Debove. Société anatomique, janvier
CIRRHOSE IIYPERTROPIIIQUE.
D'autre pari, en janvier 1874, dans un travail publié également clans les Archives de physiologie*, M. le professeur Hayem confirme par de minutieuses recherches le fait fondamental énoncé par MM. Charcot et Luys et fournit des renseignements tout à fait nouveaux sur l'état de la cellule hépatique et le diagnostic dill'érentiel des diverses cirrhoses. La cirrhose hypertrophique est surtout caractérisée par la diffusion des altérations du tissu interstitiel, diffusion qui contraste avec la distribution systématique et périphérique du tissu hyperplasié dans la cirrhose granulée; la pénétration d'une manière diffuse des lobules hépatiques par le tissu épaissi; les dilatations des capillaires d'un grand nombre de lobules; la conservation parfaite des cellules hépatiques qui ne contiennent ni graisse, ni pigment, et peut-être la multiplication de ces cellules. Ces particularités histologiques et les caractères macroscopiques du foie permettent à l'auteur de différencier cette cirrhose du foie syphilitique sclérosé et hypertrophié, de l'hépatite interstitielle avec dégénérescence amyloïde, de l'hépatite avec infiltration pigmentaire décrite par M. Lancereaux sous le nom de cirrhose paludéenne, de l'hépatite interstitielle avec inliltration graisseuse. Rappelons en passant en quels termes M. Hayem décrit cette hépatite qui n'avait pas été signalée jusqu'à ce jour : « A côté des cel-
i. IIaïem. Archives de physiologie, 1874. T. 1, p. 126.
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Iules devenues vésiculeiises par l'infiltration de la graisse, il existait une hypcrplasic du tissu interstitiel jusqu'à l'intérieur des lobules, et dans ces cas aussi la coupe de l'organe était lisse.... Ce sont là des faits encore peu connus; mais je devais les signaler pour bien faire voir que Tbistoire de l'hépatite interstitielle est plus complexe qu'on ne le croit généralement.»
Après avoir décrit les différents symptômes et insisté sur la marche lente de la maladie dans les deux cas qu'il rapporte, M. Hayem ajoute : « Cette évolution lente de la cirrhose hypertrophique n'est pas commune à tous les cas. Celte affection paraît se présenter, en effet, sous deux aspects bien différents et il y aurait lieu d'en distinguer une forme rapide ou subaiguë et une forme chronique. La première a été considérée par quelques auteurs comme le stade hypertrophique de la cirrhose commune; mais cette interprétation ne répond pas à tous les faits observés. Dans quelques-uns d'entre eux, l'hypertrophie du foie, malgré son développement rapide, est beaucoup plus considérable qu'au début de la cirrhose granuleuse et elle offre des caractères anatomiques qui ne permettent pas de supposer qu'elle aurait pu être suivie d'atrophie.» Et l'auteur cite un exemple de ce genre qui lui fut communiqué par Vulpian. C'est précisément cette forme rapide de la cirrhose hypertrophique (lue M. Lancereaux décrira plus tard comme affection spéciale sous le nom d'hépatite interstitielle aiguë.
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Tout on prenant soin de bien distinguer entre eux les cas où la sclérose constitue la lésion principale et ceux où elle ne représente qu'une altération secondaire, M. Hayenti est conduit par le sens même attribué au terme générique de cirrhose hypertrophique à confondre dans une môme description deux affections aussi dissemblables par leurs symptômes que par leur évolution et leur cause. L'observation des faits dont je fus témoin dans le service de M. Bucquoy ne tarda pas à me convaincre que la cirrhose hypertrophique à marche aiguë n'a rien à voir avec la cirrhose hypertrophique à marche lente et que la séparation des deux affections s'imposait.
Ignorant la cause qui mettait en mouvement le processus scléreux, j'étais forcément amené à me servir des seules données anatomiques et cliniques pour caractériser l'affection hépato-splénique que j'avais pu étudier. Trouvant d'autre part la désignation de cirrhose hypertrophique à jnarche lente encore trop compréhensive, je me servis d'un correctif que j'empruntai au symptôme le plus frappant, l'ictère, et j'intitulai ma thèse : Sur une forme de cirrhose hypertrophique (cirrhose hypertrophique avec ictère chronique). J'étais persuadé alors (1875) comme aujourd'hui qu'il s'agissait là d'une véritable entité morbide, et je m'efforçais de la distinguer des autres variétés de gros foie cirrhosé, et spécialement de la cirrhose impaludique et des altérations hépatiques produites par la lithiase bi-
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liaire. « Les derniers travaux, les observations précises présentées, cette année surtout, à la Société anatomique, disais-je au début de ma thèse, démontrent surabondamment que ce terme de cirrhose hyperlro])hique est loin de désigner toujours un complcxus morbide identique.
« Je ne crois pas que l'heure soit venue de faire une étude d'ensemble des diverses formes de cirrhose hypertrophique. En tout cas, un tel ti-avail serait au-dessus de mes forces ; mes visées son moins hautes. Mon intention est de décrire seulement une variété de cinhose hypei'tropliique, en entendant par ce mol une afleclion héj'alique qui n'a avec la maladie de Laënnec que de très lointains rapports. Analomiquement elle se caractérise, en outre d'une sclérose extra-lohulaire et souvent intra-lobulaire sans tendance à la rétraction, par une lésion spéciale des canalicules biliaires : développement exagéré et catarrhe chronique des canalicules biliaires. Le tableau clinique se compose des éléments suivants : ictère chronique, hypertrophie considérable du foie, souvent aussi de la rate ; absence d'ascile et de développement anormal des veines abdominales sous-cutanées, ou faible importance de ces symptômes lorsqu'ils se produisent, phénomènes de l'ictère grave comme terminaison la plus habituelle. » Les nouveaux exemples que j'ai recueillis depuis 1875 m'ont servi à contrôler, à vérifier la thèse que j'avais soutenue et m'ont permis en outre de mettre eu
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roliof quelques caractères que j'avais laissé passer inaperçus ou sur lesquels je n'avais pas suffisamment insisté. Ces cHIférentes remarques se trouvent consignées dans un mémoire^ fait en collaboration avec mon ancien interne Schachmann, qui prit pour sujet de thèse inaugurale la cirrhose hypcrtrophique avec ictère chronique.
Systématisalion des cirriiuses.
Cirrhose veineuse et cirrhose biliaire. — Mémoires de MM. Charcol et Gombaull.
En 1876, MM. Charcot et Gombault* publièrent leurs célèbres expériences sur la ligature du canal cholédoque et leurs études anatomiques sur les différentes formes de cirrhose du foie. Ces travaux eurent un grand retentissement en France comme à l'étranger, et chez nous surtout eurent bientôt force de loi.
En un temps où le démembrement de l'ancienne unité morbide s'opérait, l'utilité de bien définir les grands types, de les opposer l'un à l'autre dans un schéma saisissant, paraissait indiscutable ; ils dc-