‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 262 sur 431 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

poison arrive au contact de l'organe ou du tissu sur lequel il exerce une action spéciale, on voit les accidents se produire. C'est ainsi qu'on peut introduire presque impunément du curare, de la strychnine, du venin de serpent dans le sang artériel d'un membre ; le poison reste sans effets généraux si une ligature f. serrée empêche le sang empoisonné de revenir par les veines et o ^ ' «l'entrer clans la circulation ; mais dès qu'on le laisse se mêler à ^, / r A'IvM la masse du sang, on voit se produire des accidents particuliers ^ ^ ^ suivant le cas: paralysie, convulsions, anesthésie, arrêt de la L, / /, respiration, etc. V)tf<fi~' ^ ^

En quel point l'effet du poison s'est-il produit primitivement ? Tel est le doute qui plane sur toutes les expériences de ce genre et les rend beaucoup plus obscures encore que celles où l'on agit sur un nerf isolé, et en un point déterminé de ce nerf1.

Le mode d'administration d'un médicament ou d'un poison change la manière dont son action s'exerce ; la dose à laquelle on l'a employé modifie entièrement les effets obtenus; enfin, dans le cours de l'empoisonnement, les manifestations qui se produisent présentent des phases successives, parfois inverses les unes des autres. Telle est la complexité extrême des questions qui se rattachent à l'action de toute substance toxique ou médicamenteuse.

§ 333. — Différences des effets produits par une même dose d'un poison, suivant la manière dont elle est administrée. — Cl. Bernard insistait avec raison sur les différences qui se produisent quand on administre un poison dans des conditions différentes, de telle sorte que tantôt cette substance pénètre lentement dans l'organisme et que tantôt elle y soit presque instantanément introduite. Un poison injecté dans la trachée, dans les cavités séreuses, ou ^ k^d^dans le tissu cellulaire sous-cutané, s'absorbe avec une certaine lenteur, mais, si on l'injecte dans une veine, le sang fortement ^ U intoxiqué pourra exercer en un point de son parcours une action ï ' spéciale que, plus dilué, il n'eût pas produite. Ajoutons que, dans les absorptions lentes, l'élimination continuelle du poison l'em-

1. De réccnlcs expériences de Brown-Séquard (Société de Biol., 188Ô, et Cours faits au Collège de France (Gaz. hebd., 17 juin 1881) tendent à faire penser que certains poisons, le chloroforme, par exemple, et l'acide cyanhydrique transmettent leur action, par l'intermédiaire des nerfs, de la périphérie du corps où ils sont appliqués jusqu'aux! centres nerveux. Celle théorie rendrait compte de l'effet, en quelque sorte foudroyant.de l'acide cyanhydrique appliqué sur laconjonctive d'un animal. La rapidiléde la mort exclut lasupposition d'un transportdu poison par lacirculation jusqu'au système nerveux central.

pêche d'être jamais tout entier présent dans le sang ; une notable partie est déjà rejetée par l'organisme avant que le reste soit absorbé.

François-Franck et Troq.ua.rt1, reprenant avec détail des recherches de Vulpian, de Rokitansky, etc.. ont lait des expériences sur les effets du chloral ; ils ont vu que cette substance, graduellement introduite dans le sang, ralentit les mouvements du cœur; 0 le ventricule se remplit largement pendant les longues diastoles et envoie de fortes ondées. Mais, peu à peu, les mouvementsdu cœur reprennent leur fréquence; le pneumogastrique semble perdre graduellement sa propriété de tempérer le rythme cardiaque.

Mais si le chloral est injecté tout d'un coup dans la jugulaire d'un animal, l'effet produit est tout autre. Le cœur s'arrête au

l/^^v*y' les nerfs sous-endocardiaques, peut

à la fibre musculaire. Le système nerveux central n'a pas besoin d'intervenir pour provoquer l'arrêt du cœur ; on obtient, en effet, cet arrêt sur un cœur de tortue isolé et soumis à la circulation artificielle; aussitôt que le sang mêlé de chloral pénètre dans les cavités du cœur, celui-ci se ralentit ou s'arrête.

§ 334. — Différence des effets produits suivant la dose à laquelle on administre le poison. — On observe parfois, avec un même poison, des effets entièrement opposés suivant qu'on l'a administré

\ l bout de 5 à 6 secondes, ainsi que la respiration. L'influence du poison s'est localisée sur le cœur lui-même, peut-être en irritant 1rs îip.rfs snns-p.ndnr.arrîiamifiK nmit-être en s'adressant directement

jjtà forte ou à faible dose. Un exemple frappant est celui de la belladone ou de son alcaloïde, l'atropine. Meuriot2 a rassemblé un grand nombre d'expériences desquelles il résulte que l'atropine, à k*"WVv,A "7 i^J faible dose, accélère le rythme du cœur et élève la tension artérielle ; qu'à forte dose elle ralentit le cœur et abaisse la pression (Uw. lw — , . ?

^Jjjw^w^- D'après l'enchaînement des effets de l'atropine, il semble que l'action de ce poison s'exerce primitivement sur le cœur. C'est du moins ce qui ressort des études faites sur l'état des nerfs pneumogastriques dans l'empoisonnement par l'atropine. Une faible dose

1. R. Troquart, Recherches sur les troubles cardiaques produits par les injections intra-veineuses d'hydrate de chloral (Trav. lab., t. III, p. 255, et Thèses de Taris, 1877).

2. Meuriot, de la Méthode physiologique en thérapeutique et de ses applications à l'étude de la belladone. (Thèses, Paris, 1868.)

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