CHAPITRE XV
La compensation de ces deux influences antagonistes est à peu
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près complète chez l'homme sain ou malade, de sorte que, si l'on , ^ <^JZ^L mesure l'intervalle de temps qui sépare le pouls de la carotide de celui de la fémorale sur un même sujet, on trouve, presque toujours, la même valeur. Mais il est certaines altérations des artères qui changent beaucoup la vitesse de propagation de l'onde san- *. - f- *
guine; ainsi agissènt les anévrysmes et les rétrécissements arté- " 7 riels. Ces deux altérations, dont nous aurons à parler longuement dans les chapitres consacrés à la pathologie, ont pour effet ^ de retarder la transmission du pouls, de sorte que les deux radiales, qui doivent battre en même temps sur un sujet sain, battent l'une après l'autre chez un sujet qui porte un anévrysme ou un rétrécissement sur l'une des artère explorées. C'est ce que l'on connaît sous le nom de pouls différent. Ce caractère, qui n'est sensible au toucher que s'il est extrêmement prononcé, est très nettement perceptible si l'on emploie en même temps deux sphygmographes à transmission.
Il n'est pas toujours possible d'explorer simultanément les deux artères dont on veut comparer les pulsations au point de vue du synchronisme. Ainsi, pour inscrire à la fois le pouls des deux ra- \ diales, il faut disposer de deux sphygmographes à transmission. On peut tourner la difficulté en comparant le retard de chacune des radiales à un point de repère commun qui sera, soit la pulsation du cœur, soit le pouls de la carotide. La différence entre les deux retards observés représentera exactement le retard du pouls d'une des artères radiales sur celui de la radiale du côté opposé
1. Certains auteurs ont employé des signaux électriques pour mesurer le retard du pouls sur la pulsation du cœur : M. Kcndrick (Edinb. Med. Journ. Juillet 1874); Landois {Lehr buch der Physiologie des Mcnschen. 1879, p. 157).
Je crois qu'il faut beaucoup se défier de l'emploi des signaux électriques dans ce cas, et généralement lorsqu'il y a lieu de mesurer le temps qui sépare deux actes l'un de l'autre. En effet, un signal électrique doit être produit par une rupture ou par une clôture de courant. Dans tous les cas, il faut un certain travail mécanique, soit pour séparer deux pièces de métal qui se touchaient, soit pour amener en contact deux pièces qui étaient séparées l'une de l'autre. Or, si faible qu'on suppose le travail nécessaire pour obtenir ces clôtures ou ruptures de courant, on peut être sûr que l'acte dont on veut signaler le début n'aura pas, dans les premiers instants, la force nécessaire pour provoquer un signal électrique. Une systole du cœur, par exemple, débutera toujours un peu avant de produire le signal qui devra l'annoncer; il en est de môme pour le pouls. Ces retards des signaux sur les actes qu'ils doivent annoncer ne seront probablement jamais égaux enlre eux, soit que les deux contacts électriques n'exigent pas exactement le môme effort pour se mouvoir, soit que les deux mouve-
Si le retard du pouls radial sur le poulscarotidien variepeu chez un même sujet, à l'état sain, ou sur deux sujets à peu près de même taille, il en est autrement du retard du pouls artériel sur la pulsation du cœur. Celui-ci change, à chaque instant, suivant l'état de la tension artérielle. Celte tension est-elle très faible, le ^t^- • ' $6uls retarde très peu sur la pulsation du cœur; en effet, dès ^jjj. le début de sa systole, le ventricule a acquis une force suffisante pour surmonter l'effort que la pression du sang exerce sur les valvules sigmoïdes de l'aorte. La tension artérielle forte entraîne au contraire un grand retard du pouls sur la pulsation du cœur, vUvX' y^\^^ ^attendu que la systole ventriculaire doit se prolonger plus longtemps pour atteindre la phase où elle est capable de soulever les
ralvules sigmoïdes (§ 79).
Pour comprendre les conditions qui donnent naissance aux formes si diverses du pouls dont nous avons représenté plus haut
ments que l'on doit signaler n'aient pas exactement les mêmes phases; en ce cas, celui dont le début sera le plus brusque a beaucoup de chances d'être signalé le premier.
J'ai reconnu ces inconvénients des signaux électriques dans mes premières tentatives de cardiographie, en 1859. Un contact électrique était fermé par la pulsation du cœur, tandis qu'un tube plein d'eau terminé par deux ampoules élastiques, comme dans la figure 31, explorait la pression du sang dans le ventricule. Le signal électrique précédait toujours le moment où le tube ventriculaire annonçait le début de la systole. Cette erreur tenait à l'inégale sensibilité des deux instruments. En outre, l'écart des deux signaux variait à ma volonté : je l'allongeais en augmentant la résistance à vaincre par la pulsation du cœur pour produire la rupture du courant; je le raccourcissais en diminuant celte résistance. De ce moment, je renonçai à l'emploi des signaux électriques pour mesurer l'intervalle qui sépare les débuts de deux actes physiologiques.
Les signaux à air ont cet avantage qu'ils indiquent toutes les phases des actes qu ils traduisent; de sorte que, si la pulsation du cœur ou celle d'une artère débute d'une manière très lente, on s'en apercevra sur le tracé et l'on estimera mieux que de toute autre manière le point précis qui correspond au début du phénomène.
Keyt, de Cincinnati, qui a fait beaucoup de mensurations du retard du pouls sur la pulsation du cœur, transmet les deux sortes de mouvements avec des tubes pleins d'eau (On trouvera, à la partie technique, la disposition du cardio-sphygmographe de Keyt ) Ces signaux, au point de vue chronographique, sont d'une précision aussi grande que ceux que donne l'emploi de tubes à air. Il importe seulement de déterminer avec deux instruments de môme nature l'instant d'apparition des deux mouvements explorés. Que l'on compare, par exemple, l'intervalle qui sépare la pulsation du cœur du pouls radial droit, à celui qui sépare la pulsation du cœur du pouls radial gauche. En employant des signaux à air, on trouvera deux durées assez courtes; avec deux signaux à eau, les durées seront plus longues. Mais la diflérence entre les deux durées comparées l'une à l'autre restera la môme, quel que soit le mode de transmission employé.