AVANT-PROPOS
Le travail que nous présentons, fait partie d’une série de recherches que nous espérons publier dans une monographie sur la « Physiologie pathologique des hémoptysies tuberculeuses ». Il constitue une sorte d'introduction à l’étude des lésions qui sont à l’origine de ce symptôme.
On ne trouvera ici que la description d’une méthode qui mériterait d’être employée plus souvent en anatomie pathologique, et les résultats qu’elle nous a fournis dans l'étude de la circulation pulmonaire des phtisiques.
Celle-ci présente des relationsétroites avec la ques- tion des hémoptysies et aussi, à notre avis, avec la pathogénie de l’hypotension des tuberculeux. Aussi sommes-nous excusable d’avoir amorcé, dans cette thèse, quelques point obscurs concernant les causes de ces deux symptômes.
Nous aurions voulu donner à ce travail, toute l'illustration qu’il comportait, car nous possédions de nombreuses radiographies. Mais l'exécution des clichés s’est heurtée à des difficultés, le graveur
n'ayant pas pu reproduire la finesse des dernières
4 os y Ka
ramifications vasculaires, Nous avons dû renoncer à quelques figures et celles que nous avons conservées, ne nous satisfont pas entièrement.
La plupart de nos recherches ont été faites dans le service et le laboratoire de M. le D' Pissavy, les radiographies dans le laboratoire de M.le D: Ménard. Nous ne saurions trop les remercier de leur bienveillant accueil et de leurs précieux conseils.
N. B. — Les chiffres, placés entre parenthèses, qui suivent les moms d'auteurs, se rapportent à la bibliographie qui se trouve à la fin de cet ouvrage.
à | LA TECHNIQUE
‘1: — La suspension radio-opaque
À S Anciennes méthodes. — Pour étudier la vasculari- D sation du poumon tuberculeux,les auteurs anciens (1) 4 se servaient comme les anatomisles, de gélatine ou E. de liquides colorés, qu’ils injectaient dans l’artère EE pulmonaire ou les autres vaisseaux. Des sections dans les poumons, étudiées à l’œil nu ou avec la E. loupe, permettaient de se rendre compte de la diminution du nombre des vaisseaux.
4 C'était un procédé très lent, et qui ne pouvait . donner de résullats précis qu’en faisant de nom- breuses coupes.
> 1. Laennec (voir la bibliographie, n° 53) et Louis (id n° 59) font allusion à l’injection des vaisseaux, sans indiquer la substance : dont il se sont servis.
Schroeder Van der UE (69) a utilisé des masses « grises » et «jaunes ».
E Natalis Guillot (65) injectait dans l'artère pulmonaire une pré-
paration de gélatine colorée en jaune par le bichromate de plomb
“+ et dans l’aorte, cettemême préparation additionnée de vermillon.
Cornil (41) et H. P. Martin (61) injectaient du bleu de Prusse.
La corrosion (1) n’a pas été employée, à notre connaissance, par les anatomo-pathologistes, mais elle est très délicate et n'aurait pas simplifié les recherches.
Méthode radiographique. — Nous avons préféré utiliser pour nos recherches l'injection de liquides radio-opaques et radiographier les tranches du poumon ainsi préparé.
La méthode a déjà été employée par un certain nombre d’auteurs depuis Marey (2) pour l'étude de l’anatomie normale des vaisseaux de divers organes (3) mais ces substances n'étaient pas toutes applicables au poumon tuberculeux.
Nous n’entreprendrons pas ici la critique complète des mélanges qui ont été essayés jusqu'ici et qui sont cités plus haut.
En principe il s’agit d'utiliser unesubstance opaque aux rayons X, et de la faire pénétrer jusque dans les plus fins vaisseaux.
Le mercure, qui serait la substance idéale, peut déchirer, par son poids, les vaisseaux trop fragiles, ou les déformer.
On doit donc recourir aux solutions et aux suspen-
1. Lheureux (21) indique dans sa thèse, quelques préparations utilisées en anatomie normale du poumon et qui pourraient, à la rigueur, servir à l'étude des organes tuberculeux.
2. C'est Marey qui, le premier, aurait eu l’idée des injections radio-opaques, qu'il aurait suggérée à Rémy et Contremou lins en 1896.
3. Voici un tableau indiquant les auteurs qui se sont occupés de la radiographie des vaisseaux injectés, la date et l’objet de
nl
sions contenant dessels métalliques à poids atomique
élevé, ou même à des métaux en poudre.
leurs recherches, ainsi que les substances dont ils se sont servis. Vaisseaux étudiés
Auteurs . Rémy, Contremoulins (25) Delore (6) Destot-Bérard (9-11) Destot (7-3) Fredet, (13) ‘Gagnière (14) Hildebrand
Scholtz, Wieting (16) Lexer, Kuliga
Turck (20) Gérard
Gastiaux (&) Jamin, Merkel (17) Lheureux (21) Descombes
de Lalaubie (18) Mouchet (23) Flèche (22) Legueu, Papin Maingot (19) Smith (27) Miller (22) Brindeau
Boussin (2-3)
et date de la BRIE
main, 1896
placenta, 1897 ; rein, 1896
corps thyroïde, 1097 ÿ
viscères, 1897
org. génitaux, 1897 !
utérus, 1898 utérus, 1902 ; a. de l'enfant, 1902 08, 1904 rein, 1904 cœur, 1907
poumon, 1908 foie, 1910 cerveau, 1911 a. linguale, 1911 | rein, 1913 a. coronnaises, 1917 7 | poumon, 1917 7 | placenta, 1920
Substances adoptées
poudre de bronze.
cire à cacheter.
alcool.
liq. de Theishmann
ou vermillon.
ou mercure.
Poudre de bronze ou d’argentréduit suif.
ou onguent Napolitain.
ong. merc. double
addition. de merc.
vérmillon ou chromate de plomb, ess. de térébent.
Mercure, essence de térébenthine.
id.
vermillon silicicate.
iodoforme-cire.
vermillon-collod.
minimum gélatine.
minimun ou vermil.
essence de téréb.
minimum 500 gr.
huile de lin 100 gr.
ess. detéré. 20 gr.
alcool à go° 10 gr.
vermillon, essence de térébenthine.
Baryum 2 parties eau 10 »
id.
onguent mercuriel.
+ (ét Essais personnels. — Nous avons essayé d'utiliser
plusieurs solutions préparées par M. Montceaux, interne en pharmacie des hôpitaux, notamment :
Sol. saturée de lodure de plomb — Carbonate de plomb — Chlorure de baryum
ou des mélanges des plusieurs sels lourds ne préci- Pitant pas en solution, mais les liquides ainsi obtenus n'avaient pas une opacité suffisante.
En fait, seules les suspensions sont utilisables. Elles contiennent une substance très opaque aux rayons X et qui est le plus souvent le mercure, un sel de plomb (vermillon, minium, chromates) ou de baryum et un excipient visqueux (essence de térébenthine, silicate de potasse, gélatine, huile)ou demisolide (vaseline, cire). Certains mélanges doivent être injectés à chaud.
La gélatine fondue et tiède, contenant en suspension du minium, laisse déposer trop vite cette substance et le liquide finit par n'être pas assez opaque. Elle peut d’ailleurs se solidifier avant de pénétrer dans les dernières ramifications vasculaires, même si le poumon est maintenu dans de l’eau. chaude.
Le mélange adopté. — Nous avons adopté finalement la formule que M. Ménard, chef du laboratoire de Radiologie de l’hôpital Cochin, a bien voulu nous indiquer :
» fn TL Pre PSE TT
La PRE
Minium finement pulvérisé ; Silicate de soude; .
Essence de thérébenthine.
Le silicate de soude étant versé dans une cuvette ou un mortier, on le saupoudre de minium et l'on broie avec un pilon. Cette bouillie rouge est ensuite additionnée de minium jusqu'à ce que celui-ci, en excès, se dépose au fond. On obtient alors une suspension épaisse que l’on peut fluidifier avec quelques gouttes d’essence de thérébenthine.
Ce mélange, plus stable que l’émulsion gélatinense, esi très opaque aux rayons X et permet d'obtenir des clichés où les vaisseaux ayant un calibre d'un dixième de milimètre sont encore visibles.
Les injections multiples. — La métode qui vient d'être décrite ne s'applique qu’à l'injection d’un seul système vasculaire. C’est aussi l'inconvénient de tous les mélanges qui ont été proposés jusqu'ici et qui n’ont été utilisés que pour les artères.
Si lon voulait, sur la même pièce, injecter aussi les veines et les bronches, pour en étudier les rap ports au moyen de la radiographie, on ne pourrait pas utiliser la même suspension de minium car, sur les clichés obtenus, il serait impossible de distinguer les différentes sortes de vaisseaux. Enfin les alvéoles donnéraient des zones opaques qui couvriraient les” ombres des artères ou des veines (1).
1. On pourraitcombiner les injections radio-opaques des artères et les injections simples de bleu de Prusse pour les veines et de craie-gélatine pour les bronches, mais seules les artères scraient visibles sur la radiographie.
Nous avons essayé d'utiliser des suspensions de concentration différente et d’injecter, par exemple dans les veines, un mélange contenant deux ou trois fois moins de minium que celui injecté dans les artères. L’addition dé bleu de Prusse lui donne une coloration violacée qui permet de le distinguer à l'œil nu de l’autre suspension.
Mais il est plus simple de préparer des mélanges contenant des poudres métalliques dont le poids atomique (et par conséquent l’opacité aux rayons X) soit inférieur à celui du plomb. C'est le cas de l'étain et du zinc, mais ce dernier est préférable, car l’étain
donne des suspensions grumeleuses.
Le mélange :
Zinc en poudre ..... SA ERNE 100 gr.
Silcate de soude tue 500 gr.
Essence de thérébenthine. ........ . 5 gouttes
est préparé de la même façon que celui de minium et a une coloration gris foncé. |
Injecté dans les veines, il donne des résultats médiocres, car les vaisseaux fins ne sont pas assez Opaques pour paraîlre sur les clichés.
Le zinc réussit, par contre, dans le système broncho-alvéolaire et donne sur les radiographies des Zones gris clair dans lesquelles les vaisseaux injectés au minium, apparaissent très nettement.
La précipitation. — Nous avons vu que certaines substances doivent être rejetées parce qu’elles peuvent déchirer les vaisseaux.
Cet inconvénient trouve son application dans la
LL sSs
recherche de la fragilité des vaisseaux. Après avoir “injecté le système de l'artère pulmonaire avec la suspension de minium silicate, nous introduisons par la veine pulmonaire une solution aqueuse de chlorure de baryum.
Un précipité se forme au contact des deux liquides, etles cristaux, assez volumineux, déchirent les petits vaisseaux fragiles,