CHAPITRE XUII
sur les grands animaux. Pour faciliter la comparaison des deux tracés, nous les avons ramenés tous deux à la môme échelle et mis l'un près de l'autre ; la figure 346 est le tracé du cœur d'un cheval, la figure 347 est celui du schéma. La superposition des inflexions homologues permettra, mieux que toute autre méthode, de saisir le sens de chacune d'elles,
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Fig. 347. Tracés simultanés de la pression dans l'oreillette et dans le ventricule, ainsi que de la pulsation du cœur, sur le schéma.
§ 521. — Tracé de l'action de l'oreillette. — La ligne verticale ponctuée A, dans chacune des figures, correspond au début de la systole de l'oreillette; c'est de part et d'autre un mouvement brusque1. C'est bien l'action de l'oreillette qui produit ce mouvement, car si l'on délie les cordons de traction qui transmettent au compresseur l'action de la came de l'oreillette, l'ondulation A disparait. En outre, cette ondulation ne disparaît pas seulement dans lè tracé de l'oreillette, mais dans les courbes V et P (pression ventri-
1. I.a forme, il aut l'avouer, est, assez mal imitée pour la courbe de l'oreillette dans le tracé du schéma, toutefois on verra qu'elle n'en est peut-être que plus instructive. •
culaire et pulsation), ce qui légitime l'interprétation de ces ondulations faite dans l'analyse des tracés cardiographiques, g§ 62 et 67 ; nous les avons alors attribuées au retentissement de la systole auriculaire dans la pression du sang à l'intérieur du ventricule et dans la pulsation cardiaque.
L'intensité des effets de l'oreillette dans la courbe du ventricule et dans la pulsation du cœur ne dépend pas seulement de la force avec laquelle s'effectue la systole de cette cavité; elle tient aussi, pour une grande part, à l'état de réplétion plus ou moins grande les cavités du cœur, § 72. A côté des preuves physiologiques que l'on peut donner, sur l'animal vivant, de la réalité de cette influence, on peut en fournir sur le schéma une démonstration mécanique (fig. 348).
Fig. 348. Pouls aortique et pulsation du cœur sur le schéma ; retentissement des effets de l'oreillette l, 2, 3, dans la pulsation du cœur, quand les cavités sont très remplies.
En faisant un léger obstacle à l'abord du sang veineux dans l'oreillette, on diminue la plénitude des cavités du cœur; aussitôt diminue l'intensité des ondulations qui, dans le ventricule et dans la pulsation du cœur, correspondent aux effets de la systole de l'oreillette l. Quand on cesse la compression veineuse, aussitôt le cœur se remplit davantage et les effets de la systole auriculaire apparaissent avec une intensité croissante.
§ 522. — Effets de la systole ventriculaire. — Dans le tracé de la pression intra-ventriculaire Pr. V., et dans celui de la pulsation du cœur Puis., les effets de la systole s'accusent par une élévation brusque au point B (fig. 346 et 347), puis un sommet plus ou
1. II semble que le défaut de réplétion de l'oreillette empêche les parois d'arriver à une parfaite tension pendant leur systole; de sorte que la pression n'est pas sensiblement augmentée à cet instant dans le liquide contenu dans ces cavités.
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• CHAPITRE XLIII. 717 moins aplati couronne cette élévation systolique. De part et d'autre s'observe donc une période d'état dans cette élévation systolique de la pression ; elle tient à ce que les valvules sigmoïdes, s'ouvrant comme une soupape de sûreté, laissent échapper le liquide à mesure que le ventricule continue à se resserrer. Enfin, dans les deux tracés, une chute se produit quand la systole cesse.
g 523. — Le retentissement de la systole du ventricule dans l'oreillette est manifeste dans la figure 347, mais il ne se traduit pas de la môme manière dans le tracé naturel et dans le tracé factice. Dans le premier, la valvule auriculo-ventriculaire oscille, avons-nous dit § 56, un certain nombre de fois; ces oscillations, liées à des changements dans la pression intra-ventriculaire, retentissent sur la courbe de l'oreillette et sur celle de la pulsation. Dans le schéma, rien de pareil : les valvules auriculo-ventriculaires, formées d'un tissu inextensible, se ferment et restent fixes pendant toute la durée de la systole, constituant un obstacle au passage du sang. Pendant cette occlusion, la pression se maintient élevée dans l'oreillette. A peine le ventricule a-t-il fini sa systole, que cet obstacle cessant, l'oreillette se vide et que la pression baisse dans cette cavité, en C.
Du côté de la pulsation, la systole ventriculaire s'accuse, comme . t* dans le tracé d'un cœur vivant, par un plateau qui dure tout le temps ç^ t de la systole, mais qui s'incline graduellement, au lieu de rester horizontal comme celui de la pression intra-ventriculaire. Nous \u , savons déjà que cette différence tient à la diminution de volume du ri^v^~ ventricule, du commencement à la fin de sa systole, § 65.
g 524. — La vacuité post-systolique et le flot de l'oreillette s'observent très nettement dans les tracés de la figure 347; ils sont aussi bien marqués que dans les tracés obtenus sur le vivant. On démontre aisément que l'encoche profonde qui, dans la courbe de pression Pr.V, succède à la systole ventriculaire, correspond bien réellement à la vacuité post-systolique; pour cela, on empêche cette vacuité de se produire, ou l'on en diminue l'intensité. Ainsi, quand on serre entre les doigts le tube aorlique, ce qui empêche le ventricule de se vider aussi complètement, on voit que l'encoche qui traduit la vacuité post-systolique tend a disparaître.
Quant au flot de l'oreillette, il est proportionnel à la vacuité qui s'est produite; très faible, par conséquent, dans les cas où l'on
^ x7Xl 718 LA CIRCULATION DU SANG.
a empêché le ventricule de se vicier. Ce flot est très faible également et exprime une grande lenteur de pénétration du liquide, quand on crée un obstacle au courant descendant qui va de l'oreillette dans le ventricule1.
Après les actes qui viennent d'être décrits, arrive la phase passive de la révolution cardiaque; tout est en relâchement, et le sang coule peu à peu des veines dans l'oreillette, et de celle-ci dans le ventricule: lapression s'élève graduellement dans ces deux cavités, tandis que, du côté de la pulsation, un gonflement graduel se traduit par une courbe parallèle aux deux autres. Puis tout recommence dans le même ordre, par une nouvelle syslole de l'oreillette inaugurant une nouvelle révolution du cœur.
§ 525.— tiapports des pressions maxima dans le ventricule et dans l'aorte; démonstration sur le schéma. — L'expérience par laquelle on mesure comparativement la pression du sang dans le ventri-
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Fig. 349. Rapports de la pression dans le ventricule et dans l'aorte, sur le cheval.
Fig. 350. Rapports de la pression dans le ventricule et dans l'aorte, sur le schéma,
cule gauche et dans l'aorte d'un cheval est très simple: il suffit, § 80, de faire passer la sonde du ventricule dans l'aorte, au moyen d'une traction légère. Sur le schéma, la même méthode n'est pas possible, car ce sont deux sondes différentes qui plongent dans ces deux cavités. J'ai employé un moyen détourné pour transmettre alternativement à un même manomètre inscripleur lapres-
1. Voyez, pour les détails de l'expérience, Trav. lab., t. I, p. 80.
CHAPITRE XLIII. 719 sion intra-ventriculaire et la pression inlra-aortique1. Le tracé ainsi obtenu (fig. 350) est tout à fait comparable à celui qu'avait donné l'expérience sur le cheval.
La théorie faisait prévoir que plus la vitesse avec laquelle le , [ sang passe du ventricule dans l'aorte est grande, plus cela im- y^J^f^ plique d'inégalité entre les deux pressions, et de supériorité ^ de celle du cœur sur celle des artères. Le schéma confirme de tous points cette supposition qui se vérifie également dans les rv^~-«~ expériences faites sur les grands animaux. ICuJ- U c*~<-
Imitation des troubles mécaniques de la circulation dans les lésions des orifices du cœur.
§ 526. — Pour altérer le jeu des valvules, ou pour rétrécir les orifices auriculo-ventriculaires, ou artériels, j'emploie de petits appareils de formes variées qui, introduits comme les sondes manométriques par un des tubes-vaisseaux, glissent à frottement clans le tube qui leur a livré passage et peuvent s'enfoncer jusque dans les orifices du cœur. La figure 351 monte un de ces petits appareils destinés à empêcher la clôture des valvules sig-
1. Je disposai sur le schéma un tube qui, partant de l'intérieur du ventricule, amenait au dehors la pression du liquide intra-ventriculaire; puis, réunissant ce tube avec l'un de ceux qui correspondent aux artères, je les fis aboutir tous deux, à la manière des branches d'un Y, à un troisième conduit qui aboutissait à un sphygmoscope ou à un manomètre élastique. Je pris soin de donner le moins de longueur possible à ces conduits, afin -d'éviter les résistances à la propagation de la pression, et les effets de la vitesse acquise d'une longue colonne de liquide. Enfin, saisissant entre les doigtsles deux branches du tube bifurqué, je comprimai tour à tour chacune d'elles, de telle sorte que le manomètre recevait exclusivement, tantôt la pression ventriculaire, tantôt la pression artérielle. On devait obtenir ainsi des effets identiques à ceux qui s'observaient sur le cheval, quand la sonde exploratrice de la pression passait alternativement du ventricule dans l'aorte, ou de l'aorte dans le ventricule.
L'expérience confirma ces prévisions et les tracés obtenus sur le schéma avec les tubes alternativement ouverts ou fermés sont tout à fait comparables à ceux que l'on obtient sur l'animal vivant. La seule différence consiste en une ondulation légère que présentent les courbes du schéma à l'instant où l'on pince un des tubes en même temps qu'on relâche l'autre.
Au point A, dans les deux figures 349 et 350, la courbe change de caractère, ses minima ne tombent plus aussi bas; c'est le moment où le tracé aortique succède au tracé ventriculaire. Or, à ce moment, les maxima de la pression aortique sont un peu moins élevés que ceux de la pression intra-ventriculaire. Celte légère différence de pression est la conséquence naturelle du sens dans lequel se fait le courant sanguin celui-ci ne peut aller que d'une pression plus forte à une pression plus faible, § 80.
moïdcs de l'aorte. L'instrument est lormé d'une petite carcasse de fil de fer analogue à celle qui, dans les sondes manomélriques,
soutient la membrane élastique. Celte pièce est porlée par une tige qui passe à travers un tubcartère C, représentant une carotide par exemple; ce tube est lié sur la lige pour empêcher l'issue du liquide, tout en permettant les glissements destinés à conduire l'instrument à travers les valvules sigmoïdes. Une fois introduite dans un orifice du cœur, cette pièce empêche l'occlusion des valvules, et produit des insuffisances plus ou moins prononcées suivant qu'on l'engage plus ou moins profondément entre les lèvres des valvules.
Pour obtenir le rétrécissement des orifices artériels du cœur, il suffit de pincer les tubes qui représentent l'aorte ou l'artère pulmonaire; on crée ainsi, à volonté, un rétrécissement plus ou moins complet de ces vaisseaux. Le rétrécissement des orifices auriculo-ventriculaires s'obtient en invaginant avec le doigt la paroi de l'oreillette, de manière à obturer plus ou moins l'orifice; l'insuffisance auriculo-ventriculaire, en introduisant un instrument pareil à celui de la figure 351, mais dont la tige traverse l'oreillette pour sortir au dehors, d'où l'on peut l'engager dans les valvules ou la retirer1.
4. La contraction ou le relâchement des capillaires sont imités au moyen de pinces à compression placées sur les tubes étroits cg et cp qui réunissent les arlères aux veines dans les circuits de la grande et de la petite circulation. On augmentera à sa guise l'étroitesse du passage du sang en comprimant un nombre variable de tubes. Quand on veut produire subitement un resserrement ou un relâchement des capillaires généraux ou pulmonaires, on emploie une tige de bois flexible dont les deux extrémités, serrées au moyen de vis de rappel contre la table de l'appareil, élreignent plus ou moins tous les tubes capillaires. Il est aisé d'effectuer ainsi, d'un seul coup, le resserrement ou le relâchement général des capillaires.
Les changements de l'élasticité de l'aorte s'imitent en enveloppant le tube aortique avec des bandelettes d'une étoffe inextensible. Ces bandelettes, enroulées en spirale autour de l'aorte, peuvent laisser découverte une étendue plus ou moins grande de la paroi élastique, ou la recouvrir complètement si les tours de spire sont d'un plus petil pas. Dans ce dernier cas, l'aorte est à peu près complètement inextensible.
La fréquence des mouvements du cœur se règle par la vitesse du moteur hydraulique au moyen duquel le schéma est mis en mouvement. C'est un moteur du système Schmidt, ou parfois un moteur électrique. L'irrégularité des mouvements du cœur ne
Fig. 351. Disposition employée pour produire une insuffisance aortique sur le schéma.