CHAPITRE XVIII
les artères du bras que très lentement et à travers d'étroites anastomoses. L'autre cas (fig. 157) est remarquable par la brusquerie de ses petites pulsations; il correspondait à une péricardite aiguë. Le doigt sentait nettement ce pouls, dont le tracé a cependant peu d'amplitude.
C'est à la lenteur de l'expansion de l'artère dans un cas, à la
Fig. 150. Pouls radial insensible au toucher, très ample au sphygmographe.
brusquerie de cette expansion dans l'autre, que tenait l'illusion du toucher révélée par le sphygmographe. Et quand nous disons que c'est le tact qui s'est trompé dans les deux cas ci-dessus, cela ne fera de doute pour personne, car le levier du sphygmographe ne peut êlre soulevé à une grande hauteur sans qu'il y ait une force réelle qui agisse pour produire ce soulèvement. Or cette force n'était pas perçue à cause de la lenteur de sa variation.
Fig. 157. Pouls faible, mais brusque dans son expansion ; il était très sensible au toucher.
Ce genre d'illusion se retrouve du reste dans toutes sortes de sensations. On peut poser en principe que tout changement d'intensité d'un phénomène quelconque est d'autant plus nettement perçu par nos sens qu'il se produit plus brusquement. On en pourrait donner un grand nombre d'exemples.
Ainsi, quand une lumière augmente ou diminue graduellement d intensité, nous nous en apercevons à peine ; nous sommes au contraire, très vivement et très péniblement impressionnés par les variations brusques, comme il s'en produit quelquefois dans la flamme du gaz. Un son qui passe graduellement d'une tonalité à une autre ne nous permet pas de saisir aussi facilement la différence de ton que s'il se produit une transition brusque d une note à une autre. On en peut dire autant des changements de température, des variations d'un poids dont nous sommes chargés, etc.
Le nombre des cas où la diminution de la force du pouls perçu par le toucher tient à la lenteur de l'expansion des vaisseaux est considérable. Les anciens auteurs qui avaient désigné cette forme sous le nom de pouls lent, avaient signalé qu'elle s'accompagne en général de faiblesse de la pulsation. Nous retrouverons souvent ce caractère important du pouls, particulièrement lorsque nous traiterons des affections du cœur, des anévrysmes des artères et des embolies.
Signification de la force et de la faiblesse du pouls -, erreurs
commises à ce sujet.
Les médecins ont cherché quelle était la cause qui rendait le pouls tantôt fort, tantôt faible; ils ont émis à cet égard des théories fort différentes et presque toujours leurs idées ont subi l'influence des doctrines du moment.
§ 180. — On croit encore, assez généralement, qu'un pouls fort est l'expression d'une systole énergique du ventricule, tandis qu'un pouls faible correspondrait à une action débile de cet organe. Gela v ^ ^"est vrai dans un petit nombre de cas- mais admettre en pnnl ' cipe une exacte relation entre la force du pouls et 1 énergie de la systole ventriculaire , ce serait s'exposer à de nombreuses ^K^V erreurs. Nous montrerons, en effet, tout à l'heure que, dans la
1 En expérimentant sur l'appareil schématique de la circulation, on peut faire varier à volonté la force du cœur. Pour cela, on interpose entre les compressées de ventricules et les pièces mécaniques qui lui impriment le mouvement des ress ts de Tutchouc de forces variables. On observe alors que les ressorts les plus forts produisent les pulsations les plus élevées (fig. 158).
Fig. 158. Pouls obtenu
sur le schéma en donnant au cœur des forces croissantes.
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