CHAPITRE III
particularité du muscle ventriculaire? Il semble a priori difficile d'admettre qu'un muscle présente une propriété qui ne se retrouve pas dans les autres. Les progrès de la physiologie comparée tendent, au contraire, à faire admettre que des lois communes président partout à la contraction musculaire. Tout muscle, en effet, présente une période d'excitaftion latente plus ou moins longue, tout muscle procède par secousses isolées ou par secousses fusionnées en une contraction ; il n'y a de différences que dans la durée des secousses et dans la fréquence qu'elles doivent avoir pour se fusionner1. On devrait donc s'attendre à ce que les muscles volontaires présentent, comme le cœur, une période d'excitabilité moindre pendant la phase de raccourcissement de chacune de leurs secousses.
J'ai indiqué ce sujet de recherches à l'un de mes élèves, Boudel de Pâris, qui a fait de remarquables études sur les propriétés des muscles. Or voici ce que ce physiologiste a constaté.
Si l'on prend comme excitants des décharges très faibles de condensateur et qu'on envoie à un muscle gastrocnémien de grenouille deux décharges successives, les effets des deux secousses provoquées dans ce muscle s'additionnent pour produire un raccourcissement total plus grand que celui qui résulte d'une secousse isolée. Or, si l'on rapproche de plus en plus l'une de l'autre les deux excitations électriques, on voit que le raccourcissement total qui résulte de l'addition des deux secousses devient moindre quand-l'intervalle entre les deux excitations est très petit (2 a 3 millièmes de seconde). Ainsi, on n'a pas trouvé, à proprement parler de période refractaire du muscle gastrocnémien, car le raccourcissement produit par les deux excitations a toujours été plus grand que celui que provoque une excitation unique : mais comme ce raccourcissement est moindre que celui qui résulte de deux secousses moins voisines l'une de l'autre, il semble probable que la seconde excitation, quand elle a été trop rapprochée de la première, a trouvé le muscle moins excitable.
1. Marey, La machine animale, p. 44, - et Du mouvement dam les fonctions de la vie, p. 371, 111-8°, 1868.
marey, Circulation.