CHAPITRE XIV
cher d'importance à la modification du sphygmographe proposée par Béhier' et qui consiste à mesurer, sur un cadran divisé, le nombre de tours faits par la vis de réglage pour obtenir un tracé du pouls aussi ample que possible. La même tentative a été faite par Balthazar Forster2 avec un moyen identique.
Mpliygiiiograplie à transmission.
g 143. — De même que la pulsation du cœur, celle du pouls se transmet à distance et s'inscrit au moyen d'instruments appropriés. Déjà Buisson avait réussi à transmettre, par des tubes à air, les pulsations des artères sur lesquelles il appliquait ses entonnoirs munis de membranes. Brondgeest, en Hollande, a présenté sous le nom de pansphygmographe une sorte de tambour explorateur du cœur susceptible de s'appliquer aux artères. J'ai adopté une autre disposition qui me semble plus commode et qui donne des résultats très satisfaisants.
La figure 114 représente le sphygmographe à transmission. La monture ordinaire est conservée avec son mode d'adaptation au
1. Béhier, Description de modifications apportées au sphygmographe. (Bull, de l'Acad. deméd., 11 août 1868, t. XXXIII, p. 176.)
2. Balth.-Forstcr, British and Forcign medico-chir. Revietv. July 1867.
Les instruments de Behier et de B. Forster indiquent-ils réellement la pression exercée sur l'artère? On peut à coup sûr répondre que non ; car, avec un peu d'habitude du maniement d'un sphygmographe, on reconnaît que la conformation du poignet varie assez, d'un sujet à l'autre, pour que le ressort doive être très inégalement déprimé lorsqu'on veut presser l'artère radiale avec une force égale chez deux sujets différents. D'autre part, en admettant môme que le cadran indiquât en grammes la valeur de la pression exercée par le ressort, une partie de celte pression sera supportée par les parties molles voisines de l'artère, et la valeur de cette panie de la pression ne saurait être connue.
Imaginons enlin que l'artère toute seule supporte la pression du ressort, et que colle-ci soit exactement mesurée ; on n'en pourra pas déduire la valeur de la pression du sang. En effet, la force avec laquelle le ressort tend à être soulevé a deux facteurs : la pression du sang multipliée par la surface de paroi vasculaire sur laquelle s'exerce celle pression. Or ce dernier facteur change beaucoup, d'un. sujet à l'autre, avec le volume de la radiale. Cette artère est souvent de calibres très différents au poignel droit cl au poignet gauche, de sorte que telle pression qui écraserait l'artère la plus petite serait à peine suffisante pour déprimer au degré convenable l'artère la plus volumineuse Enfin, le calibre de l'artère radiale change notablement, d'un moment à l'autre, sur un même sujet. En général, si on laisse le sphygmographe longtemps appliqué sur le poignet d'un sujet jeune, on constate que les pulsations augmentent de force ce qui tient à une augmentation du calibre de l'artère radiale sous l'influence de la compression prolongée qu'elle subit.
poignet ; la vis V règle la pression du ressort. A la partie supérieure, l'instrument porte une capsule métallique à membrane de caoutchouc semblable à celle d'un tambour à levier. Sur la membrane est un disque léger du centre duquel se délache une tige T dont l'extrémité s'adapte au ressort de pression et en transmet les mouvements à la membrane. La capsule à air du sphygmograplie se met en rapport, par un tube, avec celle d'un tambour à levier inscripteur. On recueille le tracé sur le cylindre enfumé d'un polygraphe ; la forme en est identique à celle que donne le sphygmograplie ordinaire.
Le sphygmograplie à transmission présente l'avantage de donner des tracés d'une longueur très grande, car, indépcndammenl
Fig. 114. Sphygmograplie à transmission envoyant la pulsation artérie le a un levier inscripteur
situé à distança.
du parcours que représente un tour de cylindre, il suffit de changer la position du levier inscripteur sur le cylindre du polygraphe pour écrire indéfiniment les tracés du pouls. On constate alors parfois certaines irrégularités qui eussent pu passer inaperçues dans la courte durée du tracé d'un sphygmograplie ordinaire. La ligure 115 montre une irrégularité périodique du rythme et de l'amplitude du pouls, cette périodicité était réglée par le rythme des mouvements respiratoires.
Veut-on suivre dans toutes ses phases l'influence de certaines conditions physiologiques sur les caractères du pouls, c'est encore au sphygmograplie a transmission qu'il faut s'adresser. Le tracé (fig. 116) montre la série des changements qui se produisent dans la fréquence, la forme et la force du pouls, pendant la durée d'un effort et après que l'effort a cessé. Il serait très difficile de faire
tenir dans la durée du tracé d'un sphygmographe ordinaire les phases complètes de ce curieux phénomène dont on trouvera l'explication plus tard.
Le sphygmographe a transmission permet encore de recueillir simultanément le pouls de plusieurs artères, ou d'inscrire le pouls artériel en même temps que la pulsation du cœur. On voit (fig. 117) un exemple de celte inscription double. Il s'agissait d'un malade qui présentait des systoles irréguliôres ; le pouls radial avait des irrégularités correspondantes, la coïncidence des pulsations faibles avec les systoles avortées est manifeste dans ce tracé.
Lcs aoubles tracés simultanés du cœur et du pouls sont indispensables quand il s'agit de déterminer le relard du pouls sur la | systole du cœur, indication si précieuse dans le diagnostic des anévrysmes. Enfin, ils éclairent singulièrement le mécanisme normal ou anormal de la circulation cardio-vasculaire, en montrant à la fois comment le sang est lancé par le cœur et comment il est reçu dans le système artériel.