CHAPITRE XII
Un autre manomètre métallique m'a donné des résultats tout à fait satisfaisants; je le désigne sous le nom de manomètre métallique inscripteur et crois utile d'en reproduire la description détaillée, car c'est presque exclusivement cet appareil qui a été employé dans les expériences dont il sera question dans cet ouvrage, quand il s'agira de déterminer les phases compliquées des variations de la pression du sang.
La figure 86 représente le manomètre. A l'intérieur. d'un vase métallique plat est placée une capsule de baromètre anéroïde m remplie de liquide. Dans cette capsule arrive un tube afférent T qui est mis en communication avec l'artère dont on veut me-
Fig. 87. Canules à ampoule pour retarder la coagulation du sang dans les expériences
manométrif|iies.
surer la pression. Un tube efférent se rend à un manomètre à mercure b qui indique la valeur absolue de la pression et contrôle le manomètre métallique. Le vase de métal qui contient la capsule manométrique est rempli d'eau et muni , à sa partie supérieure, d'un large tube de verre dans lequel le niveau de 1 eau s élève jusqu'à une faible hauteur. Enfin, ce tube est fermé par un bouchon de caoutchouc, muni d'un petit tube qui se rend à un tambour à levier t. Sous l'influence des variations de pression quelle subit à son intérieur, la capsule manométrique se dilate et se resserre tour à tour; ces changements de volume déplacent le liquide dans lequel elle baigne, et l'on voit le niveau de ce l.qmde s'élever ou s'abaisser dans le tube de verre, suivan que la pression s'accroît ou diminue. Or, ces mouvements de 1 eau ag.ssent à la manière d'un piston et produisent un
va-et-vient d'air qui actionne le tambour à levier inscripteur
Avec certaines dispositions destinées à prévenir la coagulation du sang on peut, pendant trois ou quatre heures consécutives, inscrire la pression , même chez les petits animaux. Il s'agit de placer sur la canule qui plonge dans l'artère explorée une ampoule qui renferme du liquide alcalin pour empêcher la formation des caillots. Ce genre de canule à ampoule est représenté dans la figure 87 s. Un branchement latéral qu'on ouvre en cas de besoin sert à faire sortir les caillots s'il s'en formait encore.
§ 114. — Nécessité de 'proportionner la capacité des manomètres à la taille des animaux sur lesquels on expérimente. — Tous les manomètres dont il vient d'être question reçoivent le sang à leur intérieur. Or, il pénètre dans ces instruments une quantité de sang égale au volume de mercure ou de liquide déplacé : un manomètre à mercure, pour une pression donnée, loge dans son intérieur une quantité de sang proportionnelle à la section de sa colonne, de sorte que si l'on voulait évaluer la pression artérielle d'un petit animal avec un manomètre de gros calibre, on produirait dans l'instrument une véritable hémorrhagie qui modifierait beaucoup la valeur de la pression à mesurer. La même remarque s'applique à l'emploi des manomètres élastiques de grande capacité 3.
g 115. — Graduation des manomètres élastiques. — Tous les manomètres élastiques, aussi bien que les sondes manométriques dont il a été question au chapitre vr, sont des instruments à
1. Pour les détails techniques de l'emploi de ce manomètre, nous renvoyons le lecteur à un article très détaillé de François-Franck [Trav. du lab., t. III, p. 329).
2. Chauveau a introduit dans son laboratoire une méthode qui, paraît-il, est plus parfaite encore. On met sur le trajet du tube qui joint la canule au manomètre un flacon à deux tubulures rempli de solution alcaline ; cette disposition met entièrement à l'abri du danger de coagulation du sang.
3. Un autre inconvénient très grave des manomètres à grande capacité, c'est de faire pénétrer dans le système artériel une quantité considérable de liquide alcalin quand la pression s'abaisse ; par exemple, pendant un arrêt du cœur. Les accidents qui résultent de cette pénétration suffisent quelquefois pour tuer l'animal (injection des coronaires, pénétration dans le cerveau), et en tout cas produisent des perturbations considérables. François-Franck attribue à la pénétration dans les vaisseaux d'une certaine quantité de carbonate de soude la plupart des accidents tétaniques consécutifs à l'arrêt prolonge du cœur et que certains physiologistes ont récemment rapportés à l'anémie des centres nerveux produite par la suspension de l'afflux artériel.