‹ La cirrhose hypertrophique avec ictere chroniqueChapitre 3 sur 30 · Requin. Pathologie médicale, t. IF, p · texte numérisé non relu

Requin. Pathologie médicale, t. IF, p

CIRlllIOSE IIYI'EIITIIOPIIFQUE.

un senlimenl de pesanteur dans l'hypochondie droit. Sa peau présente partout une teinte iclérique. Son ventre est ballonné, et l'on y sent le Ilot intérieur d'un liquide.

« Le foie se montre très volumineux; la palpation eu reconnaît le bord tranchant à plus d'un décimètre au-dessous des fausses côtes; la matité est en rapport avec ce que démontre la palpation. La pression d'ailleurs n'est point douloureuse. Ce malade n'a point perdu l'appétit. Les digestions se font régulièrement. Les principales fonctions de l'économie s'accomplissent d'une manière normale.

« Les urines verdissent par l'acide azotique. La teinte verte ne se montre point toujours la même : il y avait certains jours où elle était beaucoup plus prononcée. Nous crûmes qu'elle devenait moins forte après l'application des ventouses scarifiées sur l'hypochondre.

« Une marche de plusieurs heures détermine chez le malade un œdème des membres abdominaux : cet œdème disparaît par le repos du lit.

« Il est bon de noter qu'il existait une douleur dans l'épaule du côté droit.

« Jamais aucune réaction fébrile ne vient compliquer l'état du malade.

« Quel diagnostic porter?

« Tout bien considéré, il nous reste à choisir entre l'hépatite chronique et la cirrhose. Si l'on

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s'en rapporte à ce que disent les auteurs de la cirrhose, qui ne se présenterait jamais, assurent-ils, que de compagnie avec l'atrophie du foie, ce n'est pas à une cirrhose que nous aurions ici affaire, car le foie a sensiblement augmenté de volume. Et cependant l'autopsie devait démontrer l'existence d'une cirrliose.

« Le malade a pris chaque jour une bouteille d'eau de Vichy; il a subi l'application de nombreuses ventouses scarifiées sur la région du foie ; il a eu à plusieurs reprises les sangsues à l'anus. La mort arriva presque subitement, le l'^"' juin, à la suite d'une indigestion, qui sembla avoir déterminé une hypérémie encéphalique.

« Autopsie.

(( Le foie présente un volume énorme. Mesuré dans le sens de son plus grand diamètre, il a 38 centimètres de longueur. Son poids est de 5 kilogrammes et 30 grammes.

« La cirrhose est des plus complètes et des mieux caractérisées. La substance jaune est hypertrophiée, tandis que la substance rouge a presque entièrement disparu. »

Telle est la première observation de cirrhose hypertrophique dont il soit fait mention dans la littérature médicale.

Les dénominations de substance rouge et de substance jaune font allusion aux théories alors régnantes. Al'époque où écrivait Requin, on n'accor-

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dait déjà plus aucune créance à l'hypollièse de Laënnec, qui considérait les « cirrhoses » comme des produits de nouvelle formation, pouvant se développer dans le parenchyme hépatique comme dans d'autres organes et sujets au ramollissement, comme tous les produits de ce genre. BouUand, qui le premier s'était élevé contre elle, avait émis cette théorie, à savoir que la cirrhose consistait dans l'atrophie d'une des deux substances du parenchyme hépatique, la substance rouge ou vasculaii-e, d'où par conséquent une forme plus saillante de la substance blanche ou jaune. Cette opinion était partagée par Andral et Becquerel; mais ce dernier avait "soin d'ajouter que l'hypertrophie était due à l'infiltration de la substance jaune par une matière plastique albumino-fibrineuse se contractant plus tard après avoir perdu son eau. Et c'est à cette manière de voir que Requin s'était rallié lorsqu'il citait dans ses Éléments de pathologie l'observation précédente, observation qui devait être le point de départ d'une évolution nouvelle de la pathologie hépatique'.

1. MonGVGNi. XXXVI- lettre. Des tumeurs et de la douleur dans les hypochoiidres. . .

; Un lainier d'environ 40 ans élait venu a Ihop.tal de Padoue pour des obslrnctions des hypochondres, comme il disait lu -même. Le mauvais teint de sa face et sa santé qui Sait alTaiblie depuis un an enlicr, ainsi qu'une pel.te l.evrc au'il av U souveit éprouvée et dont il n eia.t pas encore iuéri à cette époquef indiquaient qu'il d.sa.t vrai, et cela étai surtout con^rmé par rapplication de a .^^^ les deux hypochondres, principalement sur celui du cote dio.t.

CIRRHOSE IIYPERTROPIIIQUE.

Andral avait déjà rapporté riiistoire d'un ma^ lade qui avait la jaunisse depuis trois ans et présentait une hypertrophie générale du foie. La glande, d'un volume énorme, touchait en bas la crête iliaque droite et s'étendait à gauche jusque dans le flanc. Dans ces conditions il est bien difficile d'admettre que l'organe ne fût point cirrhosé. Mais tous les cliniciens s'en tenaient à la loi formulée par Laënnec : « Un foie qui contient des cirrhoses perd de son volume au lieu de s'accroître d'autant», loi absolument conforme à l'opinion émise autrefois par Bichat : « Cet état (les granula-

Comme il paraissait avoir déjà retiré quelque soulagement des remèdes de cet hôpital, voilà qu'il est pris d'une fièvre aiguë, accompagnée de signes d'une inflammation interne de la poitrine, et il en meurt en l'espace de 10 à 12 jours.

« Examen du cadavre. Le cadavre fut transporlé au gymnase pour le commencement du cours d'anatomie, l'an 1746. En l'examinant je vis qu'il était blanc sans être eulièrement maigre et que les pieds n'étaient pas tumcliés....

« Cependant les organes contenus dans le ventre étaient dans l'état naturel, à l'exception de ceux-ci. Lfi foie lUailgros outre mesure, en sorte que son volume excessif frappe aussitôt les repards de tout le momie; quoiqu'il ne fût pas d'une mauvaise couleur à l'exléi-ieur, cependant à l'intérieur il était d'un brun un peu pâle; et, soit qu'on le regardât avec des yeux attentifs en dedans ou en delior.s, on voyait qu'il était tout entier parsemé de certains points bruns et qu'il se trouvait plus dur qu'à l'ordinaire, ce dont je m'assurai avec les doigts et avec le scapel en le coupant de mille manières dans toutes les directions.

« 11 y avait peu de bile dans la vésicule, qui était petite et gi'èlc par rapport au volume du foie, et sa couleur approchait presque d'une teinte cendrée. La 7-alc élail deux fois plus grosse qu'à l'ordinaire dans toutes ses dimensions. »

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lions hépatiques) ne se complique jamais du volume exU'aordinaire du foie; au contraire, il diminue et double sa densité comme sa résistance. » Tout au plus quelques-uns d'entre eux admettaient-ils avec Becquerel qu'au premier degré de la cirrhose, comme on disait alors, le foie pouvait être un peu hypertrophié.

Quoi qu'il en soit, l'observation de Requin, malgré son importance, malgré le démenti formel qu'elle donnait aux lois rappelées plus haut, n'en passa pas moins inaperçue; les pathologistes n'en continuèrent pas moins à répéter et à redire que l'atrophie est la conséquence nécessaire de la cirrhose.

Un second fait, à peu près de la même nature, se présenta trois ans plus tard à la Maison nationale de santé, dans le service de Requin. Le foie notablement augmenté de volume et de poids (2 kilogr. 900) avait les caractères de la cirrhose la plus franche et la mieux caractérisée. « Ces résultats, dit en terminant M. Mesnet qui publia ce nouveau cas dans rUnion médicale, nous autorisent donc bien à conclure que la cirrhose n'entraîne pas nécessairement l'atrophie du foie ; que les deux lésions, hypertrophie du foie et cirrhose, loin de s'exclure mutuellement, peuvent parfaitement exister ensemble. On ne peut donc plus dire, comme M. Cruveilhier, que l'essence de la cirrhose doit consister dans l'atrophie du plus grand nombre de granulations hépatiques et la diminution

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du volume général de l'organe, puisque deux faits déjà viennent offrir à la science des foies atteints d'une cirrhose parfaitement caractérisée et d'une hypertrophie bien évidente ^ » C'est donc instruit par les deux exemples dont il avait été témoin que Requin- put écrire les lignes suivantes : « La cirrhose est due à l'hypertrophie de la trame vasculocelluleuse d'un plus ou moins grand nombre de granulations hépatiques. Ces granulations s'hypertrophient non pas toutes en même temps, mais successivement, et elles atrophient les granulations restées saines. De là, en règle ordinaire, le ratatinement et l'atrophie de la masse générale du foie. Mais, dans certains cas, il peut se faire, on le conçoit sans peine, que le nombre des granulations qui s'hypertrophient soit tout de suite assez considérable pour constituer une hypertrophie générale du viscère. »

Cette nouvelle vue ne fut point acceptée sans conteste. Et en 1852, Monneret, dans un mémoire publié dans les Archives de médecine protesta, pour ainsi dire, de la façon suivante : « La palhologie du foie, déjà très difficile et ténébreuse par elle-même, a été encore obscurcie par certaines dénominations que l'on a imposées à des maladies de la glande hépalique, sans prendre soin de limiter nettement la lésion que l'on prétendait limiter

1. ÎIesnet. Union médicale, 1849. Cas de cii'rhose avec hypertrophie du foie, p. 182.

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