CHAPITRE XXXIII
donc point par le mécanisme ordinaire que se produit le pouls des veines de la rétine.
Si l'on tâte le pouls d'une artère en môme temps qu'on examine le fond de l'œil, on voit qu'une décoloration subite des veines correspond au pouls artériel. En effet, le gonflement des artères rétiniennes ne peut se faire sans un affaissement des veines. L'incompressibilité du contenu liquide de l'œil et l'inextensibilité de la sclérotique imposent cette alternance du calibre des vaisseaux artériels et veineux. Telle est la théorie proposée par Donders 1 pour expliquer les battements veineux qui s'observent dans un œil comprimé.
On pourrait s'étonner de voir le calibre des veines subir des variations si apparentes tandis que l'augmentation du diamètre des artères n'est pas appréciable. Mais il faut remarquer qu'il existe une grande différence entre l'état de ces deux sortes de vaisseaux à l'intérieur de l'œil. Les artères, lorsqu'elles sont remplies, sont de forme cylindrique et leurs changements de calibre sont très peu visibles. Mais les veines s'aplatissent sous la pression du , liquide et, entre leurs parois presque adossées, s'étale, sur >■' ' * . . une assez grande largeur, une mince couche de sang. A la moin- , dre compression, l'adossementdes parois de la veine s'effectue et la lame sanguine s'échappe, amenant une décoloration subite.
Les pulsations des artères de la rétine n'apparaissent, avonsnous dit, que sous l'influence d'une compression de l'œil plus forte que celle qui provoque les battements veineux. Il y a cependant des cas où les artères de la rétine ont présenté spontanément des battements sans qu'on en ait vu dans les veines. Ainsi dans Tinsuffisance aortique s, où la pression du sang subit de très grands f écarts entre ses maxima et ses minima. Les effets de cette lésion
1. Voir, pour l'historique de cette question, un mémoire récent de Helt'reich (Vurtz» bourg, 1881).
S'il manquait à cette théorie une démonstration, on la trouverait dans les expériences de Mosso sur la circulation cérébrale (§ 375) qui montrent que la dilatation artérielle s'accompagne d'impulsion simultanée du sang contenu dans les veines. S'il était possible de voir l'état de la circulation cérébrale, on constaterait sans doute dans les veines du cerveau des pulsations négatives pareilles à celles des veines de la réline* Il y a certainement encore d'autres organes où la circulation s'effectue, pour ainsi dire, dans un appareil clos; le testicule et certaines glandes doivent offrir des conditions assez analogues. Mais c'est le cerveau, avons-nous vu, qui offre au plus haut degré cette particularité, de ne pouvoir recevoir du sang artériel qu'autant qu'une certaine quantité de sang veineux s'échappe pour lui faire place;