‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 111 sur 431 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

il s'y forme des courbures par suite de son allongement; si des courbures existaient déjà, comme cela s'observe sur les artères des vieillards, ces courbes deviendront plus prononcées l. Enfin, si une anse artérielle libre de se déplacer présente une courbure très brusque, cette courbure, au moment de la systole du cœur, tendra à prendre un rayon plus grand. Cela se passe par un mécanisme semblable à celui du manomètre de Bourdon.

Dilatation transversale des artères.

g 125. — La dilatation des artères est bien moins marquée que leur allongement; pour la voir, il faut s'adresser à une artère de gros calibre, à une carotide ou à une fémorale, mettre ce vaisseau à nu et se servir comme repère du compas d'épaisseur. Ce mouvement est si faible que beaucoup de physiologistes en ont nié

Fig. 97. Appareil de Poiseuille pour démontrer la dilatation des arlères.

l'existence : Flourens a cru le démontrer en appliquant autour d'une artère un anneau brisé formé d'un ressort de montre; les bords libres de cet anneau s'écartaient l'un de l'autre à chaque systole du cœur2. Poiseuille employa une méthode plus rigoureuse. Il construisit une petite caisse (fig. 97) formée dé deux

1. Bichat croyait à tort que la locomotion des artères se produisait par un redressement des courbures de ces vaisseaux; mais E. H. Weber (de Pulsu) fait justement remarquer que c'est l'inverse qu'il faut admettre. Les artères des cadavres sont rectilignes dans leur état de vacuité et prennent des inûexions très prononcées sur les cadavres injectés au suif.

2. Cette expérience n'est pas démonstrative, car si l'anneau élastique étreignait légèrement le vaisseau, l'ouverture de cet anneau était produite non par la dilatation de l'artère, mais par la pulsation, phénomène dont nous parlerons tout à l'heure. Déjà Spallanzani [Exp. sur la circulation, p. 356) avait appliqué un anneau à l'aorte d'une

compartiments A et E qui recevaient le vaisseau dans eur intervalle, le laissant passer entre deux échancrures demi-circulaires dont ils étaient munis chacun, et qui, adossées l'une à l'autre, formaient un passage annulaire pour l'entrée du vaisseau dans la caisse et un autre pour sa sortie. Quand l'artère est ainsi logée dans la caisse, on ferme celle-ci hermétiquement et on la remplit d'eau par une ouverture C pratiquée à sa partie supérieure que l'on ferme aussitôt, tandis qu'une autre ouverture est munie d'un tube de verre de petit calibre B.

L'appareil étant ainsi disposé, chaque fois que le vaisseau contenu dans la caisse subira la moindre dilatation, il en résultera le déplacement d'une petite quantité du liquide contenu dans la caisse ; ce liquide s'avancera dans le tube capillaire B et y produira un changement de niveau très sensible. Or, à chaque systole ventriculaire, on voit le liquide s'avancer dans le tube B, et rétrograder à chaque diastole.

Cette démonstration ne laisse aucun doute sur l'existence de la dilatation de l'artère ; elle a inauguré l'emploi en physiologie d'appareils destinés à mesurer avec précision les changements de volume des organes.

Changements de volume des organes liés aux dilatations et aux resserrements de leurs artères.

§ 126. — Les vaisseaux sanguins forment la plus grande partie du tissu de nos organes ; aussi est-il naturel d'admettre que si les artères et artérioles ont des mouvements alternatifs d'expansion et de resserrement, il en résultera des variations sensibles du volume des parties dans lesquelles se distribuent ces vaisseaux. C'est en plongeant la main et l'avant-bras, le pied ou même le membre inférieur tout entier, dans des appareils à déplaccrneni plus ou moins analogues à celui de Poiseuille qu'on arrive à rendre appréciables des alternatives de turgescence et de resserrement des membres, rythmées comme les mouvements du cœur. Ces changements de volume échappent entièrement

salamandre, mais dans des conditions plus probantes : l'anneau élail un peu plus /Vyvt- U^^y^ large que le vaisseau et l'aorte n'en remplissait l'ouverture qu'au moment de sa dila-

. V^y^L i^yyr^~ at,on'

CHAPITRE XIII. 199 à la vue, aussi bien qu'au toucher, lorsqu'on n'emploie pas cet artifice.

Piégu, en 1846, injectait, par les artères, le membre inférieur d'un cadavre immergé dans un grand vase plein d'eau tiède. A mesure que l'injection pénétrait dans le membre, il voyait l'eau s'élever dans le vase, puis bientôt s'écouler par-dessus les bords. Ce savant comprit que, sur le vivant, il devait se passer quelque chose de semblable, à chaque fois qu'une nouvelle ondée de sang pénètre dans les artères, et il essaya de mettre ce phénomène en évidence par le déplacement d'une colonne d'eau.

Piégu enferma un membre tout entier dans une caisse contenant de l'eau tiède ; la caisse s'ajustait exactement par son ouverture à la racine du membre et était munie d'un tube étroit dans lequel s'élevait le niveau du liquide. A chaque systole du cœur, l'eau s'élevait sensiblement à l'intérieur du tube ; elle redescendait à chaque diastole.

C'étaient, avec une intensité beaucoup plus grande, les mouvements que Poiseuille avait constatés sous l'influence des changements de volume d'une artère placée dans son appareil.

La méthode de Piégu se perfectionna peu à peu, grâce aux efforts de différents physiologistes: Chelius1, Fick, Buisson, Mosso etFran-

1. Chelius (Vierteljahr f. d. prakt. Hcilkunde von d. Med. Facullàt in Prag. H ^ ***** Li. XXV-XXVI, 1850) s'était proposé de mesurer le volume de l'ondée sanguine qui

pénètre dans les organes à chaque systole du cœur : c'est ce qu'il appelait très justement « sphygmographie volumétrique ». A cet effet, il construisit deux appareils, peu différents l'un de l'autre, dans lesquels l'augmentation de volume de la main et de

cois-Franck. Buisson1, le premier, eut l'idée d'inscrire les mouvements d'expansion et de retrait du membre en mettant une sorte de ventouse de Junod en rapport avec un tambour à levier inscripteur. Il obtint ainsi une ligne sinueuse dont chaque petite ondulation correspondait à une révolution du cœur, mais Buisson ne donna pas de suite à ses recherches2 qui furent reprises par François-Franck et poursuivies par ce dernier avec beaucoup de soin. Nous reproduisons (fïg. 99) l'appareil destiné à inscrire les changements de volume de la main.

Appareil inscripteur des changements de volnme'des organes.

§ 127. — Un vase de verre cylindrique est fermé par en haut au moyen d'une membrane de caoutchouc percée d'un trou assez large pour qu'on y puisse introduire la main. A l'intérieur du vase est une traverse de bois horizontale qu'on saisit pour immobiliser la main dans l'appareil. Un opercule de cuivre à deux valves échancrées se rabat sur la membrane de caoutchouc, laissant libre seulement une ouverture par laquelle passe l'avantbras. Le vase est rempli d'eau et celle-ci s'élève dans une boule de verre qui communique par un tube avec un tambour à levier inscripteur. (Ce tambour n'est pas représenté dans , la figure 99.) Les mouvements d'expansion et de retrait de la main font osciller continuellement le niveau de l'eau dans la boule. De ce va-etvient de la surface liquide résulte un déplacement de l'air qui se rend au tambour à levier et l'oscillation de la plume s'inscrit suivant les procédés ordinaires.

On recueille ainsi des tracés dont la figure 100 donne un spécimen; les oscillations sont rythmées avec les mouvements du cœur.

l'avant-bras déplaçait un certain volume d'eau dont on évaluait la vitesse de déplacement. (Les dessins de ses appareils ont été représentés dans la thèse de A. Suc, Paris, 1879.) Fick reprit la question sans connaître le travail de Chelius; il donna la description de son appareil (fig. 98) dans les Comptes rendus de son laboratoire, Zurich, 1869.

Chelius introduisait le bras dans un manchon de verre dont le bord s'adaptait exactement sur la peau au moyen d'un anneau de caoutchouc. Le manchon de verre était plein d'eau et relié à un tube en U formant manomètre inscripteur.

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