CHAPITRE XVIII
plupart des cas, c'est dans l'état de la circulation artérielle, quelquefois môme dans les conditions physiologiques du vaisseau exploré, qu'il faut chercher la cause des variations de la force , (' . du pouls.
§ 181. — Beaucoup de médecins se font encore une idée fausse de la signification clinique du pouls fort ou faible; ils croient, en effet, trouver dans la force du pouls un critérium des forces du malade1, de la résistance qu'un sujet peut opposer au mal dont il est atteint. Cette idée semble au premier abord se déduire logiquement de l'observation de certaines maladies où le pouls s'affaiblit graduellement à mesure que la terminaison funeste se rapproche davantage. Mais que d'exceptions à cette règle! Si la plupart des agonisants ont le pouls affaibli, les variations de la force du pouls ne sauraient avoir, pendant le cours d'une maladie, cette signification qu'on leur attribue. Du reste, nous le répétons, le pouls fort peut s'observer dans certains états jusqu'à la mort. Nous n'avons jamais senti un pouls plus violent que celui d'un malade qui succombait à un empoisonnement par l'opium, et cet homme était mort dix minutes après notre examen. Ainsi, dans ce cas, pour employer une expression que nous répudions, on aurait pu dire que les forces vitales étaient à leur limite, quand le pouls avait une force incomparablement plus grande que chez un sujet vigoureux et bien portant.
Parmi les variations de la force du pouls chez les malades , il en est un grand nombre qui ne sauraient s'expliquer par les théories qu'on en a données. Citons, entre autres , un exemple qui a beaucoup préoccupé les médecins du siècle dernier.
Un pneumonique a le pouls faible; on lui fait une saignée et le pouls prend de la force. L'explication qu'on a voulu donner de ce fait se rattache à la théorie où l'on suppose que les forces d'un malade se traduisent par l'intensité du battement de ses artères. Voici ce que l'on disait : « Avant la saignée, les forces du malade étaient opprimées, l'émission sanguine les a remises en liberté, c'est pourquoi le pouls est devenu plus fort. » Nous doutons qu'un
1. Haies, voyant que le pouls est en général très fort chez les malades, concluait à la nécessité d'un effort plus grand du cœur, d'une dépense qui croîtrait comme le carré de la fréquence des battements; cette soustraction d'influence nerveuse à la force totale de l'individu était, pour lui, la cause de l'abattement des malades. {Hémostatique, trad. de Sauvaga, p. 32.S.)
médecin de notre temps se contente d'une explication pareille. Du reste, la physiologie fournit une explication parfaitement simple de ce fait observé par les cliniciens.
Comme le pouls résulte des changements de la tension artérielle, il doit traduire l'étendue de ces changements; il sera donc fort ou faible, suivant que le ventricule enverra dans les artères une ondée plus ou moins volumineuse. Or, on a vu, 117, que le cœur se vide plus ou moins complètement suivant les résistances qu'il rencontre; les grosses ondées correspondront donc, en général, aux cas où le ventricule ne doit surmonter qu'une faible tension artérielle.
Nous savons, d'autre part, § 118, que l'accélération du rythme du cœur produite par certaines influences, ne laissant pas aux ventricules le temps de se remplir complètement, entraîne, comme conséquence, la diminution du volume de l'ondée ventriculaire, tandis que sur un cœur ralenti on observe, en général, des débits systoliques très abondants. Le rythme des mouvements du cœur est donc un nouveau facteur dont il faudra tenir compte dans les variations de la force du pouls. Nous aurons à rechercher la part qui revient à chacun d'eux.
Entin, des causes toutes locales modifient la force du pouls : de ce nombre sont, le volume de l'artère explorée, et l'existence d'obstacles à la circulation, soit au-dessus, soit au-dessous du lieu où est appliqué le sphygmographe.
Influence du volume de l'artère explorée sur la force du pouls.
g 182. — Sur un grand nombre de sujets, on constate, en explorant alternativement les deux radiales, que le pouls est plus fort d'un côté que de l'autre. Une telle différence ne peut être attribuée qu'à une circonstance locale, puisque l'impulsion du cœur est la même pour tous les vaisseaux de l'organisme. En examinant ces sujets avec soin, on voit que les deux radiales sont de volume inégal et que c'est l'artère la plus grosse qui donne la pulsation la plus forte.
Certains cliniciens attachent une grande importance à 1 exploration préalable du volume de l'artère avant de décider si le pouls est fort ou faible ; Beau soutenait que chez les chloroliqucs la