CHAPITRE I
pas d'analogue dans le monde inorganisé. Mais, de ces mouvements de l'arbre vasculaire, de ces changements de la capacité du cœur ou du calibre des vaisseaux, naissent des impulsions qui accélèrent le cours du sang ou des résistances qui le ralentissent suivant les lois ordinaires de la mécanique. Il s'agit donc, avant tout, de bien définir ces lois.
Une molécule liquide ne se meut qu'à la condition d'éprouver sur une' de ses faces une poussée plus grande que sur l'autre; supposons-la pressée par des forces contraires mais inégales, la molécule obéira à la plus grande et se déplacera d'autant plus vite que l'une des deux forces sera plus supérieure à l'autre. Dans les rivières, le cours de l'eau est soumis à la pesanteur qui, par suite de la pente, agit plus fortement dans un sens que dans l'autre. Dans les conduits où l'eau circule, le courant a lieu quand chaque molécule est inégalement pressée sur ses deux faces et cette pression est produite tantôt par la pesanteur, comme clans les conduits souterrains d'une ville à travers lesquels l'eau s'écoule d'un réservoir élevé, tantôt par une force mécanique au moyen de laquelle on comprime l'eau : c'est le cas des pompes foulantes, de celles, par exemple, qu'on emploie pour éteindre les incendies.
Mais quelle que soit l'origine de la force qui pousse le liquide, les lois qui président au mouvement sont toujours les mêmes, et dans les conduits, comme dans les cours d'eau à l'air libre, il y a toujours décroissance de pression dans le sens où se fait le courant. Si, dans quelque point, le liquide se meut plus vite, c'est qu'en ce point la différence de pression est plusTforte; inversement, si le courant est très lent, c'est que la différence de pression est très faible.
Loi de. altesses et des pressions dans les conduits où circule
un liquide.
§ 8. - Une expérience déjà ancienne, car elle est de Daniel Bernouilh (1738), montre cette décroisance graduelle de la pression dans les conduits et prouve qu'une véritable pente y règle la vitesse du liquide en chaque point de son cours.
Soit (flg. 4) un réservoir cylindrique d'une certaine hauteur remph d'un liquide coloré; de la base, part un conduit horizon-
tal, également calibré, sur lequel se branchent une série de tubes verticaux en verre. Grâce à la transparence du verre, on voit les niveaux auxquels s'élèvera le liquide, tant dans le réservoir que dans les tubes échelonnés tout le long du conduit, tubes que l'on nomme piézomètres ou mesureurs de la pression1.
Si l'extrémité du conduit est fermée, le liquide est immobile; tous les niveaux des piézomètres se trouvent sur une ligne horizontale ab qui atteint la hauteur du réservoir lui-même. Tout est en équilibre et nous voyons, en vertu d'un principe d'hydrostatique bien connu, que la pression est égale dans tous les points du conduit.
Ouvrons l'orifice e du tube, l'écoulement se produit; aussitôt
Fig. 4. Décroissance de la pression dans les conduits de calibre régulier.
les conditions de pression sont entièrement changées. On voit les
niveaux des piézomètres s'échelonner suivant une pente régulière.
Cette décroissance de pression est liée au mouvement du liquide;
l'inclinaison de la pente est toujours d'autant plus grande que
l'écoulement est plus rapide.
Si nous considérons isolément un des piézomètres et si nous
cherchons pourquoi le liquide s'y élève moins haut que dans le réservoir, nous comprenons qu'une résistance a détruit une partie de la charge ou pression de l'eau. Or, cette résistance est due à ce qu'on appelle assez improprement le frottement du liquide dans ^ conduits. Dans un tube également calibré, ce frottement s'exerce également en chacun des points de la longueur; son M il donc proportionnel à cette longueur. Voilà pourquoi