‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 45 sur 431 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

résistance a nécessairement pour limite la valeur de cette résistance elle-même. Si nous soulevons avec la main une plume, puis un corps très pesant, l'effort de nos muscles sera inégal dans ces deux cas et il nous serait impossible de développer un effort de deux kilogrammes en soulevant un kilogramme seulement1.

Le cœur aussi règle son effort sur la résistance qu'il éprouve, c'est-à-dire sur la pression à laquelle le sang est soumis dans les artères. Or, comme cette pression varie, à chaque instant, sous toutes sortes d'influences, rien n'est plu? variable que la force que déploiera le cœur dans ces diverses conditions. Que l'on saigne un animal par l'ouverture d'une grosse artère, la pression artérielle baissera rapidement et si, pendant ce temps, deux manomètres étaient adaptés l'un au ventricule gauche et l'autre à une artère, on verrait l'effort syslolique du ventricule suivre les phases décroissantes de la pression artérielle. Ainsi, la force actuelle du cœur est, comme celle d'un muscle quelconque, proportionnelle à la résistance que le ventricule doit vaincre.

Si le ventricule trouvait au-devant de lui une résistance croissante, on verrait croître proportionnellement l'effort de sa systole. Enfin, si l'on opposait à la sortie du sang du ventricule un obstacle absolu, l'effort développé par les parois de cet organe s'élèverait jusqu'à la limite de leur puissance musculaire, ce serait la mesure de la plus grande force possible du cœur.

§ 44. — Pour déterminer cette plus grande force possible, il faut placer un manomètre à l'origine de l'aorte ; puis, au delà de ce manomètre, comprimer brusquement l'aorte au moment où le

1. Cette proposition a besoin d'être plus complètement définie. Ainsi quand on parle de l'égalité entre la puissance et la résistance ou entre Yaction et la réaction, on entend que celte égalité existe au lieu d'application de laforce contre le corps résistant. Ma,s a son origine, l'effort développé est souvent beaucoup plus grand, et s'il a perdu de s;, valeur au point d'application, c'est qu'il a agi sur un levier défavorable. Ainsi, en soulevant au bout du bras un poids même léger, on développe, au point d'insertion numérale du deltoïde, un effort considérable; c'est qu'alors la puissance a un momml a action plus défavorable que la résistance.

Une autre circonstance dans laquelle l'effort excède le poids auquel on l'applique correspond au cas où ce poids est déplacé avec vitesse. En vertu de l'inertie de la matière ,1 faut, pour déplacer un certain poids, des efforts d'autant plus grands qu'on voudra .mprimer à celui-ci une plus grande vitesse. La résistance des masses au déplacement croit comme les carrés dos vitesses qui leur sont imprimées : de sorte que Pou. imprimer à un corps qui tombe une vitesse deux fois plus grande nue celle <I«c la pesanteur lui donnerait, il faudrait le pousser de haut en bas avec une force «lunlrc fois supérieure à son poids.

ventricule va entrer en systole. Le sang ne trouvant plus aucune issue, l'effort du ventricule s'applique en entier à faire monter le niveau du manomètre qui atteint une hauteur bien supérieure à celle qu'on observe dans les conditions ordinaires, sous l'influence des élévations physiologiques de la pression artérielle.

Cette expérience serait difficile à réaliser si l'on agissait sur un animal dont la poitrine aurait été ouverte ; elle se fait très commodément, au contraire, dans les conditions de la circulation artificielle, c'est-à-dire sur le cœur détaché d'un animal à sang froid.

Expérience. — On enlève avec soin le cœur d'une grenouille, ou mieux encore celui d'une tortue (fig. 28), puis, on adapte

Fig. 28. Mesure de la force du ventricule aux différentes phases de sa systole.

une canule de verre au tronc veineux commun V, une autre à l'une des aortes A; enfin on lie tous les autres vaisseaux A chacune de ces canules est ajusté un long tube de caoutchouc d'assez gros calibre (3 ou 4 millimètres de diamètre nTrieur). Le tu°be qui se rend à l'oreillette sera plonge da^s u réservoir R, rempli de sérum de sang de bœuf; le sang coulera par ce tub , comme à travers une veine, et pénétrera dans 1 oremette pu s dans le ventricule. Ce dernier le lancera dans I A adapté a la branche aortique, où le sang circule,, comm dans une artère. Si l'on fixe l'orifice terminal e de , ce tu o au des sus du réservoir qui contient le sang, on verra s établir une

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