CHAPITRE XLIIL
§ 99, un pneumographe pour recueillir les courbes des mouvements respiratoires; enfin un chronographe pour apprécier exactement les durées et les intervalles de succession des phénomènes qu'on a inscrits. Quelques-uns de ces instruments devront recevoir une description spéciale.
Le polygraphe est représenté sorti de sa boîte avec le tiroir qui le renferme et dont trois des côtés sont supprimés pour faciliter le maniement de l'instrument. Le cylindre qui reçoit le tracé contient à son intérieur le rouage d'horlogerie qui le fait tourner; c'est une disposition qui m'a paru très avantageuse, au point de vue de l'économie de place et de la protection du mouvement d'horlogerie lui-même.
Pour mettre le mouvement en marche, et pour l'arrêter, j'emploie un système qui fonctionne au moyen d'un tube à air dont on tient l'extrémité dans la bouche1. On a ainsi les deux mains libres, et l'on peut, sans le secours d'un aide, recueillir plusieurs tracés à la fois.
Le papier qui sert à recevoir le tracé est taillé d'avance à la mesure du cylindre, et gommé sur un de ses bords qu'il suffit d'humecter légèrement à la façon d'un timbre-poste pour avoir toute facilité à le coller autour du cylindre. Un rouleau, formé d'un grand nombre de feuilles maintenues par un lien de caoutchouc, se loge dans un tube parallèle au cylindre et dont la fonction est en outre de donner une grande solidité à l'instrument.
Quand on veut se servir du polygraphe, il faut élever le cylindre qui repose sur le fond du tiroir; un encliquetage maintient ce cylindre à une hauteur suffisante pour qu'on puisse aisément appliquer le papier, et surtout noircir celui-ci en glissant au-dèssous une bougie allumée.
Dans l'opération du noircissage, il faut que 1(3 cylindre ait une rotation d'au moins un tour à la seconde, c'est-à-dire beaucoup plus rapide que celle que lui imprime le rouage d'horlogerie et qui est de 1 centimètre et demi par seconde. C'est avec la main qu'on fait tourner le cylindre pendant le noircissage; pour cela, il suffit de rendre le cylindre indépendant du rouage, en tournant à gauche un bouton moleté placé sur l'axe lui-même. Quand on tourne ensuite ce bouton vers la droite, le cylindre est de nouveau
1. Pour des raisons d'hygiène, il est important d'adapter au tube à air un embout mobile. Chacun ne se servira que de l'embout qui est spécialement destiné à son usage. .
relié au rouage d'horlogerie et n'obéit plus qu'au mouvement de celui-ci.
Deux tambours a levier sont placés sur un chariot commun qui glisse le long du cylindre, de manière à changer la position des plumes par rapport au papier quand on doit recueillir des tracés successifs.
§ 515. — Les tambours ont reçu une modification qui les rend hermétiques, facilite le changement de la membrane, et enfin prévient une cause fréquente de détérioration de l'instrument: la perforation de la membrane sur les bords de la capsule. On établit le contact des leviers avec le papier en faisant pivoter chacun des tambours sur son axe; on supprime le contact parle mouvement inverse. Une vis de réglage sert à établir, une fois pour toutes, un contact satisfaisant entre la pointe du levier et la surface du cylindre. Cette pointe, du reste, est d'une flexibilité très grande, ce qui est indispensable pour réduire au minimum les résistances de frottement.
On voit enfin dans la figure 342 deux explorateurs mis en communication, chacun par un tube, avec un des tambours à levier du polygraphe. L'un de ces explorateurs est un sphygmographe à transmission semblable à celui qui a été décrit ci-dessus § 143; l'autre est un tambour explorateur du cœur.
Ce dernier instrument a reçu une modification qui le rend beaucoup plus commode. L'ancien modèle § 99 (fig. 65) était assez haut et terminé par une vis de réglage qui en portait la hauteur totale à 5 ou 6 centimètres; le nouveau tambour n'a que 2 centimètres de haut. Sa forme plate permet de l'engager sous une ceinture élastique destinée à l'appliquer en permanence contre les parois thoraciques. Pour faire varier la saillie du bouton explorateur qui repose sur la membrane, il suffit de tourner à gauche ou à droite le tube qui sort de ce tambour; des fentes inclinées que parcourent des guides impriment un mouvement d'hélice à l'appareil et font varier la saillie du bouton.
Quand un double tracé doit être recueilli, on fait inscrire, en même temps que les leviers du cœur et du pouls par exemple, un troisième petit levier relié à un chronographe mécanique donnant le dixième de seconde1.
1 . J'ai emprunté l'idée de l'annexion d'un chronographe mécanique à l'appareil de Keyt dont celle disposilion constitue un important avantage.
CHAPITRE XL1II. /uy g 516. Nouveau pneumographe. Le nouveau pneumographe représenté (fig. 343) est d'une application très facile. On commence par se le suspendre au cou à l'aide d'un cordon, comme -on ferait d'une montre; puis, dans cette position où l'instrument est fixé à une hauteur constante sur le thorax, on n'a plus qu'à l'adapter par un lien qu'on passe autour du corps et qui réunit l'une* à l'autre les deux oreilles de l'instrument. La figure 343 montre le pneumographe de profil; il est appliqué par sa face plane contre
Fig. 343. Nouveau pneumographe.
la paroi thoracique dont une ligne ponctuée, courbée en arc à convexité supérieure, exprime la coupe horizontale. Cet instrument n'a pas, comme l'ancien, de tendance à se déplacer; les indications en sont du reste identiques à celle du pneumographe primitif dont j'ai donné ailleurs la description '.
Enfin, dans le tiroir supérieur du polygraphe se loge une gouttière dans laquelle on verse du vernis pour fixer les tracés en y trempant les feuilles. On y place également un flacon de vernis, des plumes de rechange, en un mot tous les objets, accessoires dont on peut prévoir l'emploi.
Polygraphe n tracés microscopiques.
2 517. — J'ai récemment présenté à l'Académie des sciences un polygraphe d'un très petit volume, facile à mettre dans la poche, et dont les tracés sont l'expression très peu amplifiée des mouvements recueillis. Cet instrument avait surtout -pour but de vérifier l'exactitude des tracés obtenus avec le polygraphe cidessus- décrit. Il s'agissait de s'assurer que cet instrument est incapable de déformer les tracés par l'inertie de ses leviers inscrip7
••lr Voir -Mëlh* grapk.j p. 542s ' • : ; ' .1. ; . . ;. , .'.-A. v q ; j
710 LA CIRCOLATION DU SANG
leurs. Or, les tracés du grand polygraphe sont identiques à ceux du petit qui sont entièrement à l'abri de toute cause de déformation, car l'extrême réduction de leur amplitude rend négligeable la vitesse du levier qui les inscrit. On peut donc avoir toute confiance dans l'exactitude des tracés du grand polygraphe.
Le polygraphe à tracés microscopiques paraît devoir présenter des avantages pour l'inscription de mouvements très rapides auxquels n'obéirait pas un levier ordinaire. Il m'a permis, par exemple, d'inscrire les vibrations de la voix à des tonalités fort élevées. L'emploi de cet instrument est donc capable d'étendre le champ de la méthode graphique en augmentant le nombre des phénomènes inscriptibles.
Nouveau schéma pour imiter les phénomènes normaux ou pathologiques de la circulation.
§ 518. — J'ai longtemps essayé de reproduire les différents phénomènes mécaniques de la circulation, en me ser vant pour chacun d'eux d'un appareil spécial. J'ai dit, § 90, comment on peut imiter les bruits normaux du cœur; quant aux bruits anormaux, on les imite, soit en perforant une des valvules, ce qui donne lieu à une insuffisance, soit en rétrécissant l'un des orifices du cœur artificiel par l'introduction d'un corps étranger. Les pulsations artérielles s'imitent aisément sur un tube élastique quelconque dans lequel on fait passer un courant de liquide au moyen des afflux intermittents d'une pompe. L'action des anévrysmes peut également être simulée dans des conditions aussi simples, § 453.
Mais pour reproduire la forme de la pulsation du cœur et les variétés qu'elle présente, suivant l'état de la tension artérielle ou veineuse, suivant la force du cœur, l'amplitude de ses mouvements, l'état de ses orifices ou de ses valvules, il faut recourir à une construction compliquée dont la figure 344 donne l'aspect d'ensemble1. En construisant cet appareil après des tâtonnements sans
1. Description de l'appareil artificiel imitant la fonction de la double circulation
du sang.
La figure 344 montre, dans son ensemble; le schéma de la circulation dont on a déjà vu la construction générale (chap. i, fig. 7). La disposition des cavités du cœur et des vaisseaux artériels et veineux est celle qui est adoptée dans les traités classiques de physiologie pour exprimer théoriquement le double trajet du sang. 0 et V sont