‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 208 sur 431 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Durée et phases de l'action vaso-motrice du grand sympathique.

g 259. — Nous avons décrit au chapitre précédent, §245, la durée considérable de la période d'excitation latente qui précède le resserrement des vaisseaux. A quoi tient ce retard du mouvement sur l'excitation? Est-ce à une transmission extrêmement lente de l'excitation dans les nerfs vaso-moteurs? ce retard est-il, au contraire, inhérent aux muscles vasculaires?

Certaines expériences de Chauveau paraissent prouver que la transmission nerveuse se fait dans les branches du grand sympathique avec une lenteur beaucoup plus grande que dans les nerfs ^ encéphalo-rachidiens. Cette différence s'exprimerait par le rapport de 1 à 8 environ1. Mais le retard du resserrement vasculaire étant sensiblement le même quand on excite un faisceau nerveux vasomoteur à une certaine distance du bouquet vasculaire innervé par ces nerfs et au voisinage immédiat des vaisseaux, il faut bien reconnaître que la cause du retard considérable de la réaction yy^J^, vasculaire ne réside point dans la lenteur de la transmission nerveuse. C'est vraisemblablement dans les muscles lisses des vaisseaux qu'il faut placer la cause de ce retard : on sait, en effet, avec quelle lenteur les muscles lisses réagissent aux excitations quand on les excite directement.

Enfin, il est nécessaire de rappeler que tous les organes musculaires (à fibres lisses ou striées) qui ne sont pas soumis à la

çois-Franck1 a pu isoler, en divers points de leur trajet entre la moelle épinièro et l'iris, les filets moteurs iriens et les filets vasculaires du sympathique cervical.

C'est encore à la paralysie de filets spéciaux que paraît due la rétraction du globe oculaire et l'enfoncement de l'œil2, la sécrétion des glandes de Meibomius, le déploiement de la membrane nictitante 3, l'affaissement de la narine, etc.

Mais les autres phénomènes, rougeur de la peau, augmentation du diamètre des artères, accroissement d'énergie de leurs battements, § 182, élévation de la presssion dans les artères de petit calibre (coronaire labiale), élévation de la température locale, sont des effets plus ou moins directs du relâchement des vaisseaux et de la moindre résistance au cours du sang.

1. Chauveau, Sur la vitesse de transmission des excitations dans les nerfs. (Comptes rendus, t. LXXXVU, 1878, p. 95.)

1. François-Franck Sur l'innervation de l'iris. (Trav. lab., t. IV.)

2. L'enfoncement de l'œil est dû à la paralysie des muscles de l'aponévrose musculaire de l'orbie (muscles de Millier).

3. La membrane nictitante se déplacerait d'elle-même et passivement, par suite de l'enfoncement de l'œil. (Cl. Bernard, Syst. nerv,, t. II, p. 219.)

volonté et dont les nerfs moteurs sont pourvus d'appareils ganglion naires terminaux réagissent avec un retard considérable aux" excitations appliquées à leurs nerfs1.

Quand on étudie les phases du resserrement vasculaire pro voque par l'excitation des nerfs vaso-moteurs, en inscrivant la courbe de la pression dans le bout périphérique d'une artère (vov § 260), on observe les faits suivants : à partir du moment où ■ le resserrement des vaisseaux a débuté, le resserrement va croissant pendant un certain nombre de secondes qui varie sui

vanl la durée de l'excitation ; mais il est remarquable que, même avec des excitations de courte durée (1/2 seconde, par exemple) les vaisseaux continuent à se resserrer presque aussi longtemps qu avec une excitation vaso-motrice beaucoup plus longue

Après cette période d'augment dans la constriclion vasculaire vient une période d'état en général peu prolongée; puis le relâchement se produit graduellement, plus lentement que ne s'était produit le resserrement. De sorte que si l'on envisage l'ensemble de la courbe, on a sous les yeux un tracé tout à fait comparable à la différence de durée près, à celui d'une secousse fournie par un muscle fatigué.

A la suite du resserrement, le relâchement vasculaire est d'autant plus profond que le resserrement a été plus énergique : les vaisseaux subissent alors une dilatation secondaire, souvent considérable, bien connue de tous les physiologistes et qui a pu, en certains cas, en imposer pour une dilatation d'emblée, quand on a laissé passer inaperçu le phénomène de resserrement initial.

Enfin, peu à peu les vaisseaux reprennent leur calibre moyen normal, mais il faut plusieurs minutes pour que cette restitution de l'état initial soit complète.

Démonstration manomélrique du resserrement vasculaire après l'excitation du grand sympathique.

§ 260. — Dans les premières expériences faites pour déterminer l'action des nerfs vaso-moteurs, on jugeait de l'état de resserrement des vaisseaux par la coloration ou la température des tissus. Mais la coloration des tissus ne saurait être appréciée

1 . Ranvier, Leçons sur les appareils terminaux des nerfs dans les muscles de la vie organique. (Cours de 1877-1878 publié en 1880.)

CHAPITRE XXIV. 393 avec assez de rigueur pour qu'on en puisse tirer une indication précise des changements de calibre des vaisseaux. Si ces changements sont faibles, ou s'ils s'effectuent lentement, ils nous échappent : il en est ainsi de tous les mouvements que nous cherchons à apprécier par la vue.

D'autre part, la mesure des températures ne donne ses indications qu'avec un long retard : celui qui est nécessaire à la mise en équilibre du thermomètre avec la température des tissus. Ajoutons que cette méthode est infidèle, car certaines régions, celles qui, à l'état normal, ont la température du sang, ne s'é-

Fig. 211. Ligne supérieure, augmentation de la pression dans un manomètre applique au bout périphérique de la carotide. — Ligne moyenne, pression manométrique dans le bout central de la carotide. — Ligne inférieure, signal des excitations électriques E.

Le retard du resserrement vasculaire est ici de 4/10 de seconde. (Exp. de François-Franck.)

chauffent ni ne se refroidissent, quel que soit le changement de calibre de leurs vaisseaux, c'est-à-dire quelle que soit la lenteur ou la vitesse du sang qui les traverse (voir chap. xxx).

L'emploi du manomètre renseigne d'une manière très précis eV^vv-cv sur la dilatation ou le resserrement des vaisseaux d'une région quand, après avoir coupé l'artère afférente, on applique l'instru- a | Vvwv ment au bout périphérique de ce vaisseau. Au moment d'un resserrement vasculaire, le sang reflue dans les branches de l'artère afférente et produit une élévation du manomètre. Dans cette manière d'opérer, on est à l'abri des effets qui pourraient w<. I; u-; ' dépendre d'un changement dans la pression générale, à la con-

dition que le vaisseau exploré ne soit pas en rapport, par de larges anastomoses, avec les artères voisines restées libres.

La figure 211 représente en haut, PCBp, les changements de la pression du sang dans le bout périphérique de la carotide d'un animal, sous l'influence de l'excitation du ganglion cervical supérieur du grand sympathique. L'excitation du nerf est indiquée par les vibrations d'un signal électro- magnétique En môme temps on inscrivait, PCBc, la pression générale du sang au moyen d'un manomètre adapté au bout central de l'artère caroi^>-tide. Cette expérience montre qu'après l'excitation du ganglion sympathique cervical, les vaisseaux émanés de la carotide se sont resserrés et ont fait refluer le sang vers leur tronc d'origine. Si l'on se fût borné à mesurer la pression générale, cette con- JL, t/w k striction vasculaire n'eût produit que des effets inappréciables; iv*iiJU elle eût m6me Pu être entièrement masquée par un abaissement UX. qui' par hasard' se Produisit, au môme instant, dans la pression générale sur le tracé de l'artère carotide (bout central). ^Am^, L'exploration mauométrique du bout périphérique des artères a été employée en Allemagne, depuis quelques années, précisément dans le but d'étudier l'état de la circulation périphérique sous l'influence des nerfs vaso-moteurs '.

X*^*^ ' Un manomètre appliqué à l'une des veines principales d'une Tun^w^ région traduirait également, par un abaissement de la pression,

le resserrement des vaisseaux. Heidenhain, Alexander et Gottstein2 ont exploré de cette manière la pression veineuse pour étudier l'action des vaso-moteurs des muscles; Dastre et Morat, pour ceux des membres inférieurs chez le cheval. Il faut toutefois distinguer, dans ce cas, les effets immédiats du

1 . En 1872, Cyon et Aladoff ont exploré la pression, alternativement dans le bout central et dans le bout périphérique des artères viscérales de l'abdomen, pour déterminer l'action de certains filets dû ganglion premier thoraciqne. En 1874, Navalichin de Kazan {Pfliiger's Arch.. VIII, p. 609) étudia par cette méthode l'innervation vaso-motrice de différentes branches de l'aorte. En 1878, François-Franck, étudiant la pression artérielle récurrente simultanément dans les bouts périphériques d'une carotide, d'une vertébrale et d'une artère des membres, a montré l'indépendance des circulations locales dans ces divers réseaux et a examiné les effets immédiats et consécutifs de l'excitation des nerfs vaso-motears et des nerfs sensibles (Soc. Biol., 1878). — Dastre et Morat, la même année et dans un plus récent travail, ont employé la même méthode [Arch. phys., 1879). — Jolyet et Laffont y ont eu recours aussi, pour déterminer l'action vaso-dilatatrice des nerfs crâniens (Soc. Biol., 1879).

2. Heidenhain, Alexander et Gottstein. (Jahresb., von Hoffmann und Schwalbe, 1878, P- 71.)

Page 1