure les collines et les vallées. L’oxygène est échangé contre l’acide carbonique. Le sang approvisionné d’oxvgène s’écoule des poumons vers l’oreillette gauche du cœur, et de là dans toutes les régions du corps. Alors recommence la combustion générale qui, ici sous forme de nutrition, là sous celle de désassimilation, met en jeu les fonctions principales.

La respiration délivre le sang d’une grande partie de son acide carbonique, de même la sécrétion des reins le débarrasse des parties constitutives de l’urine. Les reins attirent l’urée, l’acide urique, la créatine et la créatinine, ils les séparent du sang avec une telle rapidité, que pour les atteindre sur leur roule à travers la

circulation du sang, il ne fallait rien moins qu’un examen d’une extrême précision.

On peut mesurer l’activité du corps par la quantité de matières excrémentitielles qu’il rejette. Plus l’effort auquel sont soumis les divers tissus est grand, plus leurs éléments se décomposent rapidement en des substances, que le sang charrie jusqu’aux poumons et aux reins et qui, sous forme d’air expiré et d’urine, seront le partage du monde extérieur.

C’est pendant que l’activité des tissus est fortement mise en jeu, que s’accumulent en eux en grande quantité les substances résultant des transformations des éléments organiques histogènes. L’activité des muscles consiste dans le raccourcissement de leurs fibres, et sa conséquence dans le mouvement des os qui se meuvent comme des leviers. Eh bien, plus le muscle se tend avec énergie, plus il contient d’acide lactique, d’après Berzelius et du Bois-Reymond (1). Les muscles au repos ne renferment pas de suc acide (Georg Liebig, du Bois-Reymond). Le muscle du cœur qui est toujours en activité contient plus de créatine que la chair des autres parties du corps. Si nous comparons les chiffres de Scharling à ceux de Boussingault, nous trouvons que les oiseaux expirent à peu près neuf fois autant d’acide carbonique que l’homme (2). Aussi les oiseaux se distinguent-ils de tous les autres animaux par la grande quantité de créatine que renferment leurs muscles.

(1) Du Rois-Reymond, De fibrœ muscularis reactione ul chemicis visa est acida, Berolini, 1859, 34, 41.

(2) D’après Scharling, l’homme expire en vingt- quatre heures pour chaque 100 grammes de son poids 0sr,292 de carbone; d’après Boussingault, le pigeon expire 2&r,742. Voyez ma Physiologie des Stoff wechsels, 487,

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Bien plus, Liebig a trouvé l’acide inosique en particulier dans le suc de la viande de poule. Une respiration active a pour terme corrélatif une décomposition accélérée d’albumine et de graisse. On peut mesurer l’intensité de l’échange des matières qui s’est opéré dans lin homme, par la quantité d’acide carbonique, d’eau et d’urée qu’il élimine dans un temps donné. La rapidité de réchange des matières est la mesure de la vie.

Les hommes excrètent dans le môme temps plus d’acide carbonique et d’urée que les femmes; c’est l’expression la plus exacte de l’aptitude à l’action qui est propre aux deux sexes. Les enfants évacuent moins d’urée et d’acide carbonique que les femmes d’une manière absolue et non point en proportion de leur poids. Dans la vieillesse aussi l’élimination subit une diminution considérable. L’intensité la plus forte de l’échange des matières se place dans la période de la vie qui va de trente à quarante ans. C’est à cet âge en moyenne que l’activité créatrice de l’homme atteint son apogée.

Les poumons et les reins ne sont pas les seuls organes qui éliminent les produits de désassimilation ; il y a aussi la peau et le rectum.

L’oxygène inspiré arrive avec le sang dans la peau; il se forme aussi dans la peau de l’acide carbonique, qui s’échange contre de l’oxygène à travers l’épiderme, tout aussi bien que dans les poumons à travers les parois des vésicules pulmonaires et des vaisseaux capillaires. Aussi l’expression de respiration cutanée est-elle très-juste. Cependant dans la respiration pulmonaire il y a plus d’oxygène absorbé que d’acide carbonique exhalé, et l’espace qu’occupe l’air expiré est moindre que celui de l’air inspiré, tandis que dans la respira-

tion cutanée, la peau élimine beaucoup plus d’acide carbonique qu’elle ne laisse passer d’oxygène (Gerlach, de Berlin) (1).

Dans les déjections intestinales nous trouvons d’abord les résidus insolubles de la nourriture, que nous pouvons considérer comme une des parties accidentelles des matières fécales, puis de la bile, du liquide de sécrétion intestinale et du mucus, c’est-à-dire un mélange de substances qui proviennent nécessairement des parties constitutives du sang. Et comme la bile, le liquide des sécrétions intestinales et le mucus contiennent des corps azotés, il en résulte qu’une partie des substances que produit la désassimilation des corps albuminoïdes du sang est aussi rejetée par cette voie, mais c’est surtout dans l’urine que nous trouvons ces parties une fois qu’elles ont subi la décomposition. Les cheveux qui tombent, l’épiderme qui se desquame dans les cavités intérieures du corps aussi bien qu’à la surface extérieure, les ongles que nous coupons s’ajoutent à l’urine en multipliant les points d’élimination des principes azotés.

Cependant il s’en faut que la peau et l’intestin aient l’activité des poumons et des reins dans l’élimination des matières excrémentitielles. Les matières fécales ne montent pas au quatorzième ou même au dix-huitième du poids total des excrétions. Et l’acide carbonique qui s’échappe des poumons est trente fois plus considé-

(1) Gerlach, Müller’s Archiv fur Anatomie und Physiologie, Jahrgang 1851, 460. D’après Gerlach, dans la respiration pulmonaire le rapport de l’acide carbonique expiré à l’oxygène inspiré est comme 6:7; au contraire, dans la respiration cutanée, il est comme 6 : 2 f (loc. rit., p. 462).

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rable que celui qu’élimine la peau, d’après Scharling, et même quatre-vingt-dix fois plus, d’après Gerlach.

Le soufre et le phosphore des éléments histogènes albuminoïdes se brûlent pour former de l'acide sulfurique et de l’acide phosphorique. Ces acides décomposent le carbonate de soude du sang et nous les retrouvons dans l’urine en qualité de sulfate et de phosphate. Il en résulte qu’une nourriture animale riche en albumine n’a pas seulement pour effet d’augmenter la quantité d’urée de l’urine, mais qu’elle accroît aussi celle des sulfates et des phosphates terreux (Lehmann).

Nous voyons qu’en général les matières inorganiques restent attachées aux éléments histogènes non-seulement dans le développement, mais encore qu’elles accompagnent dans la désassimilation les matières excrémentitielles. L’acide urique n’est pas éliminé en qualité d’acide libre, mais sous forme d’urate de soude. En général, on peut dire que l’urine est le liquide qui a le privilège d’écarter du corps la plus grande partie des sels. Les matières fécales, le mucus, les produits cornés, les cheveux, les ongles et l’épiderme, éliminent aussi des matériaux inorganiques usés, et, au milieu d’eux en première ligne, le fer et les sels terreux.

Or, puisque l’échange de la matière est une mesure de la vie, il est évident que, non-seulement les matières se transformeront plus rapidement dans un individu plus fort, mais que le terme corrélatif d’une plus grande activité doit être une désassimilation plus prompte. C’est ce qui a lieu. L’effort corporel n’augmente pas simplement la sueur et l’urine, il augmente l’urée de l’urine et l’acide carbonique que nous expirons. D’après les nouveaux travaux de Gerlach les hommes occupés à des mouvements corporels éliminent par la peau en

neuf heures, autant d’acide carbonique qu’à l’état de repos en vingt-quatre heures. Dans un cheval au trot l’élimination est cent dix-sept fois plus grande que celle du repos. Un coureur anglais qui avait parcouru en cent heures un chemin qui en aurait exigé cinq cents pour une marche ordinaire, n’avait pas perdu après cet effort moins de là kilogrammes du poids de son corps (1).

On a donc le droit de prendre au pied de la lettre l’expression dont on se sert quand on parle des hommes à pensée ardente, quand on les appelle têtes chaudes. Un accroissement du travail de l’esprit produit une augmentation de l’appétit tout comme le ferait un mouvement musculaire intense. L’appétit n’est qu’un symptôme d’un appauvrissement du sang et des tissus, apprécié au moyen d’une sensation. L’activité cérébrale, comme le travail des membres, augmente l’élimination par la peau, les poumons et les reins.

D’après ce qui précède, il faut chercher les lieux de formation des matières excrémentitielles avant tout dans les tissus dont l’activité est produite par la combustion lente de leur respiration. Mais la désassimilation commence déjà dans le sang, car dans tous les points du corps où pénètre l’oxygène il y a combustion.

Sans doute, les substances principales du sang ne peuvent pas, en brûlant, se réduire en matières excrémenlitielles pendant le temps relativement court qu’elles séjournent dans les vaisseaux. C’est à peine si elles atteignent le degré de composition des éléments hislo-

(1) Valentin, Lehrbuch der Physiologie des Menschent Braunschweig, 1847, L 119.

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gènes. Au point de vue où nous nous plaçons, leur transformation est un développement progressif.

Mais la graisse subit dans le sang même une combustion partielle qui produit de l’acide carbonique et de l’eau, termes ultimes de la décomposition. Bien qu’en somme il transsude à travers la paroi des vaisseaux moins de graisse que d’albumine, la quantité de la graisse introduite dans le sang à la suite d’une ingestion de graisse et d’albumine diminue plus vite que celle de l’albumine (Thomson). Mais comme la graisse abandonne les vaisseaux plus lentement que l’albumine, il faut nécessairement attribuer cette diminution plus rapide à une combustion dans le sang. Pendant la digestion on expire plus d’acide carbonique (Vierordt).

L’eau-de-vie, le vin, la bière subissent dans le sang une combustion. Une partie de l’esprit-de-vin que toutes ces boissons renferment, se brûle dans le sang comme dans l’air à une chaleur de 30 à Û0 degrés pour former de l’acide acétique. Il se peut et même il est vraisemblable que cela n’arrive qu’après une formation préalable d’aldéhyde, corps qui ne diffère de l’acide acétique que parce qu’il contient moins d’oxygène (Bouchardat et Sandras, Duchek). La formation du vinaigre repose sur une combustion imparfaite de l’esprit-de-vin; cette combustion s’opère dans le sang exactement de même que celle de l’ammoniaque qui donne de l’acide nitrique. En subissant une combustion plus avancée, l’acide acétique se change en acide oxalique et en eau, et l’acide oxalique se brûlant entièrement, se résout en acide carbonique (1).

(1) Duchek, Prager Vierteljahrsschrift,i8b3 , III, 133. Les recherches de Masing ont montré qu’on ne doit pas regarder comme décisive

Toutes les modifications que le sang subit par la respiration s’expliquent parla combustion et la déperdition d’eau. Le résultat de la combustion est qu’il y a dans les artères plus de fibrine et moins de graisse que dans le sang des veines qui n’a pas encore respiré. Une partie de l’albumine du sang veineux se change en fibrine en absorbant de l’oxygène, la graisse se réduit en partie en acide carbonique et en eau par suite de la combustion.

En comparant l’air expiré à celui qui est inspiré, on trouve que la quantité d’acide carbonique n’y a pas subi seule une augmentation, celle de l’eau aussi est devenue plus grande. En traversant les vaisseaux capillaires des poumons, le sang des veines cède de l’eau à l’air des vésicules pulmonaires. Aussi le sang de l’artère pulmonaire qui amène le sang veineux aux poumons contientil plus d’eau que celui des veines pulmonaires qui ramènent le sang des poumons dans le cœur. C’est encore pour cette raison que le sang des petites veines contient toujours plus d’eau que celui des artères. On ne doit pas voir une contradiction à cette règle générale, dans ce fait que la veine cave inférieure contient moins d’eau que le sang artériel. En effet elle a perdu beaucoup d’eau sous forme d’urine et de bile (Lehman) (1).

la preuve que Duchek avait donnée de la présence de l’aldéhyde dans le sang, et qu’une grande partie de l’alcool ingéré est éliminée en nature par les poumons et les reins. Schmidl's Jahrbücher , LXXXVII, 24, 25. Il reste toujours des recherches de Duchek un résultat instructif : l’aldéhyde injectée dans les veines ou dans l’estomac produit les mômes phénomènes d’ivresse que l’alcool. Duchek, 117,

(1) Lehmann, CanstaU's Jaliresberichl für 1855, I, 189. Les recherches de Lehmann nous ont enfin débarrassé des résultats inintel-

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Quand la composition s'altère les propriétés changent. Le sang rouge bleu sombre des veines devient rouge éclatant par la respiration. Le sang de l’escargot des vignes devient bleu en absorbant de l’oxygène, et incolore en absorbant de l’acide carbonique.

Nous voyons que le sang abandonne constamment ses propres parties constitutives aux organes du corps en qualité d’éléments histogènes. L’activité des tissus décompose ces éléments en acide carbonique, en urée et en eau. Enfin les matières excrémentitielles traversent constamment le courant de la circulation pour gagner les poumons, les reins, la peau et le rectum d’où elles sont rejetées hors du corps. Il est donc nécessaire que les tissus et le sang subissent par la marche régulière de la vie une déperdition de substance, qui ne trouve de compensation que dans le dédommagement fourni par les aliments.

Cet échange de matières s’opère avec une rapidité remarquable. La durée moyenne de la vie des hommes qui succombent à l’inanition va jusqu’à deux semaines. Mais au moment où un vertébré, quel qu’il soit, meurt d’inanition, son corps a perdu les quatre dixièmes de son poids primitif. Supposons que cette perte de poids pût se prolonger sans donner lieu à la mort par inanition, au bout de trente-cinq jours un homme aurait consommé la totalité de son corps. En effet, si l’on prend deux fois et demi les quatre dixièmes qui sont dépensés, on obtient l’unité, c’est-à-dire le corps entier. La mort arrive après quatorze jours; si l’on prend quatorze deux fois et demi, on obtient trente-cinq. Si nous remplaçons

ligibles de Nasse, Simon, Hering, Clément, et réhabilité les assertions de Lccanu et de Letellier.

MOLESCHOTT. — I

les pertes par des aliments, le corps d’un adulte se maintient dans son poids primitif. Chez les individus qui font un usage convenable d’aliments et de boissons, l’échange des matières s’opère plus vite que chez les êtres épuisés par l’abstinence. Ces faits justifient donc tout à fait la supposition que le corps renouvelle la plus grande partie de sa substance dans un laps de temps de vingt à trente jours.

Barrai rapporte qu’en été il perdait en vingt-quatre heures à peu près le quatorzième, et en hiver même le douzième du poids de son corps. Chez divers individus la grandeur de la perte journalière peut cependant subir de grandes variations. Le colonel Laun (de Sarrelouis) a fait sur lui-même plusieurs pesées en s’imposant un régime régulier. Tl en a pris les moyennes, et a trouvé une perte moyenne d’un vingt-deuxième de son poids en vingt-quatre heures (T).

La nourriture qu’on absorbe, et l’oxygène qu’on inspire couvrent cette perte. Le sang, en effet, ne provient pas seulement des substances alimentaires, mais à la fois de la nourriture et de l’oxygène. Cela est encore plus vrai des tissus. La condition de la genèse des tissus, c’est la respiration.

Supposons que le corps perdît chaque jour en hiver un nouveau douzième, en été un nouveau quatorzième de son poids, le corps tout entier serait renouvelé en douze ou quatorze jours. D’après les résultats de Laun, il faudrait dire vingt-deux jours.

Liebig déduit cette rapidité de l’échange des matières d’une autre considération. On ne se trompe guère en

(1) Laun, Untersuchungen sur Naturlehre des Mcnschen und der Thiere, Herausgegeben von Jac* Moleschott, II, 278 et seq.

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attribuant à un homme fait une quantité moyenne de vingt-quatre livres de sang. L’oxygène que nous absorbons en quatre ou cinq jours par la respiration suffit à transformer par la combustion tout le carbone et l’hydrogène de ces vingt-quatre livres de sang en acide carbonique et en eau (1). Mais le sang s’élève environ au cinquième du poids du corps d’un adulte (2). Si donc

(1) Liebig, Chemische Briefe , 389, 390.

(2) Welcker a essayé de rendre probable que le sang ne s’élevait environ qu’au dixième du poids du corps humain par des recherches sur le pouvoir colorant de l’hématosine du sang, et des expériences sur la quantité du sang basées sur ce pouvoir colorant; quelque favorables que ses expéiiences et la discussion qui les accompagne soient à l’opinion de Welcker, il me semble cependant que les résultats de l’observation directe sont invincibles. J’avoue que j’ai toujours accordé plus de valeur aux observations de Wrisberg qu’aux expériences ingénieuses de Valentin pour déterminer la quantité du sang, parce qu’il ne faut pas oublier qu’il y a dans ces dernières une source d’erreur bien connue, à savoir la perte d’eau que le sang cède aux tissus et aux glandes. Wrisberg a recueilli une fois 24 livres de sang du corps d’une femme décapitée, et a vu dans un cas une femme perdre 26 livres de sang par une hémorrhagie utérine. Voyez Valenlin’s Lehrbuch der Physiologie des Menschen, 2leAuflage 1, 495. Il peut se faire, quand un corps perd tout son sang, que par suite d’un accroissement d’absorption, une quantité considérable de sucs nourriciers déjà exsudés hors des vaisseaux retourne dans la circulation, et Welcker peut bien avoir raison, quand il ne considère dans sa discussion que le sang manifestement contenu dans le cœur et les vaisseaux à un moment donné. Mais il est à peu près indifférent pour notre calcul que ces 24 ou 26 livres de sang soient en une ou plusieurs minutes contenues dans les vaisseaux ou qu’il faille en chercher une partie hors des vaisseaux à un moment donné. Au point de vue de Welcker, ses expériences et ses incertitudes sont très-dignes d’attention, quoiqu’elles ne soient point décisives. Voyez son mémoire ;

cinq jours suffisent à dépenser le sang par l’échange des matières, il faut que le corps entier se transforme en cinq fois cinq ou vingt-cinq jours. J’ai trouvé avec Marfels que des corpuscules colorés du mouton, qu’on injecte en grande quantité dans la circulation des grenouilles, en ont complètement disparu après dix-sept jours (1). Or, puisque l’échange matériel s’opère chez les grenouilles avec plus de lenteur que chez les animaux à sang chaud, il faut admettre que les globules colorés du sang de l’homme se renouvellent complètement en moins de dix-sept jours.

La concordance des résultats qu’on obtient en partant de trois points de vue différents est une garantie positive de la vérité de l’hypothèse, d’après laquelle il faut trente jours pour donner au corps entier une composition nouvelle. Les sept ans que la croyance du peuple fixait pour la durée de ce laps de temps sont donc une exagération colossale, et si Jean Paul avait voulu accommoder sa plaisanterie à la science actuelle, il aurait pu réduire à un mois le temps après lequel l’homme et la femme doivent vivre l’un avec l’autre en adultère, puisqu’il ne sont plus les mêmes, quant à la matière.

Quelque surprenante que puisse paraître au premier coup d’œil celte rapidité, les observations s’accordent sur tous les points. D’après Stahl, les alouettes perdent en un jour la graisse qui s’est développée pendant la

« Blulkürperchenzllhlung und farbeprüfende Méthode , Prager Vierteljahrsschrift fur die praktische Heilkunde, Jahrg. XI, IV, 74, 78.

(1) Marfels et Moleschott, sur la durée de la vie des globules du i sang, Unlersuchungen zur Nalurlehre des Menschen und der Thiere, Herausg. von Moleschott, I, 51.

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nuit dans leur corps (1). J’ai déjà fait voir dans ces lettres que le développement des cellules s’opère dans le sang en sept ou huit heures aux dépens des matières fournies par le chyle (*2). Qui ne sait du reste qu’il suffit de peu de jours pour rendre un homme presque méconnaissable par l’amaigrissement?

La rapidité de l’échange des matières que toutes ces observations démontrent, est ce qu’il y a de plus propre à diminuer l’étonnement que nous éprouvons en présence des résultats des recherches célèbres de Bidder et Schmidt ; elles nous apprennent qu’un adulte pesant. 128 livres sécrète en vingt-quatre heures près de 3 livres de salive, au moins 2 livres et demi de bile et plus de 28 livres de suc gastrique (3), de sorte qu’un fumeur affecté de la mauvaise habitude de cracher, peut cracher en une demi journée la quatre-vingt-cinquième partie de son poids. Dans le cours de vingt-quatre heures, il coule dans notre corps près du quart de notre poids de suc gastrique circulant du sang à l’estomac et de l’estomac au sang.

Chaque individu échange la matière avec une vitesse différente. J’ai déjà expliqué l’aptitude à l’action que l’homme, la femme, l’enfant et le vieillard manifestent chacun à leur degré par la propriété dont l’homme jouit, d’échanger plus de matières que la femme, l’adulte plus que le vieillard et l’enfant. L’ouvrier et le penseur changent la composition de leur corps dans

(1) Lehmann, Lehrbuch der physiologischen Chemie , 1842, 267.

(2) Voyez note 2, p. 427.

(3) Bidder et Schmidt, Die Verdauungssüfte und der Stoffwechsel , Mitau und Leipzig, 1852, 13, 216. — C. Schmidt, Annalen der Chemie und Pharmacie , XCII, 42.

un temps plus court que les gens oisifs et les viveurs. Il y a des hommes qui vivent vite; chez eux l'espérance, la passion et l’abattement craintif qui se transforme rapidement en confiance joyeuse, mettent vivement le sang en mouvement. Ils vivent vite parce que l’échange des matières s’exécute vite dans leur corps.

L’absorption des aliments a pour antithèse celle de l’oxygène, mais il ne faut pas voir dans cette proposition l'oxygène réclamant une partie des aliments à titre d’aliments respiratoires, tandis qu’une autre partie servirait à la formation des tissus. La nourriture qui forme les tissus et qui par la suite, sous l’action de l’oxygène inspiré, se décompose peu à peu en matières excrémentitielles, est toujours la même matière à différents degrés de développement. Par la digestion les substances alimentaires se changent en éléments du sang, par l’action de l’oxygène les corps du sang deviennent des éléments histogènes, et ce n’est que l’action progressive de l’oxygène qui produit la désassimilation au sein des tissus. L’essence de cette désassimilation est la combustion lente de la graisse et de l’albumine, des substances réductibles encolle et du tissu élastique. Les termes ultimes de la combustion sont l’acide carbonique, l’eau, l’urée et l’ammoniaque.

Tant que l’équilibre existe entre la sanguification et l’élimination, le corps ne souffre aucune altération dans sa provision générale de matière. Cet équilibre se maintient dans l’échange de matières de l’adulte. On peut peser le corps d’un homme de trente à quarante ans, bien des jours l’un après l’autre, sans constater une augmentation ou une diminution de poids qu’on ne puisse expliquer par une recette ou une dépense, qui l’aurait immédiatement précédée. Réparti sur plusieurs jours.

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un pareil changement de poids est complètement compensé.

Chez le vieillard l’équilibre est détruit. La digestion n’est plus aussi puissante que chez l’homme à la fleur de l’âge. L’absorption des aliments et des boissons se règle très-vite sur la digestion. L’action de l’oxygène et la désassimilation des tissus qui en est l’efl'et ne discontinue pas. Il en résulte immédiatement une diminution du suc nourricier qu’on peut reconnaître non-seulement par la pesée mais aussi par l’inspection directe. Des parties qui comme le globe de l’œil contiennent beaucoup de liquide sont moins remplies, moins tendues dans un âge avancé; la cornée s’aplatit, ce qui est cause que la myopie diminue d’année en année, et même peut se convertir en l’infirmité opposée. Les os des vieillards ont perdu une partie de leur élasticité, parce qu’ils sont moins riches en eau que ceux des adultes (Fremy) (1).

La combustion atteint donc les substances organiques; et les parties constitutives inorganiques en somme abandonnent le corps moins vite que la totalité de l’albumine et de la graisse. Aussi les sels et surtout les sels terreux s’accumulent-ils relativement dans les tissus. Les os deviennent plus riches en chaux et cassants, les parois des vaisseaux et leurs valvules s’encroûtent de craie.

Dès que la recomposition ne fait plus équilibre à la désassimilation, le dépérissement des tissus s’ensuit inévitablement. La mâchoire inférieure diminue de volume, ce que trahit le menton pointu des vieilles gens. La graisse sous-cutanée subit une déperdition considé-

(1) Fremy, Comptes rendus , XXXIX, p. 1055.

rable, aussi sur le front et les mains la peau devenue trop large se ride. Les muscles amincis manquent de contractilité, ils ne peuvent plus redresser l’épine dorsale, et laissent tomber la tête en avant. Aussi admironsnous comme une chose rare l’allure assurée et droite des vieillards vigoureux. Les cordes vocales deviennent plus sèches, elles perdent de leur flexibilité et de leur élasticité. La voix devient rauque et sourde ou aigre et criarde. A partir de la cinquantième année, le poids du cerveau diminue aussi (Peacock) (1).

Il résulte des recherches de Boecker que, pendant le sommeil, quand on compare cet état avec celui de veille, toutes les autres conditions étant les mômes, les sécrétions augmentent et la production du cerveau s’accroît (2). Chez l’enfant à la mamelle qui dort plus qu’il ne veille, le développement des tissus est en somme favorisé. L’enfant quand il veille ne se trouve pas dans les mêmes conditions que quand il dort, au contraire, il se démène avec vivacité, joue, pousse des cris de joie, et ce n'est que parce qu’il dort souvent, que l'acide carbonique qu’il exhale se trouve diminué. Le sommeil n’a donc pas seulement une utilité indirecte, en ce qu’il diminue les pertes, mais il en a aussi une directe parce qu’il active le développement. Au contraire, chez le vieillard souvent tourmenté d’insomnie, la recomposition doit souffrir. Et comme il faut admettre encore, malgré le travail de Boecker, qu’une nuit passée tranquillement dans le sommeil est

(1) Peacock, Archives générales de médecine , 4e série, XXVII, 212, 213.

(2) Boecker, sur le sommeil, Archiv fur Wissenchaflliche Ileil- Tcunde von Benekc, Nasse , Vogel , II, 105.

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suivie d’une perte de poids moindre qu’une autre passée dans l’agitation et la veille, tout doit contribuer chez le vieillard a accroître le défaut de proportion entre la sanguification et la désassimilation. Avec la matière la force diminue. La fin s’approche doucement. La mort est un épuisement qui résulte de l’appauvrissement matériel.

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