‹ La cirrhose pigmentaireChapitre 14 sur 30 · SE PE NE RTS · texte numérisé non relu

SE PE NE RTS

Un point restait acquis de ces recherches, c’est l'existence d'un

ferment oxydant au niveau dela peau.

Bruno-Bloch a repris l'étude de cette oxydase en se servant, comme réactif, d’un chromogène, la dioxyphénylalanine, qu'il appelle par abrévation la doppa. Ce réactif histologique, sensible aux ferments producteurs de la mélanine, a été obtenu par l'union de la pyrocatéchine, avec l'acide amino-propionique ou alanine. Bloch s’est servi de solutions à { ou 2 ‘/, dans une eau distillée absolument neutre, de doppa purifiée par plusieurs cristallisations successives. Les coupes de peau à examiner étaient immergées dans la solution vingt-quatre heures à la température du laboratoire. En cas de réaction positive, on constatait au microscope que les cellules normalement pigmentées de la peau étaient devenues extrèmement noires, comme si elles s'étaient surchargées de pigment, elles contenaient donc l'oxydase capable au contact du chromogène, de fabriquer du pigment, ce sont des mélanoblastes. Les cellules du derme se sont montrées constamment doppa-

négatives, elles ne contiennent pas l’oxydase pigmentogène, le

pigment qu'elles peuvent contenir leur provient donc d’autres cellules, les cellules dermiques pigmentées sont des mélanophores.

- La réaction s’est montrée constamment négalive quand on a tenté de la réaliser au niveau de zones dépigmentées, par exemple avec de la peau provenant de plaques de vitiligo ; au contraire, les cellules næviques se sont toujours montrées fortement positives.

Il est à remarquer que l’action de la doppa-oxydase s’est montrée absolument spécifique et que la réaction a complètement échoué avec d’autres produits, pourtant peu différents au point de vue chimique de la dioxyphénylalanine, telle que la tyrosine, le tryptophane, l’adrénaline.

Bloch conçoit l’action de cette doppa-oxydase comme un phénomène assez complexe au cours duquel l'oxygène de l'air est fixé sur le chromogène, car la réaction n’a pas lieu si l'oxygène atmosphérique en est complètement éliminé.

Miescher a montré à la suite de ces travaux de Bloch que la doppa-mélanine ainsi obtenue avait les plus grandes analogies avec les mélanines naturelles et se comportait comme elles dans ses réactions de coloration et dans ses réactions chimiques en présence des oxydants et du nitrate d'argent. |

Grôer, Stutz, Tomazewski ont poursuivi des recherches dans

le sens indiqué par Bruno-Bloch, et ont réussi à étudier la dopparéaction non plus en faisant agir le réactif sur des coupes histologiques de peau, mais en RE la solution de doppa sur une zone du tégument, privée par abrasion de la couche superficielle de |? ae Leurs premiers essais avaient été faits parintradermo-injection et avaient échoué. Les résultats obtenus après abrasion au rasoir des portions superficielles du revêtement cellulaire épidermique ont été plus satisfaisants : après huit heures de contact avec la solution de doppa, la plage excoriée était colorée en brun noirâtre, plus ou moins uniformément suivant que, lors de l’abrasion, on avait entamé plus ou moins profondément le revêtement cellulaire. Le tampon de gaze, imprégné de doppa appliqué sur l’excoriation, présentait une coloration comparable à celle constatée sur les téguments, et qui restait définitivement fixée au lissu si on avait . précaution de le faire sécher rapidement. Les auteurs ont confirmé les conclusions de Bloch : cette doppa-réaction résultait bien d'un processus d'oxydation dû aux cellules de la couche basale de l'épiderme, car un tampon imprégné de solution de doppa, placé sur une zone de peau intacte, noircissait bien, mais jamais de façon aussi intense que celui qui avait été appliqué sur une peau abrasée, et la tache noirâtre laissée sur une peau intacte disparaissait par simple essuyage. D'autre part, un tampon de gaze imprégné de doppa, laissé sous une cloche pour éviter l'évaporation trop rapide, se colore en noir au bout de huit heures environ. (Nousavons constaté nous-même le noircissement rapide d’une solution de doppa laissée à l'air et à la lumière.)

Enfin, sion appliquele tampon sur un corps dénué de propriété oxydante, on n observe aucun changement de coloration. Si on place le tampon sur une peau trop profondément abrasée au centre, la partie la plus profonde de l’abrasion n’est pas colorée tandis que la partie périphérique l’est toujours nettement.

Un processus d'oxydation est donc nécessaire pour obtenir le noircissement de la solution de doppa, et les cellules de la couche basale de l’épiderme ont la propriété de déterminer cette oxydation.

Les expériences de Grüer, Stütz, Tomasewski ont montré que cette oxydase était bien spécifiquement une doppa-oxydase, car l'expérience renouvelée avee des solutions de tyrosine et d'adrénaline a complètement échoué.

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