‹ La Circulation MonétaireChapitre 2 sur 64 · CRIE TURN · texte numérisé non relu

CRIE TURN

La Grande Guerre a révélé à la masse des Français la force et la richesse de notre empire colonial. La crise économique qui suit la victoire et la difficulté croissante des relations internationales établissent la nécessité d'intensifier la mise en valeur des ressources immenses de nos territoires d’outre mer. Dans ce but le grand Colonial qu'est M. Maurice SARRAUT a tracé un vaste programme d'œuvres sociales et de travaux publics dont la réalisation permettra l'accroissement de la production coloniale et son transport facile.

Mais pour utiliser et pour faire circuler les richesses naturelles il ne suffit pas d’avoir de la main-d'œuvre, des routes, des chemins de fer et des ports ; il faut aussi une organisation rationnelle des échanges, une saine circulation monétaire, un système bancaire souple. Les moyens juridiques de transport des valeurs constituent donc un facteur important de progrès qui doit être adapté au stade d'évolution de chacune de nos possessions lointaines.

Pendant un séjour de deux ans à Tananarive nous nous sommes attaché à étudier le développement de ces formes d'outillage économique à Madagascar. La situation de la Grande Ile est du reste toute particulière : il y a moins de trente ans, les échanges s'y effectuaient d'une façon encore plus primitive que dans les sociétés antiques. Après l'occupation française, une transformation extrêmement rapide de la production et du commerce s'est effectuée de 1897 à 1914 sous l'impulsion hardie et habile de grands chefs tenaces : le général Galliéni, MM. Augagneur, Picquié.

Aussi pendant la guerre la jeune colonie, tendant tous ses efforts, a pu fournir à la mère patrie, en même. temps que le concours de ses hommes, des stocks considérables d’approvisionnements. La force de production de la Grande Ile est maintenant démontrée.

Et cependant Madagascar reste seule parmi toutes nos grandes possessions à avoir comme unique monnaie celle apportée par l'armée d'occupation. À plus de 10.000 kilomètres de France elle ne dispose pour sa circulation fiduciaire que du billet de la métropole ; elle est desservie par de rares agences de banque, indépendantes des pouvoirs publics et cantonnées dans les opérations commerciales. Aucune organisation sérieuse de crédit n’est ici en mesure d'aider les producteurs européens et indigènes.

Dans le plan de mise en valeur rationnelle des colonies, qui doit être une des œuvres principales de l’aprèsguerre, Madagascar demande 300 millions de travaux publics mais elle réclame aussi instamment un meilleur système de circulation des valeurs et de distribution du crédit. Dès maintenant, les projets qui permettront de résoudre les questions d'organisation monétaire et bancaire ont été étudiés et fixés, d'accord avec les assemblées locales par M. le Gouverneur Général Garbit ; ils sont soumis à l'approbation du pouvoir métropolitain.

Dans la présente étude nous avons essayé de tracer l'évolution de ces questions, étroitement liées à l'essor économique d’une de nos plus belles colonies. En un bref examen nous avons préalablement décrit les courants budgétaires et commerciaux qui à l’intérieur et à l'extérieur de la Grande Ile conditionnent la circulation des valeurs. Nous avons ensuite plus particulièrement examiné quels sont les moyens de réalisation de ces échanges en monnaie métallique et fiduciaire. Puis nous exposons l'organisation actuelle du crédit, facteur essentiel du développement moderne de la production et des transactions. Enfin, nous avons indiqué les améliorations que ce système de circulation est susceptible de recevoir,

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particulièrement par la création projetée d’une banque

d'émission et d'institutions auxiliaires de crédit.

* Actuellement les opérations des banques de Mada-

| gascar restent secrètes ; aussi avons-nous plus spéciale-

ment envisagé ces questions au point de vue du crédit

public et à l’aide des données statistiques de l'adminis-

tration, qui malheureusement sont très incomplètes pour

la période HéxDUCTTeLE A

Nos camarades de l'Administration a nous ont très aimablement communiqué des éléments précieux de documentation et nous tenons à les en remercier ici à nouveau.

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