CHAPITRE XXII
bules sanguins se répandre sur toute la largeur du vaisseau.
La figure 198 représente, d'après Poiseuille, l'aspect de la couche immobile du sérum. Des deux branches de la bifurcation A, l'une est libre, une flèche y indique la direction du courant sanguin, l'autre est comprimée par le poids d'un petit cylindre de platine C. Les globules du sang forment au centre du vaisseau libre une colonne cylindrique animée d'un mouvement rapide. La zone transparente qui s'étend de chaque côté du courant est formée de
Fi g. 198. Aspect de la circulation capillaire au microscope, d'après Poiseuille.
sérum ; on en a la preuve chaque fois qu'un globule, comprimé par les autres, s'échappe du courant central : il s'engage alors en partie dans cette zone transparente et, trouvant dans ce liquide retardé une cause de ralentissement pour la portion engagée, tourne sur lui-même, car la partie qui regarde du côté de l'axe est entraînée par le courant central; dégagé par ce mouvement de rotation i rentre alors dans le courant. Quant aux globules blancs leur ^U^k moindre diamètre leur permet de s'engager parfois dans la couche immobile, ou pour mieux dire retardée, avec laquelle ils cheminent
dix ou quinze fois plus lentement que les globules rouges qui suivent l'axe du vaisseau l.
Le sens du courant indiqué par les flèches permet de voir les globules passer des artères aux veines ; ainsi, en Y ce courant est veineux, car il retourne en sens contraire du courant artériel. On voit en R'des vaisseaux plus petits, formant un réseau où les globules sont rares et suivent les directions les plus variables.
Pour prouver que la zone transparente qui s'étend de chaque côté du courant des globules est formée par du sérum, Poiseuille arrête le cours du sang par une compression au point G; aussitôt la zone transparente disparaît, envahie par les globules qui occupent tout le diamètre du vaisseau.
En voyant s'élargir ainsi l'espace occupé par les globules sanguins, on pourrait penser que le vaisseau est distendu par le sang retenu en amont de l'obstacle, mais cette supposition est inadmissible pour la partie du vaisseau située en aval et dans laquelle cependant la zone transparente a disparu. On retrouve cette zone un peu plus loin, au niveau de la bifurcation secondaire; là un courant anastomotique se fait d'une branche à l'autre et se sépare, par une couche transparente de sérum, du tronc d'origine où la circulation est stagnante.
Ces phénomènes ont une grande importance ; ils font comprendre la véritable nature des résistances que le sang éprouve dans les
1 L'inégale vitesse des corpuscules blancs et rouges du sang a beaucoup préoccuoé les physiologistes. C'est dans la circulation de la grenouille que ce phénomène a surtout été observé, à cause du grand nombre de globules blancs, qui chez elle sont aux rouges dans le rapport de 1 à 8, tandis que chez l'homme ils ne sont que dans le rapport de 1 à 357, d'après Molescholt*. La vitesse des globules blancs serait, pour Weber dix fois moindre que celle des rouges. Donders" a attribue cette moindre vitesse aux diflérences de forme et de densité des deux sortes de globules : les routes elliptiques et plus denses, recevraient du courant sanguin une quantité de mouvements plus grande; les blancs, sphériques, recevant plus d .mpulsion par leu moitié qu" est tournée du côté de l'axe, tourneraient sur eux-mêmes et perdraient Z Z- mouvement rotatif une partie de la force impulsive qui leur est communié Ce ralentissement de leur progression les chassera.t de l'axe du courant et Tes plongerait dans des couches moins rapides. En outre, les chocs qu'ils éprouverae oniï les parois vasculaires contribueraient encore à ralentir eur marche où lies e sais 0nt été faits parGunning"* pour vérifier cette théorie en faisan cou er In Ts tube un liquide charriant des graines de plantes dont les vo urnes et les den- S .tpecUvL seraient analogues à ceux des deux sortes de globules sangums. Ces expériences ne semblent pas avoir donné de résultat decs.f.
■ Molescholt, in Wiener mediscinische Wo^ohrift, 1854 p. 1.7. « Donders, Nederlandsche Lancet. 3 eer.c, Jah.gaog. V, p. 130. Arch. fiir die Hollandischen Bcilrage. Utrecht, 1858.