‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 191 sur 431 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

vaisseaux où, comme dans les canaux et les rivières, la vitesse du courant décroît de l'axe vers les bords. Cela tient à l'adhérence du liquide aux parois du conduit et à celle que des couches concentriques deliquide éprouvent les unes parrapportaux autres. fij

Il est encore une cause de résistance au mouvement du sang, fort importante dans les capillaires de petit diamètre. Parmi ceux-ci, il y en a qui ne laissent passer les globules qu'avec une grande difficulté : ce sont les vaisseaux dont le diamètre est inférieur à 0 max 007. Les globules engagés dans ces voies étroites se déforment, s'effilent et semblent passer avec de grands frottements. Bien qu'il soit impossible d'imaginer la valeur d'une pareille résistance, on comprend qu'elle doive être considérable, car elle se répète sur un nombre immense de globules ; elle doit constituer un des principaux obstacles que le sang éprouve à passer du système artériel dans le système veineux.

La force du cœur agit seule dans la circulation capillaire.

§ 233. — Une force unique pousse le sang dans les vaisseaux capillaires, c'est la force du cœur. Celle-ci, il est vrai, a perdu son caractère intermittent, parce que l'élasticité artérielle a transformé le mouvement saccadé du sang des artères en un mouvement con- ^ tinu. C'est peut-être cette transformation qui a fait méconnaître U" l'influence du cœur dans la circulation capillaire. On a cru que l'action cardiaque était épuisée dans ces petits vaisseaux et que ceux-ci intervenaient à leur tour, comme des cœurs périphériques, pour pousser le sang dans les veines. Nous verrons que la contractilité des capillaires ne saurait avoir ce rôle et qu'elle n'agit que pour régler les résistances au cours du sang dans les tissus, et modifier ainsi la rapidité de la circulation générale ou des circulations locales.

Pression du sang dans les capillaires; sa décroissance rapide.

1 234. — Il existe un écart énorme entre la pression du sangdans les artères et celle qu'on observe dans le système veineux. La pression artérielle présente parfois un excès de quinze à vingt centimètres de mercure sur celle du sang veineux qui est presque

nulle. Un tel écart suppose que des résistances considérables ont gêné le cours du sang dans le système capillaire. Ces résistances, nous les connaissons; nous avons vu l'adhérence du sérum aux parois des vaisseaux immobiliser une partie de ce liquide et restreindre considérablement le champ libre où les globules peuvent passer.

Or, un obstacle placé sur le trajet d'un tube y produit un changement dans la répartition de la pression. On a vu qu'un tube également calibré présente, en vertu du mouvement du liquide, une décroissance de la pression, ou perte de charge, qui se l'ait régulièrement sur toute la longueur du tube ; mais que si on pro-

Fig. 199. Décroissance brusque de la pression dans un conduit au niveau d'un obstacle localisé-

en un point.

duit une constriction au milieu du tube, on voit soudainement la pression se modifier dans tous les piézomètres (fig. 199) ; ceux d'amont prennent un niveau élevé, ceux d'aval un niveau très bas.

Le même effet se produit dans la circulation du sang, en amont et en aval de l'obstacle que présentent les vaisseaux capillaires. La pression est forte dans les artères et n'y décroît que très lentement, du centre à la périphérie1 ; dans les veines, au contraire, la pression est très basse, car le sang qui y arrive avec peine s'en écoule très facilement pour revenir du côté du cœur.

Mais, tandis que dans l'expérience représentée figure 199, le siège de l'obstacle au cours du sang n'est qu'un étranglement local du tube où se fait l'écoulement, clans la circulation capillaire, la

1 . La décroissance de la pression d'un bout à l'autre du système artériel est si que Pojseuille a pu croire que toutes les artères avaient la môme pression .

CHAPITRE XXII. 359 résistance au cours du sang se répartit sur une grande longueur de vaisseaux. De sorte que, pour figurer plus exactement les conditions hydrauliques du phénomène, il faudrait représenter, comme dans la figure 200, l'obstacle capillaire par un tube étroit G d'une

Fig. 200. Décroissance graduelle de la pression dans une partie étroite C, occupant une assez

grande longueur d'un conduit.

certaine longueur, intermédiaire aux artères A et aux veines V. Dès lors, le niveau des piézomètres montrerait que, d'un bout à l'autre du système capillaire, la tension décroît plus brusquement

que dans toutes les autres parties de l'arbre vasculaire.

Variations inverses de la pression du sang dans les capillaires

artériels et veineux.

§ 235. — Comme le calibre des petits vaisseaux est susceptible de variations, la résistance au cours du sang change d'un moment à l'autre; il en résulte ce curieux phénomène, que la dilatation du système capillaire abaisse la pression dans les capillaires artériels, mais l'élève dans les capillaires veineux. La figure 201 montre, par une ligne ponctuée, les niveaux que prendraient les différents piézomètres si la partie capillaire G du tube venait à s'élargir. Inversement, un resserrement vasculaire aurait pour effet d'élever v la pression dans les artères et les capillaires artériels, tandis qu'il la ferait baisser dans les veines et les capillaires veineux. En r somme, de chaque côté de la partie moyenne du système capillaire s'observe déjà cet antagonisme qui est si prononcé entre la

pression artérielle el la pression veineuse et qui résulte nécessairement de ce que toute rétention du sang dans les artères diminue la quantité de sang qui se trouve dans les veines1.

Kig. 201 . Changements inverses de la pression dans les capillaires artériels et dans les capillaires veineux sous l'influence d'un resserrement ou d'une dilatation de ces vaisseaux.

Mesure de la pression du sang dans les vaisseaux capillaires.

g 236. — Lorsqu'on appuie le doigt avec une certaine force sur un point de la peau, on provoque une pâleur locale qui s'efface bientôt, le sang rentrant dans les vaisseaux dès qu'on cesse de les comprimer. Cette pression extérieure a surmonté la pres- . sion intérieure du sang; on conçoit donc que si on l'exerçait d'une manière graduelle, on arriverait à déterminer le degré de pression extérieure à partir duquel le sang est expulsé des petits vaisseaux. C'est ce qu'a fait Kries2, au moyen d'une plaque de verre dont la

1. Deux causes différentes peuvent élever la pression dans les capillaires veineux. D'une part, un obstacle à l'écoulement du sang par les veines élève la pression dans ces vaisseaux jusqu'à ce qu'elle égale celle du sang dans les artères; il y a alors équilibre de pression dans tous les vaisseaux en amont du point oblitéré. D'autre part, un relâchement des capillaires, amenant un accroissement de leur calibre, produit, comme nous venons de le dire, une élévation de la pression dans les capillaires veineux. Cela permet de comprendre comment l'œdème, c'est-à-dire l'exsudation du sérum sanguin à travers les parois des vaisseaux, peut se produire dans deux circonstances bien différentes : soit, après les compressions veineuses ; soit après le relâchement vasculaire qui se produit dans les tissus enflammés. De part et d'autre existe, en effet, une condition commune qui rend compte physiquement de ces exsudations, c'est la forte pression du sang contenu dans les capillaires veineux. Ces remarques trouveront leur application à propos des phénomènes pathologiques de la circulation.

2. Kries, Ucber den Druck in den Biutcapillaren dev menschlichen Haut. [Arbeîlen ans den phys. Anslalt zu Leipzig, 1875.)

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