CHAPITRE XIV
§ 140. — Un des meilleurs contrôles auxquels on puisse soumettre le sphygmographe consiste à l'appliquer sur une artère à laquelle est adapté un manomètre élastique. Le pouls, consistant dans une variation de consistance du vaisseau sous l'influence des changements de la tension artérielle, doit présenter les mômes phases que cette tension; les deux tracés doivent donc être identiques1. C'est ce que l'on voit en opérant sur une artère d'un animal.
§ 141. — Contrôle du sphygmographe au moyen de l'appareil inscripteur des changements de volume des organes. — Les alternatives de turgescence et de resserrement des organes sous l'influence de changements de la tension de leurs artères sont entièrement assimilables aux indications d'un manomètre élastique dans lequel varie la pression du sang. Un sphygmoscope, par exemple, se gonfle et se resserre suivant les phases d'augmentation ou de diminution de la tension artérielle; il en est de même de l'ensemble des vaisseaux artériels d'un membre qui peuvent être considérés comme un espace formé de parois élastiques; aussi devait- on s'attendre, si le sphygmographe traduit fidèlement les changements de la tension artérielle, à obtenir des formes identiques pour le pouls et pour les changements de volume des organes. Cette identité existe en effet dans la plupart des cas, de sorte que l'on peut substituer au sphygmographe ordinaire l'appareil à déplacement de Buisson, dont nous avons parlé § 127, à propos des expériences de François- Franck et que Mosso a désigné pour cette raison sous le nom d'hydro-sphygmographe 2.
1 . Par cette identité, nous entendons que les deux tracés doivent présenter des ondulations de môme nombre et de formes semblables; mais les courbes peuvent avoir des amplitudes différentes, suivant qu'on a plus ou moins sensibilisé l'un des instruments.
2, I/emploi de l'appareil à déplacement est utile dans les circonstances où quelque anomalie artérielle empêche d'appliquer le sphygmographe ordinaire. On peut ainsi évaluer le relard du pouls sur le cœur, juger de la régularité des pulsations, sa.s.r les influences de la respiration sur le pouls, etc. Mais il arrive parfois que le tracé des changements de volume de la main a une forme assez différente de celle du pouls artériel.
Dans son travail sur la circulation cérébrale (Sulla circolazione del sangue net cervello del l'uomo, Torino, 1880), Mosso constate ces différences et émet l'opinion que le sphygmographe ordinaire altère la forme des tracés, tandis que l'hydro-snhvemographe en donne la forme véritable. On verra plus loin que la forme des tracés des
Modifications apportées par «1 autres auteurs a la construction
du sphygmographe.
^ 142. — Beaucoup d'auteurs ont proposé des modifications du sphygmographe élastique ; une des préoccupations dominantes de certains médecins était de demander à l'instrument l'indication de la valeur absolue de la pression du sang dans les artères, tandis qu'il n'en peut exprimer que la valeur relative. Il ne faut pas oublier que le sphygmographe , de même que les manomètres élastiques dont les indications n'auraient pas été contrôlées au moyen du manomètre à mercure employé comme étalon, ne donnv. que l'expression des variations en plus ou en moins de la tension artérielle, variations qu'il traduit par des oscillations plus ou moins grandes, suivant qu'il est plus ou moins sensibilisé. Or, on a pu croire qu'en estimant en grammes la pression que le ressort exerce sur l'artère, on mesurerait ainsi la résistance que la pulsation surmonte et par conséquent la valeur absolue de la pression artérielle.
Il faut renoncer à obtenir avec le sphygmographe cette valeur absolue et se borner à rechercher dans la forme des tracés du pouls des indications indirectes de la valeur de cette pression1; on verra plus tard que cette méthode indirecte donne des résultats assez précis. '
D'après ce qui précède, il me semble qu'on ne doit pas atta-
deux instruments diffère dans certains cas : lorsqu'il existe un relâchement des petits vaisseaux, ceux-ci prennent une expansion plus tardive que celle de Tarière afférente.
1 J'ai fait quelques tentatives pour mesurer la valeur absolue de la pression du sang dans les artères d'un membre, en faisant agir sur la surface de ce membre une contre-pression qu'on mesure au moyen du manomètre. On élève graduellement la pression extérieure jusqu'à oblitérer les artères, en surmontant, par conséquent, la pression que le sang exerce à leur intérieur. Ces essais, encore incomplets, présentent des difficultés très grandes et ont besoin d'être repris ; je ne les ai signalés à l'attention des physiologistes que dans l'espérance que d'autres continueraient ces recherches, que je n'ai pu suivre assez longuement (voir Trav. du lab., t. II, p. 209, et l. p 253) Il faut rapprocher ces tentatives de celles qui ont été faites par Kr.es pour mesurer la valeur absolue de la pression clu sang dans les capillaires, en cherchant quelle est la charge qu'il faut appliquer sur une plaque de verre de surface connue pour décolorer les tissus sous-jacenls en chassant le sang contenu dans leurs vaisseaux. Ces recherches, antérieures aux miennes, n'ont pas donne de résultats b.en satisfaisants.