CHAPITRE XXIX
de ce poison, lorsqu'elle produit l'accélération du cœur, semble
agir en supprimant l'action des nerfs pneumogastriques, car \rXjLA^ J
Ceux-ci deviennent incapables, quand on les excite, de produire le ralentissement ou l'arrêt du cœur. A forte dose, l'atropine agiraitelle sur d'autres éléments nerveux ou musculaires ? On est tenté de le croire en voyant le ralentissement du cœur survenir sans qu'il y ait retour des propriétés du pneumogastrique.
La muscarine (agaricus muscarius) aurait, d'après Dogiel, deux actions différentes suivant la dose à laquelle on l'administre. De petites doses ralentissent ou même arrêLent temporairement les 5^ battements du cœur ; en même temps la pression artérielle s'abaisse. A haute dose, la muscarine accélère le rythme du cœur et élève la pression du sang. Dans cette phase de l'empoisonne- yU-.^ h&*^ment, l'excitation du bout central du pneumogastrique produirait l'arrêt du cœur en systole. La pointe excisée des ventricules présenterait alors, pendant assez longtemps , des mouvements rythmés. </ ^t^Jt^vJ j ■ ^
L'atropine et la muscarine sont considérées comme deux i. poisons antagonistes l'un de l'autre, leurs effets étant diamétra- -f?v-^lement opposés. Mais pour tous deux on observe ce caractère
commun, qu'ils produisent des phénomènes inverses suivant la dose à laquelle on les emploie.
Des phases successives qui s observent dans les effets des poisons
sur la circulation.
§ 335. — Un des premiers travaux relatifs à l'action des substances toxiques sur la circulation est celui de Traube 1 sur les effets de l'acide carbonique. Cet auteur signale l'existence de stades successifs dans l'empoisonnement, et donne l'interprétation de chacun d'eux avec une hardiesse qu'on n'aurait plus aujour-
d'hui- L~J- PiJLj
Traube constate d'abord que la fréquence des mouvements du [^j. ^ cœur diminue; c'est, dit-il, l'effet d'une irritation des nerfs d'arrêt du cœur. Plus tard, la fréquence du pouls augmente, il l'explique / ^>—
1. L. Traube, Ueber die Wirkungen des Kohloxydga%es auf den Respirations und Circulations Apparat. (Berliner Med. Gcsscllschaft, Bd. I, 1866.)
par l'irritation du centre vaso-moteur. Plus tard encore la pression baisse; Traube conclut à un affaiblissement du muscle cardiaque.
Sans rien préjuger au sujet du mode d'action de certaines substances, on constate qu'un grand nombre d'entre elles ont des effets différents suivant le temps qui s'est écoulé depuis le moment où elles ont été administrées; ainsi, la digitaline dont l'action la plus connue est de ralentir le cœur ne produit pas immédiatement cet effet. Tout au moins dans les cas où elle est administrée à haute dose, cette substance accroît d'abord l'énergie du W-tsJu^ cœur et la fréquence de ses mouvements ; la sédation du pouls ne
o^-v - se montre que plus tard.
Déjà, dans une expérience faite avec Chauveau, nous avions été frappés de l'énorme augmentation de force et de fréquence des systoles ventriculaires chez un cheval auquel nous avions injecté, dans la jugulaire, du sang chargé de digitaline. Mais bien que ce fût une sonde cardiaque introduite dans le ventricule gauche qui accusât l'augmentation de la force du cœur, il pouvait rester un 5^)1 W W~ /-V' doute sur la cause de ce phénomène : on a vu, en effet, que la systole proportionne son énergie aux résistances qu'elle doit surmonter (§ 80). Il était donc possible qu'un resserrement des petits vaisseaux eût élevé la pression du sang dans les artères et que l'accroissement de l'effort systolique fût secondaire. Toutefois, ^'vv-4</ATaccélération simultanée du rythme du cœur rendait cette supposition improbable
Dans une expérience faite ultérieurement dans le laboratoire de Chauveau, on appliqua un hémodromomètre et un sphygmoscope aux artères d'un cheval soumis pareillement à une injection de ^-^ A^"*" digitaline dans les veines. On vit alors, deux minutes après l'injection, que la pression et la vitesse s'accroissaient toutes deux ~~^Q ^ dans les artères ; par conséquent, le cœur avait subi un accroissement d'énergie. Plus tard le cœur se ralentit, mais la pression ^ , et la vitesse continuèrent à rester accrues, indiquant ainsi une augmentation de la force impulsive du cœur.
Des poisons dont l'effet immédiat paraît se porter sur les vaisseaux offrent également deux stades dans leur action. Ainsi, Yémétine et le tartre stibié, après un resserrement passager, semblent donner lieu à un relâchement des vaisseaux.